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Quel photographe n’a jamais été confronté un jour à un problème de différence de couleurs en observant une photo d’un écran à l’autre ou entre un écran et un tirage papier ? Il y a une explication à cela : c’est le calibrage de l’écran, c’est-à-dire le réglage de la luminosité, du contraste et de la température du moniteur.

Pourquoi calibrer son écran de retouche ?

Quand vous photographiez, vous passez du temps à composer, à exposer correctement et à retoucher votre image pour créer une ambiance qui vous est propre. Or, parfois quand vous regardez votre photo sur un écran autre que celui avec lequel vous avez travaillé, ou que vous récupérez votre tirage, vous pouvez avoir l’impression que les couleurs, le contraste et/ou la luminosité ont bougé.

En réalité, ce n’est pas tant ces paramètres qui ont bougé que votre espace de travail qui était mal configuré. En effet, chaque écran, dans son réglage d’usine, interprète les couleurs et l’intensité lumineuse à sa manière. Le problème principal réside dans le fait que notre œil possède une formidable capacité d’adaptation pour faire une “balance des blancs automatique”.

Si vous affichez une page blanche sur votre écran, même si ce dernier a tendance à tirer vers le bleu, sans point de comparaison, parce que votre cerveau sait que c’est du blanc il va adapter son interprétation pour que vous le voyiez comme tel et non légèrement bleuté.

Si on ne peut faire confiance à son œil, alors comment s’assurer que notre écran affiche les bonnes couleurs ? Pour ça, il existe les sondes de calibrage !

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Les différents types d’écrans

Avant de voir comment ce processus fonctionne dans la théorie et dans la pratique, il est bon de préciser que dans l’univers des écrans d’ordinateurs, tous ne sont pas égaux face au calibrage. Ils peuvent être divisés en trois groupes principaux :

  • Les écrans dits “arts graphiques” spécialement conçus pour le travail de l’image. C’est le type d’écran le moins abordable à toutes les bourses - comptez environ 1 000 € pour l’entrée de gamme et souvent bien plus pour le nec plus ultra. Totalement hors de prix pour les photographes amateurs, ils peuvent vite devenir indispensables pour un photographe qui tire ses photos sur papier très régulièrement ou un professionnel de la retouche. Généralement, ce type d’écran est fourni avec le matériel de calibrage adéquat ;
  • Les écrans non arts graphiques, c’est-à-dire tous les autres types d’écrans qui ne sont pas des écrans d’ordinateurs portables. En paramétrage d’usine, ces écrans affichent presque systématiquement des couleurs incorrectes ou trop flatteuses. Pour régler ce type d’écran, vous allez avoir besoin d’acquérir une sonde et surtout vérifier que dans les menus du moniteur vous puissiez a minima régler la température des couleurs, ainsi que la luminosité et le contraste. Pour leur majeure partie, une fois calibrés, ces écrans suffisent largement au plus grand nombre des photographes, même professionnels, dans la mesure où le tirage n’est pas une activité systématique ;
  • Le parent pauvre de l’écran, celui de votre ordinateur portable. Ici, c’est un univers complexe à calibrer du fait de la qualité générale des dalles utilisées et du manque de réglages possibles. Même si la problématique tend à disparaître avec la prolifération des dalles IPS, dont les Retina de chez Apple, la majeure partie du marché est encore composée d’écrans limités pour la retouche photo, même si pour un premier editing en déplacement ils font parfaitement l’affaire. Le problème, c'est que vous ne pouvez généralement que régler la luminosité, mais pas le contraste, et encore moins la température des couleurs, généralement réglée à 9 300 K là où on cherche à s’approcher des 6 500 K.

Principe de fonctionnement

Le calibrage de votre écran se déroule en réalité en deux étapes. Dans un premier temps, à l’aide du logiciel et du menu de votre écran, il y a une première phase d’étalonnage qui permet de régler correctement votre moniteur selon des paramètres.

  • et parfois la luminosité minimale (le point noir).

Ensuite, à l’aide de la sonde, le logiciel va afficher différentes pastilles de couleur et voir comment votre écran les interprète, puis les corriger. Par exemple, un rectangle gris composé d’un signal RVB de 64, 64, 64 va être affiché, et à l’aide de la sonde le logiciel va mesurer comment l’écran affiche cette couleur.

Il peut lire alors un signal équivalent à 60, 64, 64 et modifier le profil de l’écran pour qu’il compense le défaut dans le canal rouge en le forçant à transformer ce signal en 68, 64, 64 et ainsi reproduire correctement ce gris. Lors de cette phase de caractérisation, cette opération va être répétée avec un maximum de couleurs ou de contrastes possible et compiler les corrections dans un profil ICC dédié à votre écran.

