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Le 10 mars, un spectacle inhabituel s'est déroulé près de la pointe des Espagnols, à Roscanvel, face au port de Brest. Deux camions-remorques transportaient un canon de dix mètres de long et son affût, hissés ensuite dans l'ancien fort de la pointe des Espagnols.

Un Canon de Côte Français du XIXe Siècle

Cette pièce d’artillerie est un canon de côte français de la fin du XIXe siècle, précisément un "canon de 32 cm modèle 1870-84". Les pièces de ce modèle sont parmi les plus puissantes installées sur les côtes en France à l’époque.

Le calibre de 32 cm est privilégié pour le tir dit "de rupture", visant à perforer les murailles cuirassées des bâtiments ennemis, en particulier leurs parties essentielles situées au-dessus de l'eau.

Ce tir est d’autant plus efficace qu’il est exécuté à petite distance (1200-1500 mètres) et dans des batteries situées à faible altitude. C’est la continuation du rôle des batteries basses des XVIIe et XVIIIe siècles.

A Brest, les batteries de rupture armées de canons de 32 cm sont concentrées dans le goulet, facile à interdire par ce moyen. Le manque d’emplacements favorables conduit à placer certaines pièces au sommet des falaises, d’autres en casemates construites sous les anciens ouvrages ou dans des anfractuosités de la côte.

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Ces fameuses "batteries de rupture casematées" du goulet de Brest, au nombre de sept, ont presque toutes reçues comme armement deux canons de 32 cm modèle 1870-84.

Caractéristiques Techniques du Canon de 32 cm modèle 1870-84

Ces canons sont des monstres de 48 tonnes (même s'il existe plus gros à l'époque). Leur structure est composite, puisque sur un corps en fonte viennent s’ajouter des frettes - renforts annulaires - en acier garantissant la résistance de la pièce soumise à de fortes contraintes du fait de l’emploi de la poudre noire comme charge propulsive. Le tube intérieur portant les rayures est également en acier.

Ils tirent des obus de 286 (obus explosif) à 345 kg (obus de rupture) à des vitesses initiales de l’ordre de 600 m/s. Les charges propulsives sont conditionnées en gargousses indépendantes des projectiles. En fonction du type de batterie, les tubes sont placés sur des affûts à pivot (avant, modèles 1886 et 1888, central, modèle 1888) ou de casemates (modèle 1888), avec des différences entre ceux en usage dans les batteries casematées de Brest et ceux destinés aux forts de la rade de Cherbourg. Ces affûts entièrement métalliques pèsent de 38 à 52 tonnes. Certains sont manoeuvrés électriquement et tous sont équipés de grues pour la manutention des munitions. Les canons de 32 cm nécessitent une quinzaine d’hommes pour les servir. La procédure de chargement demande au moins 5 minutes par tir à une équipe entraînée.

Le Parcours Historique du Canon de la Pointe des Espagnols

Le canon de 32 cm modèle 1870-84 R. 1888 n° 14 de la pointe des Espagnols a été fabriqué à la fonderie de la Marine de Ruelle (Charente-Maritime), puis a commencé sa carrière à Brest (batteries du goulet) ou à Cherbourg (forts de la rade) vers 1890.

Pendant la Première Guerre mondiale, il est retiré des côtes comme beaucoup d’autres pour devenir une pièce d’artillerie lourde sur voie ferrée. Monté sur l’affût-truck n° 3005 baptisé "Karsavina" (une ballerine russe alors célèbre), il participe à la bataille de la Somme en 1916 au sein du 3e Groupe de 32, 67e batterie du 7e RAP.

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L’usure très prononcée du tube du fait des tirs intensifs entraîne son démontage et il est réalésé expérimentalement à Ruelle au calibre de 34 cm fin 1917 et devient le canon de 32 cm mle 1870-84 R. 1888 n° 14 T. 34 R. 1918 n° 1, seul de son espèce.

Après-guerre, il est transféré à la Commission d’expériences de Gâvres, centre d’essais de l’artillerie de marine, pour servir à différentes expérimentations.

La Restauration et la Valorisation du Canon

La fermeture annoncée du polygone de Gâvres, devenu Centre d’essais de lancement de missiles dépendant de la Direction générale de l’Armement (DGA) pose en 2009 la question du devenir de ses pièces d’artillerie, initialement destinées à être ferraillées. Jean-Claude Leroux, de la DGA, et René Estienne, conservateur du Service historique de la Défense de Lorient, s’investissent pour les préserver de la destruction.

Dès la seconde moitié des années 2000, plusieurs acteurs de la région de Brest songent à le faire venir en presqu’île de Crozon pour l’intégrer au projet de valorisation de son patrimoine fortifié connu sous le nom de « Route des fortifications », lancé en 2007. L’idée est d’exposer le canon sur un emplacement prévu pour une pièce similaire, de manière à matérialiser pour le public les caractéristiques de l’artillerie lourde de côte de la fin du XIXe siècle.

Fin 2021, le canon et son affût sont enlevés du site de Gâvres pour être restaurés. Le canon et les parties métalliques de l’affût reçoivent un traitement avant peinture par métallisation au zinc, tandis que les éléments en bois très dégradés de l’affût sont changés. La question de la couleur de la peinture à appliquer s’est alors posée. Il a été décidé de peindre le tube en noir, afin de correspondre aux enduits à base de plombagine dont l’emploi est attesté à la fin du XIXe siècle, et de repeindre l’affût en "gris coque" de la Marine nationale dont étaient recouverts tous les canons et affûts du parc de Gâvres.

