À travers son design emblématique, la Speedmaster d'Omega doit son succès à son histoire unique. En 1957, un chronographe mythique faisait son entrée sur la grande scène horlogère : le chronographe Speedmaster. En 1969, celui-ci atteint la Lune avec l’équipage d’Apollo 11. Ces deux dates reflètent-elles toute l’histoire de la Speedmaster ?
Promise à un grand avenir dans l’espace, la Speedmaster a d’abord été conçue comme un chronographe de sport inspiré des tableaux de bord des voitures de sport italiennes de la fin des années 1950. C'est en 1957 que l'Omega Speedmaster, ce chef-d’œuvre intemporel que l’on retrouve dans la majorité des collections de montres d’amateurs passionnés, est née. Dans cet article, nous allons nous pencher sur les origines de la Speedmaster, sur ce qu’elle représentait à l’époque, et sur les différentes références qui ont existé avant qu’elle ne devienne la montre d’anthologie que l’on connait aujourd’hui.
Nous n’allons pas parler de toutes les montres d’Omega qui utilisent l’appellation Speedmaster, mais plutôt nous concentrer sur celles qui respectent l’esprit original de la Speedmaster vintage, entre 1957 et 1988. Pour comprendre et tenter d’appréhender les origines de la Omega Speedmaster, il est important de remettre les choses dans leur contexte.
Comme on le disait en introduction, le lancement de la Speedmaster a eu lieu en 1957, et à cette époque, les chronographes n’étaient absolument pas considérés comme des accessoires de mode ni comme des bijoux, mais bel et bien comme des outils. Des outils destinés à certains professionnels comme des ingénieurs, des docteurs, des scientifiques, mais également des directeurs d’oeuvres cinématographiques ou télévisuelles, ou encore des athlètes ainsi que leurs coachs et d’autres membres de leurs équipes. Pourquoi ces chronographes sont-ils considérés comme des outils de travail ? Et bien en partie parce que les marques axent leur communication sur ce créneau.
Plusieurs choses découlent du fait que ces chronographes, dont la Speedmaster, soient destinés à un type plutôt restreint de professionnels. D’une part, ces modèles sont équipés d’options et de dispositifs d’une complexité bien supérieure aux modèles destinés au grand public à qui on ne demande que de donner l’heure. D’autre part, la masse de clients cibles pour ces chronographes sur-performants est bien plus réduite que pour des montres de série. Ces montres sont donc bien plus précises et compliquées, mais aussi bien plus rares.
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En 1957 donc, la Speedmaster était équipée d’une lunette gravée et d’une fonction chronographe ultra précise, elle proposait des propriétés anti-magnétiques, elle était résistante aux chocs, son boîtier était triplement scellé afin de la rendre étanche jusqu’à 60 mètres de profondeur, et son design épuré offrait une élégance difficilement égalable. Omega la considérait comme l’ordinateur de poignet le plus fiable, le plus précis, et le plus utile au monde.
Le style de cette toute première Speedmaster ainsi que ses spécificités ne seront utilisés que pendant trois ans, et les montres conçues pendant cette période font partie d’une série appelée Speedmaster 2915. Dans celle-ci, on peut distinguer la 2915-1, la 2915-2 et la 2915-3, mais ces trois références sont relativement proches. Les montres appartenant à cette série 2915 sont de loin les Speedmaster les plus chères, les plus recherchées, et les plus rares qu’il soit. Elles sont d’ailleurs facilement reconnaissables, notamment en raison de leur large pointe de flèche sur l’aiguille des heures, et de leur lunette en acier inoxydable avec échelle tachymétrique.
De 1959 à 1963, ce sont la Speedmaster 2998 et ses dérivés qui prirent la place des anciennes 2915. C’est avec cette nouvelle version que l’on commence à découvrir la Speedmaster comme on la connaît aujourd’hui. Sur les deux premières versions de cette nouvelle série, la 2998-1 et la 2998-2, les grosses pointes de flèches disparaissent, la lunette qui était couleur acier devient noire, et on peut lire le “Base 1000” sur la lunette à échelle tachymétrique. A partir de la 2998-2, la forme ovale du “O” de Omega dont on parlait plus haut disparaît. Sur la version 2998-3, on garde les nouvelles flèches, mais l’inscription sur la lunette se transforme en “Tachymètre 500”. A partir de la Speedmaster 2998-4, les aiguilles des sous-cadrans se transforment en de petits bâtons droits pour remplacer les formes plus triangulaires des modèles d’avant.