Ce dernier sera chargé à chaque démarrage de votre ordinateur afin qu’il affiche désormais les bonnes couleurs. Il est possible qu’à la fin de la caractérisation, vous trouviez que votre écran affiche des couleurs trop jaunes, trop bleues, etc. En réalité, c’est votre œil qui s’était habitué à voir les couleurs d’une mauvaise manière.

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À quelle fréquence calibrer son écran ?

Ce n’est pas parce que vous avez calibré une fois votre écran que vous êtes débarrassé de cette tâche à vie. Même sans jamais retoucher aux réglages, il est inévitable que l’interprétation des couleurs de votre moniteur change avec le temps.

Si certains conseillent de répéter l’opération toutes les semaines, il n’y a en réalité aucune fréquence à respecter systématiquement. Tout va dépendre de la qualité de votre matériel, car en vieillissant certains écrans ont du mal à tenir les couleurs, et de vos besoins. Entre un photographe amateur qui ne publie ses photos que sur Internet et un professionnel de la retouche d’image, certains ne vont le faire qu’une fois par trimestre alors que d’autres, pour des obligations professionnelles, se doivent de le faire chaque semaine, chaque jour ou du moins avant chaque projet.

Dans tous les cas, rassurez-vous : l’opération prend moins de temps pour un re-calibrage que pour une configuration initiale.

Guide d’utilisation pas à pas

Installation du logiciel et de la sonde

Pour cette étape, rien de bien compliqué… Il vous suffit d’installer le logiciel fourni avec la sonde et de brancher cette dernière afin d’installer le pilote si nécessaire. Vous n'avez qu'à suivre les étapes lors du lancement de l’installation.

Réglage de la luminosité et du contraste de l’écran

Avant de commencer cette étape, veillez à vous assurer que votre écran est allumé depuis 20 à 30 min afin qu’il soit totalement chaud. Avant ce délai, les couleurs sont susceptibles de changer légèrement. À l’œil nu, vous ne voyez aucune différence, mais pour la sonde il risque d’y en avoir pourtant une réelle !

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Maintenant que votre écran est fin prêt, la première étape consiste à régler la luminosité et le contraste à l’aide du menu de votre écran et des indications du logiciel. Si le contraste est trop prononcé, les détails dans les ombres seront perdus et, à l’inverse, si la luminosité est trop forte, les couleurs risquent d’être délavées. Ceci aura une incidence directe lors du rendu sur papier ou sur un autre écran.

Réglage du gamma

Pendant longtemps, il y a eu débat sur le réglage du gamma entre 1,8 et 2,2, surtout entre utilisateurs de Mac et de PC, mais aujourd’hui Apple s’est enfin aligné sur le gamma le plus naturel pour l’œil en optant pour le 2,2.

Autant que possible, optez aujourd’hui pour un gamma de 2,2, d’autant plus si vous ne comprenez pas ce que vous faites. En revanche, si votre logiciel vous le permet et que vous imprimez régulièrement vos photos, vous pouvez essayer la courbe L Star (L*), c’est celle qui est la plus naturelle sur le papier, même si la différence entre les deux est assez imperceptible.

Norme ICC v2 ou v4 ?

Si le logiciel vous permet de choisir entre les normes ICC v2 et v4, soit pendant le processus, soit dans les paramètres, il est conseillé de sélectionner la v2.

La norme v4 a été créée pour améliorer la fidélité du rendu des couleurs lors de la conversion d’une image d’un espace colorimétrique à un autre, par exemple RVB à CMJN. Or, pour en tirer tous les bénéfices, il faudrait que tous les profils ICC utilisés soient également en v4, ce qui est très loin d’être le cas. Il est donc préférable de s’en tenir à la norme v2, d’autant plus que de nombreuses visionneuses ne supportent pas la v4 et ont ainsi tendance à assombrir vos photos.

Réglage de la température de couleur

Le dernier point important consiste à choisir la bonne température de couleur de l’écran, ou plutôt son point blanc. Ici, comme souvent, tout va dépendre de la nature de votre écran. Sur un ordinateur portable, il est souvent impossible de modifier la température alors que celle-ci est paramétrée en usine à 9 300 K, ce qui est bien trop froid. Cette température est également fréquente sur les moniteurs de bas de gamme, mais il est généralement permis de la modifier.

La valeur idéale se situe généralement entre 5 000 K et 6 500 K, 6 500 K étant la température de la lumière lors d'un jour ensoleillé. Exception faite des écrans arts graphiques, la valeur cible idéale se situe à 6 500 K avant étalonnage, voire entre 6 000 K et 6 500 K si votre écran vous l'autorise.

