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Les armes à feu ont joué un rôle important dans les transactions eurafricaines du XVIIe au XXe siècle. Sur les côtes ivoiriennes, ces transactions ont laissé de véritables traces.

Introduction des armes à feu en Côte d'Ivoire

L’intérêt pour les armes à feu en Afrique occidentale se manifeste dès le XVIe siècle. L’afflux des armes à feu, en direction de la Côte-d’Ivoire, se réalise à travers les transactions commerciales et les relations diplomatiques.

Les transactions commerciales

Les comptoirs côtiers et les grands centres commerciaux de l’intérieur du territoire apparaissent déjà, vers la fin du XVIIe siècle, comme des zones de diffusion des armes. Au XVIIIe siècle, la traite négrière s’intensifie sur les côtes africaines, et l’esclave s’impose comme le principal produit d’exportation. Mais en retour, les armes à feu s’illustrent de fort belle manière. Ainsi, à partir de 1770, de nombreuses exportations d’esclaves se font à partir de Grand-Lahou dans l’embouchure du Bandama.

On estime à 6 000 ou 7 000 le nombre des esclaves annuellement « traités », essentiellement à Grand-Lahou ainsi que dans les rades de la Côte des Krou, au XVIIIe siècle.

À cette époque, sur la côte-Ouest africaine, le prix d’une « pièce d’Inde » ou nègre âgé de 15 à 25 ans, vigoureux, bien constitué et sans aucun défaut, peut correspondre à une demi-livre de poudre, à 50 pierres à fusil, à un fusil ou encore à 15 livres d’acier.

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Ce prix peut atteindre parfois celui d’un fusil à deux coups, ou encore de 24 livres de poudre à canon. Si l’on tient compte des trois siècles de traite négrière sur la côte, on réalise assez rapidement l’importance des armes entrées sur le territoire, même si l’arme à feu n’est pas le seul produit contre lequel on échange les esclaves.

Bouet Willaumez, dans la présentation qu’il nous donne de la côte ivoirienne, en 1838, montre l’omniprésence des armes à feu dans les échanges opérés à chaque étape. Selon lui, « La partie du littoral comprise entre le Cap des Palmes et le Cap Appolonien (ou des Trois Pointes) est divisée en deux grandes zones : du Cavally au Sassandra : la Côte des Mauvaises Gens, ainsi nommée à cause des méfaits qu’y ont commis les naturels à l’égard des navires marchands de faibles tonnages, et où le Cam-Wood s’échange contre les fusils, la poudre, le tafia et les étoffes ; du Sassandra au Cap Appolonien : la Côte de l’Or. »

La Côte de l’Or elle-même divisée en trois zones : de Sassandra au Bandama : la Côte des Dents, en raison du commerce important de l’ivoire ; du Bandama à la Comoé : la Côte des Qua-Qua (koua-koua) appelée aussi Côte des Jacks ou des Lahous ou encore Côte des Bonnes Gens. Cinq villages (Jack ou Petit Lahou, Grand-Lahou, Jack-Lahou, Jack-Jack et Petit Bassam) y pratiquent l’échange de l’huile de palme et de l’Ivoire contre les fusils et les étoffes, de la Comoé au Cap Appolonien : la Côte de l’Or.

Prenons l’exemple de la Côte des Bonnes Gens où l’huile de palme et l’ivoire sont les principaux produits vendus par les Africains, et où les rapports se font en krous d’huile de palme ou en dents d’éléphant. Sur cette côte, le krou d’huile de palme, qui subit une augmentation de poids presque double par rapport à celui de la Côte de Graines, a une valeur de 23 kilogrammes. Le rapport de un fusil (dane-gun) pour deux krous d’huile de palme, suffit pour témoigner de la valeur de l’arme à feu. Il en est de même si l’on considère les marchandises données pour 100 livres d’ivoire en grosses dents : soit « un paquet » de 6 fusils et de 50 pierres à fusil, soit de 6 barils de poudre de 25 livres chacun.

En 1850-1851, le tabac, les cotons blancs, « la poudre Longivine, les fusils Towers »… sont les produits les plus demandés à Assinie et Grand Bassam. Dans l’arrière-pays, ce commerce des armes à feu se prolonge par le canal des grandes cités marchandes. La création de l’empire de Kong est liée au développement du commerce du golfe de Guinée. « Les Dyoula étaient les mieux placés pour se procurer ces armes et on peut penser qu’ils voulurent imposer aux autochtones leurs idées d’un commerce libre et sans péage ».

