Lors de la déclaration de guerre à la Prusse le 19 juillet 1870, l'armée Française manquait de plusieurs centaines de milliers de fusils. Les manufactures françaises et étrangères ne pouvaient subvenir aux besoins. Les troupes étaient principalement équipées du Chassepot adopté en 1866. Les « Mobiles », représentant la réserve, étaient dotés des « fusils à tabatière » obtenus dès 1867 par la transformation des anciens fusils à percussion en chargement par la culasse.
Une grande partie des armes disponibles était stockée dans l’Est de la France. La défaite de Metz puis la capitulation de Sedan ont livré à l’ennemi tout l’armement de nos troupes. Il fallait d’urgence reconstituer l’armement perdu et augmenter les quantités pour faire face à la levée en masse de tous les hommes de 20 à 40 ans célibataires ou veufs sans enfant (décision du 2 novembre 1870) qui devront rejoindre les jeunes, de moins de 25 ans, mobilisés depuis septembre 1870. A la fin 1870 il y aura 600 000 hommes sous les drapeaux.
Ce fut l’arrivée, fin août 1870, des fusils anglais Snider se chargeant par la culasse et aussi des Enfield se chargeant par la bouche qui seront transformés, sur place, en chargement par la culasse. Des Albini-Brandiein belge furent également livrés à Paris. Des commandes de Chassepot étaient faites en Angleterre, Espagne et Italie.
Mais ce furent surtout les Etats-Unis qui disposaient de surplus important de la guerre de Sécession qui allaient devenir le fournisseur de la défense Nationale. Devant la pénurie, la France acceptait tout et payait sans rechigner. Bon nombre de vieux « rossignols » n’ont jamais été utilisés. Mais il y avait aussi des armes exceptionnelles à un coup dont les fusils Remington neufs en calibre 44 livrés début octobre 1870. On pouvait trouver également des Springfield à percussion transformés en chargement par la culasse en calibre 58, 16 040 Remington Navy en calibre 50-70, 9 202 Remington Grec, 3 700 Remington Espagnol en calibre 433 et aussi pour les artilleurs 21 117 carabines Split breech tirant la munition Spencer de 52.
Pour les armes à répétition ce sont avec les Spencer 6 000 Winchester système Henry (3 000 carabines et 3 000 fusils) modèle 1866 (yellowboy) en calibre 44 Henry Flat . Seul le fusil était doté d’une baïonnette angulaire. Le magasin du fusil contenait 17 cartouches et 13 pour la carabine.
Lire aussi: Analyse des fusils Springfield 1871
Cette commande ou cette guerre, fut une aubaine pour Winchester et sa 1866. Depuis sa création les ventes de ces modèles 1866 ne décollent pas. En 1866, il y eut 2237 arme de produites. En 1867 probablement pour réduire les stocks la production chute à 764 pièces. Les marchés militaire et civil sont saturés de fusil Spencer issu de la guerre civil qui vient de se terminer. En 1868 ce seront 4 209 fusils et carabines, c’est aussi la faillite de Spencer et le rachat par Winchester. 1869 un frémissement se fait sentir avec 9 747 armes et enfin 1870 c’est l’apothéose avec 23 010 Winchester 1866 de nombreuses commandes affluent du monde entier.
Les 100 premières dotations Françaises ont commencées le 15 décembre 1870 aux Francs Tireurs de Quimper pour se terminer avec 1 784 carabines et fusils à l’Arsenal de Chartres le 25 mars 1871 soit 2 mois après la fin des hostilités. Il y aura eu près de 2 000 Winchester qui n’auront jamais pris part aux combats.
Cette arme de faible portée (une centaine de mètre) a été peu utilisée car elle n’était pas adaptée aux tactiques européennes, ou l’on engageait le combat de loin. C’était aussi une grande consommatrice de cartouche.
Après guerre on arma avec, la Gendarmerie Corse, de Bretagne et de Vendée.
