À tous les peuples de la terre, porte la paix et le bonheur ? Ce serait oublier que si les communeux dénonçaient le militarisme et les armées permanentes, ils n’en étaient pas pour autant non-violents. A leurs yeux, la mise en place de mesures de transformation sociale et la conduite de la guerre contre Versailles n’étaient nullement exclusives l’une de l’autre. Puisque l’antagonisme politique débouchait sur une confrontation armée, il fallait assurer le succès de son camp. La question de l’armement notamment, loin d’être considérée comme secondaire, devint alors une préoccupation centrale. En outre, parce qu’ils étaient largement des « manuels », les fédérés vouèrent à leurs armes le même attachement qu’à un outil de travail. Dans l’histoire de l’armement et la manière d’utiliser le matériel de guerre, la Commune ne s’inscrit donc pas comme une parenthèse vide, par désintérêt ou idéalisme.
Pour mieux comprendre l’emploi des mitrailleuses sous la Commune, il faut d’abord remarquer que l’apparition de celles-ci, dans les années 1860, est liée à l’histoire de l’artillerie. On s’était rendu compte très tôt que les projectiles pleins (boulets en pierre, puis en fonte) n’étaient efficaces qu’à leur unique point d’impact ; ils l’étaient donc essentiellement contre les fortifications et très peu contre les hommes, même à découvert. D’où les recherches entreprises pour multiplier les projectiles au cours d’un seul tir : on a alors l’idée dans un premier temps de remplacer le boulet par des morceaux de ferraille que la charge explosive propulse hors du canon et qui se dispersent à la sortie de celui-ci (on parlera alors de « charger à mitraille » un canon).
Au milieu du XIXe siècle, l’artillerie connaît de nouveaux perfectionnements avec l’obus explosif, d’abord sphérique puis cylindrique avec une pointe ogivale, dont le chargement dans le canon se fait désormais par la culasse (à l’arrière) et non plus par la bouche (à l’avant). Ces obus sont soit pleins, soit creux. Les obus pleins sont utilisés principalement contre les fortifications, les obus creux surtout contre les hommes. Ces obus creux contiennent des balles sphériques qui se dispersent non pas à la sortie de la pièce, comme dans le cas des boîtes à mitraille, mais seulement à l’explosion au moment de l’impact. On accroît dans le même temps la portée et la précision des tirs au moyen de rainures hélicoïdales sur la face interne des tubes. On donne à ces nouvelles pièces l’appellation de « canons rayés », par opposition aux « canons lisses ».
Mais le milieu du XIXe siècle voit aussi apparaître dans plusieurs pays, principalement les pays anglo-saxons, la Belgique et la France, une autre direction de recherche qui va être à l’origine de la mitrailleuse. Plutôt que de se focaliser sur le perfectionnement des canons et de leurs munitions, on étudie le moyen d’envoyer à partir d’une même pièce des projectiles beaucoup plus petits mais qui se succèdent à très grande cadence. Ce principe général va donner lieu dans son application à deux « écoles » : l’école américaine et l’école belge et française.
Napoléon III, qui avait une formation d’artilleur et était curieux des innovations techniques, s’intéresse dès le début à cette nouvelle arme. C’est le capitaine Verchère de Reffye, d’abord officier d’ordonnance de l’empereur, qui va mettre au point en secret au camp de Satory, de 1863 à 1866, le principal modèle français (il y en aura d’autres en province), appelé alors « canon à balles ». Celui-ci s’inspire largement au début de la mitrailleuse belge. Il est composé de vingt-cinq tubes rayés en acier de calibre 13 mm, eux-mêmes englobés dans un autre tube, en bronze, de plus grand diamètre. Celui ci était monté sur un affût de canon muni de grandes roues comme les pièces d’artillerie. D’où la confusion fréquente avec les canons classiques.
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Le canon à balles, adopté en 1867, est fabriqué à l’atelier de Meudon, en banlieue parisienne, et, au moment de la guerre franco-allemande, en province, notamment à Nantes et au Creusot. Au moment des essais, le canon à balles est apprécié pour sa précision, au moins jusqu’à 1 000 m, sa quasi-absence de recul (en raison de son poids, 1485kg avec l’affût) et sa facilité d’emploi. Mais c’est surtout une doctrine d’emploi déficiente, plus que ses défauts de conception, quiva pénaliser l’utilisation du canon à balles. Il était considéré - ainsi que son nom l’indique - comme une pièce d’artillerie, non une arme d’infanterie. À ce titre, il était destiné à combler le vide entre 500m (la portée des boîtes à mitraille) et 1200m (la portée minimale des shrapnels). Il était lui-même hors d’atteinte du fusil allemand Dreyse qui tirait à 600m.