En 1964, la Speedmaster référence 105.003 propose des aiguilles des heures et des minutes blanches, droites et fines, pour remplacer les formes triangulaires longues des références précédentes. Ce nouveau style d’aiguille restera utilisé sur toutes les Speedmaster plus récentes.
Le destin de la Speedmaster prend un tournant décisif dans les années 1960. Dans un contexte de guerre froide, la conquête spatiale est lancée, notamment avec l’arrivée d’un événement majeur du côté de l’Union soviétique. En effet, le 4 octobre 1957, elle envoie le premier satellite, « Spoutnik », et en 1961, propulse le premier homme dans l’espace : Youri Gagarine. Les États-Unis ne sont pas en reste, et en 1962, le président des États-Unis, John F. Le discours de John F. C’est ainsi que les américains prennent la tête de cette course spatiale en annonçant le programme Mercury destiné à envoyer un astronaute en orbite, Gemini pour effectuer les manœuvres ultra-délicates et précises de l’amarrage ainsi que les sorties extravéhiculaires, puis Apollo pour fouler le sol de notre satellite.
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Le projet Mercury est le premier programme spatial habité américain rendu célèbre grâce aux « Mercury Seven », un groupe de pilotes audacieux et un peu fous (il faut l’avouer !). À la fin du programme, en 1963, les astronautes de la NASA demandent à Deke Slayton, le directeur des opérations, de leur procurer une montre fiable pour leurs futures missions. Parallèlement, l’agence spatiale américaine entreprend une réévaluation de son équipement en vue des missions Gemini et Apollo.
En 1964, Deke Slayton lance donc un appel d’offres pour des « chronographes de haute qualité », qu’il adresse à plusieurs fabricants de montres à travers le monde. Parmi toutes les marques contactées, seules quatre répondent à l’appel, dont Omega.
Comment la Speedmaster a-t-elle été qualifiée pour les missions habitées de la NASA ? Dans les années 1960, Omega fait partie des quatre marques horlogères sélectionnées par la NASA qui est à la recherche d’une montre capable d’accompagner les astronautes dans toutes les situations. En effet, la montre comme objet de secours, est l’outil indispensable pour les astronautes si la communication est interrompue avec la Terre. Elle permettra de calculer la durée de leur mission si les dispositifs chronométriques ne répondent plus. Le cahier des charges est le suivant : les chronographes doivent être testés dans des environnements différents et ressortir indemnes. Résistance à la chaleur, au froid, aux chocs, aux compressions, décompressions, les tests sont exigeants et rigoureux. S’ils échouent, ne serait-ce qu’à un seul test, ils sont éliminés derechef.
TOUS LES TESTS EN DÉTAIL :
C’est avec la mission Gemini IV, lancée le 3 juin 1965, que le modèle remporte un premier succès lors d’une sortie extravéhiculaire d’Edward White qui, accompagné de James McDivitt, ont effectué un vol de 4 jours et 62 orbites. La Speedmaster entre à jamais dans l’Histoire le 21 juillet 1969 en accompagnant les astronautes lors de la mission Apollo 11 pour les premiers pas de l’Homme sur la Lune. Non pas celle portée par Neil Armstrong qui l’oublia dans la capsule mais celle de Buzz Aldrin. Elle est alors rebaptisée la « Moonwatch ». Elle devient ainsi la première et la seule montre (aujourd’hui encore) à être allée sur la Lune.
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La marque profite de cet exploit pour vendre sa création en lançant une grande campagne publicitaire chaque 21 juillet en Suisse. Plus tard, la Speedmaster a pu accompagner d’autres missions légendaires, notamment Apollo 13 en 1970. Mais c’est avec la mission Apollo 13 qu’elle obtient tous les honneurs lorsque sa fonction chrono permet de sauver les astronautes. En reconnaissance de ce rôle crucial, Omega se voit décerner le prestigieux Snoopy Award, la plus haute distinction attribuée par les astronautes de la NASA à leurs meilleurs fournisseurs.
Référencée ST 105.003, la montre testée par la NASA représente la 3e troisième génération de Speedmaster. De diamètre de 39,7 mm, cet instrument a donné l’idée d’un modèle sorti en 2020, la Speedmaster Calibre 321 qui en reprend le style originel. Lancée en 2021, la dernière version de la Speedmaster Moonwatch Professional s’inspire, quant à elle, de la quatrième génération que les astronautes de la NASA ont portée sur la Lune.