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À la fin du XIXe siècle, entre 1887 et 1889, Louis Gustave Binger, dans son périple qui le conduit du Soudan au Golfe de Guinée, vend des pistolets à silex aux populations locales. Georges Bailly, adjoint du Capitaine Marchand, met sur le marché de la même ville de Kong, en plus des produits textiles, une certaine quantité d’armes dont quelques pistolets.

Krinjabo, après Assinie et les autres comptoirs de la côte, apparaissait comme une véritable plate-forme commerciale. Ce marché était encouragé et entretenu par les Agni de l’Indenié, du Bettié et du Sanvi, qui luttaient pour se protéger des visées expansionnistes des Ashanti. C’est également à Krindjabo que viendront s’approvisionner en armes et munitions, en provenance d’Assinie, ces mêmes Ashanti en lutte contre les Anglais.

D’autres cités comme Bondoukou et Tiassalé participent de façon active à ce commerce des armes à feu. On se doit de rappeler que les marchés extérieurs de Cape Coast, de Freetown…, sont en outre les centres d’approvisionnement en arme à feu.

Les relations diplomatiques

Les rapports entre les États africains et européens d’une part, et entre les États africains eux-mêmes de l’autre, apparaissent également comme un puissant facteur de prolifération des armes à feu à cette époque.

Les armes à feu ont joué un rôle fondamental dans la consolidation des empires africains et dans les relations diplomatiques entre les États. En effet, grâce à la présence des armes à feu, certains monarques se réclamèrent de la « modernité », assimilée aux apports extérieurs.

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Aussi la proximité d’un voisin puissant comme le royaume Ashanti, qui a fondé son hégémonie sur le facteur militaire, est-elle un facteur de la « course aux armements » à cette époque.

En Côte-d’Ivoire, la présence de ces armes à feu est perceptible à travers les traités, ainsi qu’à travers les dispositifs de certaines armées locales.

Le réseau de marchands dyoula islamisés, pourvoyeur d’armes à feu, sert dès le XVIIIe siècle de fondement à l’empire de Kong. En effet, à partir de cette période, comme le fait remarquer Yves Person, « Le débouché sur la mer est assuré sur l’axe Kankan-Fuuta Jallon-Sierra Leone où apparaissent des jaxanke, juula de Sénégambie. Les esclaves partent désormais en partie vers l’Amérique tandis que les tissus et armes à feu d’importation européenne jouent un rôle croissant dans la culture locale ».

Pour l’empire de Samori, comme pour tous les autres empires de cette époque d’ailleurs, les armes à feu apparaissent comme des facteurs essentiels de changement, de stratégies militaires et même d’agrandissement du territoire. Équipée de flèches, de sabres et de lances au départ, l’armée de Samori finit par se doter de mousquets, puis à partir de 1891, de fusils à répétition qui provenaient des comptoirs britanniques de Freetown.

Cet État, comme certains autres, entretient même une « industrie militaire » en mobilisant des forgerons traditionnels formés à l’extérieur. C’est le cas, au service de Samori, de Kurfala Kuruma et de Syagha Musa, de l’arsenal de Saint-Louis.

De même, constate-t-on que la signature des traités est l’occasion privilégiée pour la France de distribuer des armes à feu et de la poudre à ses amis ivoiriens. Quelques exemples suffisent pour élucider nos propos.

Les dispositions du traité de protectorat signé le 19 février 1842, entre le lieutenant de vaisseau Kerhallet au nom de la France, le roi Peter (de son vrai nom Attikiblé) de Grand-Bassam et les chefs Wouaka et Quachi, prévoient, entre autres produits, le paiement au roi, dès la ratification de ce traité, de 5 barils de poudre de 25 livres, 10 fusils à un coup… Les chefs Quachi et Wouaka doivent en outre recevoir la moitié des cadeaux accordés au roi.

Un autre traité signé avec le roi Peter, le 7 mars 1844, fixe la coutume à 12 pièces d’étoffe, 12 barils de poudre, 12 fusils à un coup, 60 kg de tabac en feuilles et 12 chapeaux. Mais en retour, les chefs de cette zone de Grand-Bassam « aliénaient aussi complètement que possible la souveraineté de leur territoire en faveur de la France et s’engageaient à repousser toute factorerie étrangère qui voudrait s’établir chez eux, et à porter secours à la garnison en cas d’agression ».

