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La question du contrôle des armes à feu est un sujet de débat constant et passionné, en particulier aux États-Unis. De nombreux discours poignants ont été prononcés en faveur d'une législation plus stricte, souvent à la suite de tragédies déchirantes.

L'Appel Ému de Barack Obama

Barack Obama a dressé la litanie des fusillades ayant ensanglanté les États-Unis lorsqu’il est parvenu à celle de l’école primaire Sandy Hook, en décembre 2012 (vingt enfants et six adultes tués, sans compter le tireur), à Newtown dans le Connecticut. Puis il s’est tu, luttant contre des larmes qui ont fini par l’emporter et qu’il a lentement chassées avant de reprendre le fil de son propos. « Chaque fois que je repense à ces enfants, ça me rend dingue », a-t-il soufflé.

Le président des États-Unis avait rassemblé autour de lui à la Maison Blanche, mardi 5 janvier, des familles de victimes de ces tueries, devenues des « routines » comme il l’avait déploré en octobre 2015 après un nouveau drame dans l’Oregon, ainsi que des militants d’un encadrement plus strict de l’accès aux armes à feu. C’est devant eux qu’il a présenté de nouvelles mesures visant à contrôler plus strictement le commerce des armes à feu pour lutter contre ce qu’il considère comme une incompréhensible anomalie américaine.

Compte tenu de l’opposition irréductible à la moindre mesure de régulation d’un Congrès entièrement contrôlé par les républicains, M. Obama s’est résigné à s’engager dans la voie réglementaire. « Le lobby des armes prend peut-être en otage le Congrès, mais il ne peut pas prendre en otage l’Amérique, a assuré le président. On ne doit pas accepter les carnages comme le prix à payer pour la liberté » de posséder une arme, garantie par le deuxième amendement de la Constitution américaine.

Matthew McConaughey et l'Appel au Compromis

Depuis la tuerie dans l'école primaire d'Uvalde au Texas qui a fait 21 morts, Joe Biden veut faire passer une loi pour plus de contrôle des armes. Il a fait appel à l'acteur Matthew McConaughey qui a prononcé un discours empreint d'émotion et de colère destiné aux pro-armes comme lui.

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Son discours restera longtemps dans les mémoires. Il représente même un tournant dans le débat sur le contrôle des armes à feu. Matthew McConaughey, 52 ans et mondialement connu pour ses rôles dans Interstellar et The Dallas Buyers Club est concerné à double titre par le sujet. Tout d'abord car il est né à Uvalde, là même où a eu lieu la tuerie de masse dans une école primaire qui a fait 21 morts dont 19 enfants le 24 mai dernier. Mais aussi parce qu'il possède des armes, et est un ardent défenseur du Deuxième Amendement. "J'ai appris à tenir une arme à Uvalde, j'y ai appris aussi à être un détenteur d'armes responsable".

Il a donc accepté l'invitation de Joe Biden à participer à une conférence de presse à la Maison Blanche, aux cotés de la porte-parole de la Maison Blanche Karine Jean-Pierre, après avoir discuté avec le président américain. Matthew McConaughey milite pour un meilleur contrôle notamment lors de l'achat d'une arme semi-automatique. En effet, toutes les armes qui ont été utilisées lors des tueries de masse ont été achetées légalement. Par exemple, l'auteur du massacre d'Uvalde s'est procuré ses armes dans une armurerie. Il n'est pas nécessaire d'avoir un casier judiciaire vierge, puisqu'il n'est pas vérifié. Et il suffit d'avoir 18 ans.

Matthew McConaughey milite pour un relèvement de l'âge minimum pour acquérir une arme automatique de 18 à 21 ans et un contrôle du casier judiciaire de l'acheteur. Matthew McConaughey a alors brandi la photo d'Alithia, 10 ans, tuée à Uvalde. Matthew McConaughey brandit la photo d'Alithia, 10 ans, tuée dans son école d'Uvalde (Texas) "Son rêve était de faire une école d'art à Paris" dit-il, puis sa colère monte, sa voix se casse, son émotion transparait lorsqu'il transmet les paroles des parents de l'enfant.

McConaughey évoque ensuite le souvenir de Maite 10 ans, qui portait des sneakers Converse vertes, avec un coeur dessiné sur la droite. Elle aussi fait partie des 19 enfants assassinés. Le comédien demande à sa femme, assise à ses cotés, de montrer des chaussures similaires à celles de la filette : "Ces Converse sont le seul élément ayant permis d'identifier avec certitude le corps de Maite après la fusillade" dit l'acteur, la voix cassée, tapant du pied, tapant du poing sur son pupitre et ajoutant "qu'en dites-vous hein?".

