Le rechargement des munitions est une activité qui permet de réaliser des économies substantielles et de personnaliser ses cartouches pour un usage spécifique. La préparation des étuis est une étape cruciale de ce processus. Parmi les outils disponibles, le désamorceur universel Lee est un choix populaire pour retirer les amorces usagées.
La préparation des étuis est une étape importante dans le processus de rechargement des munitions. Elle comprend plusieurs opérations, dont le désamorçage, le nettoyage, le recalibrage et la rectification de la longueur.
Avant un premier nettoyage, il est nécessaire de procéder au désamorçage de chaque étui. Après avoir fouillé mes stocks, je suis tombé sur une caisse remplie justement de douilles issues du chargement éponyme et provenant d’un même lot. Toutes les cartouches ont été tirées dans des chambres de Match d’un fusil français bien connu dont le nom du fabricant comporte trois lettres.
Pour le désamorçage, un désamorceur universel Lee monté sur une presse Forster Co-Ax est souvent utilisé. Elle a ma préférence pour cette opération : non seulement son système de mors permet une manipulation plus rapide qu’un Shell Holder classique, mais toutes les armorces sont récupérées dans un récipient évitant ainsi de souiller la presse ou de s’échapper sur le sol…
Il m’a fallu environ deux heures pour désamorcer, après décompte, les 1 400 douilles contenues dans la caisse (je ne pensais pas qu’il y en avait autant!).
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Une fois tous les étui désamorcés, un premier nettoyage intervient : avec un Tumbler humide en ce qui me concerne. Six « brassages » ont été nécessaires au vu de l’importance du nombre de douilles. Une fois passé au Tumbler humide, j’utilise un Tumbler classique avec des coquilles de noix concassées (et achetées à vil prix comme litière de piaf à l’animalerie du coin) pour sécher les douilles.
Deuxième opération de nettoyage des étuis ; cette fois-ci essentiellement pour retirer la pellicule de lubrifiant Dillon, les douilles brillent comme des sous neufs...
En préalable au réglage du recalibrage, quelques contrôles métrologiques s'imposent. Par mesure de précaution, je vérifie les valeurs de longueurs entre la base de la douille et l’épaulement de jauges GO, NO-GO et Field Forster avec un outil RCBS Precision Mic. J’aurai ainsi des valeurs de référence sur lesquelles me baser pour étalonner l’outil suivant.
Pour info, les relevés avec le P. MIC sont les suivants :
Je vérifie au passage une dizaine de cartouches Federal Premium Gold Medal de 175 gr. Les valeurs s’étalent de - 0,0005" à - 0.001,5".
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J’étalonne ensuite ma jauge Innovative Technology avec la jauge GO : celle-ci est donc mise à « zéro ».
Puis je vérifie si les mesures sont conformes à celles relevées avec la jauge P. Mic RCBS : tout va bien. Je préfère utiliser l’outil Innovative Technology car il est plus rapide à mettre en œuvre et limite les problèmes de mesures dues aux manipulations de l’utilisateur. En fonction de la force mise par celui-ci pour visser en butée le P. Mic sur l’épaulement, il peut y avoir des variations de lecture.
Choix d'une solution classique pour le recalibrage : matrice Redding Full Lengh type "S" à bushings interchangeables employée conjointement avec un jeu de Shell Holders Redding Competition. L'objectif est évidemment d'obtenir un refoulement de l'épaulement suffisant pour assurer un bon fonctionnement dans des armes chambrées en .308 Win avec des cotes conformes C.I.P. tout en minimisant l'action sur l'étui pour allonger sa durée de vie. S'agissant d'un lot conséquent et "passe-partout", j'ai laissé en place l'olive de recalibrage interne.
Le choix du Shell Holder se fait alors de façon très simple.
Il suffit de prendre le plus haut, puis de procéder au recalibrage intégral avec la matrice Redding dont la base est fermement en contact avec le SH. On mesure ensuite le refoulement de l'épaulement avec la jauge Innovative Technologie. Si ce refoulement est insuffisant, on passe au SH suivant un peu plus court, et ainsi de suite jusqu'à tomber sur la bonne valeur. Un échantillon d'au moins 5 douilles est nécessaire pour avoir une mesure fiable.
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Pour la lubrification, je ne m’embête plus : c'est du Dillon, 2 pulvérisations suffisent pour efficacité avérée...Et c'est parti pour le recalibrage, comptez deux heures et demie pour 1 400 douilles...
