Depuis toujours, l'homme a été préoccupé par l'idée de lancer des objets pour se défendre et attaquer, ou tout simplement pour s'amuser. Le passage du lancer à main nue au lancer à l'aide d'un auxiliaire se fit lentement et sans doute grâce à l'extraordinaire don d'observation de son environnement que l'homme possède. L'idée de tirer parti de la puissance et de l'élasticité d'un jeune arbre plié par le vent et revenant ensuite à sa position initiale est assurément liée à ce don.
De quelque façon que fut fabriqué l'Arc, les matériaux utilisés étaient toujours organiques. Cela explique leur corruption et leur disparition générale. Certaines des plus anciennes trouvées en Afrique du Nord ou au Sahara, ont environ 50.000 ans et indiquent un stade relativement avancé d'évolution si on les compare à l'épieu taillé. En Europe, les peintures rupestres, d'une époque évaluée à 10.000 ans avant J.C., et montrant des chasseurs armés d'arcs, furent découvertes dans des grottes d'Espagne. Le matériel fut progressivement perfectionné : bois durci au feu, flèches en pointes dentelées, utilisation de la pierre, de l'os, et de l'empennage en plume.
La littérature est riche en récits concernant l'arc et le Tir à l'Arc : le premier grand archer serait Ulysse. Les Egyptiens, les Syriens, les Perses et tous les peuples de notre civilisation antique, sans oublier certaines peuplades d'Extrême-Orient, eurent des armées composées uniquement d'archers (souvenons-nous tant des archers numides ralliant l'armée de Scipion l'Africain que d'Hannibal, vaincu à Zama en 202 avant J.C.). Durant le Haut Moyen-Age, l'arc était toujours l'arme prépondérante pour la chasse comme pour la guerre.
Charles VII, voulant doter la France d'une véritable armée nationale, créa par les ordonnances de 1445 et 1448 le Corps des Francs Archers. En temps de paix et suivant leurs affinités, les confréries s'invitaient en de grandes fêtes appelées "Bouquets". Puis, peu à peu, les décrets perdirent de leur vigueur, et très pacifiquement, les coutumes réapparurent. Depuis, beaucoup de chemin a été parcouru et sans doute en reste-t-il encore à faire ! Après bien des vicissitudes, à partir de 1972, le Tir à l'Arc est reconnu de façon permanente en tant que Discipline Olympique.
En 2019, le Musée de l’archerie et du Valois a consacré sa première exposition à la thématique des arbalètes. L’occasion d’exposer ses collections et d’aborder l’usage de cette arme en temps de guerre et comme équipement de chasse mais aussi comme objet de loisir et de pratiques sportives. Considérée dans l’Occident médiéval comme diabolique en raison de sa terrible efficacité, l’arbalète n’a cessé de se perfectionner et de se transformer au fil des siècles.
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Si elle est invariablement constituée d’un arc, d’un arbier et d’une corde, sa forme, sa taille, son mécanisme d’armement, les projectiles tirés et même son ornementation diffèrent très largement selon les époques et les aires géographiques. En effet, l’arbalète n’est pas une spécificité occidentale. Ses premières occurrences proviennent de Chine où son usage connaît un apogée dès l’Antiquité.
L’inauguration a eu lieu le samedi 30 mars. Situé à Crépy-en-Valois, près de Compiègne (60) dans les Hauts-de-France, le Musée de l'archerie et du Valois abrite la plus grande collection publique d’Europe consacrée à l’archerie. Le musée propose en outre une riche programmation d'événements tout au long de l'année. Logé dans une demeure seigneuriale du XIIIe siècle, le Musée est un édifice remarquable, inscrit au titre des Monuments historiques.
