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Plusieurs lettres autographes de Dom Mareschal, conservées dans un des recueils manuscrits de la Bibliothèque nationale, nous fournissent des particularités inédites sur les archives du diocèse de Troyes et nous révèlent, dans le religieux qui les a rédigées, non seulement un érudit voué à la recherche des monuments paléographiques de notre histoire, mais un collaborateur assidu de la Topographie historique du diocèse de Troyes, publiée en 1783 par Courtalon.

A ce dernier titre, spécialement, il semble juste de le faire connaître aux Membres de la Société Académique de l'Aube et de lui restituer la part de notoriété que méritent ses travaux.

Dom Mareschal était bénédictin; mais il n'appartenait pas à la congrégation de St Maur, établie en 1621, et dont les membres s'occupaient d'études historiques ; il se rattachait à l'ordre de Cluni, réformé au xe siècle, sans cependant résider dans un couvent.

En 1772, il demeurait à Troyes, « près de la porte de Belfroy », et, sauf quelques voyages à Paris et dans les localités dont les archives l'attiraient, il continua d'habiter Troyes, au moins jusqu'en 1777.

Nous ignorons de quel pays il était originaire.

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On ne saurait le confondre avec un bénédictin de St Maur, Dom Bernard Maréchal, né à Rethel, et qui mourut à Metz en 1770.

Nous savons, par deux de ses lettres, qu'il était « né de personnes en place dans la province », qui remplissaient les premières charges de la magistrature, et que ses parents « avaient abusé de sa « plus tendre jeunesse... pour le sacrifier à l'illustration « qu'ils croyaient obtenir par des mariages » .

Dom Mareschal se résigna à sa vocation forcée ; il se livra aux études paléographiques, et il les pratiquait depuis près de trente ans lorsqu'en 1772 nous le trouvons associé à Courtalon, curé de Sainte-Savine, et à Simon, maître en chirurgie, pour la préparation d'une Histoire ecclésiastique, civile, politique, physique et littéraire du diocèse de Troyes.

Les trois auteurs font imprimer, à cette époque, un prospectus de leur travail, en donnant leur adresse aux personnes qui voudront bien leur fournir des éclaircissements relatifs à leur sujet.

Le nom de Mareschal figure en première ligne au bas de ce document, qu'ils envoient au ministre et secrétaire d'état Bertin, en lui demandant son appui, dans une lettre écrite de la main de Courtalon, mais qui porte, avec sa signature, celles de Simon et de Dom Mareschal.

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Voici la lettre envoyée à Mgr Bertin :

A Troyes, le 26 décembre 1772.

A Mgr Bertin, ministre et secrétaire d'Etat.

Monseigneur,

Dépositaire des chartes du Royaume, personne ne peut mieux que Votre Grandeur seconder l'entreprise que nous faisons d'une histoire particulière du diocèse de Troyes.

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Votre amour pour les arts et la protection généreuse que vous accordez aux lettres nous donne (sic) lieu de prétendre à votre faveur et nous fait espérer de l'obtenir.

Sans elle, il nous serait peut-être difficile de vaincre les. obstacles que l'ignorance et la mauvaise volonté pourraient mettre à notre projet.

Si Votre Grandeur daigne jeter les yeux sur le prospectus que nous prenons la peine de vous adresser, et que l'objet que nous y traitons ait l'avantage d'obtenir votre agrément, nous ne douterons plus, en aucune façon, du succès et nous travaillerons à le remplir avec toute l'ardeur et tout le zèle dont nous sommes capables.

Nous sommes, etc.

COURTALON-DELAISTRE.

SIMON.

D. MARESCHAL.

Le Ministre ne paraît pas avoir répondu immédiatement à cette lettre ; mais, six mois après, il témoignait de son intérêt à l'oeuvre entreprise, et Dom Mareschal n'attendait pas le retour de ses associés, alors absents de Troyes, pour remercier le Ministre et lui demander une commission officielle, afin de se faire ouvrir les dépôts d'archives de la région.

Il se hâta de lui adresser la lettre suivante :

Monseigneur,

Je me presse de répondre à la lettre qu'il a plu à Votre Grandeur de m'adresser au sujet de notre projet littéraire de l'histoire de la ville et du diocèse de Troyes.

Messieurs Courtalon, curé de Sainte-Savine, et Simon sont absents ; ils sont allés, à leur tour, vérifier sur les lieux mêmes certaines anecdotes qui regardent des paroisses de campagne; je les attends ces jours prochains; aussitôt leur retour, je travaillerai avec eux à la nomenclature des archives que nous avons vues et que nous espérons voir à la suite.

Notre projet, dès le moment de notre entreprise, a été de les voir toutes; mais nous trouvons mille obstacles; très peu se prêtent à nos recherches; d'autres nous font essuyer des refus, particulièrement des corps ecclésiastiques ; aussi, celles que nous avons vues jusqu'à présent sont-elles en petit nombre.

