La chasse suscite des opinions partagées, entre partisans et détracteurs. La présence du cerf en France a considérablement évolué, occupant 49% des surfaces boisées en 2019 contre 25% en 1985, selon l’Office français de la biodiversité (OFB). Chaque année, la gestion de la surabondance des grands animaux en forêt engendre des coûts supplémentaires pour l'ONF, principalement en raison de la mise en place et de l'entretien des protections des semis et des jeunes arbres.
La régénération naturelle des forêts n’est pas épargnée non plus. Les grands ongulés sont très friands des essences qui s’adaptent le mieux au réchauffement climatique (Merisier, Chêne, Erable, Tilleul, Douglas...).
Avec l’accélération du changement climatique, les phénomènes accrus de sécheresses et de crises sanitaires un peu partout en France, la reconstitution des peuplements forestiers impose impérativement une maîtrise absolue des effectifs de grands ongulés. D’ores et déjà, les fortes densités de cervidés hypothèquent, dans de nombreuses zones, la régénération des peuplements. Selon l’article L.121-1 du Code forestier, "l’Etat veille (…) à la régénération des peuplements forestiers dans des conditions satisfaisantes d’équilibre sylvo-cynégétique".
Ce déséquilibre forêt-ongulés nuit aussi à la faune en forêt. Il faut enfin ajouter les dommages collatéraux pour la filière forêt-bois, qui représente aujourd’hui en France 400 000 emplois locaux non délocalisables.
Selon l’état du déséquilibre sylvo-cynégétique, les coupes d’arbres prévues et nécessaires pour renouveler les peuplements ne sont pas effectuées, ou alors plus tardivement. 90 millions de tonnes de CO2 sont stockées grâce à l’utilisation des produits bois en France. Dans le bois construction, la capacité de stockage de carbone s’étend sur une durée de 50 à 100 ans.
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Face à ces constats alarmants, trois grands types d’actions sont menées par les forestiers pour garantir une gestion durable des forêts, conformément aux missions attribuées par l’Etat à l’ONF :
L’Office national des forêts, qui loue aux chasseurs près de 3 000 baux de chasse, a renforcé en 2016 les objectifs à atteindre en matière d’équilibre forêt-ongulés. Tous les trois ans, l’ONF évalue désormais ces résultats et attribue en fonction un bonus (remise sur le loyer…), un malus (pénalité financière…) ou des sanctions plus graves (résiliation du contrat de location…).
Les enclos sont utilisés en forêt pour mettre en évidence les effets des ongulés sur la végétation forestière. Il s’agit d’exclure les ongulés d’une zone donnée et de comparer, au cours du temps, l’état du milieu sans ongulés (l’enclos) à celui du milieu environnant où circulent librement la faune sauvage (l’exclos).
Une telle comparaison, aussi simple puisse-t-elle sembler, constitue une méthode de référence pour de nombreuses études scientifiques. Les données recueillies produiront des indicateurs renseignant l’équilibre forêt-ongulés et centrés sur le renouvellement des peuplements, stade critique pour les forestiers.
Autour des parcelles ou en protection individuelle, ces clôtures constituent une gêne paysagère importante pour les citoyens nombreux à se promener dans les espaces naturels. Elles ne sauraient pourtant être une solution pérenne. En effet, engrillager entraîne un surcoût et produit des déchets.
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À l’heure où le changement climatique affecte les forêts et compromet leur renouvellement, l’équilibre sylvocynégétique est plus que jamais une priorité et repose sur un partenariat solide entre les forestiers et les chasseurs.
L’année 2024 était celle du bilan triennal des baux de chasse en forêt domaniale (contrat définissant les conditions d’exercice du droit de chasser). Cette troisième échéance triennale, pour les baux conclus en 2016, a permis d’actualiser les contrats qui définissent les objectifs cynégétiques et sylvicoles de chaque lot.