La référence 105.012, produite elle aussi aux alentours de 1965, s’approche de plus en plus de la Speedmaster d’aujourd’hui. Cette référence est l’une des plus connues, entre autres parce que c’est celle qui a été utilisée par les astronautes pour les tests de missions Apollo. Si c’est bien Neil Armstrong le premier ayant marché sur la lune, il faut noter que c’est au poignet de Buzz Aldrin 15 minutes plus tard que la Speedmaster a pu voir la lune car si N.
La référence d’après, la 145-012, qui est l’évolution directe de la 105.012, est la Speedmaster qui fut la plus portée par des astronautes. C’est également la plus accessible des Speedmaster de l’époque, utilisant toujours le calibre 321 qui a fait la renommée des Speedmaster. À partir de la référence d’après, la 145-022, le calibre change et devient le 861. De nombreuses sous-références de cette 145.022 ont existé. La 145.022 fut dérivée en plusieurs sous-références entre 1971 et 1988, dont la 145.022-71 qui fut la première à utiliser le boîtier médaillon.
Spécialement fabriquée pour les astronautes et les pilotes, la montre Speedmaster Skywalker X-33 a été testée par l’Agence spatiale européenne (ESA) dont Omega est partenaire. Réinterprétation d’un modèle dévoilé en 1998, cette version de 45 mm de diamètre est usinée en titane grade 2 à l’effet légèrement satiné. Le boîtier est rehaussé d’une lunette en céramique munie d’une échelle 60 minutes en nitrure de chrome. Ponctué d’index blancs, le cadran noir est également survolé par des aiguilles des heures et des minutes revêtues de Super-LumiNova à la luminescence verte. Cette lisibilité optimale est accentuée par le fait que la trotteuse rouge se détache de l’ensemble. Lesdites aiguilles peuvent être désengagées afin de faciliter l’accès aux informations de l’écran numérique. Celui-ci renseigne l’heure sur trois fuseaux horaires et il est aussi doté de trois alarmes, de fonctions chronographes et de compte à rebours, ainsi que d’un calendrier perpétuel. En outre, l’astronaute peut consulter le temps écoulé de la mission - MET (Mission Elapsed Time) - et des différentes phases - PET (Phase Elapsed Time). Étanche jusqu’à 300 mètres, cette pièce futuriste est animée par un mouvement chronographe à quartz multifonctions (durée de vie de la pile : 24 mois). Pourvu d’un circuit intégré à compensation thermique, ce mouvement ultra-novateur a été développé sous une licence d’un brevet ESA à partir des travaux du spationaute Jean-François Clervoy de l’ESA. Les aiguilles des heures et des minutes sont revêtues de Super-LumiNova avec luminescence verte. Il est possible de désengager les aiguilles pour mieux visualiser l’affichage digital.
« Toujours plus loin, toujours plus haut » pourrait être la devise d’Omega lorsqu’il s’agit d’explorer les lointaines contrées de l’univers. Présentant les mêmes caractéristiques techniques et esthétiques que sa consœur Skywalker X-33, la Speedmaster X-33 Marstimer se distingue par sa fonction MTC, qui suit la date et l’heure du sol de Mars au méridien principal. C’est-à-dire qu’une journée sur Mars est 39 minutes est plus longue que sur Terre. Le nouveau Marstimer alimente le calibre 5622 d’OMEGA.
Le tableau noir s’éclaircit grâce à Omega qui dévoile une série de trois chronographes produits chacun à environ 1300 exemplaires. La première Speedmaster de cette trilogie est une - ST 345.0808 - dotée d’un fond saphir transparent laissant apparaître à la vue de tous le magnifique calibre 863. Le second modèle pourrait faire l’objet d’un article à lui seul : la fameuse - ST376.0822 - ou « Holy Grail » comme l’appelait Chuck Maddox, un des premiers grands collectionneurs de Speedmaster. Enfin la dernière de ce trio magique est la référence - ST345.0809 - avec un affichage particulier sur le cadran : une phase de lune ainsi qu’une date à midi. Quoi de plus poétique qu’une Speedmaster présentant cette complication ? C’est ce modèle légendaire qui a retenu mon attention avec son calibre 866. La toute première Speedmaster avec une complication basée sur le légendaire 861.
