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« Il n’est point de vrai chasseur qui n’ait d’égard pour le gibier. Et c’est pour lui règle d’honneur, de l’aimer et le protéger. » En dehors des magnifiques traditions de la vénerie française réservée à une minorité qui exerce son noble sport dans des conditions tout à fait particulières, il n’existe sur le territoire national français de tradition au sens propre du terme.

En fait la démocratisation de la chasse les a fait disparaître à partir de la révolution, exceptée toutefois celle de la fauconnerie qui revit de ces cendres et reste réservée à quelques très rares initiés. Mais tandis qu’en France on commençait à tirer n’importe quoi et n’importe comment, et que souvent ceux qui commettaient le plus d’infractions étaient les plus admirés, s’instaurait en Europe un art cynégétique qui est maintenant considéré comme une culture importante. Les Alsaciens et les Lorrains doivent au hasard de leur histoire d’avoir étés initiés.

Cette culture et ces traditions sont devenues maintenant inséparables de l’exercice de la chasse et c’est parce que l’on constate souvent chez nos compatriotes et compagnons une méconnaissance partielle ou totale de ces coutumes que je crois nécessaire dans le cadre de cet article, d’en rappeler l’essentiel. N’est pas « Waidmännisch » qui veut.

Il n’est pas suffisant pour être considéré comme « Waidmännisch » (respectueux de l’éthique de chasse d’appartenir à un club, une association, voire un ordre ou de s’habiller en vert et de porter son fusil à l’allemande. Est «Waidmännisch » celui qui suit les traditions léguées par nos père et les respecte au même titre que les lois.

Est « Waidmännisch » encore, celui qui montre du cœur pour la nature et ses créatures et ne se laisse pas entraîner par une passion dévorante ou par l’excitation du tir, mais sait plutôt se dominer et renoncer quant il le faut, en respectant strictement son plan de tir. En fait la chasse ne doit jamais être pour le chasseur une distraction, mais l’exercice responsable de l’art de la chasse, et la culture du chasseur se révèle essentiellement par sa connaissance parfaite des traditions.

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Les Coutumes et Leur Langage

Les coutumes de la chasse sont aussi anciennes que la chasse elle même. La langue utilisée, les brisées, la bonne disposition du tableau de chasse, les signaux et l’art de vider correctement le gibier tué font tous partie intégrante de ces usages traditionnels. Le vocabulaire de la chasse et une langue extrêmement imagée et explicite. C’est la « waidmannsprache », qui rapproche les chasseurs entre eux et fortifie leurs sentiments de solidarité.

Celui qui oserait nier sa valeur se renierait lui-même ; la chasse et son langage sont, en fait, inséparables.

Les Brisées « Bruch »

Ce sont des branchettes - cassées et non coupée - de certaines essences de bois qui ont des significations diverses, telles que la marque symbolique de la dernière bouchée du gibier. Elles peuvent aussi devenir des marques de distinction (honneur au tireur ou honneur au tableau de chasse). Elles servent encore à donner des informations précieuses pour indiquer par exemple l’endroit exact ou un animal a été blessé.

Lors des réceptions officielles, comme la st Hubert ou l’enterrement d’un chasseur, la brisée est portée en tant qu’insigne distinctif et se place sur le coté gauche du chapeau. Lors de la mise en tombeau, les chasseurs tiennent les chapeaux avec la main droite pendant qu’ils saisissent la brisée de la main gauche, la portent sur le cœur et la jettent ensuite dans la tombe en dernier hommage. Le cor sonne alors le dernier hallali et a la fin de la chasse.

Pour les honneurs au gibier, on utilise les essences de bois suivante : chêne, hêtre, épicéa, pin, sapin, à l’exclusion de tout autre. Seuls les gibiers à sabots, renards, marmottes, coqs de bruyère et coqs de bouleaux son honorés par la cérémonie du « Bruch ». La dernière bouchée n’est donnée qu’aux animaux mâles à sabots et au coqs de bruyère.