Cette échéance triennale a été l’occasion de mettre à jour la situation de l’équilibre sylvocynégétique dans les lots de chasse domaniaux. Le niveau d’équilibre n’est plus jugé satisfaisant que sur 45% de la surface des forêts domaniales, contre 50% en 2021 et 61% en 2018. En nombre de lots, l’équilibre est qualifié de « satisfaisant » pour 54% des lots, contre 60% en 2021 et 69% en 2018.
Cette évolution ne répond pas à l’objectif de réduire de moitié les situations de déséquilibre sur cinq ans et du besoin de restaurer les équilibres forêt-ongulés comme condition de réussite de la stratégie d’adaptation des forêts au changement climatique.
En février 2024, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et l’ONF ont conclu un accord global national relatif à la gestion des grands ongulés dans les forêts domaniales afin de favoriser l’équilibre forêt-ongulés.
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Cet accord se décline autour de plusieurs thématiques :
Appliqué depuis 2009, il est jusque-là inefficace dans la régulation du sanglier. La population actuelle de sangliers dépasse les 1,5 millions d’individus, d’après la CNCFS, mais c’est un chiffre difficile à estimer.
Il est constaté que les sangliers sont de plus en plus présents dans les espaces occupés par l’homme. La CR a souligné que les fédérations de chasseurs (FDC) rechignent à définir des points noirs, afin d’échapper à leurs responsabilités. En outre, l’agrainage ne diminue en rien les dégâts. C’est en fait un nourrissage déguisé !
Les tirs anticipés en été ou au printemps, sans chiens courants et avec piégeage, sont très efficaces, mais dans le second cas, il s’agit encore d’expérimentation (dans le Gard par exemple, où les dégâts sont passés en 2016 de 300 à 800 000 €). Les louvetiers ont précisé que la population se régule efficacement sur 25 % des individus, notamment par une action sur les laies reproductrices.
Se pose aussi la question essentielle du statut du sanglier. La CR a soulevé certaines incohérences. Lorsqu’il est classé nuisible, le sanglier est limité dans sa destruction par le plan de chasse et le nombre restreint de bracelets distribués.
Autrefois rare dans nos campagnes, le sanglier est aujourd’hui considéré comme un nuisible qu’on pourchasse sans relâche. L’écologue Raphaël Mathevet explique comment les populations de sangliers ont été développées à partir des années 1970, et s’interroge : qu’avons-nous fait de cet animal sauvage ?
Il y a cinquante ans encore, le sanglier était un animal difficile à voir, qui représentait l’espèce sauvage par excellence et fascinait les naturalistes autant que les chasseurs. Aujourd’hui, le sanglier semble omniprésent, au bord des routes, dans nos villes même.
À l’échelle nationale, on décompte un peu plus de 800 000 individus abattus en 2021, contre 35 000 environ au début des années 1970 - soit 20 fois plus. Sur cette base, on estime que la population de sangliers pourrait compter aujourd’hui plus d’1 million d’individus.
Plusieurs facteurs entrent en jeu. La disparition des prédateurs comme le loup et le lynx dans la première moitié du XXe siècle est une partie de l’explication. Le recul des espaces agricoles dans les milieux les moins propices à la culture, en moyenne montagne par exemple, et l’augmentation de la surface forestière qui en résulte en sont une autre.
Le changement climatique, avec ses hivers plus doux, entraîne également moins de mortalité naturelle chez ce mammifère. Mais l’événement majeur, c’est la modernisation de l’agriculture.
À la fin des années 1960, la chasse était devenue une véritable activité de loisirs et ne comptait pas moins de 2 millions de pratiquants, un record. Mais la disparition du petit gibier, cible de prédilection des chasseurs, menaçait la pérennité de l’activité.
Pour ce faire, plusieurs mesures ont été mises en place. Tout d’abord l’élevage, qui a permis de faire des lâchers d’individus dans des milieux où le sanglier n’était pas ou plus présent, mais aussi le nourrissage des animaux : du grain et des légumes abîmés ont été mis à leur disposition, ainsi que de l’eau pour s’abreuver.
