La résistance à l'occupant est un phénomène progressif. Au début de l’année 1944, l’étau se resserre de plus en plus sur la France occupée où les Alliés opèrent de nombreux bombardements.
Ces opérations aériennes s’accompagnent également de mitraillages, de largages de tracts, mais aussi de parachutages afin d’armer et de ravitailler la Résistance en prévision des combats de la Libération.
Alertée par M. Ribes, propriétaire du domaine de Bourdichou, la gendarmerie crut d'abord qu'il s'agissait d'une affaire banale lorsqu'il leur signala l'existence d'un dépôt d'armes dans son puits. Deux ans après la Libération en décembre 1947, il n'était pas anormal de retrouver des munitions dans la campagne.
Lorsque les militaires arrivèrent sur les lieux ils durent faire intervenir une compagnie du Génie afin d'assécher la citerne. Une fois l'opération effectuée, ils découvrirent un entassement de caisses à l'intérieur de celle-ci.
Ce ne fut pas chose commode que de remonter à la surface trois tonnes de cartouches, 400 grenades, détonateurs, chargeurs, bandes de mitrailleuses, baïonnettes. L'enquête ne permit pas d'obtenir des renseignements auprès des fermiers de Bourdichou ; ils n'occupaient les bâtiments que depuis la Toussaint.
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En revanche, leurs prédécesseurs, deux sujets espagnols Pena et Penarver, semblèrent mieux informés. D'après eux, cet arsenal aurait été réuni en 1944 par les guérilleros qui vivaient dans le maquis tout proche. Après la Libération, ils avaient rassemblés les munitions à la ferme et les deux espagnols en avaient la garde.
Durant l'automne 1947, ils informèrent leur chef qu'ils allaient quitter le domaine. Selon les deux fermiers ibériques, Franncisco Merino âgé de 35 ans en savait davantage. Ce dernier entra en France en 1939 et demeura à Carcassonne à partir de 1946.
Le chef suprême habitait Toulouse et exerçait son autorité sur tous les anciens "guerrilleros" espagnols du Midi de la France. Cet épisode oublié de l'après-guerre démontre que, si les communistes du maquis FTP Faïta ne recevaient pas d'armes parachutées, d'autres savaient les trouver.
On peut s'interroger sur les raisons pour lesquelles, ces combattants ont gardé cet arsenal dans ce puits après la Libération.
Par conséquent, dès le mois de mars 1944, les responsables de l’Armée Secrète (A.S.) de l’Aisne, rassemblés à Saint-Quentin en présence du Délégué Militaire Régional (D.M.R.) Raymond Fassin (1914-1945) et du Délégué Militaire Départemental (D.M.D.) Jean Marie de Sarrazin (1911-1972), constituent cinq groupements dans le département afin d’organiser l’action des Forces Françaises de l’Intérieur naissantes aux côtés des alliés le moment venu.
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Cette nouvelle organisation, qui assure notamment à tous les groupes de recevoir des armes, des munitions et du matériel le moment venu grâce à des parachutages que réceptionne le Bureau des Opérations Aériennes (B.O.A.), vise à renforcer l'efficacité de la résistance en vue de la Libération.
C’est ainsi que le Groupement C voit le jour, sous la direction du capitaine Jean Merlin, couvrant l’arrondissement de Vervins.
A l’origine, le maquis qui se constitue dans la forêt du Régnaval était destiné d’après le capitaine Lavigne, à accueillir les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) et offrir une base de repli aux résistants qui risqueraient d’être arrêtés au moment de la Libération.
Le 20 juillet 1944, le capitaine Malecot, chef départemental O.R.A., et le D.M.D., le commandant De Sarrazin, demandent au lieutenant Lavigne, promu pour l’occasion capitaine, de faire du maquis d’Erloy une structure logistique susceptible d’organiser des unités combattantes.
La question de l’armement, dont le manque est partout criant, est immédiatement soulevée par le capitaine Lavigne, et un parachutage est promis.
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Mais pour se préparer au combat il faut surtout des armes, et depuis la destruction du stock du maquis de La Coupille le 7 juillet 1944, les armes disponibles se font rares dans la vallée de l’Oise.