Le traité conclu entre Amon N’doufou, représentant du roi Attobra d’Assinie, et Fleuriot de Langle, le 4 juillet 1843, apparaît comme un exemple réel de prolifération des armes à feu et des autres produits nuisibles qui accompagneront l’utilisation de ces armes comme la poudre et l’alcool.

Ce traité, dans son article 7, mentionne la fourniture à Assinie, du jour de sa ratification, de cent barils de poudre, cent fusils à un coup, deux sacs de tabacs, six pièces d’eau-de-vie de 220 litres et quatre caisses de liqueur, entre autres produits. Par ailleurs, les marchandises que le Roi de France veut bien faire donner au titre de la coutume au Souverain d’Assinie, à la fin de chaque année, ne dérogent pas à la règle. Bien au contraire, car il s’agit de 36 fusils, 120 dames-jeannes d’eau-de-vie, 36 barils de poudre et 96 paquets de tabac (article 8 du traité).

Certes, tout cet effort réalisé a pour objectif de maintenir les amis de la France dans une stricte alliance, et de leur assurer la sécurité nécessaire pour faire fleurir leurs entreprises commerciales ; mais la métropole ne semble pas se préoccuper du danger que représente une telle distribution d’armes aux populations locales.

Les traités signés à la veille de la colonisation témoignent de la même inconscience. Ainsi, dans le traité de protectorat signé le 10 janvier 1889, entre le capitaine d’Infanterie de Marine Binger d’une part, et Karamoko Sékou Ouattara chef de la ville de Kong d’autre part, les armes à feu et la poudre tiennent encore une place prépondérante.

La France, en compensation des avantages accordés par le chef de Kong, devait accorder à ce dernier un cadeau annuel de trois mille francs, à savoir, cinquante fusils à silex à un coup, du prix de dix-huit francs pièce, vingt barils de poudre de dix-huit francs pièce, quarante pièces de calicot de 15 mètres à six francs la pièce, trois cents pièces de cinq francs en argent.

Dans un autre traité signé par Binger et sa suite, en 1892, avec Kongondi Ouattara roi de Diammala, il est également stipulé à l’article 8, le payement annuel d’un cadeau de « 25 fusils à silex à un coup de la valeur de 18 francs » aux comptoirs de Dabou, de Grand-Bassam ou de Lahou.

Conséquences, en Côte-d’Ivoire, d’une telle aventure économique et diplomatique : une prolifération des armes à feu dans tous les hameaux, qui renforcent d’autant les résistances à la présence européenne.

Importance des armes à feu et la « pénétration pacifique »

Le volume des expéditions des armes, en direction des côtes africaines et de la Côte-d’Ivoire en particulier, mais aussi le processus de désarmement des troupes indigènes, rendent bien compte de l’importance de ce phénomène.

L’ampleur de la prolifération des armes à feu

Il est difficile, devant une telle distribution « non contrôlée », de dresser de façon fiable des statistiques, de faire le compte des fusils acheminés vers la Côte-d’Ivoire, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1910. Tout au plus, devons-nous nous contenter de présenter quelques indications, à partir du commerce général et des importations.

Comme nous l’avons déjà souligné, le XIXe siècle marque une véritable révolution au niveau de ce produit qui finit par s’imposer, dans les différentes transactions commerciales et diplomatiques. Cette tendance est en relation avec l’évolution politico-militaire, diplomatique et industrielle de l’Europe.

La première impulsion, selon Catherine Coquery-Vidrovitch, vient des stocks enregistrés à la suite des guerres napoléoniennes. Ainsi Birmingham, qui fournit environ 30 000 fusils par an, entre 1775 et 1800, en a-t-elle presque un million à écouler.

La généralisation des fusils à culasse à canon d’acier accompagne ainsi « la ruée vers l’Afrique ». Il s’agit notamment des fusils de marque Chassepot (1866) et Gras (1874), Snider et Martini-Henry. À cela, il faut ajouter l’apparition en série des fusils à répétition de type Winchester américain (1877-1878), Lebel français (1885), Mannliecher autrichien (1886) et Lee Metfort britannique (1888) qui enrichissent le trafic, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le commerce de ce produit demeure actif en Côte-d’Ivoire, même après l’acte de Bruxelles (2 juillet 1890) interdisant le commerce des fusils à tir rapide en Afrique.

La Grande-Bretagne, l’une des grandes Nations partenaires des côtes ivoiriennes et surtout d’Assinie, expédie en 1829, 52 000 fusils et environ 1 000 tonnes de poudre vers la côte-Ouest africaine. En 1840, Cape Coast reçoit à lui seul près de 3 000 caisses d’armes et plus de 20 000 tonneaux de poudre.

