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L'artisanat des tranchées, né pendant la Première Guerre mondiale, témoigne de la créativité et de l'ingéniosité des soldats face à l'ennui et à l'horreur de la guerre. Parmi les nombreux objets créés, les douilles de munitions transformées en objets d'art occupent une place particulière.

Un Passe-Temps Nécessaire

L’historien Jean-Yves LE NAOUR évoque l’artisanat des tranchées : « Les soldats n’ont rien d’autre à faire qu’à apprendre la patience. Ils jouent aux dames, aux cartes, cisèlent des bagues, des vases, des tire-bouchons et quantité d’autres objets avec le cuivre des douilles d’obus, confectionnent des jouets pour les enfants, sculptent des cannes, et font passer le temps comme ils peuvent. »

Matériaux et Techniques

Le bois facile à trouver et ne nécessitant qu’un outillage rudimentaire est un matériau de prédilection. Il permet la création de nombreux objets comme des plumiers, des tabatières, des boîtes à bijoux, des jouets, des cadres à photos, des bas-reliefs, etc.

Certains ont utilisé du papier calque pour mettre le motif sur la douille, d’autres plus doués le faisait directement et ensuite les gravaient ou poinçonnaient, avec leurs outils. Pour que cela soit plus facile, ils remplissaient la douille de sable, de terre. Ils ont aussi utilisé du bitume, ou du plomb, qu’ils coulaient à l’intérieur de la douille, et une fois le travail de ciselure, gravure terminée, ils chauffaient la douille afin d’en évacuer la matière.

Le capitaine, futur commandant et chef de bataillon au 159e RIA, Narcisse ALIXANT, décrit le travail fait par ses hommes : « Novembre 1915. Aux heures de répit, les grelus (surnom des chasseurs du 159e de Briançon) se remettent à fondre l’aluminium extrait des fusées de 105 ou de 77, et à façonner indéfiniment des bagues à l’intention de leur marraine ou de leurs proches. L’outillage est simple, un petit bâton conique et une lime. Les vitraux pulvérisés de l’église de Carency procurent des chatons multicolores très recherchés dont l’ajustage est la spécialité de quelques as au cantonnement. »

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Origine et Production

Une partie de ces objets est réalisée à l’arrière des lignes de combat par des soldats blessés ou mutilés, dans des ateliers aménagés par l’autorité militaire. Certains objets ont aussi été réalisés après le conflit par les soldats restés sur les champs de bataille pour le travail de déminage, et par des prisonniers de guerre dans un but lucratif et furent vendus dès 1919 aux touristes visitant les anciens champs de batailles.

Exemples et Variétés

On trouve des douilles dont la base sur environ 15 cm est cannelée.

Il existe des crucifix « Verdun » fabriqués à partir de balles de fusil Lebel.

Des feuilles de chêne « sculptées » par le Haut-Savoyard Alfred Laperrière à Salonique pendant la Grande guerre : “Ton mari qui t’aime”, “Je pense à toi”, “Mille baisers”, “Souvenir de Serbie”, “Alfred”.

Bouillotte fabriquée à partir d’une douille de 75 travaillée par Louis Clabaux, ainsi que des douilles de 75 travaillées en forme de vase par Louis Clabaux.

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Deux petits vases fabriqués par Louis Clabaux. Ce sont deux étuis (ou douilles, pour les civils) d’obus tirés par le canon de 37 mm à tir rapide, longueur de douille 94 mm.

Identification et Marquages

Marquages sur les douilles françaises :

  • Inscription sur le culot de l’étui en cuivre : 37-85 P.D.PS 20 1.17 et dessin de grenade enflammée (la grenade est le poinçon officiel de contrôle de la marine).
  • 2e étui : 122 9.16 (calibre, modèle, lot de fabrication et dates de fabrication : janvier 1917 et septembre 1916. Exemple : 37 mm Modèle 1885 Parc d’Artillerie De Paris lot 297 1er Trimestre 1917 ; PDPs est considéré par certains comme identifiant Pinchard Denys à Paris).

Marquages sur les douilles allemandes :

  • Entièrement en laiton. Décoration : fleur. Inscription : CURTELIN PI Plasse 1919. Marquage au culot : DEZ 1917 (au milieu, à gauche et à droite du culot) ; FN (dans un cercle, en haut du culot) et les marques St 220 HL (en bas) 25 (peu lisible).
  • DEZ = décembre en allemand (Dezember).
  • Douille de 77 mm allemande pour le canon du même calibre modèle 1896. C’est lui qui était opposé au 75 français. Neumeyer était un fabricant de cartouches pour armes portatives situé à Nuremberg (nom allemand : Nürnberg), en Bavière. Il est bien possible qu’il ait également fabriqué des douilles d’artillerie.
  • Site culture.gouv.fr : St ; H.L. 12 ; SEPT 1908 ; HL 8 (gravé sur le culot) (HL signifie Hanuel et Luege à Düsseldorf, fournisseur du métal) ; St est poinçon de contrôle.
  • Le marquage « ST » (en allemand, stark : adj. fort ; adv. St : stark, culot renforcé ; les douilles d’avant était plus légère avec un culot plus fin. Les premières douilles de 77 mm n’ont pas ce marquage. La théorie serait qu’à la base, les douilles pour le canon de 77 soient plus courtes. Ils auraient allongé ces premières mais quelques soucis techniques ont amené à renforcer le culot d’où le St.

Voici un tableau récapitulatif des marquages et de leurs significations, basé sur les discussions du forum :

Marquage Signification possible
75 DE C Calibre 75mm, De Campagne
PDPs Pinchard Denys Paris, le fabricant
S Compagnie Francaise des Metaux Serifontaine, le fournisseur du laiton
C Compagnie Française des Métaux à Castelsarrasin, le fabricant
Ln Parc d'artillerie général de Lyon
DB DELAUNNEY - BELLEVILLE
St Stark, littéralement "douille renforcée"
G Württembergische Metallwarenfabrik, Geislingen, le fabricant
HL Haniel Luege Düsseldorf, la manufacture du laiton
GF SP Geschossfabrik Spandau, le fabricant
Te Marquage d'inspection
MA M Manufacture d'Armes de Marseille, Schneider, le fabricant
R Tréfileries et laminoirs du Hâvre - usine de Rugles, fournisseur du laiton

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