Qui n’a pas sorti de terre, provenant d’un sous-bois, ou des sillons de quelque champ, une balle de Chassepot, tirée par ce fameux fusil français datant de la fin du 19ème siècle ! L’équipement de l’infanterie française subit de profondes modifications entre 1866 et 1890. La Troisième République poursuit cette modernisation avec le fusil Gras en 1874, le Kropatschek en 1884, le fusil Châtellerault en 1885, puis le Lebel de 1886 à 1893, fusil français le plus célèbre, en service lors du déclenchement des hostilités en 1914.
De 1861 à 1865, la Guerre de Sécession et le conflit entre la Prusse et le Danemark mettent en avant la supériorité des armes à chargement par la culasse. Ce tout nouveau procédé de réapprovisionnement permet enfin au soldat de recharger, en position couchée, et augmente la cadence de tir. L’armée française, elle, est alors toujours équipée de fusils se chargeant par la bouche, et donc périmés. Depuis 1840, la Prusse s’est équipée d’un fusil à aiguille se chargeant par la culasse, le fusil Dreyse. Or, à cette époque, une guerre entre la France et la Prusse semble inévitable. Le Ministre de la Guerre français décide alors de doter les régiments d’infanterie d’une arme se chargeant par la culasse et utilisant par conséquent une cartouche à amorce.
Après des essais au camp de Châlons à l’été 1866, le “fusil de monsieur CHASSEPOT” est sélectionné. D’un poids de 4,1 kgs pour un calibre de 11 mm, il permet de tirer des balles en plomb capables d’atteindre une cible à 1 000 mètres, avec une portée maximum de 1 600 mètres, et ce à une cadence de tir de 7 à 14 coups par minute ; portée et cadence de tir devenant ainsi deux fois supérieures à celles de son homologue allemand, le Dreyse. Le Chassepot utilise une cartouche à étui de carton enveloppé de gaze vernie, les crédits alloués ne permettant pas la fabrication d’une cartouche à étui métallique.
Pour différencier un Chassepot d'un Chassepot modifié Gras, il faut examiner plusieurs éléments :
En 1914, le Gras a été distribué à beaucoup d'unités de l'arrière. Par contre, dès novembre, il est modifié pour le 8mm Lebel dans un but de standardisation, devenant le Gras M1874/14. Il sera encore distribué en 1940, entre autres, à l'armée de l'air pour les unités de garde des bases aériennes.
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Le fusil Gras, une arme emblématique de la fin du 19ème siècle, a connu une seconde vie grâce à des modifications ingénieuses pour l'adapter à la chasse. Ces transformations, réalisées par des armuriers et des entreprises spécialisées, ont permis aux chasseurs moins fortunés d'acquérir une arme robuste et efficace à moindre coût.
Après que l'Armée Française ait remplacé ses fusils Gras par des modèles plus modernes comme le Lebel et le Berthier, une partie des anciens fusils déclassés a été revendue aux enchères. Ces armes, simples et robustes, ont intéressé les chasseurs peu fortunés, à condition d'être transformées à canon lisse. En effet, en France métropolitaine, la chasse à la carabine rayée était alors presque marginale.
Achetés à bon compte par lots importants, beaucoup de fusils Gras furent ainsi modifiés pour ainsi dire en série, par des grosses entreprises (p. ex. Manufacture des Armes et Cycles de St Etienne) ou des petits armuriers ; assez peu semblent avoir conservé leurs caractéristiques militaires d'origine, à destination des sociétés de tir.
Ces fusils Gras modifiés Chasse étaient proposés à un tarif 3 fois plus bas qu'un fusil juxtaposé déjà démodé, presque 10 fois moins cher qu'un fusil du dernier cri.
Les modifications "chasse" ne paraissent pas exactement standardisées ; un grand nombre de variantes fut proposé, durant les décennies où ils furent en vente. Le bois était souvent retouché : pour amincir la crosse (sans forcément réduire la plaque de couche), et éventuellement dégager le canon en coupant le fût juste devant la grenadière.
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Le levier de culasse droit, propice au tir rapide de l'infanterie de ligne, était trop encombrant. Les culasses à levier coudé (carabines et mousquetons) n'étant certainement pas assez nombreuses, la plupart des leviers de fusil furent pliés et rognés pour leur donner approximativement l'apparence des leviers de carabine ou mousqueton (qui se reconnaissent par un striage en arcs de cercle sous le bouton, et par une forme généralement plus galbée).
Voici quelques extraits de catalogues des années 1910:
On pouvait avoir un canon choké pour un supplément de 6 frs, ou un nickelage de la culasse et des garnitures pour un supplément de 4 frs. La boîte de culasse Mle 1866 et 66-74 se distingue du Mle 1874 par le pan coupé à l'arrière de la boîte de culasse ; la boîte Mle 66-74 se distingue du Mle 1866 par la trace du déplacement vers l'arrière de la vis de ressort-gâchette.
Le bois Mle 1866-74 porte aussi cette trace, et sur le fusil un trou fait communiquer le logement de baguette avec le pontet (au bout duquel un écrou avait été rajouté, juste devant la vis AV de pontet) ; cet écrou et son logement sont absents sur toutes les versions de Chassepot.
Ces Gras-chasse ont indifféremment reçu la modification M-80, ou pas. Leur numérotation n'est d'ailleurs pas toujours homogène, et l'on trouve aisément des panachages (en particulier entre pièces modifiées 80 ou non, cette modification concernant la boîte de culasse et la tête de culasse), sans savoir s'ils datent de la modification ou s'ils se sont produits durant leur longue carrière.
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Attention à la loi. Jusqu'à présent le Gras, une fois modifié chasse passait en 5ème catégorie: Licence, permis, déclaration officielle de détention pour le proprio ou déclaration de changement de proprio (déjà autorisé à posséder une arme de chasse ou de tir) ....Qu'en est-il aujourd'hui ???? Quid de la nouvelle réglementation. En terme de législation, les différentes armes du système Gras (armes non "modifiées chasse") sont aujourd'hui classées en catégorie D§e ("Armes historiques et de collection dont le modèle date d'avant janvier 1900, sauf celles classées dans une autre catégorie en raison de leur dangerosité"), et peuvent donc être détenus par toute personne de plus de 18 ans.
| Modification | Description | Calibre |
|---|---|---|
| Alésage du canon | Transformation du canon pour un calibre de chasse | 24 (fréquent), 20, 16, 12 |
| Modification de la tête mobile | Adaptation pour les cartouches de chasse | Tous calibres |
| Retouche de l'extracteur | Adaptation pour les cartouches de chasse | Tous calibres |
| Suppression des éléments militaires | Retrait de la hausse, du guidon et du tenon de baïonnette | Tous calibres |
| Raccourcissement du canon et du bois | Réduction de la longueur totale de l'arme | Tous calibres |
| Modification du levier de culasse | Pliage et rognage pour une meilleure ergonomie | Tous calibres |
Les fusils Gras transformés chasse étaient particulièrement robustes. Si cet article conserve une valeur historique indéniable, la mise en place de la doctrine l’a rendu obsolète. Ces ambiguïtés de classement résultent de la complexité de l’histoire de l’armement individuel à la période de rapides progrès techniques qu’a représenté la charnière des 19 et 20e siècles.
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