L’Armistice du 28 janvier 1871 mit fin à la guerre soit environ un mois après les dernières livraisons de décembre 1870. Moins de 40% de ces armes furent utilisées car cela représentait peu de temps pour réorganiser les armées. Ces armes sont tombées dans l’oubli faute d’avoir pu s’illustrer lors de combat à l’exception de la bataille de Pouilly. Elle opposa le 24 janvier 1871 les forces du Général de Kettler, à la brigade Ricciotti inférieure en nombre mais dotée de 63 ‘Winchester 1866’.
Lire aussi: Comment jeter les cartouches de fusil
Cette carabine de cavalerie Winchester 1866 en calibre 44 Henry Flat (yellowboy) utilise une munition à percussion annulaire. Le modèle que je vous présente à une grande particularité, c’est un modèle hybride assemblé en 1870 avec des pièces de type 2 et de type 3.
Comme beaucoup d’arme de cette période, il est difficile d’identifier au premier coup d’œil à quel type appartient le modèle en étude. Bien entendu il est logique de retenir le type le plus récent donc le type 3.
Deux éléments situent cette arme en type 3 se sont :
Les particularités de type 2 : Le canon est gravé : Henry’s Patent oct.
| Type d'arme | Calibre | Quantité |
|---|---|---|
| Springfield rifle muskets | .58 rimfire | 63 030 |
| Remington Geiger carabines | .56-50 rimfire | 21 120 |
| Remington rifles (US Navy type M1870) | .50-70 | 16 940 |
| Remington (Egyptien) | 11.43 | 100 000 + 49 960 |
| Remington (Espagnol) | 11m/m | 3 700 |
| Remington (Grec) | Inconnu | 9 200 |
Juillet 1870, la France mobilise. L'armée d'active composée d'engagés et d'hommes que le tirage au sort a désigné pour un service militaire de sept ans, est mise sur le pied de guerre, on rappelle les réservistes et les soldats en congé. Le 17 juillet le Corps Législatif décide la convocation de la Garde NationaleMobile.
Lire aussi: Conseils pour l'élimination des cartouches de fusil de chasse
Cette Garde Nationale Mobile est l'équivalent français de la Landwehr de l'ennemi prussien, mais elle n'en a ni l'équipement, ni l'entraînement. C'est une organisation de création récente (1868), elle est chargée de suppléer l'armée d'active en cas de conflit et doit lui servir de réserve instruite.
Mais cette Garde Mobile n'existe que sur le papier, organisée au niveau de chaque département, elle ne possède qu'un embryon d'organisation. Elle est impopulaire auprès de la population qui voit là une extension inutile du service armé.
Il existe déjà une Garde Nationale Sédentaire organisée au niveau de chaque canton, ce sont les communes qui en financent l'organisation administrative (commission de recensement, registre, drapeaux, tambours). L'armement est fourni par le Ministère de l'Intérieur, mais soupçonnée de sentiments républicains la garde ne reçoit que des sabres et de vieilles pétoires. Quant à l'uniforme il est à la charge des mobilisés, les communes ont le libre choix de le rendre obligatoire ce qui est rarement le cas.
La Garde NationaleMobile n'est pas mieux lotie, équipée aux frais des départements elle doit recevoir un uniforme formé d'une vareuse noire et d'un pantalon bleu à bande rouge, mais bien souvent les Moblos partiront en campagne, avec pour tout uniforme un képi et un sarrau bleu où on a cousu à la hâte des pattes rouges aux épaules ! Il a été prévu que leur armement sera le fusil à tabatière résultant de la transformation des anciennes armes à percussion, mais celui-ci est en nombre insuffisant.
Dès le début du conflit, les Prussiens et leurs alliés pénètrent sur le territoire national. Très vite ils prennent l'avantage, l'armée française est balayée en Alsace et en Lorraine, plusieurs places fortes sont assiégées et c'est bientôt le tour de Paris. Le gouvernement se retire à Tours, Gambetta s'échappe en ballon et le rejoint.
Le 4 septembre la république a été proclamée. A partir du 14 octobre, on appelle sous les drapeaux les célibataires et veufs sans enfants de vingt à quarante ans, qu'on incorpore dans la Garde Nationalemobilisée.
