La polémique concernant Elisabeth Levy a éclaté dans un contexte particulier, quelques temps après une free-party exceptionnelle tenue à Lieuron. Cet événement a entraîné des débats passionnés et des accusations virulentes.
L'éditorialiste Élisabeth Levy a accusé l'association Techno+ de « vendre de la drogue » au micro de CNews, une chaîne d'information privée ultra-réactionnaire. Cette accusation a suscité de vives réactions et a placé Techno+, un acteur essentiel de la santé en milieu festif, au centre de la controverse.
La free-party de Lieuron s'est déroulée dans un contexte de restrictions sanitaires strictes, notamment un couvre-feu. Malgré ces contraintes, environ 2 000 personnes se sont rassemblées pour célébrer le passage à la nouvelle année. Cet événement a été perçu comme un cri du cœur d'une communauté qui se sentait négligée par le gouvernement.
Un mois et demi après l’exceptionnelle free-party tenue à Lieuron le soir du nouvel an, et alors que plusieurs jeunes, suspectés d’avoir participé à son organisation, risquent jusqu’à dix ans d’emprisonnement, Tsugi donne la parole aux grands absents des immenses débats tenus depuis lors : ses participants.
Dans cette ambiance morne et sans doute déprimante, un petit village de la région de Rennes aura accueilli, entre les 31 décembre et 2 janvier, quelques 2 000 teuffeurs déterminés à marquer le coup en enterrant 2020 sous les basses acides.
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Née d’une envie irrépressible de célébrer et d’une révolte certaine face à l’indifférence gouvernementale à l’égard de la jeunesse et des secteurs culturels, la Maskarade (le nom de l’évènement) était le cri du cœur d’une communauté qui, comme elle nous l’explique dans cet article, avait jusqu’alors « joué le jeu » en se faisant presque oublier.
La free-party s'est soldée par l'arrestation de plusieurs personnes, dont certaines risquent jusqu'à dix ans de prison. Cette répression a été dénoncée comme une justice « expéditive », avec des difficultés à différencier les participants des organisateurs.
Un caractère exceptionnel qui n’aura pas empêché la fête de se solder par l’arrestation d’un jeune de 21 ans, maintenu en détention jusqu’au 22 janvier dernier et suspecté avec cinq autres d’avoir participé à l’organisation de l’événement. Ils risquent aujourd’hui jusqu’à dix ans de prison. Une justice « expéditive » dénoncée par Me Sichan, l’avocat de l’un des mis en examens, qui évoque le « vide intersidéral » d’un dossier qui peine à différencier participants et organisateurs.
Les médias ont largement critiqué l'événement, le qualifiant de « rave sauvage » et de « cluster géant ». Ces adjectifs péjoratifs ont contribué à stigmatiser les participants et les organisateurs.
Si le procès ne se tiendra que dans quelques mois, et que des soutiens massifs aux prévenus se sont déjà fait entendre, les critiques se sont montrées tout aussi virulentes. « Rave sauvage », « cluster géant »… Dès le 2 janvier, les adjectifs péjoratifs sont légion.
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Techno+, en tant qu'acteur historique de la réduction des risques en milieu festif, a également été la cible d'accusations. Rachida Dati, maire LR du 7e arrondissement de Paris, a interrogé les subventions accordées à l'association, tandis qu'Élisabeth Levy l'a accusée de « vendre de la drogue ».
Acteur historique de la réduction des risques en milieu festif, l’association Techno+ est la cible d’accusations alambiquées. D’abord de la part de la maire LR du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati, qui, dans une lettre adressée à la Maire de Paris, s’interroge sur les subventions accordées à l’association « qui disposait d’un stand lors de la rave party organisée illégalement ». Au micro de CNews, ensuite, l’éditorialiste Elisabeth Levy n’hésitera pas à décrire Techno+ comme une « association qui vend de la drogue ». Un comble.
Dans cette pagaille médiatique, d’éternels absents : l’équipe de Techno+ et les fêtards qui foulaient les routes de Lieuron ce soir-là.