"Utilisé pour la chasse et la guerre, l’arc est présent sur tous les continents : sa fabrication et son usage varient selon les ressources naturelles et les cultures locales. En Afrique par exemple, les arcs « simples » fabriqués avec un seul morceau de bois sont peu puissants mais peuvent néanmoins être redoutables si les flèches sont empoisonnées. En Mongolie, en revanche, les cavaliers utilisent des arcs « composites » d’une force extrême, faits de bois, de tendon et de corne. L’âge d’or de l’archerie en Europe est certainement le Moyen Âge.
Le grand arc en if appelé longbow arme les archers anglais qui infligent à Crécy et à Azincourt de terribles défaites aux Français au cours de la guerre de Cent Ans. Le corps des Francs Archers est alors créé par Charles VII en 1448 pour intégrer l’armée royale. Par la suite, au XVIe siècle, l’arc et l’arbalète perdent leur rôle militaire au profit des armes à feu comme l’arquebuse. Le tir à l’arc n’est plus alors qu’une pratique de loisir. Il reste pratiqué dans des compagnies traditionnelles, toujours actives aujourd’hui en Picardie et en Île-de-France. Outre ces pratiques, le tir à l’arc est également une discipline olympique.
L'arbalète est une arme qui semble avoir été inventée en Chine, avant d'être utilisée en Europe. On trouve trace de l’arbalète dès l’antiquité, avec un apogée en Chine dès l’antiquité, et au Moyen Âge en occident. Les premières arbalètes apparaissent en Chine, durant la Période des Royaumes combattants qui couvre le Ve siècle av. J.-C. et jusqu’à -221 avant notre ère. Selon Thomas Louis et Tommy Ito, l’arbalète à flèche est apparue au Japon au VIIe siècle, équipant, pour l’essentiel, l’infanterie. Elle fut utilisée sur les champs de bataille autant sous sa forme portative qu’en tant qu’arbalète de siège projetant des pierres (oyumi).
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Au départ, elle servait surtout pour la chasse, puis on a commencé à l'utiliser à des fins militaires, sans doute à l'époque des Croisades. Cette arme, au départ rudimentaire, fut progressivement perfectionnée. Une des évolutions majeures se produisit au XIVe siècle lorsqu'on inventa un système qui permettait de recharger automatiquement l'arbalète.
L’arbalète est fréquemment confondue avec l’arc. Pourtant, elle diffère de celle-ci à bien des égards. En fait, l’arbalète est une arme dérivée d’un arc. Elle est constituée d’un arc, qui selon l’époque est fait de nerfs, de cornes, de bois, de métal, d’un arbre ou corps de bois, servant à tenir l’arc. Ce dernier sert à recevoir le projectile, d’une noix tenant la corde tendue et d’une détente pour l’actionner. Les arbalètes permettent des tirs plus précis et puissants que les arcs. À la différence d’un arc ancestral, l’arbalète témoigne de l’évolution technologique des grandes civilisations antiques.
Ce perfectionnement apporte plusieurs avantages. Une fois que la corde est tendue, le tireur n’a plus d’effort physique à fournir pendant qu’il vise. L’ajustement du tir s’en trouve facilité. La régularité de tension de la corde est à peu près absolue puisqu’elle est déterminée par le point d’ancrage sur l’arbier, et donc indépendante du geste de l’archer. Ainsi l’efficacité du tir est moins conditionnée par l’habileté naturelle et le niveau d’entrainement du tireur.
La puissance de l’arbalète peut être augmentée sans inconvénient jusqu’à des puissances compatibles avec par exemple le percement des armures ou l’abattage d’un cheval. Le principe du carreau de l’arbalète est essentiellement celui d’une flèche, avec quelques différences mineures mais significatives sur le comportement balistique. Beaucoup plus courts que les flèches d’arc, les traits d’arbalètes sont peu affectés par les efforts en flexion imposés à leur fut (spine) pendant le tir, qui perturbent la régularité du tir à l’arc.