Appuyé à son pupitre, la star oscarisée en 2014 pour son rôle dans Dallas Buyers Club a lancé un appel : "Nous devons profiter de cette opportunité que nous avons aujourd'hui, avec des gens des deux cotés voulant que les choses changent. Nous ne sommes pas aussi divisés qu’on veut nous faire croire. Nous devons parvenir à un compromis de bon sens." En effet, Joe Biden a appelé le Congrès américain à trouver un compromis pour restreindre les ventes de fusils d’assaut et a vivement attaqué les Républicains qui s’y opposent. Un projet de loi interdisant la vente d'armes semi-automatiques aux moins de 21 ans et de chargeurs de grande capacité est en cours de discussion au Congrès. La Chambre des représentants a voté le "Protecting Our Kids Act", mais devant le risque de rejet au Sénat, un petit groupe de sénateurs démocrates et républicains discutent actuellement pour parvenir à un compromis.

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Le Discours "I Have a Dream" de Martin Luther King

Le 28 août 1963, Martin Luther King prononce son célèbre discours "I have a dream", devant le Lincoln Memorial à Washington, durant la Marche pour l’emploi et la liberté. Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre proclamation d’émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Mais, 100 ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. 100 ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. 100 ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. C’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui dénoncer une condition humaine honteuse. En un certain sens, nous sommes venus dans notre capitale nationale pour encaisser un chèque.

Quand les architectes de notre République ont magnifiquement rédigé notre Constitution de la Déclaration d’Indépendance, ils signaient un chèque dont tout Américain devait hériter. Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple Noir un chèque en bois, qui est revenu avec l’inscription “provision insuffisante”. Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance, en notre pays. Nous sommes également venus en ce lieu sacrifié pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvants de l’injustice raciale et de l’établir sur le roc de la fraternité. C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu.

Il serait fatal pour la nation de fermer les yeux sur l’urgence du moment. 1963 n’est pas une fin, c’est un commencement. Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique jusqu’à ce qu’on ait accordé au peuple Noir ses droits de citoyen. Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Le merveilleux esprit militant qui a saisi la communauté noire ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les Blancs, car beaucoup de nos frères blancs, leur présence ici aujourd’hui en est la preuve, ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée bi-raciale. Nous ne pouvons marcher tout seul au combat. Et au cours de notre progression il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble.

Il y a des gens qui demandent aux militants des Droits Civiques : “Quand serez-vous enfin satisfaits ?”. Nous ne serons jamais satisfaits aussi longtemps que le Noir sera la victime d’indicibles horreurs de la brutalité policière. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos enfants, même devenus grands, ne seront pas traités en adultes et verront leur dignité bafouée par les panneaux “Réservé aux Blancs”. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New-York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduis ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine d’étroites cellules de prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les orages de la persécution et secoués par les bourrasques de la brutalité policière. Vous avez été les héros de la souffrance créatrice. Retournez dans le Mississippi, retournez en Alabama, retournez en Caroline du Sud, retournez en Géorgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos des villes du Nord, sachant que de quelque manière que ce soit cette situation peut et va changer. Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que mes 4 petits enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son Gouverneur à la bouche pleine des mots “opposition” et “annulation” des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour, les petits garçons noirs et les petites filles blanches, pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Telle est notre espérance. Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens : “Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté !”. Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire ! Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’État de New-York ! Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie ! Que la cloche de la liberté sonne du haut des cîmes neigeuses des montagnes rocheuses du Colorado ! Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Géorgie ! Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Lookout du Tennessee ! Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi !

L'Action de l'UE et la Sécurité des Armes à Feu

Il ya une préoccupation croissante au sujet des criminels envoient des pièces de déclassement armes par courrier ordinaire, à être rassemblés par l’acheteur. Il ya un besoin évident d’action de l’UE, et encourageant, la plupart des Européens pensent que quelque chose doit être fait. La Commission se penchera également sur une approche commune sur la façon de marquer les armes à feu avec numéros de série quand ils sont fabriqués dans le but d’aider le traçage ceux utilisés par criminels.

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Analyse du débat Américain sur les armes à feu

L’ouvrage de Didier Combeau, Des Américains et des armes à feu. Violence et démocratie aux Etats-Unis, issu d’une thèse en civilisation américaine conduite aux universités de Paris IV et de La Réunion, offre à la fois une histoire synthétique de la relation des Américains aux armes à feu et une reconstitution du débat actuel sur le droit aux armes. L’ouvrage est maniable, clair, avec un choix de traductions et de mises au point linguistiques fort utiles : l’auteur montre ainsi que la traduction courante de gun control par contrôle des armes est impropre (il lui préfère celle de maîtrise).