L’apparition de cette complication phase de Lune est une première sur une Speedmaster. Cette phase de lune jaune amène dans ce cadran noir une touche de couleur à cet univers monochrome. Cette Speedmaster de 1986 sera tout de même fidèle à la Moonwatch standard avec un fond plein sans marquage spécifique, mis à part le « seahorse » ; accompagné d’un verre hésalite.
En 2003, Omega nous fait la surprise de réintroduire une Speedmaster Moonphase avec un cadran noir dans sa collection. En effet, elle se base sur la Speedmaster Professional - saphir sandwich- un choix engagé qui ne séduit pas entièrement les puristes. Cette nouvelle version est séduisante car elle reprend les dispositions historiques des phases de lune sur les chronographes à remontage manuel. Je pense notamment à Universal Genève, ou à certains Lemania des années 1960. Pouvoir mettre côte à côte ces deux légendes est un véritable moment, assez rare. Je ne me lasse pas de regarder la patine de la Moonphase originale.
La version 2016 doit-elle rougir face à cette première version faisant office d’œuvre d’art ? Je me permets d’affirmer que non, car la version de 2003 apporte une touche de « luxe » qui s’intègre bien à l’esprit de la Moonphase. Les sous-compteurs cerclés mettent bien en valeur la fonction chronographe et la position des chiffres sur le dateur facilite la lecture. Ces deux montres sont résolument authentiques. Celle de 2003 ne me laisse pas indifférent et propose une évolution logique pour cette Speedmaster phase de lune.
Vous me direz certainement que la nouvelle Moonphase, version 2017, est bien présente dans le cœur de la collection actuelle. D’autres versions de phase de lune ont existé, comme la Speedmaster Replica, un modèle magistral dont le marché reprend doucement connaissance. Cette montre reprenait les codes de la Speedmaster de 1957 dans le boîtier à anse lyre de la Moonwatch de 42 mm. Cette année marquante de 1986, a permis de donner naissance à l’une des plus belles références de la Speedmaster. Le prolongement de cette lignée en 2003 a perpétué cette tradition. Tous les modèles méritent un coup d’œil attentionné et averti. Pour ma part, je ne me lasse pas de les admirer à chaque rencontre.
Montre OMEGA emblématique, la Speedmaster a participé aux six missions lunaires. Elle incarne l'esprit de l'exploration spatiale, qu'elle pousse à son paroxysme avec ce nouveau modèle à phases de lune orné de deux lunes très réalistes. Ce garde-temps de 44,25 mm arbore un cadran soleillé noir rehaussé d'index et d'aiguilles rhodiés. À 6 heures se trouve l'indicateur des phases de lune, un mécanisme ultra-précis qui met en scène un disque métallique en cristal microstructuré pour obtenir une image haute résolution de la Lune. Protégée par un boîtier en acier inoxydable à la lunette cerclée de céramique noire sur laquelle est gravée une échelle tachymétrique en Liquidmetal, cette montre repose sur un bracelet en acier inoxydable fermé par une boucle déployante polie et satinée.
Pour conclure ce petit guide des Speedmaster Vintage, nous tenons à rappeler qu’en ce qui concerne cette montre, il n’y a pas vraiment de règle fixe recensant les années de fabrication et les spécificités des différents modèles. Les informations présentes dans cet article sont supposées et générales, mais dans les faits, on peut trouver des montres authentiques avec des références identiques, mais des différences au niveau du design. Il est également possible de trouver par exemple une 2915-2 produite en 1957, et une 2915-1 produite en 1958. L’histoire de cette montre d’anthologie a fait que ce genre de détail soit relativement courant.
Un autre des points importants à évoquer à propos des Speedmaster Vintage, c’est le nombre incroyable de fausses pièces de remplacement utilisées lors de réparations ou de modifications. Il convient d’être extrêmement vigilant lors de l’achat d’une des vielles références, surtout pour les 2915 et les 2998. Les modèles entièrement d’origines de ces références sont extrêmement rares et extrêmement recherchés.
Un dernier point concernant cette montre historique : La décision de passer du mouvement 321 au 861, même si elle était certainement nécessaire comme on l’a expliqué plus haut, a eu pour effet de faire perdre une grosse partie de son charme à la Speedmaster. Pour rappel, le mouvement 321 a fait son apparition en 1941, et a été utilisé dans de nombreux chronographes qui font partie des meilleurs du monde, que ce soit chez Patek Philip pendant des années, ou chez Vacherons et Breguets jusqu’à aujourd’hui.
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