Dans l’histoire, l’invention de l’arbalète est souvent attribuée aux Phéniciens. Cependant, certaines études historiques attestent qu’elle a été inventée par les Chinois. Faute de preuves, l’arbalète romaine semble pourtant avoir été inspirée par les modèles chinois. L’arbalète refait soudainement surface dans un document tiré de la bible du moine français Haimo, qui représente un arbalétrier, et un manuscrit de la fin du Xe siècle. Toutefois, ce seraient les Vikings qui en auraient redécouvert les avantages en Orient.
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L’arme ne disposant pas encore de système mécanique, la corde doit être tendue par le combattant en position allongée, tirant sur celle-ci avec ses bras et poussant avec ses pieds sur les demi-arcs. La gâchette se développe au cours de la période allant de la dynastie Qin aux Han. En Occident, le gastrophète est l’ancêtre de l’arbalète, mais il s’agit d’une arme de siège. Son poids élevé permet en effet de douter d’une utilisation réelle sur un champ de bataille en dehors d’un contexte de siège.
Dans l’Antiquité romaine, la manubaliste (littéralement baliste à main) est héritée du modèle des oxybèles grecs, il s’agit donc d’une arbalète à torsion. Ce modèle aurait subsisté jusqu’au Xe siècle. Au Moyen Âge, l’arbalète est utilisée autant comme arme de chasse que pour la guerre. L’arbalète peut être un objet simple avec un arc en bois d’une seule pièce et une simple encoche dans l’arbier pour retenir la corde (exemple l’arbalète prémédiévale dite de Charavine retrouvée dans le lac de Paladru en Isère, ou encore les modèles pygmées encore en usage en Afrique centrale).
Comme cela a été très souvent le cas dans l'histoire, une évolution technologique fait le bonheur des uns et le malheur des autres. La diffusion de l'usage de l'arbalète modifia en effet les rapports de force entre les groupes de guerriers. Nous en avons là une autre belle illustration. L'arbalète bouleversa les normes qui dominaient jusque-là dans l'activité militaire. Les chevaliers, qui étaient considérés comme l'élite des guerriers, se sentirent menacés dans leurs prérogatives. Ils détestaient l'arbalète car elle tuait à distance, ne permettant pas à l’adversaire de se défendre en corps à corps, ce qui était leur spécialité.
Méprisée par la chevalerie, elle est vue comme arme déloyale car, tuant à distance, elle ne permet pas à l’adversaire de se défendre. Ainsi, considérant que l’arbalète, qui n’exige pas une grande formation, permet à des soldats peu aguerris de tuer de loin un chevalier en armure qui a voué son existence au métier de la guerre, le clergé estime que c’est une arme immorale pour le peu de courage et de formation qu’elle exige de celui qui la manie.
De plus, l'usage de l’arbalète ne nécessitait aucune formation de haut niveau. Elle donnait donc à des soldats peu aguerris la possibilité de tirer de loin, sans risque, sur un chevalier en armure, alors que ce dernier avait consacré toute son existence au métier de la guerre. Au début, l’avantage de l’arbalète est qu’elle prend moins de temps à s’entraîner que l’arc. D’ailleurs, les Anglais avaient un centre d’entraînement spécialisé sur l’utilisation des arcs, car cette arme nécessitait une certaine expérience et dextérité.
« Les Français la regardaient comme l’arme des lâches et refusaient de s’en servir. En Europe chrétienne, l’arbalète est frappée d’anathème et son usage est interdit en 1139 par le IIe concile du Latran et confirmée quelques années plus tard, en 1143, par le pape Innocent II, qui menaça les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce d’excommunication et d’anathème. En Europe, au Moyen- ge, pour des raisons sociales plutôt que militaires, l’Église considérait l’utilisation de l’arbalète comme tellement dangereuse que le deuxième concile du Latran à Rome en 1139 en interdit l’usage. Donc, quiconque l’utilisait contre les chrétiens était condamné à être damné, c’est ce que les dirigeants de l’église ont décidé. Quelques années plus tard, en 1143, le pape innocent II confirma à nouveau ce fait, menaçant les arbalétriers, fabricants et marchands de cette arme, d’excommunication et de malédiction.