À la déclaration de guerre, 168 canons à balles, groupés en batteries de 6 pièces, sont disponibles pour le service en campagne. Leur utilisation au sein de l’artillerie, apporte surtout des déconvenues : ils sont surclassés par les canons prussiens qui tirent plus loin. En outre, quand il capitule à Metz (27 octobre 1871), Bazaine va livrer 12 batteries à l’adversaire. Pourtant, lorsque dérogeant à la règle, les canons à balles sont utilisés contre l’infanterie ou la cavalerie, ils provoquent de véritables hécatombes. C’est le cas par exemple à la bataille de Saint-Privat, pourtant défaite française (18 août), où la Garde prussienne est décimée par le tir des canons à balles.
La prise du pouvoir en mars 1871 par les communeux ne se traduit pas par une rupture en ce qui concerne les mitrailleuses - c’est le terme générique qui remplace désormais celui de canon à balles - aussi bien pour ce qui est de leur production que de leur utilisation sur le terrain. Les canons de la Butte Montmartre, que les troupes du gouvernement d’Adolphe Thiers ont voulu reprendre le 18 mars 1871, enclenchant l’insurrection de la Commune de Paris. Le 28 mars, au soir de sa proclamation, la Commune dispose de quelque 400 canons. La présence parmi eux de mitrailleuses, encore considérées comme des pièces d’artillerie, est avérée. Mais leur nombre, certainement minoritaire, est mal connu.
Le gouvernement de la Défense nationale avait passé des commandes importantes, notamment de « 102 mitrailleuses de divers modèles commandées dans dix établissements différents, 115 mitrailleuses des systèmes Gatling et Christophe… ». L’investissement de la capitale nuit peu à la production de guerre. Il convient en effet de se rappeler que Paris intra-muros est alors une ville industrielle, avec des stocks de matières premières suffisants pour supporter un long siège. À côté de nombreux petits ateliers, il existe de grandes entreprises comptant plusieurs centaines d’ouvriers.
Concernant la fabrication des mitrailleuses, on peut citer en particulier trois sociétés :
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L’armée versaillaise s’était équipée elle aussi de mitrailleuses. Au moment de sa formation, elle dispose de 4 batteries. Elle bénéficie ensuite d’une partie des commandes passées par le gouvernement de la Défense nationale. C’est le cas probablement de 19 Gatling commandées chez Remington, aux USA, et qui sont livrées en janvier 1871, donc trop tard pour pouvoir être acheminées dans Paris assiégé. Le matériel parvient depuis les ports et les arsenaux de province à la gare des Matelots, près de Versailles, dont la construction avait été décidée par Thiers et dont une partie entre en service le 12 mai pour pourvoir aux besoins de son armée.
L’échec de la sortie des 2 et 3 avril pour les fédérés avait marqué pour l’essentiel la fin de la guerre de mouvement. C’est une guerre de position qui commence, particulièrement ingrate, faite d’attaques et de contre-attaques. Elle se déroule au-delà de l’enceinte, dans un grand arc de cercle qui va d’Asnières, au nord-nord-ouest, à Ivry, au sud. Ce dernier est constitué des petites villes et villages de cette proche banlieue, par les positions fortifiées des fédérés entre la Seine et l’enceinte et, au sud, par les cinq forts détachés (Issy, Vanves, Montrouge, Bicêtre et Ivry), plus des redoutes avancées. Au nord, dans le secteur de Neuilly, c’est une guerre de rues qui prédomine : les deux camps, parfois séparés seulement par la largeur d’une chaussée, bénéficient de l’appui de mitrailleuses.
Au centre et au sud, par contre, l’utilisation de celles-ci reflète le déséquilibre croissant qui s’instaure entre versaillais et fédérés. Chez ces derniers, la mitrailleuse, arme antipersonnel, a ici une fonction défensive. Panachée souvent avec des canons, elle est utilisée pour défendre les approches des forts, des villages barricadés, voire une gare ou encore, comme à Issy, un cimetière, un séminaire, un couvent (celui des Oiseaux) transformés en forteresses. Les fédérés peuvent aussi compter sur de petits trains blindés armés de mitrailleuses et de canons qui se déplacent notamment sur le viaduc en retrait et en surplomb de la ligne de Ceinture, près du Point-du-Jour.