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Le canon a été inauguré en présence des élus de la communauté de communes et de la sous-préfète de Châteaulin le 12 mai 2022.

L'Évolution de la Défense Côtière au Début du XXe Siècle

La défense des côtes, nouvelle responsabilité de la Marine, est l’un des programmes majeurs qu’elle va devoir élaborer de toutes pièces à ce moment critique. Cette tâche revient à l’EMG et au CSM, organes visés par les critiques de la Chambre. Avant d’examiner les travaux menés par la Marine pour la défense des côtes, il convient donc d’en comprendre la nouvelle organisation.

La nouvelle organisation de la Marine, dont doivent émerger les programmes nécessaires à son renouveau, nécessite une refonte préalable de ses organes de réflexion.

Le Conseil supérieur de la Marine (CSM) est réformé afin de gagner en efficacité et d'établir une représentation réciproque entre les deux Conseils supérieurs (Marine et Guerre). Cette réforme est mise en œuvre par le décret du 14 mars 1920, qui rappelle les deux rôles de la Marine, guerre sur mer et défense du littoral.

Les Premières Réflexions sur la Défense du Littoral Après la Première Guerre Mondiale

Les premières réunions du CSM consacrées à l’avenir de la Marine se tiennent les 6 et 15 mars 1920. Elles marquent une étape importante de la réflexion sur l’avenir de la puissance navale de la France, synthétisée dans une note secrète, rédigée par le vice-amiral Amet.

Le but assigné à la stratégie navale de la France est la liberté des communications maritimes en Méditerranée occidentale. La constitution et l’organisation de la flotte sont déterminées par cet objectif, même si les théâtres de la Manche et de l’Atlantique ne sont pas oubliés. Dès cette date, il est clair que les hypothèses de conflits avec « nos voisins méridionaux » visent l’Italie.

La défense du littoral ne doit pas être négligée pour autant et l’amiral Amet met en garde contre des conclusions hâtives tirées de l’attaque manquée des Dardanelles, car « il est prudent d’attendre le jugement de la critique historique sur la façon dont elle a été conçue et conduite, avant d’en tirer argument.

Le littoral doit en conséquence être défendu, non seulement par la maîtrise de la mer, mais également par ses propres moyens, sans entraver les mouvements de la flotte. Toute région dont le littoral peut être attaqué par l’ennemi doit ainsi trouver dans les ressources militaires et industrielles de son hinterland les moyens de sa défense, ceci étant particulièrement vrai en cas de rupture des communications avec la métropole pour la Corse, l’Algérie et la Tunisie.

Le Programme d'Armement du Littoral en Artillerie de 1920

Le premier projet de programme d’armement du littoral en artillerie est achevé le 1er juillet 1920. Préparé par l’EMG1, c’est un dossier de plus d’une centaine de pages, constituant une véritable « Bible » de la reconstruction de la défense des côtes. Malgré ses changements, ses adaptations, ses réductions ou encore ses retards, il demeure l’instrument de référence de la Marine jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Il précise les objectifs poursuivis par la nouvelle artillerie de côte à partir d’une synthèse technique basée sur la note de l’EMG5 du 20 octobre 1919 et les conclusions de la commission du matériel de l’artillerie navale. Les quatre types d’opérations que l’artillerie de côte doit interdire à l’ennemi sont l’attaque des bases et arsenaux, les blocus et embouteillages, les débarquements et la capture de bases d’opérations rapprochées.

Si l’EMG admet que l’artillerie de côte doit être équivalente à celle des bâtiments de combat modernes, il s’éloigne des conclusions de la commission du matériel de l’artillerie navale en ce qui concerne l’artillerie mobile, considérant qu’une large part doit y être faite, notamment pour l’artillerie principale (calibre supérieur à 16 cm).

La « base » de l’artillerie de côte demeure toutefois fixe, cette permanence étant seule à pouvoir garantir l’ouverture immédiate du feu en cas d’attaque. Elle est donc constituée par du matériel provenant des bâtiments déclassés de la flotte, notamment « des tourelles de ces bâtiments avec toute leur organisation, étant entendu que ces tourelles subiront les transformations leur permettant d’atteindre les angles de tir voisins de l’angle correspondant au maximum de portée de la pièce.

La mobilité est également préconisée pour l’artillerie secondaire, non pas assurée par les seules voies ferrées, mais surtout par routes. Le calibre choisi est donc un compromis entre la puissance de tir et la « légèreté » du matériel. La Marine qui a mis en œuvre sur les fronts terrestres des pièces de 138 mm et 164,7 mm, porte un grand intérêt à un nouveau matériel de 15, dont l’Armée avait passé commande à la fonderie de la Marine de Ruelle et dont 200 pièces sont disponibles après l’Armistice.

Tableau Récapitulatif des Calibres et de l'Artillerie

Type d'ArtillerieCalibreCaractéristiques
Artillerie PrincipaleSupérieur à 16 cmMobile, grande portée
Artillerie Secondaire155 mmMobile, compromis puissance/légèreté
Artillerie LégèreInférieur à 120 mmFixe, défense des ports

Ces principes se traduisent, pour chaque arrondissement maritime, par un programme général d’armement.

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