Au milieu du mois d’août 1944, le capitaine Lavigne rend compte au chef départemental qu’il a pu rassembler les effectifs demandés (environ 85 hommes et femmes), mais qu’il ne dispose d’aucun armement valable.
En effet, un train de prisonniers russes est bombardé à Marle et de nombreux prisonniers en profitent pour s’évader et se dispersent dans la campagne. Pris en charge par les résistants, un groupe de 60 évadés arrive le 12 août près d’Erloy, conduits par le sergent-chef Lalouette (sous-officier de réserve).
Sous la responsabilité du sergent-chef Lalouette qui parle allemand et peut échanger avec les officiers russes, le « maquis russe » voit ainsi le jour, mais compromet grandement la possibilité de mobiliser le maquis O.R.A. le moment venu, puisque les installations et les vivres rassemblées depuis deux mois vont devoir servir plus tôt que prévu.
Dès 8h, les guetteurs placés à l’entrée du village d’Erloy signalent l’arrivée d’un détachement allemand avec deux blindés. L’ordre de repli vers la forêt est alors immédiatement donné, et tout le matériel important est emmené dans les bois par les maquisards, sous la protection du seul fusil-mitrailleur en état de fonctionner, servi par l’adjudant Ribeaux.
Il faut attendre le 31 août dans la soirée pour qu’un véhicule venant d’Etreux apporte 3 fusils-mitrailleurs, 6 pistolets-mitrailleurs et 23 fusils, qui ne couvriront d’ailleurs pas les besoins, et nécessiteront d’être dégraissés et assemblés avant d’être utilisables, puisque provenant directement d’un parachutage.
La résistance à l’occupant est un phénomène progressif. La population passera de la résignation de 1940 à la passivité des années 41 à 43 puis à l’hostilité déclarée de 1944.
Il s’agit de casser à la masse les poteaux indicateurs en fonte qui sont sur les routes de manière à compliquer la circulation des nombreux véhicules allemands. Petit à petit on parle de s’armer, mais avec quoi ?
Quelques fusils de chasse n’avaient pas été remis en mairie comme l’exigeait l’occupant ; un ou deux fusils de guerre également c’est-à-dire presque rien pour agir.
Les armes sont en Angleterre, pays qui ne sait presque rien de la résistance naissante car il n’y a pas de moyen de communication. Des agents français sont formés sous l’uniforme anglais puis déposés en France en civil par de petits avions Lysander.
En Eure et Loir, André Gagnon va créer les conditions des futurs parachutages au sein du Bureau des Opérations Aériennes dépendant des services gaullistes de Londres.
Les résistants où qu’ils soient, écoutent la BBC aux heures convenues et dès que l’annonce est faite, ils rejoignent le terrain choisi avec attelage et charrettes. Il faut se signaler au sol pour guider les avions et c’est difficile avec les torchesélectriques réparties en position de flèche. De plus, il faut une nuit sans nuages.
Au sol il y a le capitaine Pierre JEROME (Gérard Dedieu), Jules Divers (Les Chaises) ainsi que Bonnin , Confais (Saulnières) , Raymond Dive et Fernand Montet (Crucey), ANATOLE (Joseph Le Noc) de La Ferté Vidame et SINCLAIR (Maurice Clavel) le Chef départemental de la Résistance.
Au sol un radar démontable (EUREKA) est branché sur une antenne mobile qui émet un signal puissant grâce à une batterie et l’avion perçoit le signal quasiment depuis son décollage en Angleterre. Cet appareil est si précieux qu’il a été piégé au montage pour éviter qu’il tombe intact aux mains de l’ennemi.
Les armes sont là. Il y a des mitraillettes STEN, des fusils mitrailleurs BREN, des mines anti chars, des grenades, et des crottins avec toute la panoplie des crayons allumeurs.
Au début de l’année 1944, l’étau se resserre de plus en plus sur la France occupée où les Alliés opèrent de nombreux bombardements. Ces opérations aériennes s’accompagnent également de mitraillages, de largages de tracts, mais aussi de parachutages afin d’armer et de ravitailler la Résistance en prévision des combats de la Libération.
Pour réceptionner les parachutes, en accord avec les Alliés, les résistants sélectionnent des terrains éloignés des agglomérations ayant un relief plat et dégagé, ce qui permet une évacuation rapide du matériel.