Surtout, l’ouvrage s’insère dans le débat transatlantique de manière opportune car il échappe à l’injonction partisane. Chercheur étranger à l’explosif débat sur les armes à feu aux États-Unis, Didier Combeau ne se sent en rien sommé de prendre parti de près ou de loin, ni même de situer ses analyses dans le cadre de ce débat. L’ouvrage n’est d’ailleurs pas une contribution supplémentaire aux discussions ininterrompues sur le type de relation entre les insuffisances des lois sur les armes à feu, le nombre d’armes en circulation et le niveau de violence aux États-Unis. Ce choix, privilégiant l’étude d’un débat et non du phénomène social sur lequel il porte, s’il a ses limites, permet en l’occurrence une neutralité féconde.

Inversement, le regard extérieur de l’auteur lui permet d’être instruit par les difficultés françaises à comprendre la volonté d’un grand nombre d’Américains de s’opposer aux projets de loi restreignant leur droit aux armes à feu. Loin de s’étonner de la spécificité américaine en matière d’armes à feu par rapport au reste du monde occidental, l’auteur fait de celle-ci le point de départ de sa réflexion. Son hypothèse est que l’accès aisé des citoyens américains est le produit de forces profondes qui structurent la société américaine. On ne peut que souligner de ce point de vue la cohérence de la recherche au regard de l’objectif initial.

L’ouvrage reconstitue la polyphonie du débat sur les armes à l’échelle nationale en distinguant les différentes voix : production politique, production médiatique, production culturelle et production de la recherche en sciences sociales. Les sources sont nombreuses et variées : sources étatiques en provenance de l’exécutif (publications monumentales des services gouvernementaux, archives de la Lyndon Baines Johnson Library) ou du législatif, plus de trente entretiens menés par l’auteur avec des personnalités du débat sur les armes, abondante production en sciences sociales, films et romans, enfin innombrables articles de journaux et magazines. Par ailleurs, l’auteur change de focale pour prendre deux exemples plus précis, les États du Texas et de New York (à travers journaux et entretiens).

La première partie consiste en une brève histoire de la relation entre les Américains et leurs armes. C’est aux origines de la nation américaine que naît l’association entre droit aux armes à feu et identité américaine. Didier Combeau livre tout d’abord une excellente mise au point sur les interprétations divergentes découlant de la formulation complexe du deuxième amendement de la constitution américaine (le deuxième amendement garantit-il un droit aux armes collectif aux États ou un droit individuel aux particuliers ?). Surtout, il montre finement en quoi ces interprétations ne sont pas réellement contradictoires, ce qui explique que les commentateurs puissent rebondir sans fin de l’une à l’autre. Il s’agissait à la fin du xviiie siècle « d’assurer aux citoyens le droit de posséder des armes de manière à pouvoir en faire un usage collectif » (p. 19). L’enjeu serait plutôt, selon l’auteur, de déterminer s’il s’agit aujourd’hui d’un anachronisme, à une époque où les forces policières et militaires sont solidement constituées, ou d’un principe inaliénable, tout en notant qu’il semble très improbable, pour des raisons constitutionnelles et politiques, de modifier la Constitution sur ce point.

L’association entre droit aux armes et américanité est encore « naturalisée » par le poids de la mémoire de l’Ouest. Les travaux des historiens de la « frontière » de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle, comme Frederick Jackson Turner, ou encore la culture populaire élaborée dans les westerns à partir du début du xxe siècle ont servi de réservoir idéologique aux partisans du droit aux armes qui ont formalisé leurs arguments dans les années 1960, c’est-à-dire après l’invention de ce passé mythique. Cependant le poids des armes à feu dans la société américaine est loin de se limiter à l’usage réel ou mythique qui en a été fait dans l’Ouest, comme le révèle la sanction donnée à l’autodéfense dans le droit pénal de nombreux États américains.

Dans l’État de New York, pourtant éloigné de la tradition de l’Ouest, l’usage de la force létale est ainsi reconnu à quiconque dans le cas d’une intrusion dans son domicile. Ceci explique les difficultés de toute réglementation sur la question des armes à feu. Didier Combeau restitue clairement la gestation des différentes lois sur la maîtrise des armes à feu en montrant à quel point l’approche législative a été segmentée (les efforts ont par exemple visé successivement différents types d’armes ou divers modes d’acquisition). La première loi dite Sullivan (1911, New York) illustre à elle seule les problèmes se posant aux législateurs. Très vite en effet l’ambition de ces derniers (qui ont mis en place une réglementation visant à la fois l’acquisition, la possession et le port d’armes) se trouve sapée par le trafic d’armes en provenance d’autres États.