Il y a également les corps francs et compagnies de francs-tireurs. Ce sont des unités indépendantes de 60 à 200 hommes qui s'équipent et s'arment comme ils peuvent (souvent à leurs frais) ; ils portent souvent des noms pittoresques : les tirailleurs à la branche de houx, les enfants perdus du Beaujolais, le bataillon de l'égalité de Blida, etc... Ils agissent parfois comme éclaireurs de l'armée régulière, mais dans la plupart des cas ils mènent des actions de harcèlement et de coups de main sur l'ennemi, ce qui amène des représailles de la part de celui-ci sur les populations civiles.
Plusieurs armées se forment en province et tentent des contre-offensives. Au sud de la Loire, les troupes de Chanzy se heurtent aux Bavarois et aux Prussiens et reprennent Orléans. Celles de de Pallières franchissent également le fleuve et remontent jusqu'à Beaune-la-Rolande.
Mais l'ennemi se ressaisit et reprend l'offensive après avoir renforcé ses effectifs, les Français doivent se replier et les troupes allemandes continuent leur avance vers le sud, ce qui contraint le gouvernement à quitter Tours pour Bordeaux.
Chanzy va former une deuxième armée de la Loire avec des mobilisés bretons réunis au camp de Conlie dans la Sarthe. Il tente une seconde offensive en janvier 1871, mais ses troupes sont mal équipées, chaussées de sabots, mal armées et leur entraînement est très aléatoire.
Bousculées par les prussiens, elles refluent vers l'ouest et la Normandie. De l'autre côté, Bourbaki attaque en Franche-Comté mais il est contraint de se réfugier en Suisse.
Un armistice intervient le 28 janvier 1871et le traité de paix est signé le 10 mai 1871 à Francfort.
Pourtant l'armement n'aurait pas du manquer aux troupes du général Chanzy, mais elles ont seulement reçu des Springfield à percussion débarqués de l'Érié, "les derniers venus et les pires" dit un chroniqueur de l'époque, ainsi que quelques armes à tir rapide.
Cette question de l'armement des mobilisés bretons du camp de Conlie va entraîner une enquête parlementaire en 1872, celle-ci est effectuée dans le cadre de l'examen des actes du Gouvernement de la Défense Nationale qu'effectue la nouvelle chambre à tendance conservatrice, issue des urnes le 8 février 1871. Elle mettra en lumière les difficultés qu'a pu rencontrer le gouvernement de la Défense Nationale pour acheminer les armes achetées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, ainsi que la profonde désorganisation de l'administration et de ce qui restait de l'armée.
Le Gouvernement de la Défense Nationale avait pris des dispositions pour acquérir des armes à l'étranger, ces fournitures étaient financées par un emprunt contracté auprès de la maison Morgan de Londres : 250 millions de francs-or empruntés au taux de 9%.
Plusieurs navires assurent le transport des précieux chargements vers les grands ports de la Manche et de l'Atlantique et c'est à partir de ce moment là que les choses vont se gâter. On met parfois plusieurs jours à décharger la marchandise, les armes sont dans la plupart des cas dispersées par petits groupes, envoyées à des unités de mobiles de tous les coins de France mais loin des théâtres d'opérations, restent stockées dans les arsenaux ou placées dans des wagons de chemin de fer qui n'arrivent jamais à destination.
La commission d'enquête parlementaire qui examine les événements a fait une laborieuse recherche sur les armes en provenance d'Amérique, examinant chaque cargaison et chacune des expéditions qui a été faite. Ses conclusions sont consignées dans un rapport rédigé par M. Boreau-Lajanadie.
Le navire La Fayette effectue un premier voyage qui l'amène à rentrer à Brest le 1° octobre 1870, sa cargaison est réceptionnée par l'Artillerie le 4, elle comprend 11 300 fusilsRemington du modèle égyptien et 1 350 carabines de même marque mais dont le modèle n'est pas précisé. Les expéditions des fusils se sont effectuées de la manière suivante :
En ce qui concerne les carabines, 500 sont distribuées (par lots de 47) à des corps francs comme les Enfants Perdus de Paris, la Légion franco-argentine, etc ; mais 850 vont aller de l'arsenal de Brest à celui de Saumur (au passage on en laisse vingt à la disposition du sous-préfet), puis à l'arsenal de Rennes sans connaître d'affectation.