Pour augmenter la capacité reproductive des populations de sangliers, on a encouragé l’hybridation de sangliers mâles avec des porcs domestiques femelles - produisant ce qu’on appelle communément des « cochongliers ».
Il faut savoir qu’en France, ce sont les chasseurs qui dans chaque département ont la charge de la gestion des populations de sangliers. En contrepartie, les fédérations de chasse se sont engagées à indemniser les agriculteurs en cas de dégâts. Le système a commencé à souffrir dès les années 1990, lorsque les dégâts agricoles causés par les sangliers ont commencé à sensiblement augmenter, mais à l’époque les chasseurs étaient encore suffisamment nombreux pour dédommager les agriculteurs.
Les dégâts agricoles totalisent 35 millions d’euros par an. Les cultures les plus touchées sont les champs de maïs ou de céréales. Les sangliers posent aussi problème aux éleveurs car ils retournent la terre des prairies où pâturent les bovins. Sans oublier les jardins saccagés en milieu périurbain... Il faut ajouter à cela près de 30 000 collisions routières.
Depuis 2009, le nourrissage des sangliers est théoriquement interdit, de même que l’élevage à des fins de lâchers dans la nature. Mais dans les faits, ces pratiques n’ont pas disparu et il y a encore beaucoup de tolérance dans certaines régions... J’en ai été encore le témoin très récemment.
En parallèle, on a énormément augmenté la pression de chasse sur cet animal désormais considéré comme un nuisible. Aujourd'hui, on demande aux chasseurs de « réguler », c’est-à-dire d’abattre un maximum d’animaux, vieux, jeunes, mâles, femelles... De nombreuses dérogations sont en effet accordées, qui permettent de le traquer jusqu’à 10 mois sur 12 dans les départements les plus problématiques.
Aujourd’hui, on entend principalement le discours cynégétique, celui des chasseurs donc, celui des agriculteurs victimes des dégâts, et le discours vétérinaire préoccupé exclusivement des maladies que peut transmettre le sanglier, comme la peste porcine par exemple.
Depuis longtemps, l’humain s’est inscrit dans une démarche gestionnaire de la nature : on veut lutter contre l’incertitude, contrôler les choses. Résultat, on est tout le temps en train d’intervenir, même lorsque l’on prétend vouloir redonner sa place à la nature autonome et spontanée.
Le sanglier permet de faire dialoguer des gens très différents autour de la place du sauvage dans nos territoires. Avec Roméo Bondon, nous nous posons la question : comment sortir du contrôle permanent et recréer un lien plus sensible et respectueux à la nature ? Quelle cohabitation peut-on imaginer avec les animaux sauvages et le reste du vivant ?
Depuis près de quarante ans, la chasse est interdite sur le canton de Genève (seul 21% de la population avait voté et à 75% pour l’arrêt de la chasse). Ce canton est donc un formidable outil pour percevoir la gestion d’un territoire sans les chasseurs.
Ce canton comprend 10 000 hectares d’agriculture et 3000 hectares de forêts. Les milieux ont été très rapidement préservés et sont diversifiés. Les sangliers sont arrivés dans le canton 2 ans après la suppression de la chasse. Ils n’ont fait qu’augmenter depuis et leur population est systématiquement régulée (187 sangliers tirés par année actuellement, 400 en 2001).
Les chevreuils sont si présents dans l’ouest du canton qu’un arrêté permet depuis 2016 qu’une vingtaine soit tirée pour limiter leurs dégâts sur les bourgeons des vignes. Une partie des bois est clôturée pour assurer la régénération. Des clôtures sont posées autour des raisins lors des vendanges et autour de toutes les cultures à risque pour éviter de trop gros frais d’indemnisation.
Les bons cépages genevois (gamaret, merlot, gara noir, syra) sont très appréciés par les sangliers donc leur gestion est indispensable. Ce sont l’agrainage et la mise en place de tirs systématiques qui limitent les dégâts sur les raisins les plus couteux. Les clôtures sont adaptées pour protéger les cultures précieuses (pois oléagineux, lentilles, etc.) contre les cervidés, les suidés ou les lièvres.
