La cartouchière du mousqueton Berthier possède une valeur historique indéniable, bien que la mise en place de la doctrine l’ait rendu obsolète. Ces ambiguïtés de classement résultent de la complexité de l’histoire de l’armement individuel à la période de rapides progrès techniques qu’a représenté la charnière des 19e et 20e siècles. Cette période est d’autant plus cruciale pour les collectionneurs, que la frontière de classement entre les catégories C et D2 se situe au 1er janvier 1900 !
L’adoption par la France du premier fusil militaire tirant une cartouche à poudre sans fumée, le fusil Lebel, l’année 1886 marqua un véritable tournant dans le domaine de l’armement. Par rapport aux munitions chargées à poudre noire, les cartouches à poudre sans fumée permettaient une réduction du calibre des armes de 11mm à des calibres de 6,5 à 8mm.
Elles procuraient des performances balistiques supérieures (plus grande portée et plus grande tension de trajectoire), elles encrassaient beaucoup moins les armes. Enfin, à poids de paquetage égal, les soldats pouvaient transporter plus de cartouches à poudre sans fumée, bien moins lourdes et volumineuses que celles chargées à poudre noire. En outre, la poudre sans fumée rendait les tireurs qui l’utilisaient moins repérables par l’ennemi.
Le remplacement des fusils à poudre noire par des fusils à poudre sans fumée représentait une dépense considérable pour chacun des pays concernés, d’autant plus que ces derniers avaient déjà renouvelé tout leur armement à poudre noire vers 1870 lors de la généralisation du chargement par la culasse et des cartouches à étui métallique, puis aux alentours de 1880 lorsque les fusils à un coup avaient été abandonnés au profit de fusils à répétition.
Les dépenses à assumer étaient d’autant plus lourdes, que les armées de l’époque comportaient d’énormes effectifs auxquels il fallait ajouter ceux fournis par la mobilisation. De ce fait, à la déclaration de guerre de 1939, seule une partie des effectifs des armées belligérantes étaient équipés de fusils entièrement nouveaux.
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La rationalisation des fabrications industrielles, imposée par la Première Guerre mondiale, conduisit après 1918 à renoncer à l’utilisation au sein d’une même armée de variantes multiples d’une même arme affectées spécifiquement à différents corps. Entre les deux guerres mondiales, la plupart des armées décidèrent donc d’étudier l’adoption d’un modèle d’arme unique, plus compact, d’une longueur totale voisine de 110 cm.
Par ailleurs, les pays qui étaient précédemment équipés d’armes en calibre 6,5mm (Italie, Grèce, Roumanie, Pays Bas, Japon, etc.) choisirent de transformer leurs armes pour tirer des cartouches de plus gros calibre (7,35 à 8mm), qui offraient une meilleure portée et permettaient de réaliser plus facilement des projectiles dits « spéciaux » (perforants, traçants, incendiaires), que la généralisation des avions et des chars d’assaut dans les conflits modernes rendaient indispensables.
Ce "fusil" est un mousqueton modèle 1892, qui armait d'abord les artilleurs, puis les tringlots, puis ... beaucoup de monde ! Son premier engagement sérieux fut peut-être contre les mahdistes, à Fachoda en 1898 ; puis ce furent les tranchées de 14-18, pour presque toutes les troupes hors infanterie (qui utilisait le Lebel ou le 07-15, version longue de ce mousqueton).
Juste avant ou au début la guerre le mousqueton a subi quelques petites modifications, principalement pour l'adapter à la nouvelle munition à balle D (pas visibles sur ces photos, la hausse paraissant de toutes façons avoir été changée un peu plus tard). Pendant la guerre il a été modifié pour une capacité de 5 coups (Mle M-16), le système de visée a changé, mais ça concerne surtout les armes fabriquées neuves quoique des pièces de nouveau modèle puissent avoir été utilisées en réparation.