Aussi, dans les années 1920, au moment précisément où le gangstérisme apparaît comme une menace nationale, un débat sur la nécessité d’une régulation au niveau fédéral émerge. Les aboutissements législatifs à la fin de la décennie et dans les années 1930 se heurtent cependant aux limites constitutionnelles qui ne donnent pas de pouvoirs de police à l’État fédéral et limitent les possibilités de régulation à des dispositifs commerciaux. La seconde Guerre mondiale semble clore progressivement le débat jusqu’à ce que la violence des années 1960 (assassinats des Kennedy ou de Martin Luther King, émeutes urbaines) suscitent le vote d’une nouvelle loi en 1968 qui restreint considérablement le commerce des armes à feu par correspondance. Enfin, à partir des années 1970, le débat sur les armes à feu devient un véritable débat de société alimenté par les initiatives réglementaires au niveau fédéral (administration Clinton) au niveau des États (nouvelles lois dans l’État de New York, loi de 1995 au Texas) ou même au niveau local (arrêtés municipaux).

Dès lors la réglementation des armes à feu ne saurait se lire, selon une vision téléologique, comme une évolution inéluctable des sociétés occidentales. La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’actualité du débat sur les armes. Comme d’autres chercheurs, Didier Combeau met en évidence la bataille de chiffres qui voit les deux camps utiliser la profusion de données statistiques afin de démontrer tour à tour l’utilité ou la dangerosité des armes à feu, ce qui ne peut que laisser le public dans la confusion. L’auteur livre tout d’abord un résumé accessible des principales données (décès et homicides par armes à feu, nombre d’armes mises sur le marché, nombre de fabricants). Mais, fidèle à son projet, il s’intéresse surtout à la polémique en tant que telle.

Il démonte les mécanismes de la confusion médiatique en s’attachant moins à la façon dont les chiffres sont produits qu’à celle par laquelle ils sont portés à la connaissance du public par les différents acteurs du débat : fabricants, pouvoirs publics (le Bureau of Alcohol, Tobbaco and Firearms qui délivre les licences fédérales d’armuriers, le ministère de la santé qui publie les chiffres de mortalité ou encore les policiers), groupes de pression (la célèbre National Rifle Association, mais aussi les groupes pour la maîtrise des armes), médias, milices. Cette confrontation révèle l’opposition de deux discours contradictoires : un discours de la responsabilité individuelle qui fait des armes les outils et les symboles de la liberté et de l’égalité des citoyens et un discours fondé sur une approche collective de la santé publique et étayé sur les études statistiques. Ces deux visions irréconciliables débouchent sur une situation de blocage d’où il résulte que le débat sur les armes à feu ne saurait être tranché au niveau national.

Dès lors, ce sont avant tout les autorités locales, qui concentrent les pouvoirs de police et de justice, qui doivent prendre leurs dispositions face au nombre d’armes à feu en circulation. La troisième partie approfondit l’articulation entre culture des armes et démocratie. Elle permet d’expliquer la persistance de ce qui semble à beaucoup d’Occidentaux un anachronisme. Didier Combeau montre notamment à quel point le droit aux armes est, pour de nombreux Américains, constitutif de la démocratie parce qu’il est le garant de citoyens engagés et responsables et dans quelle mesure le fonctionnement même du système politique américain donne des armes aux défenseurs du droit aux armes.

Cependant le poids des armes à feu dans la société américaine est loin de se limiter à l’usage réel ou mythique qui en a été fait dans l’Ouest, comme le révèle la sanction donnée à l’autodéfense dans le droit pénal de nombreux États américains.

Voici un tableau récapitulatif des incidents mentionnés, mettant en lumière la tragédie et la nécessité d'une action concertée :

Incident Lieu Date Nombre de morts
Fusillade à l'école primaire Sandy Hook Newtown, Connecticut, États-Unis Décembre 2012 26 (20 enfants, 6 adultes) + le tireur
Tuerie à l'école primaire d'Uvalde Uvalde, Texas, États-Unis 24 mai 21 (19 enfants, 2 adultes)
Fusillades dans les écoles Tuusula et Kauhajoki, Finlande N/A N/A
Fusillade en Cumbria Cumbria, Royaume-Uni N/A N/A
Fusillade à Alphen aan den Rijn Alphen aan den Rijn, Pays-Bas N/A N/A
Fusillade à Winnenden Winnenden, Allemagne 2009 15

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