Si les sangliers n’étaient pas tirés par des professionnels, les raisins seraient souillés, les potagers labourés et ils vivraient probablement dans les parcs du centre-ville. Les gestionnaires ne tirent pas les renards qui sont présents en ville, ces derniers ayant été régulés par les maladies (rage puis gale).
Lorsque les populations de lièvres ont dépassé les 50 individus pour 100 hectares en 2006, des captures ont été réalisées et les lièvres ont été donnés sur des régions où sa présence était moins importante.
Ce qui ressort de l’analyse du cas genevois est que l’impact financier de réguler professionnellement la faune sur un grand territoire serait très conséquent. Un exemple est la somme de régulation des sangliers qui seraient de plus de 2 millions, l’apport financier de la viande déduit. Ce n’est qu’un aspect des 9 millions que coûterait la gestion de la faune chassable dans le Doubs (avec 200 000 hectares boisés et 220 000 hectares cultivés).
Il est certain que les chasseurs sont des acteurs de notre environnement. La gestion adaptative est un excellent moyen que les prélèvements sur les espèces n’aient pas un effet néfaste sur la biodiversité. Étant les premiers humains à avoir parcouru les terres, les chasseurs sont bien « les premiers écologistes de France ».
En 2022, ce sont 77 millions d’euros de dégâts qui sont imputés aux sangliers en France. Pour réguler la population grandissante de sanglier, l’État fait appel aux chasseurs.
Pour Jean-Pierre Roullaud, il suffit de jouer sur l’habitat ou la nourriture. Entretenons de nouveau les fonds de vallées, limitons le maïs dans les champs et le sanglier va perdre ses conditions favorables. Il ajoute un troisième levier, qui fait déjà polémique dans d’autres régions de France : le retour du loup.
Les premiers cas avérés de loup en Bretagne sont établis, mais pour Jean-Pierre Roullaud, ce n’est pas une mauvaise nouvelle : C’est historiquement le prédateur du sanglier. S’il revient, alors les loups vont réguler eux-mêmes, mais ils vont se reproduire et seront de plus en plus.
En l'absence de prédateurs comme le lynx, le loup voire l'ours, les populations de sangliers et de grands cervidés se développent fortement dans les forêts françaises. Or, c'est le grand paradoxe de notre société que de reconnaître le problème posé par ces animaux alors que l'action humaine a délibérément cassé la chaîne alimentaire (prédateurs-proies) qui équilibrait auparavant les populations.
L'Homme avec un grand H pense être le seul à pouvoir décider de ce qu'il convient de tolérer en population d'animaux sauvages. Sauf que c'est l'Homme avec un grand H qui a tout déséquilibré en exterminant les grands prédateurs (loup, lynx) qui régulaient les populations d'ongulés. Alors, ne vaudrait-il pas mieux essayer de favoriser la réintroduction de ces grands prédateurs afin de rééquilibrer la faune sauvage.
Rappelons en outre que si le sanglier et le chevreuil "proliferent" et que les populations "explosent", c'est aussi parce que certains chasseurs eux-memes les nourrissent (agrainage) afin d'en avoir plus a chasser...
Mais les chasseurs me paraissent indispensables dans les régions ou l'introduction des espèces prédatrices (loup, lynx, ours..) ne sont pas possibles. Impossible d'introduire un ours ou un lynx dans nord ouest de la France... Les champs de maïs s'étalent également au détriment des pâtures clôturées qui bordaient jadis les forêts.
Dans la mesure où la plupart des études étaient réalisées en Alaska ou dans des zones très peu peuplées, ces animaux ont été associés à la nature sauvage. On en arrive à un tel point que les territoires où les troupeaux subissent le plus de pertes, dans le Mercantour et dans les Préalpes de Grasse notamment, sont aussi parmi les plus giboyeux de France.
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