Les participants à la free-party ont exprimé un besoin de célébrer et de se révolter contre l'indifférence gouvernementale. Ils ont souligné que le mouvement avait respecté les restrictions sanitaires et était resté discret jusqu'à présent.
Antoine*, 23 ans, technicien du spectacle avant la crise sanitaire, banlieue parisienne : Dans mon groupe d’amis, j’ai pris l’habitude d’être celui qui fait tourner les infos. Familier du collectif, je savais que ça allait être une belle teuf. J’étais parmi les premiers à avoir été prévenus - ça faisait un moment que je l’attendais. En temps normal, j’aurais pas forcément penser à partir en free-party le soir du nouvel an. Pour cette occasion, je suis plutôt du genre à me réunir avec des potes dans une maison. Cette année, pour le coup, c’était une des rares occasions de partir en free. Depuis l’arrivée du COVID en France, notre mouvement avait complètement joué le jeu, en respectant les restrictions et restant discret, voire complètement absent. Il y a évidemment eu une prise de conscience de la part de toute la communauté ; mais c’est aussi la répression grandissante qui a découragé les soundsystems. Ce soir-là, c’était l’occasion ou jamais.
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Francesco*, la quarantaine, ancien du mouvement free-party, région de Nantes : Cela fait un peu plus de vingt ans que je fréquente les free-parties. C’est une passion que j’ai transmis à ma fille, avec qui je me rends encore à quelques événements de temps en temps. Pour moi, la teuf est un des derniers terrains d’émancipation sociale. C’est un espace de liberté où les jeunes peuvent expérimenter, se construire sans être écrasés par tout un tas de normes, de règles, de codes…. C’est pour cette raison que je suis heureux pour elle. Pour nuancer, et être très franc : si je suis heureux qu’elle aille en teuf, c’est avant tout parce qu’elle n’a pas de comportement addictif. Je serais évidemment inquiet de la voir partir en free, ou n’importe quel lieu de ce type où circulent les produits, si elle était alcoolique ou poly-toxicomane. Cela faisait des mois qu’on n’avait pas pu faire la fête et l’événement promettait d’être beau.
Techno+ a souligné que l'organisation d'une free-party était inévitable, compte tenu des restrictions et du sentiment que les activités festives et culturelles n'étaient pas considérées comme essentielles. L'association a également mis en avant son rôle dans la prévention des risques et l'assistance aux participants.
Techno+ : Le réveillon du nouvel an est un moment de fête inconditionnel, y compris pour le mouvement « tekno ». L’organisation d’une free-party ce soir-là était inévitable, et pour comprendre pourquoi, il faut revenir au début de l’épidémie. Durant le premier confinement, quand toutes les activités ont été arrêtées pour lutter contre la COVID-19, la free-party a joué le jeu en renonçant à son mythique Teknival du 1er mai - une première depuis la création de l’événement en 1994. Ce n’est qu’à la deuxième phase de déconfinement, au mois de juin, alors que le gouvernement affirmait que les activités festives et culturelles n’étaient pas essentielles, tout en laissant les Français s’entasser dans les transports en commun, magasins, et cantines scolaires, que les free-parties ont timidement repris. Ces fêtes sont un mode de vie pour la plupart de ceux qui y participent, et donc essentielles à leurs yeux. Le déconfinement estival qui suivi, à l’automne, avec ses aménagements dans certains secteurs et pas dans d’autres, tout cela ne pouvait que mener à l’explosion de fêtes clandestines en tout genre que l’on connaît depuis novembre dernier. Il était donc évident que quelque chose allait se tenir pour le réveillon.
Francesco : Au moment du premier confinement, il y a eu un consensus très fort au sein du milieu de la free-party. La majorité des acteurs et du public se sont entendus pour dire que l’on n’était pas à même de juger le risque sanitaire, et qu’un principe de précaution s’appliquait au-delà de la loi - qui n’est que rarement un critère pour nous. C’est au fil de la mauvaise gestion de cette crise, et des discours stigmatisants à l’encontre de la jeunesse, que les gens ont commencé à se mettre en colère. Mais après la répression des événements dans la Nièvre et en Lozère cet été, tout le monde a compris que seul un événement d’envergure, fruit d’une collaboration sérieuse entre différents collectifs, pourrait peut-être voir le jour.