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Une belle tradition consiste également à offrir au jeune chasseur qui a tiré son premier lièvre le bout de la queue à porter sur son chapeau, et à celui qui a abattu sin premier sanglier, à coté du « Bruch », les soies de l’animal.

La brisée destinée au tireur est trempée légèrement dans le sang de du gibier abattu et remise posée sur la lame du couteau à vider ou sur le chapeau de celui qui l’offre avec le salut « waidmannsheil ». Le tireur prend alors la brisée de la main gauche, remercie avec l’expression « waidmanndank » la fixe sur le coté droit de son chapeau.

Lors des battues, c’est l’adjudicataire qui remet les brisées des tireurs. Lors de chasses solitaires, c’est le garde ou celui qui conduit la chasse. Mis si il s’agit de recherche au sang, la brisée est remise au tireur par le conducteur du chien. Le tireur ne doit pas oublier d’en séparer une partie qu’il offre à son tour au conducteur du chien : celui-ci fixe la brisée au collier de l’animal.

Pour cette très belle coutume, le conducteur du chien et le chien prennent part aux honneurs. A noter aussi que la brisée est portée uniquement le jour ou la pièce a été abattue et que tout chasseur de grand gibier en battue ou en chasse en solitaire, doit vider la pièce lui-même sur place. Il est en règle que les choses se passent ainsi et ce serait manquer gravement aux traditions d’ignorer ce devoir.

Le Tableau de Chasse

La disposition du tableau de chasse est le dernier hommage rendu au gibier par les chasseurs. Le tableau clôture les chasses en groupe (battues), mais il peut également, à, titre exceptionnel figurer dans les chasses en solitaire. Le gibier doit être posé vidé et couché sur le coté droit.

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La brisée est posée sur l’épaule gauche de chaque gibier à sabot. La cassure est dirigée vers la tête pour les mâles, vers l’arrière pour les femelles. L’adjudicataire se tient avec les chasseurs face au gibier. Il est strictement interdit, voire particulièrement injurieux, avant ou après les honneurs d’enjamber l’une ou l’autre pièces étendues sur le sol.

Les traqueurs, les sonneurs et conducteur de chien sont placés en face de l’adjudicataire et des chasseurs qui portent leur fusil sur l’épaule gauche. Le directeur de chasse rend compte à voix haute des résultats du tableau de la journée de chasse à l’adjudicataire. Celui-ci remercie Saint Hubert ainsi que les tireurs et les traqueurs.

Après son discours de clôture, l’adjudicataire remet le « bruch » à chacun des tireurs et fait rendre les honneurs par les sonneries : Mort du cerf, Mort du Sanglier, …selon les pièces au tableau. Pour les battues au petit gibier sont sonnés également : Mort du Lièvre, mort du Lapin et du gibier à plumes… toujours selon les résultats de la journée de chasse. Après le dernier signal sont sonnés Hallali et Fin de la Chasse.

Le cor de chasse utilisé est le « fürst pless » et il se porte sur le coté droit, fixé à l’entrave. Parallèlement aux sonneries il en existe toute une série destinées au déroulement de la chasse en battue ; Bienvenue, la chasse est ouverte, appel, traqueurs dans le cercle, ne pas tirer, traquez doucement, traquez avec voix, traquez sans voix, rassemblement des chasseurs, rassemblement des traqueurs, au repas.

Revenons au tableau pour indiquer que durant sa présentation on allume un feu et on prévoit l’éclairage avec des flambeaux. Il est également dans les traditions de ne pas se disperser immédiatement en fin de chasse, mais au contraire de passer quelques heures à discuter avec les camarades de chasse. Celui qui ne participe pas à ces discussions sans présenter une excuse impérieuse sera soupçonné de n’avoir chasser que pour emporter un lièvre qu’il aura tiré.

Un tel chasseur ne devra pas s’étonner de ne plus jamais recevoir d’invitation, car la chasse en société implique également le contact humain et le sentiment d’appartenir à un groupe.