Au sortir de la guerre, il était prévu de réviser et moderniser tous les anciens Mle 1892 à 3 coups, pour les transformer à 5 coups et leur apporter toutes les petites modifications, dont plusieurs ne sont d'ailleurs apparues que dans les années 20. Ce programme n'a pas été systématiquement appliqué, donc on trouve des armes qui n'ont qu'une partie de ces modifications, et celle-ci en est peut-être un exemple.
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Peut-être, parce-que la seule modification post-guerre qui saute aux yeux est le quillon rajouté sur l'embouchoir. Or cette pièce s'enlève à chaque démontage, n'est pas numérotée et est interchangeable ; depuis 1892 elles se promènent d'une arme à l'autre pendant les revues d'armes, et ça n'a pas cessé depuis... La vis d'assemblage de culasse, à large tête, date aussi de la guerre (ou après), mais pas numérotée, alors...
La hausse à gros guidon carré pourrait soit dater d'une réparation pendant la guerre, soit de la modernisation des années 20 (auquel cas le guidon serait plus haut et marqué d'un A, ainsi que la planchette de hausse). Le battant de bretelle, sous la crosse, est le montage d'origine ; il a donc échappé à la modification (barrette latérale encastrée dans la joue gauche), ainsi que la baguette (supprimée à la fin des années 20, sa rainure bouchée par une languette collée).
La raison de ces modifications incomplètes pourrait simplement être un oubli tout au fond d'un dépôt, l'affectation à une unité pour laquelle ces mises à jour n'étaient pas prioritaires, etc. Si un N est poinçonné au dessus de la boîte de culasse et du canon, c'est que l'arme a refait surface juste avant la guerre de 40, et qu'on n'avait alors plus le temps ni l'envie (ou le budget) pour faire ce qui avait été omis. Ce N indique une légère retouche de chambre permettant d'utiliser au besoin les cartouches Mle 1932N conçues pour les mitrailleuses (mais ça secoue encore plus).
Car ce mousqueton reculait très brutalement. Il est dérivé de la carabine de cavalerie Mle 1890, dont au moment de son adoption le recul avait été jugé en limite du supportable (acceptable uniquement pour la cavalerie, qui à priori tirait très peu, et qui de toutes façons privilégiait la légèreté). C'est pourquoi l'infanterie était dotée d'armes plus lourdes. On peut d'ailleurs estimer l'usage prévu de l'arme en comparant les dotations individuelles en munitions : infanterie 120 cartouches (active et réserve), territoriaux 112 cartouches, artilleurs 12 cartouches.
En résumé ... je n'arrive pas à bien lire la lettre précédant le n° mais ça ressemble à un B ; et B 63453 serait cohérent avec une fabrication à Châtellerault (MAC) début 1913, comme l'indique le canon. Peut-être le macaron de crosse en dirait-il plus, ainsi que le n° poinçonné sous le E arrière, sur le méplat sous le canon (n° du mois d'épreuve).
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Les collègues n'ont pour l'instant relevé que 3 mousquetons "MAC 1913" (sur 6103 théoriquement fabriqués), les trois marqués de l'énigmatique "MD" (qui pourrait ici signifier "fabriqué avec la modification pour balle D") ; donc en voilà un quatrième... L'arme semble globalement dans l'état de modification qu'elle aurait eu si on l'avait égarée au milieu des années 20.
Etat moyen +, mais inégal : certaines pièces semblent bien plus rongées, à se demander si elles vont avec (la baguette doit être numérotée comme l'arme, le chien n'est pas numéroté). Pour en dire plus il faudrait tout voir, sous toutes les coutures, car ce modèle est particulièrement intéressant par la multiplicité des petites modifications successives, pas toujours toutes exécutées.