Ces mitrailleuses sont, sauf exception, peu nombreuses : 9 au fort d’Ivry et dans ses dépendances, mais 4 dans celui de Vanves, 2 au couvent des Oiseaux, une seule aux forts d’Ivry et de Bicêtre. Il est noté toutefois à la rubrique « faits divers » du J.O. du 23 avril qu’ « on a vu passer dix-huit mitrailleuses toutes neuves sur les boulevards extérieurs » à destination de Neuilly et d’Asnières.
Côté versaillais, on utilise plutôt l’artillerie. Dans son évocation romancée de la vie de Dombrowski, le Russe Daniel Granine écrit que ce dernier est mortellement blessé rue Myrha (XVIIIe), ce qui est exact, mais il précise que c’est en servant lui-même une mitrailleuse, ce qui est faux. Cette erreur a du moins l’intérêt de souligner l’importance qu’a prise cette arme pendant la Semaine sanglante.
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À partir du 21 mai, l’emploi de la mitrailleuse va en effet s’insérer dans un contexte de guerre urbaine généralisée avec ses caractères propres. Ceux-ci déjouent à la fois les prévisions d’Haussmann et des généraux versaillais (les grandes artères vont s’avérer plus propices à la défense) et celles des fédérés (les soldats vont mettre à profit les petites rues pour contourner systématiquement les barricades). Les délégués à la Guerre successifs s’étaient pourtant efforcés d’anticiper les conditions de la guerre dans Paris à l’échelle de la ville entière en faisant édifier une ligne de défense supplémentaire derrière celle mise en place avant le premier siège en retrait de l’enceinte, ainsi que 18 grandes barricades « stratégiques » par le bataillon des barricadiers de Napoléon Gaillard, plus quelques réduits fermés sur des points hauts.
En outre, dès l’entrée des troupes, le moment de surprise passé, les communeux renouent avec les vieux réflexes en édifiant en quarante-huit heures plusieurs centaines de petites barricades dans les quartiers du centre et de l’est qui leur sont plus familiers. Dans le renforcement des défenses, la mitrailleuse présente trois avantages :
C’est donc à ce moment qu’elle acquiert de fait son autonomie par rapport à l’artillerie et devient une arme d’infanterie que s’approprient facilement les fédérés. Deux exemples suffisent à le montrer. Le 23 mai, le chef du poste de la gare de l’Est demande qu’on lui envoie « par tous les moyens possibles des mitrailleuses qui seront de tout utilités [sic] ».
De leur côté, les versaillais utilisent aussi leurs mitrailleuses, dans une moindre mesure, semble-t-il, puisque ce sont eux les assaillants. Mais ils en font un usage bien particulier que l’on ne rappellera jamais assez : les exécutions de masse, comme ce fut le cas au Luxembourg, place d’Italie, à la prison de la Roquette et ailleurs ; dans le Bois de Boulogne et probablement aussi un temps à la caserne Lobau, qualifiée parfois d’ « abattoir national » : les « moulins à café » prennent le relais des pelotons d’exécution au-delà de dix ...
Il doit être difficile de faire une liste exhaustive mais je pense que, l'un des fusils de la commune et probablement le plus représentatif doit être la modification à tabatière 1867 de nombreux modèles antérieurs : Fusil 1822 Tbis, 1842,1853, 1854 voltigeur de la garde, 1857, 1859 carabine de chasseur, ...Il devait être possible de trouver des Remington 1867, et bien sût des Chassepot 1866.Les armes de chasse civiles devait être présentes.
Pour compléter la liste des possibles il pouvait y avoir des fusils anglais Snider se chargeant par la culasse et aussi des Enfield se chargeant par la bouche qui seront transformés, sur place, en chargement par la culasse. Des Albini-Brandiein belge auraient été également livrés à Paris. Les Chassepot pouvaient être de fabrication Anglaise, Espagnole et Italienne.
Les troupes étant enfermées dans Paris assiégé se sont essentiellement des ateliers de fabrication de cartouches et de réparation d'armes qui ont été montés. Les armuriers de la place comme le célèbre Lefaucheux ont bien sur été mis à contribution, celui-ci ayant accepté un contrat de transformation de fusils à percussion en tabatières. Les modèle 1867 à culasse laiton sont en effet considérés comme sortants d'ateliers civils, le modèle réglementaire étant celui à culasse fer. Un certain nombre d'ateliers de fourbissage d'armes blanches existaient aussi, celles-ci manquant beaucoup.
Il y'avais de tout ....baïonnette a lame de glaive , de sabre briquet ou 1822 , de baïonnette an IX.
Quant aux armes spécifiques et non citées je dirais le fusil Hurtu et Autain, les armes Herman Lachapelle, le Fusil Saiman et quelques autres.
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