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Les français ont beaucoup de qualités, notamment celle d’être des inventeurs de génie. Rien qu’au XX° siècle, l'automobile, l'aviation ou la télévision lui doivent l’essentiel.

Les Premiers Pas Vers le Fusil Semi-Automatique

Dès les années 1910, les français ont déjà compris tout l’intérêt du fusil semi-automatique au combat comme arme d’appui bien distinct de la mitrailleuse ou même d’un potentiel Pistolet Mitrailleur, question de puissance de feu du groupe d’infanterie élémentaire. Mais, si l’idée est subtile dans sa conception et s’avéra parfaitement valide opérationnellement, elle est infiniment ardue dans sa réalisation pratique. Maître Flingus dans ses laïus et autres pensums sur le Garand ou le G 41 a essayé de vous expliquer combien l’arme semi automatique d’infanterie à un seul porteur est un sujet des plus délicats.

Or, dès l’aube du siècle les français travaillent déjà, dans le plus grand secret, et avant tout le monde, sur des prototypes. Mais, vous êtes en France et tout le monde s’en mêle. Section Technique de l’Artillerie (STA), l’École Normale de Tir (ENT), la Commission Technique de Versailles (CTV), l’Établissement d’Artillerie de Puteaux (EAP), tous avec des idées différentes, des considérations de cartouches diamétralement opposées, des préoccupations théoriques ou de budget baroques qui ne résisteraient pas une minute à une direction centralisée et volontaire. Mais c’est comme cela.

Donc, une foultitude de prototypes différents (plusieurs dizaines en réalité par améliorations successives) voient le jour: FA A1 à A4 de la STA, les 8 ou 9 Prototypes B1 et suivants de l’ENT, la série des FA APX 1910 de Puteaux, la série de fusils C de la CTV, et, parmi tout ça, le fameux STA N°8 que beaucoup d’entre vous connaissent mieux sous le nom de fusil semi-automatique A6 ou fusil Meunier A6 qui aura même le bonheur d’une première fabrication en pré-série dès avant guerre (de 14!).

En parallèle, sont mises au point les cartouches qui iront avec ces armes. Elles sont de très loin les plus modernes du monde. Rien de mieux ne sera adopté avant les années 1950 sauf peut-être la 7,62×39, adoptée en 1943, et qui deviendra la munition de la Kalashnikov.

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L'Abandon du Projet Meunier A6

Les tensions internationales et la guerre se profilant, le projet le plus avancé, le Meunier A6, est abandonné en 1912. Nouvelle cartouche en 7 mm très différente de la cartouche réglementaire Lebel 8×51 équipant Lebel et Berthier, fabrication plus complexe encore non industrialisée, doctrine d’emploi à préciser, coût unitaire par arme et tests opérationnels en unités non réalisés, tout contribuait à un abandon prématuré alors que l’orage grondait à nos portes. Mais le projet semi-automatique de combat n’était pas mort.

On acquiert bien dès 1915 quelques armes semi automatiques genre Winchester et Remington en calibre 351 WSL ou 401 WSL pour nos avions et ballons dirigeables. Dès 1916, on en revient, après nombre d’allers et retours browniens typiques de nos administrations, aux projets de semi automatiques de guerre d’avant 1914.

C’est la meilleure arme testée à l’époque, très en avance sur son temps qui l’emporte à savoir le fameux Meunier A6 qui devient « Meunier A6 modèle 1916 ». Un peu plus d’un millier de fusils semi-automatiques sont fabriqués et 813 sont envoyés en premières lignes. Ils donnent satisfaction et tous les défauts signalés étaient aisément corrigeables (arme un peu longue pour le combat en tranchées et échauffement en tir soutenu).

Les Défis de la Munition 7mm Meunier

Le vrai problème, c’est la munition: la 7mm Meunier. Une munition ultra moderne, proche dans sa balistique de la 308 qui sera créée 40 ans plus tard, et chambrée dans une arme ultra moderne. Elle pose néanmoins des problème de fabrication et de logistique d’approvisionnement dans l’océan de production de la 8×51 qui équipe toutes les armes longues et toutes les mitrailleuses françaises.

C’est un peu le serpent qui se mort la queue: pas assez d’armes produites et en lignes pour justifier la production en masse et la logistique de la munition - pas assez de munitions pour approvisionner en masse les armes déjà en ligne et pousser à dépasser le stade expérimental. Il n’en reste pas moins que le Meunier 1916 est, encore de très loin à la fin de la guerre, l’arme semi automatique militaire la plus avancée au monde. Plus que son seul équivalent au monde, le Fedorov 1916 russe. Produite en masse, elle aurait sûrement fait bonne figure encore très longtemps dans nos armées. Une version courte, à deux doigts de nos modernes fusils d’assaut, avait même été passée en test.

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Le Fusil Semi-Automatique Modèle 1917 (FSA 17)

Une solution à proposer aux problèmes posés par le trop moderne Meunier A6 ? Voilà comment nous en arrivons doucement à notre FSA 1917 de ce jour. On y pense en réalité dès le début du conflit. Récupérer un maximum de pièces du Lebel (fût, canon, crosse, magasin, baïonnette, bretelle…) et y ajouter mécanisme d’emprunt de gaz et une autre culasse issue des essais d’avant-guerre et de l’expérience Meunier. En haut lieu, on est sceptique. Ça va être long, cher, compliqué et le pays est en guerre. Inutile de se disperser.