Le Fusil "Poupou"

Le fusil "poupou" est souvent une fabrication locale, très artisanale, faite de bric et de broc. Ces fusils sont issus d'un remontage hétéroclite, parfois à partir d'un Pattern 53 incomplet, avec des pièces diverses assemblées pour le rendre opérationnel.

Armes de troque à silex

Pour moi, il y a une première différence entre l'arme de surplus militaire (qui est "telle que") et l'arme de traite qui est un assemblage de pièces provenant de diverses armes ou pour laquelle des pièces sont spécialement fabriquées et qui l'éloigne plus ou moins d'un modèle réglementaire. Puis il y a une seconde différence entre l'arme de traite et le fusil (ou parfois le pistolet) pou-pou : l'arme de traite est fabriquée en Europe, alors que dans les pou-pou entre une part non négligeable de pièces fabriquées ou adaptées localement, voire l'arme est totalement fabriquée localement en utilisant des pièces d'origine non armurière et en copiant plus ou moins habilement...

Les armes de traite. Évidemment, après des décennies d'usage et le remplacement local de pièces, bien malin qui peut reconnaître une arme de traite d'un pou-pou et la fine sémantique perd un peu de son acuité. Il est d'ailleurs à peu près certain que, là-bas comme ici, ce type de distinction n'a pas la moindre importance pour la plupart des gens. Et donc, vous pouvez parfaitement ignorer ce que je viens d'écrire.

Dès 1855, on avait installé à la manufacture de Châtellerault des ateliers pour transformer des fusils et mousquetons à silex hors de service (Mle 1777, An 9, 1816, 1822, etc.) qui étaient revendus aux armateurs qui partaient commercer en Afrique et qui étaient donc ces fameuses "armes de troque".

Les fusils "pou - pou" ne sont pas des armes de "traite" ou de "troc" mais bien des fabrications indigènes, faites de bric et de broc, parfois surprenantes...et même inquiétantes de par leur finition. J'ai eu l'occasion d'en avoir plusieurs en main, des amis de ma chère Mère étant d'anciennes familles de "colons" d'Afrique Noire (comme on disait alors), et ayant rapporté à leur installation en France pas mal de souvenirs de famille, dont des "cadeaux" fait aux pères et grand-pères lors de leur passage/séjour dans des villages.

Il y a une première différence entre les fusils destinés aux échanges avec les "sauvages" (comme les verroteries et étoffes chatoyantes), et ceux destinés aux colons, qui pouvaient être plus exigeants car la plupart savaient ce qu'était un vrai fusil ? Donc aussi une différence géographique, les colons agriculteurs étant plus nombreux en Amérique du Nord ou Australie, qu'en Afrique noire ?

Les armes de traite étaient toutes de vieilles armes hors d'usage, déclassées, mises au rebut et qui étaient échangées avec les indigènes locaux contre diverses denrées, épices, métaux ou pierres précieuses ou je ne sais quoi. Les colons, eux, n'avaient pas des armes de traite, mais au contraire, des armes dernier cri (pour l'époque) et en excellent état. Il est probable qu'ensuite, quelques décennies plus tard, ces mêmes armes de colons devenues hors d'usage ou hors d'âge, rejoignaient les armes de traite dans des échanges locaux...

Dès le début du 16ème les portugais ont installé des usines (Feitoria) de fabrication d’armes sur les côtes marocaines d’Agadir à Tanger. Plus tard, fin 16ème, le commerce des armes se fera avec l’Europe du nord dont principalement l’Angleterre et la Hollande. Les fabrications d’armes marocaines en seront largement influencées grâce à l’importation de pièces détachées.

Les Marocains ont également produit des armes en copiant souvent les modèles Européen et en les adaptant à leur culture.

Les auteurs et les manuels militaires français du XVIIIe siècle différencient bien le mousquet à mèche, en usage dans les armées jusque vers 1700, du fusil à silex qui lui succéda. C’est l’ancêtre de notre fusil actuel. Le mousquet a été inventé pour pallier le manque de puissance des arquebuses. La longueur moyenne des canons des mousquets était de 1,20 m et les balles pouvaient avoir un calibre de plus de 20 mm. Introduit en France après la bataille de Pavie (1525), le mousquet était jusqu’en 1650 appuyé sur une fourquine, fourche pour le tir (baguette de fer fourchue pour y poser le mousquet d’un poids et d’un encombrement important). Les fantassins armés d’un mousquet étaient nommés mousquetaires.

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