Cette interdiction, par ailleurs valable uniquement pour les combats entre chrétiens, restera médiocrement observée par les princes d’Occident, malgré les efforts du pape Innocent III pour réaffirmer, en 1205, les interdits du concile du Latran II. Cela n'empêcha pas les princes qui se faisaient la guerre de recourir de plus en plus à cette arme nouvelle. L’efficacité de ces armes faisait de ceux qui les maniaient des soldats d’élite.
Il semble que les troupes d'arbalétriers étaient les mieux payées des armées occidentales, et parfois mieux équipées que certaines classes de chevaliers. Pendant la guerre de Cent Ans, on fit aussi appel à des mercenaires arbalétriers étrangers, en particulier italiens et génois, dont le tir pouvait percer une armure jusqu’à une distance de 100 mètres. Les Italiens se distinguèrent dans la fabrication d’arbalètes particulièrement efficaces : un trait pouvait atteindre jusqu’à 350 km/h !
L’efficacité de ces armes permit à ceux qui les manipulaient de devenir des soldats d’élite. On invente aussi un mécanisme complexe et coûteux, avec temps de rechargement de plus en plus long de 2 à 3 minutes (jusqu’à 30 minutes pour les modèles les plus puissants) comme le cric ou le treuil (appelé aussi le « moufle ») pour tendre l’arbalète. Le cranequin (du moyen néerlandais cranekijn « sorte d’arbalète ») était une arbalète à pied mais le terme a fini par désigner aussi le mécanisme particulier destiné à le tendre. Pour lever cette ambiguïté, l’arbalète elle-même a été renommée improprement cric d’arbalète, terme malheureusement utilisé de nos jours alors qu’il semble ne désigner qu’une partie de l’arme.
Sous le règne du roi Charles VII de 1422 à 1461, il fut nécessaire de former des équipes d’arbalétriers spécialisés entraînés au combat. Le Roi Charles VII aurait eu environ 6 000 arbalétriers. Sa première armée d’arbalétriers, formée en 1448-1450, s’appelait la compagnie des francs-archers. Cette formation est sans doute la première armée professionnelle ou armée de métier en France.
Si pour la chasse, l’emploi de l’arbalète a été très apprécié en son temps, son usage militaire a provoqué des déboires célèbres sur le champ de bataille. La lenteur de mise en œuvre face aux troupes armées du grand arc droit traditionnel est souvent avancée comme explication (voir les chroniques des batailles de Crécy et d’Azincourt). Mais c’est probablement surtout l’option de vouloir remplacer les archers par des arbalétriers qui constitua une erreur.
Les arbalètes, comme les arcs, ont pratiquement disparu lorsque les armes à feu, plus facile d’emploi, demandant moins d’entraînement, et aussi beaucoup moins chères, devinrent l’équipement de base du fantassin. Bien que l’arbalète ait été utilisée à la fois comme arme de chasse et de guerre, son utilisation actuelle a considérablement changé. Cependant, les choses ont évolué des siècles plus tard après l’interdiction de l’arbalète par l’église. Actuellement, les arbalètes ne sont plus utilisées pour l’assassinat, bien qu’il existe encore des utilisations militaires.
« La tsangra (arbalète en grec) est un arc barbare (étranger), absolument inconnu des Grecs (Byzantins). Il ne se tend pas (l’arc), […] celui qui tend cet instrument de guerre, particulièrement puissant, doit se tenir pour ainsi dire à la renverse et appuyer fortement les deux pieds sur les demi-cercles de l’arc, tandis que des deux mains, il tire à soi la corde avec grand effort. Aussi bien, les traits qu’on y place, sont-ils très courts, mais très gros et munis au bout d’une redoutable armature de fer.
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