Trois hommes Ribeyrolles (Dirigeant de la firme de Cycles Gladiator et concepteur d’armes), Sutter (Contrôleur de Manufacture d’Armes) et Chauchat (Colonel Inspecteur des Fabrications d’Armes Portatives et concepteur du FM 1915 du même nom) s’unissent de façon assez informelle et travaillent de leur propre chef à ce baroque projet de faire du futurisme avec le maximum d’un vieux système. Dès fin 1915, ils présentent un prototype de fusil semi automatique à base de quelques pièces de Lebel réutilisées que véritablement un nouveau Lebel transformé en fusil semi automatique.

Car l’idée était délicate pratiquement. Usinage de pièces nouvelles en contact avec d’autres conçues pour un fusil classique, problème d’usure et de fragilité des dîtes pièces, réglages de l’emprunt de gaz et surtout forme de la damnée cartouche-bouteille du Lebel qui pose d’infinis problèmes d’alimentation, de clip chargeur et de bourrelet à l’éjection.

Finalement, en décembre 1916, quand l’arme est enfin adoptée sous appellation de « Fusil Mdle 1917 » il ne reste pas grand chose du classique Lebel à répétition manuelle en dehors du canon, de la crosse, de la bretelle, de la plaque de couche et de la baïonnette. Même le clip métallique pour cartouches de 8×51 des Berthier n’y a pas survécu. Le FSA 17 refuse de l’avaler correctement. Il a fallu concevoir un clip spécial que Maître Flingus a payé la peau du dos, un rein et une rétine pour compléter dignement, et parfaitement au plan historique, sa présente arme du jour.

Cette trop vague parenté finale avec le Lebel ne permit pas non plus de simplifier la mise au point de la production en série. Bien au contraire. Elle ne débute qu’en avril 1917 au moment même où notre armée se lance bravement à l’assaut sur le Chemin des Dames.

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La production est suffisamment compliquée pour être répartie sur trois manufactures: Tulle fournit boite de culasse, canon et pontet; Saint-Étienne fournit tout le système de récupération de gaz y compris le piston (et des canons aussi), Châtellerault fournit la platine et le bloc détente, La manufacture d’Armes de Paris, création de la Grande Guerre, fournit enfin la bielle, l’élévateur et le carter de chargement. On atteindra quand même la cadence de 5.000 armes par mois pour une production totale de 85.000 exemplaires.

Le FSA 17 est en fait une arme de transition, une solution d’attente d’une arme intégralement nouvelle comme l’aurait été un Meunier 1916 produit à large échelle et qui ne viendra qu’après…la seconde guerre mondiale. 85.000 armes pour une guerre gigantesque comme la première guerre mondiale, ce n’est rien du tout. Une goutte d’eau dans l’océan. Arme rare, chère, et technique, elle n’est d’ailleurs confiée qu’à raison de 16 armes par compagnie, aux chefs de demi-section et aux meilleurs tireurs.

S’agissant d’une première et d’une arme bricolée dans sa conception, son bilan opérationnel est mitigé. Le FSA 17 eut une néanmoins une descendance directe. Deux modèles courts type mousqueton seront testés en 1917 mais ne dépasseront pas le stade expérimental.

Le Modèle 1918

Un modèle dit « 1918 », avec un obturateur de culasse visant à mieux préserver le mécanisme des saletés, un carter à munition qui ne s’ouvre plus inopinément en plein combat et surtout désormais capable d’avaler les clips classiques de Berthier simplifiant grandement les approvisionnements de munitions, nait en 1918. Produit à 4000 exemplaires seulement (Maître Flingus ne l’a jamais vu sauf dans les livres d’images que lui lisait sa maman), ce FSA 1918 arrivera trop tard pour connaitre les tranchées de la Grande Guerre.

Notre état-major n’en déduisit néanmoins pas qu’il fallait encore poursuivre l’équipement de nos armées d’armes semi-automatiques individuels. Ni en PM. Avanie suprême et finale, les FSA 17 et FSA 18 survivants seront massivement retransformés…en simples fusils à répétition manuelle par obturation de l’évent de prise de gaz et affectés à la réserve en 1935 sous la dénomination de FSA 17-35 et FSA 18-35 !

Mais les vieux soldats ne meurent jamais. Des rumeurs de popotes parlent encore parfois de FSA 17 miraculés, et surtout paumés trop loin pour avoir subi ces humiliations, ayant encore fait bravement parler la furia francese dans quelques rizières indochinoises après 1945.

L'Héritage du FSA 17

Mais sa plus grande gloire à notre FSA 17 n’est elle pas finalement d’avoir fourni à un petit ouvrier canadien français répondant au nom de Jean-Cantius Garand, le modèle de fonctionnement qui inspirera directement l’un des plus grands succès de l’armement, le Fusil Garand M1, lui-même source essentielle de l’inspiration du Grand Mikhail Kalashnikov?

Nos ingénieurs géniaux des années 1910/20 auraient sans doute mérité un peu plus d’attention et de considération de la part de nos institutions militaires et de nos gouvernants. Que nous reste-il aujourd’hui de tout cela et des 85.333 FSA/RSC 17 construits entre avril 1917 et novembre 1918 ? Et bien presque rien. Mais quand même notre très belle et très rare arme de ce jour. Le reste a subit les deux guerres mondiales, l’avanie de la transformation 1935 et surtout l’immense holocauste des neutralisations et pilonnages.

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