Sélectionnée par les résistants du secteur en janvier1944, cette zone est désormais désignée « Rabelais » en langage codé.
Le 17 mars 1944, quelques jours après le premier parachutage réussi, une nouvelle opération est entreprise sur Rabelais. Vers 18 heures 30, des avions survolent le secteur avant de larguer des containers.
D’origine américaine, l’ensemble du matériel est retrouvé entre deux vignes. Il s’agit de six cents cartouches et de cinq mitraillettes (endommagées lors de l’atterrissage).
Le 5 avril suivant, une action similaire à celle du 17 mars est menée sur Rabelais. La mission est un succès et passe totalement inaperçue aux yeux des soldats allemands.
| Date | Lieu | Description |
|---|---|---|
| Février 1944 | Rabelais | Opérations échouées à cause du balisage insuffisant |
| 12-13 mars 1944 | Rabelais | Première opération réussie, largage de paquets et containers |
| 17 mars 1944 | Rabelais | Largage de containers, découverte de munitions et mitraillettes par les Allemands |
| 5 avril 1944 | Rabelais | Mission réussie, inaperçue des Allemands |
Dans la nuit du 11 au 12 mai 1944, des soldats allemands occupant Caux sont sur le qui vive. Du haut d’une tour de guet construite à proximité de l’actuelle avenue de Mougères, ils scrutent l’horizon.
Peu avant l’aube, des moteurs d’avion se font soudain entendre. Ce sont des appareils anglais dont les pilotes larguent du matériel (quinze containers et dix paquets).
Alors qu’ils avaient visé la zone désignée par les résistants, une série d’erreurs fait que les parachutes s’échouent en divers points, dans des vignes.
Malgré la pénombre, à proximité d’un ruisseau asséché surnommé la « Mère des Étangs », les hommes - originaires de Caux et des communes voisines de Nizas, Neffiès et Pézenas - réussissent à mettre la main sur plusieurs parachutes qui sont cachés en toute hâte sous des branchages.
Une fois la besogne accomplie, bien que des colis soient encore éparpillés, ils se séparent au plus vite et prennent la direction de leurs domiciles car ils se doutent que des manœuvres allemandes sont en cours.
Les résistants sont cernés par les militaires qui, sans les fouiller, décident de les conduire à la mairie.
Les résistants expliquent qu’ils étaient bien sur le Causse en fin de nuit mais qu’ils n’ont aucun lien avec les parachutages alliés. Ils entendaient simplement vérifier des pièges qu’ils avaient posés dans une vigne quelques jours auparavant.
La seule présence de ces hommes près du lieu des parachutages, à une heure aussi matinale, suffit à faire d’eux des suspects de premier ordre. Toutefois, comme on ne les a pas pris en flagrant délit et qu’ils ne portent rien de compromettant sur eux, il est finalement décidé de les relâcher après qu’ils ont montré aux militaires comment fabriquer et poser un piège.
Dans le même temps, d’autres patrouilles allemandes dépêchées sur le Causse découvrent trois ballonnets. Au total, près d’une tonne de munitions est accrochée aux parachutes.
Informé, le commandement allemand dépêche de nouveaux hommes pour accentuer les recherches.
Les trois hommes arrivent dans le camp du maquis Bir-Hakeim et exposent la situation. Le capitaine Paul DEMARNE étant absent, des subalternes décident d’agir.
Aussitôt, une quarantaine de maquisards selon Gérard BOULADOU, une quinzaine si l’on en croit les rapports des autorités françaises, se mettent en route en direction de Caux.
Le combat dure environ une heure. Sans que nous ayons pu définir les circonstances exactes, le lieutenant Jean LUCAS est mortellement blessé. Un autre de ses compagnons est quant à lui grièvement atteint.
Les hommes du maquis Bir-Hakeim s’emparent du matériel et quittent les lieux au plus vite en direction de Nizas où ils demandent aux autorités locales de procéder à l’inhumation du corps de Jean LUCAS.
Pour sécuriser le village et le Causse où les résistants ont été les plus forts, le commandant allemand demande des renforts. Plusieurs centaines de soldats sont dépêchés depuis Pézenas et Béziers.
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