Pendant l'opération de recalibrage, je vérifie de temps en temps la valeur de refoulement de l'épaulement. Pour ce lot de douille, j'ai choisit d'avoir un refoulement de 0.0005 à 0.001" : ne vous fiez pas à ce qu'il y a marqué sur le comparateur, c'est un autre lot d'étuis...
Opération suivante : la rectification en longueur des étuis. Avec un tel volume, rien de mieux que le Giraud Tool. Mais sur mon exemplaire, il me faut d'abord changer la fraise de coupe.
Pour gagner du temps, j'ai plusieurs fraises de coupe préalablement réglées pour les diamètres les plus courants.
Une fois le Case Holder en place, c'est parti pour la rectification en longueur... Durée de l'opération pour les 1 400 douilles, environ 2 heure 45.
Un exemple de la quantité de laiton retirée suite à l'opération de raccourcissement de 750 étuis : c'est à comparer avec la quantité retirée par l'effet de polissage des aiguilles inox des Tumbler humides pour les anxieux du système...
La longueur maxi C.I.P. de la cote L3 est de 51,18 mm, mais j'ai préféré prendre une petite marge supplémentaire...
Dans le lot des vérifications, le résultat obtenu avec le raccourcissement Giraud est tout à fait satisfaisante avec un écart maxi de 0.02 mm.
Pour la prise de mesure, j'ai utilisé une touche plate. On remarquera la finition obtenue avec le raccourcissement Giraud : ébavurage extérieur et chanfrein intérieur type VLD très propre.
Vérification suivante : la concentricité des collets. Pour cela j'utile le meilleur banc que j'ai jamais connu, merci à son heureux propriétaire qui me le prête sur le (très, très) long terme... Le battement maximum est de 0.002'' pris sur une cinquantaine d'étuis. Alors que le battement maximum sur les cartouches manufacturées Federal Gold Medal de 175 gr est de 0.0035"...
Avec ce banc, l'opérateur n'est pas en contact avec l'étui lors de la prise de mesure, il se contente de manipuler la molette de droite toujours dans le même sens. Les rouleaux sont légèrement inclinés pour que la pièce ait une tension légère et constante sur sa butée arrière.
Dernière opération de vérification : la variation de l'épaisseur du collet. Evidemment je n'ai constaté strictement aucun changement avant et après utilisation du Tumbler humide. Ici la variation maxi est inférieure à 0.015 mm sur une vingtaine d'étuis.
Cette vérification s'effectue avec un comparateur dont une touche est plate, et l'autre ovale. Une autre appellation est micromètre d'épaisseur de tube.
Dernière opération avant l'amorçage, l'inspection de l'évent d'amorçage des étuis Federal Gold Medal tirés une fois. J'ai utilisé le dernier endoscope Teslong rigide dont j'ai retiré le miroir à 45°.
Je vous laisse admirer le spectacle : nul doute que ces évents sont obtenus par emboutissage et non par perçage...
Comme il s'agit de m'occuper durant cette période de confinement, j'ai décidé de procéder à la rectification de l'intérieur de l'étui en effectuant un léger chanfrein au débouché de l'évent d'amorçage et en reprenant tout aussi légèrement son diamètre. Ce n'est pas une opération essentielle, mais bon, puisque j'ai du temps...
Pour cela j'utilise des outils K&M depuis plus de 20 ans avec toujours autant de bons résultats.
Je monte l'outil K&M dans le mandrin de mon petit tour Emco, avec une vitesse de 150 tours/minute, il me faut quand même près de 3 h 15 pour traiter les 1 400 étuis. Voilà la quantité de laiton encore enlevée...
Et le résultat après rectification...
Parmi les opérations les plus chronophages, il y a celle de l’amorçage. Évidemment, je pourrai choisir un système plus automatisé, mais je reste fidèle à l’amorceur manuel K&M. Il permet d’avoir une excellente sensibilité et d’enfoncer l’amorce juste ce qu’il faut et surtout de façon constante.
Mais ça prend du temps, tant mieux, il s’agit de s’occuper pendant cette période de confinement…
Le choix de la balle et de la poudre est crucial pour obtenir les performances souhaitées lors du rechargement des munitions.
