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Un veau marin retrouvé mort dans la baie de Canche, dans le Pas-de-Calais, illustre les tensions autour de la présence des phoques. Quasi exterminé au XIXe siècle, le mammifère marin reconquiert patiemment la région depuis une dizaine d’années.

La Recolonisation et les Tensions Locales

Entre Dunkerque et la baie de Somme, trois phoques ont été assassinés, dont deux au fusil de chasse. Les écologistes accusent les pêcheurs, vent debout contre cette «prolifération». Dans la baie, les phoques, craintifs et pas si nombreux, sont devenus une attraction touristique et un sujet d’observation pour l’écologiste Aymeric Everard.

Une colonie de mammifères marins a élu domicile dans ce paradis sauvage classé réserve naturelle. A marée basse, ils sont des dizaines à recharger leurs batteries sur le sable avant de replonger en mer. Pelage virant du jaune à l’anthracite, corps arqué, tendu vers le soleil, les phoques «font la banane», leur position fétiche, décrit Aymeric Everard.

En descendant vers la plage, le jeune homme comprend que quelque chose cloche. Les formes sombres n’ont rien à voir avec des débris de végétaux : ce sont deux de ses protégés, morts. Du sang perle d’une plaie dans le dos du premier. Une coupure entaille son pied palmé. Il s’appelait Tamise, comme le révèle la bague de sa patte, souvenir d’un séjour en centre de soins. Le second a l’échine meurtrie par une bosse énorme.

Enquêtes et Autopsies

Le naturaliste appelle Pelagis. Cet observatoire rochelais, sous tutelle du CNRS, supervise les échouages de mammifères marins grâce à un réseau de correspondants. Les morts suspectes font l’objet d’une enquête. On ne badine pas avec les phoques, espèce protégée : leur meurtre est passible de prison.

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Le lendemain de la macabre découverte, Jacky Karpouzopoulos charge les cadavres dans sa voiture, direction la Belgique. Cet agent des douanes préside la Coordination mammalogique du nord de la France (CMNF), une association de protection des mammifères sauvages. Il va retrouver à l’université de Liège Thierry Jauniaux, vétérinaire agréé auprès des tribunaux. Bistouri en main, les deux compères s’attellent à faire parler les morts.

«L’autopsie du premier révèle un trou circulaire dans le dos causé par un objet pointu et des entailles, décrit Jacky Karpouzopoulos. Il a reçu un coup qui l’a bien estourbi, contribuant à sa mort par noyade.» Le second a le thorax percé de huit plombs de chasse et les stigmates d’un coup violent, d’où son dos tuméfié. Pour les deux hommes, l’éprouvant dépeçage a des airs de déjà-vu.

Le 10 janvier, un premier phoque était découvert sans vie à Oye-Plage, au-dessus de Calais, le museau écarlate. Une radio montre son crâne constellé de 150 billes de grenaille, probablement tirées à bout portant.

Histoire de la Chasse aux Phoques

Deux espèces cohabitent dans les Hauts-de-France. Le veau marin a la tête ronde et le phoque gris, plus foncé, plus corpulent, le museau allongé d’un chien. Leur histoire sur la côte d’Opale est celle d’une patiente reconquête.

Des documents attestent de leur présence au XIXe siècle. Sénateur de la Somme, Porphyre Labitte chronique dans «Le Journal des chasseurs» sa traque féroce du mammifère de 1848 à 1858. Hobby de luxe, ces expéditions sanglantes entendent aussi réguler une population perçue comme une menace pour la pêche. Au point de compromettre sa survie.

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«Depuis dix ans que je chasse les phoques, j’en vois chaque année diminuer rapidement le nombre», se réjouit Porphyre Labitte dans son récit. En 1972, la France siffle la fin du carnage. La chasse est interdite, l’espèce protégée sept ans plus tard.

Reconquête et Croissance des Colonies

Mais il faut attendre les années 1990 pour voir les phoques regagner timidement le littoral. D’abord la baie de Somme, où vit une colonie aujourd’hui estimée à 629 individus. Puis les baies voisines d’Authie et de Canche.

En février 2018, le rapport «Eco-phoques», réalisé par cinq associations avec l’université de La Rochelle, conclut à un maximum de 709 veaux marins et de 402 phoques gris entre la baie de Somme et Dunkerque. Depuis les années 1990, les colonies croissent de 14 à 37% par an.

Conflits avec les Pêcheurs

A l’heure où l’aube rosée émerge des dunes, Fabrice Gosselin arpente le rivage désert de Stella-Plage, au nord de la station balnéaire de Berck. Président de l’Association de défense des pêcheurs à pied de la côte d’Opale, il a cofondé, en 2012, le Collectif de défense contre la prolifération des phoques et veaux marins, avec Pierre-Georges Dachicourt, patron de pêche et adjoint au maire de Berck.