Le Roi de la Chasse

Le « Roi de la Chasse » qui est le chasseur le plus chanceux de la journée, doit a nom des participants, remercier l’adjudicataire pour l’invitation dont ils ont bénéficié, tout en manifestant une attention particulière pour le directeur de chasse, le chef traqueur, les traqueurs et les conducteurs de chien. Il termine son allocution en demandant que soit adressé à l’adjudicataire, un triple horrido.

Quelques remarques pour finir, pendant les réunions dans les restaurants, les tireurs sont désignés à l’assistance par une discrète branchette de sapin portée à l’œillet gauche de leur veste. Et il est de coutume de chanter ensemble les chansons de chasse traditionnelles.

Les toasts prononcés pour motif de chasse sont toujours portés de la main gauche. Pendant la chasse les chasseurs ne peuvent être qu’accompagnés de chien de pure race, parfaitement dressés et tenus en laisse. Les chiens trop jeunes ou non confirmés ne peuvent participer à la chasse.

Enfin la tenue de chasse doit être sobre et pratique d’une couleur adaptée à l’environnement, et le chapeau est obligatoire.

Le Cor de Chasse : Instrument de Communication et d'Hommage

Appartenant à la famille des cuivres, le cor de chasse est avant tout un instrument de musique à vent. En France, il est également possible d’entendre des personnes jouer du cor de chasse. L’utilisation du cor de chasse est indispensable et obligatoire pour la chasse à courre.

En effet, l’utilisation de moyens de communication modernes comme le téléphone ou encore les talkies walkies est prohibée. Le seul moyen à disposition des veneurs est donc le cor de chasse. A travers la forêt, les fanfares des cors de chasse s’entendent très bien et sont répétés afin que toutes les personnes participant à la chasse à courre soient informées en temps réel de ce qui se passe.

On utilise le cor de chasse en vénerie afin d’orienter les chiens, de communiquer entre les veneurs et de prévenir de la direction prise par l’animal. Tandis que la trompe est tendue différemment pour envoyer le son derrière. Elle a une autre utilité. Elle vient de la chasse à courre qu’on appelle aussi la vénerie et qui consiste à poursuivre un animal à pied ou à cheval à l’aide d’une meute de chiens. C’est le marquis de Dampierre qui en a fait cet usage sous Louis XIV.

Le répertoire musical de la vénerie est d’une richesse exceptionnelle, fruit de plusieurs siècles de création et de transmission. Il se compose de centaines de fanfares, chacune ayant une signification et une fonction précises dans le déroulement de la chasse.

Ces fanfares emblématiques sont encore régulièrement interprétées lors des grandes occasions cynégétiques, perpétuant ainsi un patrimoine musical séculaire.

Les tons de chasse constituent le cœur du langage musical de la vénerie. Chaque ton correspond à une situation précise de la chasse et transmet une information spécifique aux membres de l’équipage. La maîtrise de ces tons est essentielle pour tout sonneur de trompe, car ils constituent le fondement de la communication lors de la chasse.

Bien que profondément ancré dans la tradition, le répertoire de la vénerie continue d’évoluer. Des compositeurs contemporains créent de nouvelles fanfares, enrichissant ainsi le patrimoine musical cynégétique. Ces créations modernes respectent généralement les codes et structures traditionnels, tout en apportant des variations mélodiques et rythmiques innovantes.

Codification des Sonneries de Vénerie

La codification des sonneries de vénerie est un aspect fondamental de cette pratique cynégétique. Elle permet une communication claire et efficace entre les membres de l’équipage, assurant ainsi le bon déroulement de la chasse.

Chaque animal chassé possède sa propre sonnerie distinctive, permettant aux veneurs d’identifier immédiatement la nature du gibier poursuivi. Ces sonneries sont cruciales pour orienter l’action de l’équipage et adapter la stratégie de chasse en fonction de l’animal poursuivi.