Le premier voyage du Ville-de-Paris, l'amène à débarquer à Brest le 17 octobre 1870. Il a à son bord 2 380 fusils Remington égyptiens, 2 000 Remington espagnols, 520 fusils Springfield transformés Remington, 3 760 fusils Spencer et 2 700 fusils Sharps.
Les Remington espagnols furent expédiés à M. de Kératry chargé d'organiser l'armée de Bretagne et le reste de la cargaison connut des destinations variées:
Ce navire ramène également 1 720 carabines Remington, 6 680 carabines Spencer et 717 carabines Sharps, qui furent dispersées de la manière suivante :
Le Fairey-Quenn venant de Londres, arrive au Havre le 18 octobre, sa cargaison est réceptionnée le 1er novembre. Elle comprend 300 fusils Remington qui restent sur place pendant deux mois et n'en sortent que pour entrer le 30 janvier - soit deux jours après l'armistice - à l'arsenal de Bordeaux.
Le Saint-Laurent fait son entrée dans le port de Brest le 31 octobre et sa cargaison est réceptionnée deux jours plus tard. Il transporte11 500 fusils Remington de modèles divers, 130 fusils Spencer et 19 161 carabines.
Il y a dans ce lot, 500 fusils du modèle espagnol qui sont expédiés au préfet de la Sarthe.
Les 11 000 fusils restant sont principalement du modèle égyptien, sauf mille d'entre eux qui sont des Springfield transformés. Ils sont divisés en trois groupes :
Les carabines se répartissent en quatre modèles : 8 487 Remington, 2 724 Spencer, 4 990 Sharps et 2 960 Joslyn.
Mille carabines Remington furent expédiées à Tours le 10 novembre, mais à l'arrivée il en manquait 350 ! Sur les 650 qui restaient, 363 furent distribuées à divers corps-francs, les 287 autres sont envoyées le 13 décembre à Bordeaux où selon les termes du rapporteur "elles prirent asile"...
Il reste encore 7 487 carabines Remington qui sont stockées un mois à Brest et qu'on retrouve à La Rochelle le 2 décembre, elles connaissent alors des fortunes diverses :
C'est également le cas de 4 500 carabines Sharps, stockées elles-aussi un mois à Brest, puis envoyées à La Rochelle où on les retrouve encore le 8 mai 1872. Le sort de 290 armes de même modèle est identique mais le lieu de destination est l'arsenal de Bordeaux. Les 200 armes restantes partent directement de Brest à destination de Clermont-Ferrand pour le corps de M. de Jouvencel.
Les 2 724 carabines Spencer sont mieux employées car on les attribue en totalité aux mobilisés bretons. Il en est de même pour 2000 carabines Joslyn mais l'ensemble de ces armes arrive à la Conlie après le départ du général de Kératry.
Les 960 carabines Joslyn restantes ont été réparties comme suit :
Le Pereire arrive au Havre le 9 novembre avec 3 204 fusils et 13 316 carabines. Les fusils sont des Remington d'un type non précisé et des Spencer. Leur destination laisse elle aussi à méditer, si on en juge par l'usage qui en fut fait :
Les 5 967 carabines Spencer que transportaient aussi ce navire ont été séparées en deux lots :
Restaient 6 469 carabines Remington dont il existait trois modèles : 280 Remington Geiger dites ancien modèle (Split Breech), 100 carabines égyptiennes et 6 089 du modèle ordinaire (sans doute en .50 Spencer). Elle séjournèrent au Havre pendant un mois, le 22 décembre on expédie à Bordeaux 280 carabines ancien modèle qui sont distribuées le 17 janvier
Cent carabines du modèle égyptien, parties le même jour pour Bordeaux disparaissent dans la nature...
tags: #cartouches #fusils #springfield #transformes #1871 #histoire