«Dès 2007, des pêcheurs ont commencé à nous rapporter qu’ils abîmaient les filets», grogne Gosselin. A le croire, leur présence provoque une baisse des ressources halieutiques le long des côtes. «Depuis que les phoques sont de plus en plus nombreux, le poisson l’est de moins en moins», assène-t-il, comme une évidence.

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Fabrice Gosselin regrette les parties de pêche d’antan, d’où il ne revenait «quasiment jamais bredouille». Il insiste : «On faisait plaisir aux voisins, à la famille, car il y a une misère du monde maritime. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.» Depuis six ans, il réclame auprès des autorités des quotas à abattre, à l’instar du «plan loup» censé réguler la population du canidé sauvage.

Son association compte des représentants de pêcheurs professionnels. Le port de Boulogne-sur-Mer, premier de l’Hexagone en tonnage débarqué, brasse 32 000 tonnes de poisson par an. La pêche emploie un millier de personnes à bord des bateaux, auxquelles s’ajoute la filière de transformation. Le secteur est en crise, confronté à un millefeuille de difficultés, dont la raréfaction de certaines espèces.

Derrière les étals de la criée, Stéphane Pinto, vice-président du comité régional des pêches maritimes, guette le retour du «Don Lubi II», son fileyeur à coque bleu vif. «Depuis dix ans, on voit de plus en plus de phoques en mer, commente-t-il. Comme on pêche le long des côtes, à 20 milles du rivage, on est confronté à un prédateur que l’on ne connaissait pas avant.»

Le marin s’inquiète pour la sole, 80% de son chiffre d’affaires avec les crabes et les homards. «Une partie de l’espèce est menacée par les phoques.» Pinto convient que le mammifère n’explique pas à lui seul la dégringolade des stocks de poissons. «C’est un cumul de choses qui nous révoltent, soutient-il. Il y a le parc naturel marin, les zones Natura 2000, la pêche électrique des Néerlandais et bientôt l’éolien offshore… Tout cela fait qu’on ne tient plus compte de l’humain dans nos régions, qui vivaient pourtant bien de la pêche.»

Réactions et Enquêtes

La colère des pêcheurs peut-elle être le mobile des crimes? Le phoque, la victime expiatoire d’un ras-le-bol? Stéphane Pinto est à la fois pêcheur et chasseur, deux univers poreux dans la région. Il n’imagine pas l’un de ses homologues capable de plomber l’animal, «même s’il y a des véreux partout». Fabrice Gosselin s’offusque de même : «Il faut être fou pour faire un truc pareil !»

Leur collectif est pourtant dans le viseur de Sea Shepherd («Le berger de la mer»). Cette ONG lui reproche d’attiser la haine anti-phoques. «Appeler à des tirs de régulation, c’est réclamer un permis de tuer une espèce protégée», s’indigne Lamya Essemlali, sa présidente en France. Sea Shepherd a aussi porté plainte, comme plusieurs associations locales.

Pour l’heure, la carotte n’a rien donné. «On a reçu des messages, mais trop vagues pour identifier les coupables», admet Lamya Essemlali. Dans le premier dossier, celui du phoque tué à Oye-Plage, les gendarmes ont auditionné deux chasseurs.

Avocat de Sea Shepherd, Jean Tamalet a contesté le classement sans suite du dossier pour tenter de relancer l’enquête. «Il ne s’agit pas d’un caprice de bobos écolos, plaide-t-il, mais de comprendre pourquoi des gens en sont réduits à rendre le phoque responsable de leur désarroi.»

En baie de Canche, l’enquête ouverte par le parquet de Boulogne-sur-Mer pour retrouver l’auteur des assassinats d’avril est aux mains de la gendarmerie maritime. Celle-ci refuse de communiquer sur ses recherches.

Les associations jugent que tout pointe cette fois vers des crimes commis en mer. «L’un des phoques avait du poisson dans l’œsophage et de l’eau dans les poumons, ce qui laisse supposer qu’il était en train de manger et s’est noyé», relève aussi Jacky Karpouzopoulos.

«La coupure à la base de l’articulation est caractéristique de celles causées par les filets. Le trou circulaire peut avoir été provoqué par les gaffes qu’utilisent les marins», poursuit-il. Les phoques auraient été suppliciés à bord d’un bateau, peut-être après s’être pris dans des filets.

«Pas d’amalgame, martèle Karpouzopoulos. Je ne mets pas tous les pêcheurs dans le même panier. Mais, que l’auteur soit un abruti ou un provocateur, son message, c’est : “Ça fera toujours deux phoques de moins.” Certains peuvent avoir pris le discours sur la prolifération au pied de la lettre et traiter l’animal comme le bouc émissaire de leurs difficultés.»