Le but étant de répliquer la cartouche Federal Premium Gold Medal, le choix devrait se porter naturellement sur la balle Sierra Matchking #2200 de 168 gr. Malheureusement avec les prix pratiqués aujourd’hui, (plus de 55 € la boite quand on arrive à en trouver), j’ai reporté mon dévolu sur une balle équivalente : la Hornady HPBT #30501, elle aussi de 168 gr. J’en avais testé une boîte il y a quelque temps, si la précision restait tout à fait comparable à la Sierra, son coefficient balistique est donné comme légèrement meilleur (ce qui restera à démontrer avec le LabRadar). J’espère que la balle Hornady aura une stabilité dynamique dans le domaine transsonique supérieure à la Sierra qui a une tendance à ballotter dans la zone des 600 - 700 m en fonction de sa vitesse initiale...
Les données de Bryan LITZ sur ces deux projectiles tirées de la dernière édition de Ballistic Performances of Rifle Bullets :
Puis vient le choix de la poudre. Je dispose de plusieurs doseuses électroniques même si aujourd’hui je n’utilise plus que la RCBS ChargeMaster Lite. Cependant si le temps passé à amorcer les étuis restait encore raisonnable (plus de 2 heures quand même pour 1 000 douilles), la délivrance d’un millier de charges, c’est une autre affaire.
Se pose alors le choix de la poudre… En .308 Win, en fonction des armes et des poids de projectiles, j’utilise de la Vihtavuori N140, N150 et N540, ou de la RS52. Il s’agit de poudres tubulaires qui malheureusement passent relativement mal dans les chambres des doseuses manuelles. C’est pourquoi pour des chargements précis, j’emploie une doseuse électronique.
Mais pour gagner du temps, j’ai choisi une poudre bien française (ou plutôt belge…), que j‘avais déjà utilisée avec un certain succès en .300 Savage, .308 ESP MKII et .308 Win : la Vectan SP9. Sous l’appellation Gb Se 85, c’est une poudre double base de type sphérique couramment utilisée pour les munitions de 5,56 et 7,62 OTAN. Elle est censée mieux passer dans une doseuse volumétrique...
La vitesse moyenne du chargement Federal Premium Gold Medal de 168 gr est de 790 à 805 m/s en fonction des n° de lot et du vecteur de lancement. Des précédents rechargements avec la SP9 et cette même balle Sierra Matchking #2200 de 168 gr m’ont donné des vitesses comparables dans les mêmes conditions de tir avec une charge de 2,75 grammes.
Deux simulations QuickLoad avec les balles Sierra Matchking #2200 de 168 gr et Hornady HPBT #30501 de 168 gr…
Mais la SP9 passe-t-elle effectivement mieux dans la doseuse qu’une tubulaire ?
Petit test pour le vérifier. Je vais utiliser pour ce faire une doseuse Redding 3BR ainsi que trois balances électroniques : celle de la RCBS ChargeMaster Lite avec une résolution de 0,01 g, une Acculab Vic 123 de Sartorius avec une résolution de 0,001 g et une chinoiserie dont le rapport qualité prix me sidère : elle fait quasiment aussi bien que l’Acculab, mais pour un prix 10 fois inférieur…
D’abord calibrage de l’ensemble des balances après les avoir mises sous tension pendant une bonne demi-heure comme je le fais habituellement. Pour cela j’utilise les deux masses étalons de 50 g chacune de la doseuse RCBS, puis celles de 100 gr de l’Acculab et de la chinoise. Il subsiste une différence de 0,001 g entre la chinoiserie et celle de l’Acculab, pas trop mal…
La qualité du matériel Lee est un sujet de discussion récurrent parmi les rechargeurs. Certains utilisateurs louent l'innovation et le prix abordable de la marque, tandis que d'autres déplorent une qualité en baisse et une durabilité limitée.
Certains utilisateurs ont rencontré des problèmes avec l'aiguille de désamorçage qui se plie ou se casse, ainsi qu'avec l'usure prématurée de certaines pièces. Il est important de noter que ces problèmes ne sont pas systématiques et que de nombreux rechargeurs utilisent le matériel Lee avec satisfaction depuis des années.
Pour minimiser les risques de problèmes, il est conseillé de bien serrer les écrous, de vérifier régulièrement l'état des pièces et de se constituer un petit stock de consommables.
Le rechargement des munitions est une activité qui requiert une grande attention et le respect de certaines règles de sécurité.
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