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Au début du Moyen Âge, une arme dévastatrice faisait son apparition : l'arbalète. D'une puissance phénoménale pour l'époque, elle tirait des flèches (carreaux) de 30 cm de long, capables de percer les armures. Les armées médiévales se sont rapidement équipées de ce nouvel armement et des milliers de soldats l'ont utilisé sur les champs de bataille.

L'arbalète, qui double l’arc d’un mécanisme accroissant la puissance de l’arme, peut-elle être métatextuelle ? A priori le lecteur du XXIe siècle en doute. Si l’on devine pourquoi le miroir, suggérant une réflexion sur le reflet, peut avoir une valeur métatextuelle dans la mesure où le texte et le monde sont volontiers imaginés en termes de spécularité, l’arbalète et son mécanisme paraissent n’avoir guère de points communs avec l’acte poétique. Pourtant un exemple tiré de Perceforest contredit cette impression première.

Perceforest est une vaste somme de la fin du Moyen Âge, rythmée par une succession de périodes où la civilisation s’épanouit, par exemple après la conquête de la Bretagne par Alexandre le Grand et l’établissement progressif d’une civilisation courtoise et chevaleresque, et de décennies décadentes, comme celle qui suit l’invasion par les Romains et la destruction de presque toute la chevalerie « bretonne ».

Dans le livre IV de Perceforest, alors même que les fêtes du Franc Palais ont célébré l’avènement d’un monde courtois, le mal refait surface en la personne de Bruyant sans Foi, petit-fils de l’enchanteur Darnant, qui emprisonne et tue les chevaliers de Perceforest, tandis que Rome, qui a infiltré la Bretagne grâce à Luce à qui Perceforest a donné sa fille en mariage, se prépare à envahir le pays : à la fin du livre, César et ses légions ravagent le pays.

C’est sur l’instrument de la vengeance d’Estonné par Passelion, une étonnante arbalète, a priori éloignée de tout enjeu métapoétique, que je mettrai à l’épreuve le potentiel de l’objet à dire la création littéraire.

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L'arbalète dans Perceforest : Un symbole de vengeance et de destin

Tandis qu’Estonné est assassiné par Bruyant, Passelion vient au monde. Il naît une arbalète à la main, qui déchire le flanc de sa mère tant l’enfant a hâte de venger son père. Ce n’est là qu’une des naissances extraordinaires du roman, qui rappelle de loin Athéna venant au monde toute armée, mais elle surprend parce que l’arbalète n’est pas l’arme de prédilection des chevaliers et des héros de romans.

Si les scènes d’accouchement sont rares dans les romans médiévaux, celle-ci a de plus la caractéristique de mentionner une sorte de césarienne, qui annonce le destin illustre de l’enfant. L’arbalète de Passelion est à rapprocher des divers objets avec lesquels viennent au monde dans Perceforest les héros, en particulier les fils de la Reine Fée, qui naissent l’un avec une « juste » (une balance) et l’autre avec un livre.

L’arbalète se retrouve plus loin dans l’épisode du siège de la Garande, qui verra le félon mourir, quelques mois plus tard. Bruyant est assiégé par les chevaliers du Franc Palais, qui ont juré de venger Estonné. Le jeune Passelion a été amené : il a quelques mois, et déjà quand on parle de venger son père, il réagit vivement et tend le poing droit.

Après une nuit de tempête qui met à mal le château de Bruyant, l’attaque a lieu, le félon se réfugie en haut de sa tour, sur la « flesche du pommel » où il reste accroché après avoir rejeté l’échelle qui lui a permis de monter (p. 297), jusqu’à ce que Passelion, irrité par Bruyant qui méprise sa petite taille et le raille (« Va alaittier, povre chose ! » lui dit-il p. 300), « mist le main a l’arcq qu’il fist bender a son oncle et mettre la sayette en coche, et puis prent sa visee sur Bruiant, qui estoit assis sus le plommel de la tour […]. Lors descoce la sayette et fiert Bruiant parmi le gros du cuer » (p. 300). Le corps dévale au sol, tous les princes viennent y planter leur épée et le mettent en pièces.

L’arbalète de Perceforest est un objet hybride, à la fois ancré dans la réalité (faisant partie de ces realia qui peuvent contribuer à l’effet de réel romanesque), et dans le merveilleux. Si l’on regarde de près cette arbalète, on note le réalisme de certaines notations, bien qu’il s’agisse d’une merveille puisque l’enfant est né avec.

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Fabrication et matériaux

Pour les puristes, l’arbalète peut être réalisée sans l’étrier, mais nécessitera l’achat d’un pied de biche 240 € pour pouvoir être armée. Cette arbalète est le fruit d’une collaboration avec M. Conte, archéologue de l’organisme ADLFI (Archéologie de la France Informations) qui a découvert, lors de fouilles du Prieuré de Lavinadière dans le Limousin, les vestiges d’une arbalète et de son pied de biche. Elle est datée fin XVème. Nous avons été contactés et invités afin de prendre les cotes de ces vestiges, dans le but d’une reconstitution.

Différents types d'arcs pouvaient être utilisés :

  • Arc : frêne ou noisetier ( historique - non garanti) ou acier camouflé par des lattes de bois et du cuir (non historique - garanti à vie - supp.).
  • Arc : frêne (historique - non garanti) ou acier camouflé par des lattes de bois et du cuir (non historique - garanti à vie - supp.).
  • Arc : frêne ou noisetier - historique - non garanti - ou Arc acier - non historique - garanti à vie - proposé avec un camouflage à base de lattes de bois et de cuir.

Les noix en cornes étaient, on le sait, des pièces consommables de par le fait qu’elles cédaient sous la tension. Toutefois, pour être agréable aux puristes, des noix en cornes peuvent être commandées lors de la construction.

L'arbalète : Une arme à multiples usages

L'arbalète a été utilisée de diverses manières à travers l'histoire :

  • Première catapulte : Arbalète utilisée comme première catapulte. On tendait l’arbalète en appuyant la crosse (en forme de voûte) contre l’estomac tandis que l’avant était posée au sol.
  • Crénequin : Appelé aussi au XVème et XVI ème siècle Crénekin. En usage à partir du XVème siècle, il reste antérieur au cric.

Ralph Payne-Gallwey et son étude approfondie des arbalètes

Ralph Payne-Gallwey (1848-1916) était un historien, inventeur et spécialiste en armes anciennes britannique, particulièrement connu pour ses études approfondies sur les arbalètes et les armes de siège médiévales. Son ouvrage, initialement publié en anglais en 1903 et maintenant disponible en français, offre une analyse détaillée de l'histoire et du fonctionnement des arbalètes, des modèles de l'époque aux versions plus modernes.

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En plus de détailler l'histoire de l'arbalète et ses usages militaires et sportifs, l'auteur traite également d'un arsenal d'armes connexes, des engins de siège, des balistes et des catapultes à des armes telles que l'arc turc et l'arbalète chinoise à répétition. Complétée d'une iconographie impressionnante, 240 illustrations allant des images de batailles contemporaines aux plans de construction à l'échelle, cette étude intéressera les historiens, les médiévistes, les sportifs et tout étudiant en armes et armures.

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