Réactions et Défis Actuels

Depuis ces morts, pêcheurs et écolos se regardent en chiens de faïence. Les premiers se plaignent d’être pris à partie sur les réseaux sociaux par des internautes défenseurs des animaux. Certains dénoncent de nouveaux assassinats de phoques dans la région, photos de cadavres à l’appui.

«Ce sont des animaux morts qui, avec la putréfaction, ont pu perdre des éléments et notamment leur tête, tempère Willy Dabin, ingénieur d’étude à l’observatoire Pelagis. Les affaires pour lesquelles nous avons été réquisitionnés par la justice font des émules, mais l’idée d’un serial killer de phoques officiant dans le nord de la France ne correspond pas à la réalité.»

Les écolos, eux, dénoncent une atmosphère hostile à leurs combats, dans une région qui a la pêche et la chasse dans les veines. A Berck, la baie d’Authie illustre le difficile partage du territoire entre l’homme et le phoque.

A marée basse, une vingtaine de phocidés s’aventurent à 50 mètres des badauds : un bras de mer leur offre une mince protection. On les voit plonger dans l’eau, effrayés par un ballon ou par un cavalier venu les observer de trop près.

«Le public trouble un repos vital pour les phoques, notamment les femelles en gestation», regrette Jean-Louis Frémaux. Bénévole de l’Association découverte nature avec son épouse, ce retraité a vu Vodka, Point virgule ou Joli cœur, qu’il étudie depuis des années, se muer en attraction.

La Chasse Commerciale au Canada

La chasse aux phoques commerciale canadienne est sujette à controverse depuis soixante ans. La chasse commerciale aux phoques, telle qu'elle existe aujourd'hui, est le résultat d'une stratégie du gouvernement canadien visant à fournir des emplois aux pêcheurs touchés par le moratoire de 1992 sur la pêche à la morue de l'Atlantique.

En 2009, après avoir mené une étude scientifique sur le bien-être des animaux chassés dans le monde entier, l'Union européenne a interdit la commercialisation et la vente de produits dérivés de la chasse aux phoques pratiquée par des non-autochtones. Le Canada s'est battu contre cette interdiction auprès de l'Organisation mondiale du commerce, perdant à la fois la contestation initiale en 2013 et un appel ultérieur en 2014.

Depuis 1996, le gouvernement canadien a dépensé des centaines de millions de dollars pour développer et promouvoir les produits dérivés du phoque, ouvrir l'accès au marché et lutter contre l'interdiction de commerce imposée par l'Union européenne. Toutes les tentatives visant à faire de la chasse aux phoques une industrie viable ont échoué. Ces échecs sont assortis de prix élevés, et de nombreux Canadiens en ont assez.

Les Impacts du Changement Climatique

Le réchauffement climatique et ses impacts sur la banquise constituent une menace sérieuse pour les blanchons, les bébés du phoque du Groenland. Les femelles phoques du Groenland dépendent d’une plateforme de glace stable pour donner naissance à leurs bébés et les allaiter. Une année avec une banquise beaucoup plus mince que la normale, avec une couche de glace qui n’avait pas été aussi fine depuis 1969. Les blanchons sont sans doute voués à la mort, écrasés par la banquise, noyés, ou abandonnés sur le rivage à la merci des prédateurs.

La chasse commerciale aux phoques reste un secteur en fort recul au Canada. Depuis l’embargo de l’UE de 2009 sur les produits issus de la chasse commerciale aux phoques, le nombre de blanchons tués s’est effondré, malgré un quota de prises maintenu par le gouvernement canadien s’élevant à 400 000 phoques du Groenland. En réalité, le nombre de phoques tués a baissé de 90 % entre 2006 et 2019, et à cause des restrictions liées à la COVID-19, le plus gros des chasses commerciales n’a pas eu lieu en 2020.

Les phoques du Groenland vont avoir besoin de notre aide pour survivre à la détérioration de la glace, leur habitat critique. L’incessante surpêche, les impacts du changement climatique, les engins de pêche fantôme et les déchets marins en plastique ont tous un impact plus important sur les stocks de poissons que la prédation par les phoques.

Tableau: Chronologie de la Normalisation de la Chasse aux Phoques Commerciale au Québec (Canada)

Période Référentiel dominant Principales actions/régulations
1970-1990 Cause animale Premières réglementations, interdiction de la chasse aux blanchons, Commission Malouf
2000-2010 Information scientifique Mise en place de protocoles d'abattage "en trois étapes"
2010-2020 Changements environnementaux Adaptation des pratiques aux nouvelles répartitions des espèces

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