Depuis près de trente ans, j'ai ramassé, dans des déchiffrements dont j'ai été chargé par plusieurs chapitres, abbayes, communautés, noblesses et autres, des notes et mémoires sûrs et véridiques; on nous a envoyé quelques éclaircissements sur des paroisses de campagne; nous avons quelques anciennes chroniques tant imprimées que manuscrites; l'Hôtel de Ville de Troyes nous a communiqué quelques manuscrits nouveaux qu'elle (sic) possède.

Mgr l'évêque de Troyes m'a ouvert et permis de fouiller dans les archives de l'évêché, lorsque j'en ai eu besoin; quelques particuliers nous ont mis en mains des remarques qui leur viennent de leurs ancêtres ; mais si nous ne sommes soutenus de l'autorité, difficilement pourrons-nous exécuter notre entreprise.

Permettez-moi, Monseigneur, de vous représenter, en mon particulier, qu'étant instruit que Votre Grandeur établissait des bureaux pour le déchiffrement et dépouillement des anciens titres, diplômes et chartes dans le royaume, j'ai eu l'honneur de lui adresser plusieurs placets, dans lesquels je lui exposais que, depuis près de trente ans, je n'ai cessé de travailler à ce déchiffrement, que j'ai vu beaucoup de ces diplômes et chartes dans des chapitres, abbayes, communautés, hôtels de ville de ce diocèse et des circonvoisins, mais jamais qu'à la dérobée et. sans être le maître d'en tirer des copies; cependant, je suis le seul de ce canton qui sache et puisse lire les anciens titres.

Je représentai à Votre Grandeur que j'étais disposé à sacrifier mon temps, même ma santé, à faire un recueil de toutes ces pièces, et que plusieurs religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur avaient eu le bonheur d'être nommés archivistes du Roy; ce corps n'a aucun monastère dans ce diocèse, qui contient plus de quatre cents paroisses; aussi ces Messieurs ne peuvent y faire des résidences longues et encore très dispendieuses.

Je vous suppliais, Monseigneur, comme je le fais de nouveau, de m'accorder le même titre et de me donner une commissiou pour faire la recherche de ces anciens titres, diplômes et chartes ; j'en connais qui seraient de la plus grande utilité.

Je ne suis point guidé dans cette demande par le vil intérêt; je ne désire rien que le titre; je n'ambitionne que l'honneur et de pouvoir être utile à mon prince, à mon maître, à l'Etat, au gouvernement et à ma patrie.

Oserai-je prier Votre Grandeur de m'accorder cette grâce?

Je puis me flatter que, jusqu'à présent, je n'ai trouvé aucuns titres, de quelque siècles et écritures qu'ils soient, que je ne sois parvenu à déchiffrer et à lire.

Je suis, etc.

DOM MARESCHAL.

Troyes, 3 juillet 1773.

Il est à remarquer que Dom Mareschal fait exclusivement valoir ses titres pour obtenir la commission du Ministre, et qu'il passe sous silence ceux de ses collaborateurs.

Ceux-ci, de retour à Troyes, réclament le même pouvoir et, dans une lettre collective, que signe aussi Mareschal, dressent une liste des archives de la région où ils pourront trouver les documents nécessaires à leur travail.

Troyes, ce 8 juillet 1773.

Monseigneur,

Nous sommes pénétrés de reconnaissance des bontés dont Votre Grandeur veut bien nous honorer, en répondant au prospectus que nous lui avons adressé de notre histoire de la ville et du diocèse de Troyes.

Notre plan est presqu'entièrement rempli, quant à ce qui concerne la ville principale.

Il s'en faut de beaucoup que nous recevions toutes les instructions que nous attendions des petites villes et des villages du diocèse.

Nous avons répandu notre prospectus chez tous les curés, pour avoir d'eux les renseignements nécessaires; mais la plupart, soit négligence, soit mauvaise volonté, soit impuissance, ne se sont point rendus à notre invitation.

Un obstacle encore, qui nous arrête dans cette partie, est l'égarement des titres qui, la plupart, ont passé des paroisses à des seigneurs de terres, à des abbés, à des prieurs, aux collateurs des bénéfices, et qui n'ont point reparu dans leurs dépôts naturels.

Mgr l'évêque de Troyes en est possesseur d'une partie, et nous avons reçu de lui l'accueil le plus satisfaisant; ceux qui sont en son pouvoir nous seront sûrement communiqués; il n'en est pas absolument de même du chapitre, tant de la cathédrale que des collégiales qui sont dans notre ville, les plus féconds et les plus riches en ce genre, dont nous n'aurons pas aisément l'accès, à moins que Votre Grandeur ne nous en facilite les moyens.

Les sources où nous avons puisé jusqu'ici sont les archives du bailliage, celles de l'hôtel de ville.

M. Dereins, maire actuel, et MM. les échevins, se sont empressés de nous seconder avec un zèle vraiment patriotique; ils nous ont communiqué des manuscrits précieux qui (pour la ville seulement) ont abrégé considérablement nos travaux.

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