L'arrivée sur le site a été marquée par des affrontements avec la police, qui a utilisé des gaz lacrymogènes et des flashballs. Les teuffeurs se sont défendus, permettant finalement l'entrée sur le site.
Antoine : On est arrivés assez tôt dans la soirée. À 300m du spot, le convoi s’est arrêté une première fois. Je suis sorti de ma voiture et me suis aperçu que le spot était blindé de CRS. Ce n’était pas une teuf ; plutôt une manif ! On a très vite compris qu’ils comptaient nous effrayer quand les équipes nous ont chargé en bombardant de gaz lacrymogènes. À ce moment, on s’est dit qu’il allait falloir faire front : il y avait le risque de laisser 2 000 personnes en pleine campagne. Personne n’avait l’intention d’employer la violence, mais l’affrontement était inévitable. Témoins de notre détermination, les policiers ont finalement reculé, permettant l’entrée sur le site.
Francesco : Arrivés sur le spot, il y a eu une première tentative de la part de la police de nous faire reculer. Les teuffeurs se sont défendus, ce à quoi la police a répondu à coups de flashballs et de lacrymogènes. À ce moment-là, les choses étaient hors de contrôle. Les gens, révoltés à l’idée de se faire gazer pour la simple raison qu’ils voulaient faire la fête, ont riposté. Le convoi a pu percer la barrière pour découvrir un autre barrage 200m plus loin. Un escadron entier d’une centaine d’hommes nous attendaient. Ils avaient ces nouvelles armes capables de tirer six flashballs en automatique, des grenades lacrymogènes… Ils ont déployé la fameuse formation d’encerclement qu’on retrouve en manif. La violence est encore montée d’un cran, jusqu’à ce qu’un groupe de teuffeurs parvienne à ouvrir un passage pour que les gens passent à pied. Débordés, avec des jeunes qui courraient dans tous les sens, les flics ont fait le choix intelligent de reculer. Le risque de blessés graves était trop grand.
Malgré les tensions, la fête a été un moment d'émotion et de retrouvailles. Les organisateurs ont mis en place des mesures de prévention, et les participants ont respecté la distanciation sociale autant que possible.
Antoine : L’apéro commence, on retrouve des gens qu’on n’avait pas vus depuis longtemps et l’euphorie est à son comble. L’efficacité des organisateurs m’a bluffé : en quelques minutes, la scène était sur pied, armée d’une sono en béton, prête à balancer les premières vibrations. Tu regardes autour de toi et tu vois des yeux plissés de bonheur… Les mouvements de foule ont tendance à m’émouvoir, pour le coup, j’en avais presque les larmes aux yeux. Côté prévention, il y avait un stand de réduction des risques et tout un dispositif sanitaire pour lutter contre le coronavirus. Il y avait de l’espace, les gens en profitaient pour respecter la distanciation sociale autant que possible.
Francesco : On venait tous de vivre une scène d’une rare violence. Certains jeunes étaient clairement en état de choc. Quand ce chaos s’est dissipé, seul restait le plaisir de se retrouver, en plein air, après presque un an d’isolement dans des appartements. Là, c’est la pression d’une année horrible qui saute ; tout le monde déconnecte. On nous a distribué des masques : Techno+ assurait un gros travail de sensibilisation aux mesures sanitaires. La première nuit, j’ai vu un respect presque absolu de ces mesures. Ça s’est naturellement un peu dégradé au fil de la fête - certains ont enlevé leurs masques, il faut être honnête - mais les consignes étaient on-ne-peut-plus claires : « Si vous prenez des risques, faîtes vous tester ensuite, et ne rencontrez personne avant d’avoir reçu vos résultats ». Il y a un vrai souci de la responsabilité individuelle dans la fête libre, alors les gens ont joué le jeu.
Techno+ a mis en place un stand de prévention, un chill-out et a coordonné ses actions avec les autorités sanitaires. L'association a souligné l'importance de porter assistance aux personnes en difficulté, au-delà de la question de la COVID.
