Mitholz, un petit village de montagne suisse, est aujourd'hui rattrapé par son passé tragique. En Suisse, un petit village va devoir être évacué pendant au moins dix ans. Un dépôt de munition, enfoui sous la montagne, menace d'exploser et malgré le risque, les habitants sont déchirés à l'idée de devoir partir. C'est un petit village de montagne, comme la Suisse en compte par centaine, mais qui derrière ses airs paisibles, renferme une bombe à retardement. Mitholz et ses 170 habitants vivent sous la menace de 3 600 tonnes de munitions explosives, piégées au cœur de la falaise. Roman Lanz et l’État suisse ont fait un choix unique au monde. Tous les habitants devront partir pour au moins quinze ans, le temps nécessaire pour déminer la montagne.
Mitholz est aujourd'hui rattrapé par son passé tragique. Théâtre d'un des pires accidents militaires de l'histoire suisse en 1947, la moitié des 7 000 tonnes de munitions stockées dans la falaise surplombant le village explose. Pour des raisons encore inconnues, neuf personnes sont mortes. À l'époque, on croyait le pire passé, mais en 2018, une inspection du site par l'armée sonne l'alerte. Le danger a été sous-évalué. Une nouvelle explosion aussi puissante peut se reproduire.
Dans des classeurs, des centaines de documents et d'articles doivent être gardés. Des habitantes souhaitent que l'histoire du village soit transmise aux futures générations. Régine et son mari refusent toujours de quitter le village, mais auront-ils le choix ? D'autres, par contre, se sont résigné.
Les menaces pesant sur la sécurité européenne dès la fin des années 1920 engagent le réarmement des nations. À l’instar de la Belgique déclarée neutre, la Suisse se réarme à partir de juin 1936, avec l’adoption, par le peuple et les Chambres, du crédit « V. L. I. » de 235 millions de francs renforçant la défense nationale. À la suite de la guerre d’Espagne et de l’Anschluss, le conseiller fédéral Rudolf Minger responsable du Département militaire fédéral (DMF) fait voter par le Parlement l’augmentation de ses dépenses. À l’inverse des pays européens, la Suisse est restée à l’écart de la Seconde Guerre mondiale.
Sur le plan du réarmement, son bilan est prodigieux ; il a offert à sa patrie les moyens de combler les lacunes d’avant-guerre. Le 20 août 1945, le général Guisan démissionne de son commandement. Entre 1939 et 1945, la production de pièces antichars est passée de 898 à 5 974, celle des canons antiaériens légers de 36 à 3 365, celle des canons antiaériens lourds de 8 à 274 et celle des avions de 216 unités à 530 unités. En luttant contre le chômage et les désordres sociaux, la production d’armements a aussi permis de garantir la survie économique de la Suisse moins directement soumise au blocus économique limitant l’importation de matières premières et de nourriture.
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Si certains lacs français ont été l’objet de déversement de munitions durant les deux conflits mondiaux, la logique de dépôt fut différente en Suisse. Sur le plan politique, l’interdiction d’exportation d’armes dans le contexte de la Guerre froide est réaffirmée comme le moyen de garantir la neutralité suisse. Sur le plan technique, les stocks d’armes surabondants du réarmement sont désormais obsolètes. Sur le plan économique, la conservation de cet armement ne fait aucun sens. Sur le plan sécuritaire, ces munitions peuvent se révéler dangereuses pour les populations. Le 4 mars 1948, le DMF demande au Conseil fédéral l’autorisation de pouvoir éliminer « des grands stocks de vieilles munitions périmées (et donc dangereuses) et de munitions ayant perdu toute valeur militaire, soit en les immergeant dans les lacs, soit en les recyclant ».
Le Conseil fédéral est chargé de repêcher et d'éliminer les munitions ou les résidus d'explosifs déposés au fond des lacs suisses - on connaît surtout les cas du lac de Thoune et du lac de Brienz - dans la mesure où ils représentent un danger potentiel pour les êtres humains et les animaux. Entre 1945 et 1964, l'armée suisse a enfoui, notamment au fond des lacs de Thoune et de Brienz, des bombes d'aviation, des grenades, des cartouches usuelles et des résidus d'explosifs. Selon les indications du DDPS, il s'agit d'environ 3000 tonnes de matériel, à savoir 2000 tonnes de métal et 1000 tonnes d'explosifs, dont environ 500 tonnes de TNT (trinitrotoluène, trotyl) et 500 tonnes d'autres substances explosives.