Si certaines parties blanchies "tirent le regard", un coup de bronzage à froid, sans aucun polissage mais simplement un dégraissage soigné, suffira à estomper leur éclat. Juste sur les parties blanchies, en débordant un peu autour mais en insistant de moins en moins de façon à ce que le raccord soit progressif avec le bronzage d'origine subsistant. Si l'idée de rebronzer est uniquement pour améliorer la conservation, en stockage dans une habitation normale c'est tout à fait inutile, il suffit de huiler légèrement de temps à autres et d'éviter de manipuler avec des mains moites. De toutes façons le bronzage ne prémunit pas contre l'apparition de points de corrosion (condensation ou traces de sueur) et il faut huiler quand même.
Le tableau récapitulatif des armes existantes dans les approvisionnements au 1er Janvier 1955 est le suivant :
| Arme | Quantité |
|---|---|
| Pistolets Automatiques PA 7,65 court | 74 950 |
| Pistolets Automatiques PA 7,65 long | 421 |
| Pistolets Automatiques PA de 9mm allemands | 555 |
| Pistolets Automatiques PA de 9mm Mle 50 | 354 |
| Pistolets Automatiques PA US cal 45 | 58 |
| Total | 169 481 |
| Pistolets Mitrailleurs 7,65 long | 627 |
| Pistolets Mitrailleurs US cal 45 | 48 111 |
| Pistolets Mitrailleurs Allemands et Anglais 9mm | 58 |
| Pistolets Mitrailleurs MAT 49 | 207 181 |
| Total | 346 972 |
| Fusils Fusils 36 et 36 CR | 391 85 444 |
| Fusils Fusils 36/51 | 19 437 |
| Fusils Carabines US | 186 542 |
| Fusils Fusils US cal 30 | 369 371 |
| Fusils FSA 49 | 21 438 |
| Fusils FSA US cal 30 M1 | 237 703 |
| Fusils Armes de 8mm | 236 608 |
| Fusils Armes Allemandes de 7,92 | 138 497 |
| Total | 1 395 040 |
| Fusils Mitrailleurs FM 24/29 | 23 530 |
| Fusils Mitrailleurs US Cal 30 | 20 597 |
| Total | 44 127 |
| Mitrailleuses cal 8mm Mle 14 | 8 025 |
| Mitrailleuses cal 7,5 Mle 31 | 4 303 |
| Mitrailleuses US cal 30 | 15 554 |
| Mitrailleuses US cal 50 | 22 768 |
| Total | 50 650 |
Si on regarde de plus près, on constate que l'armée française disposait en janvier 1955 de 1 395 040 fusils, dont 226 319 chambrant la cartouche de 7.5mm modèle 29, 236 608 chambrant la munition de 8mm modèle 1886, 138 497 celle de 8mm Mauser, et 606 874 fusils tirant la cartouche de 7.62X63, nommée .30 rifle par les américains et 7.62 par l'armée française.
Pour le collectionneur, c'est sûrement vrai, mais pour les responsables de la logistique, quel foutoir. Ils devaient faire fabriquer pas moins de 4 calibres d'armes de poing/PM et 5 calibres d'armes d'épaule, et ensuite, les distribuer aux bonnes unités au bon moment. Parce qu'il ne faut pas croire que tous les Lebel, les Mausers et les Berthier, étaient en stock de mobilisation.
Je peux vous dire que début 1955, en Algérie, des civils furent rappelés parmi la population locale, pour effectuer une courte période en tant que gendarmes auxiliaires. Ils étaient disposés de loin en loin, dans les plaines du sud d'Alger et avaient à l'épaule un Lebel et à la ceinture une cartouchière scellée avec quelques cartouches à l'intérieur.
Le fusil MAS 1949-56 est un fusil semi-automatique français conçu après la Seconde Guerre mondiale et utilisé par l'Armée française jusqu'aux années 1960. Sa conception s'inspire de l'expérience acquise avec le MAS 1936 et le MAS 1949. Ce modèle est un symbole de l'armement militaire français d'après-guerre, combinant robustesse, fiabilité et puissance de feu.
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