Contrôle de la luminosité ambiante

Avec certaines sondes de calibration, il est possible de contrôler la luminosité ambiante afin d’ajuster le réglage de la luminosité en permanence. Sur le principe, cette fonctionnalité peut être intéressante, mais ce n’est le cas que dans un environnement stable où la luminosité ne change que peu et où l’éclairage n’est pas produit à l’aide d’ampoules fluocompactes, ce qui est de plus en plus rare.

Le résultat est parfois plus déroutant que réellement intéressant. À titre personnel, c’est une fonction que votre serviteur n’active pas pour cette raison et à cause de la nécessité de laisser la sonde branchée en USB en permanence, un autre luxe non accessible à tous…

La caractérisation

L’étalonnage étant désormais terminé, le logiciel va pouvoir passer à la phase de caractérisation. Pour cette étape, vous allez devoir placer la sonde sur votre écran à l’emplacement indiqué par l'application. Surtout si c’est la première fois que vous le faites, ne vous fiez pas à votre œil qui vous dira que les couleurs sont étranges - ce dernier s’était habitué à les voir de manière incorrecte…

Conseils supplémentaires

  • Écran d'entrée de gamme (< 200€) : L'investissement dans une sonde haut de gamme est disproportionné. Pour cette démonstration, j'utilise DisplayCAL, un logiciel gratuit mais puissant, compatible avec la plupart des sondes du marché.
  • Écrans gaming : Pour les écrans gaming, recalibrez tous les 3-6 mois, car l'utilisation intense peut modifier les performances colorimétriques plus rapidement. Les jeux vidéo modernes exploitent de plus en plus les espaces colorimétriques étendus et le HDR.
  • Écrans HDR : Les écrans HDR nécessitent idéalement deux calibrations distinctes : une pour le mode SDR standard et une pour le mode HDR.
  • Écrans de laptops : Les écrans de laptops présentent souvent des écarts colorimétriques importants.

Les bénéfices du calibrage

Calibrer son écran est une étape essentielle mais souvent négligée qui permet d'obtenir un rendu des couleurs fidèle à la réalité. Au fil des années, j'ai constaté que les fabricants ont réalisé d'importants progrès : les écrans de milieu de gamme bénéficient désormais d'une calibration d'usine bien supérieure à celle des moniteurs d'il y a une décennie. Mais ne vous y trompez pas : même avec ces améliorations, un réglage manuel reste indispensable. La calibration d'usine reste générique et ne tient pas compte de votre environnement spécifique, de l'éclairage ambiant, ou des particularités de votre exemplaire. Même un écran flambant neuf peut décevoir avec des verts fluorescents, des blancs bleutés façon néon, ou des noirs grisâtres.

La calibration matérielle s'effectue directement dans les réglages de l'écran via le menu OSD ou un logiciel dédié comme Palette Master (BenQ) ou ColorNavigator (Eizo). Lorsque les réglages matériels sont limités, la création d'un profil ICC (International Color Consortium) constitue une alternative. Le profil est chargé via le panneau de configuration Windows (Gestion des couleurs) et s'applique automatiquement au démarrage.

La calibration d'écran n'est plus l'apanage des professionnels. Avec les bonnes techniques et outils, chaque utilisateur peut transformer radicalement son expérience visuelle quotidienne. Si votre budget le permet, l'investissement dans une sonde de calibration reste la solution optimale pour exploiter pleinement les capacités de votre écran.

Tableau récapitulatif des sondes de calibration recommandées

Type d'écran Sonde de calibration recommandée Fréquence de calibration
Écran d'entrée de gamme (< 200€) Logiciel gratuit DisplayCAL Tous les 3-6 mois
Écran gaming Datacolor SpyderX Pro ou Calibrite ColorChecker Display Pro Tous les 3-6 mois
Écran OLED Datacolor SpyderX Pro ou Calibrite ColorChecker Display Pro Tous les 3-6 mois
Écran HDR Calibrite ColorChecker Display Pro ou X-Rite i1Display Pro Plus SDR : Tous les 3-6 mois, HDR : À chaque changement de mode
Écran de laptop Datacolor SpyderX Pro ou Calibrite ColorChecker Display Pro Tous les 3-6 mois

N'oubliez pas que la calibration n'est pas un processus définitif mais périodique, à renouveler régulièrement pour maintenir une qualité d'image optimale. Même s'il ne me viendrait pas à l'idée de ne pas calibrer mes écrans, je peux comprendre que l'on soit tenté de s'en passer à l'heure ou de nombreuses images sont partagées uniquement sur les réseaux sociaux c'est-à-dire dans des conditions de visionnages tellement différentes (de sombres à en plein soleil). Je note également que la qualité des couleurs affichées a singulièrement progressé.

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