Le 21 février 1945, le gouvernement provisoire transférait le corps des démineurs, préalablement rattaché au ministère de l’Agriculture ou des Armées, au ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. De même, bien qu’un représentant du Service technique militaire ait visité en 1947 un centre ad hoc allié en Belgique, cette mission ne marque pas les esprits compte tenu des coûts d’investissement à engager, par ailleurs préalablement condamnés par le Conseil fédéral bailleur de fonds obligé. En y déposant des munitions obsolètes, l’armée s’inscrivait dans un processus admis de tous et bien rodé depuis près de cinquante ans ; celui d’empiler des munitions sur des dépôts préexistants.
Pour des raisons de sécurité préventive, le largage des munitions dans des zones d’immersion préalablement définies est rapidement mené. Il fut préconisé de les immerger en eaux profondes - à plus de vingt mètres - et loin des rives. Des découvertes attestent néanmoins que certaines d’entre elles ont été conduites à proximité du rivage en utilisant les pontons existants. Le largage se poursuit à un rythme irrégulier jusqu’aux années 1960. Les ultimes immersions se déroulent en 1963 dans le lac de Thoune et en 1967 dans le lac d’Uri.
Le dépôt des munitions dans les lacs n’existe ni en termes de problème ni en termes de risque. Le secret ayant été bien assuré, l’opinion publique n’est pas alertée. Elle le sera seulement quelque vingt ans plus tard à l’occasion de leur découverte au fond des lacs, notamment par des plongeurs amateurs. Le temps s’écoulant, le secret ayant régi l’opération produit l’oubli du côté des opérateurs et des institutions publiques. Les souvenirs s’estompent et la mémoire disparaît.
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Au niveau des premières se situe la progressive conscientisation des questions environnementales. Cette dernière s’enracine dans les enjeux de développement que pose à la Suisse la limitation de son territoire et de ses ressources. La première référence à la protection de l’environnement émane de la Constitution fédérale originelle du 29 mai 1874, et plus précisément de son article 24 al.2 : « Elle [la Confédération] décrétera les mesures nécessaires pour assurer […] la conservation des forêts existantes ».
Jusqu'à présent le DDPS avait estimé que, tant que l'eau du lac n'était pas polluée, il n'était pas nécessaire de traiter les décharges par des mesures techniques, voire de les éliminer. Il faut toutefois considérer que ces munitions sont exposées à une corrosion permanente. Plus on attendra pour le repêchage, plus ces substances toxiques risqueront de créer des problèmes environnementaux.
Une vaste étude est en cours pour essayer de déterminer les causes de ce phénomène. Il n'est pas encore clair si les restes de munitions ont joué un rôle à cet égard. Indépendamment des résultats de cette étude, il est cependant inévitable de repêcher ces munitions dans la mesure où elles représentent un danger latent pour quelque 400 000 personnes dont l'eau potable provient directement ou indirectement du lac de Thoune et du lac de Brienz. Leur élimination est en outre urgente pour des raisons touristiques, afin que l'image des lacs de Thoune et de Brienz, connus pour leur propreté, ne soit pas ternie.
Les enquêtes effectuées à ce jour dans les lacs de Thoune et de Brienz ont montré qu'il est difficile et onéreux de localiser les dépôts avec précision et de fournir des chiffres exacts sur les quantités des différents matériaux. De 1993 à 1995, les munitions du lac de Thoune ont fait l'objet d'examens détaillés. Une estimation a montré qu'environ 3000 tonnes de munitions et de résidus de munitions avaient été immergés dans le lac de Thoune.
Dans les mois à venir, tous les lacs suisses importants feront l'objet d'une enquête systématique. L'ensemble des indications concernant des dépôts de munitions et autre matériel d'armée dans les lacs suisses seront consignés dans un rapport. Par ailleurs, les lacs, qui ont été utilisés comme zones de but pour des exercices de tir de l'armée, seront recensés.
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Le danger potentiel que représentent, d'une part, les munitions déposées sur le fond du lac et, d'autre part, le processus de récupération, exige impérativement un examen des intérêts en jeu. Dès lors, une décision ne pourra être prise quant à une récupération que lorsque les résultats sur les dangers pour l'équilibre écologique seront disponibles et que les différentes méthodes auront été examinées.
Aujourd'hui encore, la montagne porte des marques d’une explosion de munitions entreposées dans le dépôt. C’était en 1947. Les 170 habitants de Mitholz, en Suisse, vont-ils devoir quitter leur village ? Ils pourraient être forcés à l’exil, pendant au moins dix ans. La raison ? Un dépôt de munitions enfoui sous les montagnes qui entourent les lieux. Les autorités helvétiques veulent mener des travaux de déblaiement du site.
| Lac | Quantité estimée de munitions immergées |
|---|---|
| Lac de Thoune | Environ 1290 tonnes |
| Lac de Brienz | Environ 280 tonnes |
| Lac d'Uri | Environ 500 tonnes |
| Lac des Quatre-Cantons (bassin de Gersau) | Environ 530 tonnes |
| Total | Environ 2600 tonnes |
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