Techno+ : La fête aurait eu lieu, que nous soyons présents ou non. Il nous a donc semblé important de nous y rendre pour proposer les services sanitaires de base. Au-delà de la COVID, il est important de pouvoir porter assistance aux personnes qui se blessent ou se sentent mal à la suite d’une prise de substance psychoactive. Nous avons installé notre stand de prévention, notre chill-out et organisé notre premier briefing dès notre arrivée avec les premiers participants. Nous avions 31 volontaires, tous inscrits sur des créneaux d’activité de quatre heures, veillant à leur aménager des temps de repos. Il faut anticiper car nous connaissons le moment auquel notre intervention commence, mais rarement celui auquel elle se terminera. Comme à notre habitude, nous sommes partis à la rencontre des autorités afin de signaler notre présence, et ainsi faciliter la coordination des secours en cas d’incident. Les gendarmes présents au début de l’événement avaient totalement déserté les lieux. Les seuls interlocuteurs aux abords du site étaient les organisateurs, qui distribuaient des masques et proposaient du gel hydroalcoolique aux nouveaux arrivants. Nous parvenons tout de même à nous coordonner avec l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Bretagne, et à collaborer avec les équipes de la protection civile et des pompiers. Les heures passent et la fête bat son plein, sans incident sanitaire majeur.
Après 24 heures de présence, la police est intervenue en force, réveillant les participants et procédant à des contrôles. Techno+ a démantelé son installation et a été interrogée par les forces de l'ordre.
Techno+ : Après 24 heures de présence sur le site, une rumeur s’est répandue : « Le ministre de l’Intérieur aurait annoncé, lors d’un direct télévisé, la mobilisation des forces de l’ordre sur le site de Lieuron ». Une grande partie des fêtards ont quitté les lieux au cours de la nuit. Vers cinq heures du matin, il n’y a plus décoration, ni de jeux de lumières, pas même un DJ. Seules deux malheureuses enceintes reliées à un téléphone portable continuent de distiller la musique à deux centaines de teuffeurs. On démonte notre installation, la batterie du téléphone coupe : il est temps de prévenir l’ARS, mettre fin à notre intervention et charger nos véhicules. Neuf heures : les conducteurs sont réveillés, nous sommes prêts au départ quand vingt, quarante puis cinquante gendarmes mobiles surcaféinés font irruption avec fracas, et à grand cris, dans le hangar vide. Des individus, en armure et bouclier, encerclent nos intervenants sidérés, fatigués et hagards.
Antoine : Après deux nuits d’une fête incroyable, je suis parti me coucher avant de reprendre la route. Au matin, c’est une armée de gendarmes qui nous a réveillés. Ils avaient entouré le site pour contrôler tout le monde avec dédain et violence. Au moment de partir, ils m’ont demandé si mon véhicule m’appartenait bien, ont tout mis sens dessus-dessous à l’intérieur. Je suis passé par plusieurs tests d’alcoolémie au cours desquels j’ai senti une envie de nuire de la part des officiers. Tous négatifs, j’ai pu quitter les lieux, reprendre la route et déposer les copains chez eux. Cinq jours plus tard, je suis parti faire un test PCR - ma grand-mère arrive demain, la famille voulait être rassurée. J’ai reçu les résultats : je suis toujours négatif.
Techno+ : Quelques teuffeurs, endormis dans un coin du hangar, sont soulevés manu militari et regroupés dans la nasse, sous l’objectif avide de quelques médias sensationnalistes. Des images de cette extraordinaire démonstration de force passent en direct à la télé, alors que la fête est déjà finie depuis cinq heures. Notre équipe passe par l’interrogatoire, la prise d’identité, une fouille des véhicules. Malgré nos ordres de mission, nos documents associatifs, la confirmation de l’ARS et de la directrice de cabinet du préfet, les gendarmes ont le plus grand mal à nous laisser partir. Nous remontons l’impressionnante file de véhicules de gendarmes et, à chaque barrage, les mêmes identifications, vérifications, fouilles et explications : « Non, nous ne sommes pas des organisateurs de free-party, nous sommes des acteurs de santé communautaire réalis...
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