Les sonneries de circonstances marquent les différentes étapes de la chasse et coordonnent les actions de l’équipage. Chacune de ces sonneries possède un caractère musical distinct, reflétant l’atmosphère et l’intensité du moment qu’elle accompagne.

L’interprétation correcte des sonneries est cruciale pour le bon déroulement de la chasse. Les veneurs doivent être capables de reconnaître instantanément chaque sonnerie et d’y réagir de manière appropriée. Les sonneurs les plus expérimentés sont capables de nuancer leur interprétation en fonction des circonstances, ajoutant des variations subtiles qui transmettent des informations supplémentaires aux membres de l’équipage.

Cette maîtrise du langage musical de la vénerie est considérée comme un art à part entière. La parfaite compréhension et exécution des sonneries de vénerie transforme une simple chasse en une véritable symphonie cynégétique, où chaque participant joue sa partition dans une harmonie minutieusement orchestrée.

Le Rôle des Cris et Sonneries dans la Chasse à Courre

Les cris et sonneries jouent un rôle central dans la pratique de la chasse à courre, allant bien au-delà de la simple esthétique musicale. Ils constituent un véritable système de communication et de coordination, essentiel au bon déroulement de la chasse. L’une des fonctions primordiales des cris et sonneries est d’assurer la communication entre les veneurs et la meute.

Les chiens sont entraînés à réagir à des sonneries spécifiques qui les guident tout au long de la chasse. Ces signaux sonores permettent aux veneurs de diriger la meute à distance, assurant ainsi l’efficacité de la poursuite.

Les sonneries jouent également un rôle crucial dans la coordination des mouvements de l’équipage. Elles permettent de transmettre rapidement des informations sur l’évolution de la chasse à l’ensemble des participants, souvent dispersés sur un vaste territoire. Ces informations sonores permettent à chaque membre de l’équipage d’ajuster sa position et ses actions en fonction de l’évolution de la situation, assurant ainsi une chasse coordonnée et efficace.

Au-delà de leur aspect pratique, les cris et sonneries de vénerie sont profondément ancrés dans la tradition et le rituel de cette pratique séculaire. Ils contribuent à créer une atmosphère unique, imprégnée d’histoire et de solennité. La cérémonie finale de la chasse, est ponctuée de sonneries spécifiques qui rendent hommage à l’animal chassé et célèbrent le succès de l’équipage.

Préservation et Transmission du Patrimoine Musical Cynégétique

La préservation et la transmission du riche patrimoine musical de la vénerie sont des enjeux majeurs pour les passionnés de cette pratique séculaire. La formation des nouveaux sonneurs est cruciale pour maintenir vivante la tradition des fanfares de chasse. Plusieurs écoles de trompe ont été créées à travers la France, offrant un enseignement structuré et rigoureux.

Les instructeurs, souvent des sonneurs chevronnés, transmettent non seulement les aspects techniques, mais aussi l’esprit et les valeurs de la vénerie. Les concours et championnats de trompe de chasse jouent un rôle essentiel dans la promotion et le développement de cet art musical. Les compétitions comportent généralement plusieurs épreuves, évaluant la justesse, la puissance, la musicalité et la connaissance du répertoire.

La constitution d’archives sonores est un aspect crucial de la préservation du patrimoine musical cynégétique. Ces archives sonores constituent une ressource inestimable pour les chercheurs, les musicologues et les passionnés.

En combinant formation structurée, compétitions stimulantes et archivage rigoureux, la communauté cynégétique s’efforce de garantir la pérennité de son patrimoine musical unique.

Tableau de Chasse (Grand Gibier)
Position Participants Gibier Autres
Ligne 1 Chasseur, Adjudicataire Cerf, Chevreuil, Sanglier, Renard Sonneur
Ligne 2 Chasseur Biche, Chevrette, Laie Traqueur
Ligne 3 Chasseur Faon, Chevrillard, Petit Sanglier Traqueur, Conducteur de chien

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