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Le fusil Modèle 1853 T car est une arme rarissime, dont l'histoire est intimement liée aux évolutions militaires et technologiques du Second Empire français.

Contexte Historique

1852 : Avènement du Second Empire.

1853 : Le successeur du fusil Mle 1842, est en cours de définition. Ce sera le fusil modèle 1853, il sera fabriqué avec un canon lisse, mais d'une épaisseur permettant de le rayer ultérieurement. En effet, on n'avait pas encore défini quel type de rayure il fallait lui donner. Les armes à tige mle 1848 produites à titre d'essai (4000 exemplaires quand même) avaient une rayure progressive : le creux des rayures passant de 0,5 mm à la culasse à 0,3 mm à la bouche. En effet, on pensait d'une manière empirique qu'une balle ogivale ne pouvait pas prendre ses rayures sans parcourir une certaine distance dans le canon.

1854 : L'Empereur décide que la Garde devait posséder un armement spécifique et que les armes seront rayées. On adopte un fusil qui est quasiment un Mle 1853, mais possédant un canon rayé à profondeur progressive comme celui des fusils Mle 1848. Cependant, la balle tirée par ce fusil sera la balle à jupe Modèle 1854 dite "balle de la Garde".

J'ajoute que les fusils Mle 1854 seront montés avec des pièces de noyer sélectionnés pour leur bel aspect et sans défaut.

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1855 : À l'occasion de la campagne de Crimée, on se rend compte que la Garde est la seule formation équipée d'armes rayées. On décida d'attribuer aux 3 régiments de Zouaves présents en Crimée un fusil modifié par rayage de son canon et par ajout d'une hausse réglable comme celle des carabines. Environ 2500 fusils mle 1853 à peine fabriqués retourneront à St Etienne et Chatellerault pour mise en rayure du canon et ajout d'une hausse. Les fusils seront marqués Modèle 1853 T car - T pour transformés et car pour "carabine" en référence à la hausse réglable.

La raison de cette modification d'urgence n'est pas explicite. Pour ma part je pense que c'était avant tout une raison de prestige. Nous combattions en Crimée à côté d'un corps expéditionnaire anglais dont chaque soldat possédait l'excellent et ultra moderne Rifle Enfield Pattern 1853, arme de calibre réduit (577) et très précise. Il ne pouvait être question pour l'Empereur de ne montrer que des armes lisses et quelques carabines et fusils 1854.

L'ouvrage récent (et excellent) de Louis Delperier sur l'Armée de Napoléon III présente en page 25 la photographie d'un zouave équipé d'un fusil Mle 1853 T car.

1857 : Adoption du dernier fusil réglementaire à chargement par la bouche, le fusil Modèle 1857 sera rayé d'une rayure de profondeur uniforme (0,2 mm), car on avait réalisé l'inutilité de la rayure progressive. En dehors de ses marquages, le fusil Mle 1857 est extérieurement identique au fusil 1853.

1860 : L'Empereur ordonne que tous les fusils encore lisses soient rayés dans leur calibre : 17,8 pour les fusil Mle 1853, et 18,1 pour les fusil 1842 et 1822 T. A l'occasion de ce rayage de leur canon, tous les fusils seront ramenés à la taille du fusil de voltigeur : 1,421 m.

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Mon fusil Mle 1853 T car sera raccourci à St Etienne en 1861. Sa trace se perd ... jusqu'au moment ou je l'ai retrouvé fin 2010.

Caractéristiques Techniques et Modifications

Le fusil Mle 1853 T car est une version transformée du fusil Modèle 1853, modifié pour répondre aux exigences spécifiques de certaines unités, notamment les zouaves en Crimée.

  • Canon : Rayé à profondeur progressive, comme les fusils Mle 1848.
  • Hausse : Ajout d'une hausse réglable, similaire à celle des carabines, d'où la désignation "car".
  • Balle : Utilisation de la balle à jupe Modèle 1854, dite "balle de la Garde".

Les fusils Mle 1853 T car étaient souvent fabriqués avec des pièces de noyer sélectionnées pour leur qualité esthétique et leur absence de défauts.

Le Fusil Modèle 1853 T Car et son impact

Les fusils rayés étaient largement supérieurs aux fusils lisses, les russes en ont fait l'amère constatation lors de la guerre de Crimée.

Maintenant le fait que ces rayures soient à pas constant ou progressives n'avait en effet pas une importance primordiale.

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On en était aux essais de rayures et de forme de balle, et toute expérimentation était bonne à tester.

Les carabines par contre supportaient une charge de poudre légèrement supérieure à celle des fusils ce qui était aussi un avantage non négligeable.

Quant aux fusils Enfield, ils étaient si bons qu'ils ont fait une longue carrière dans le monde entier ou presque, et serviront de modèles pour les Springfield à percussion puis Trapdoor de la Civil War puis des guerres indiennes.

Redécouverte et Restauration

Pour une somme modique, j'ai obtenu ce fusil dans un état "sortie de grenier", une réparation à la pâte à bois dans la crosse était la seule blessure de l'arme. Il était accompagné de la bayonnette spécialement modifiée pour lui : ajout d'un grain d'orge sur la douille. Je l'ai nettoyé, lavé décrassé et éclairci le bois, j'ai patiemment astiqué les pièces métalliques avec un léger polissage ... En fait, ce fusil est resté en excellent état, son canon finalement très peu usé (17,85 mm) les rayures bien marquées, platine mécaniquement impeccable, masselotte et cheminée nickel.

Le Zouave et son Fusil

La photographie est très intéressante.Non seulement elle montre le fusil 1853 Tcar, mais regardez comment le zouave est obligé d'incliner son arme pour poser le bras au coude de la bayonnette ! Manifestement, le fusil est très long ... et le bonhomme est tout petit !

En effet ce type de fusil est assez long car il fallait pouvoir tirer sur 2 rangs et avoir une bonne allonge à la baïonnette.

Avant ils étaient encore plus longs pour autoriser le tir sur 3 rangs.

Ce zouave doit mesurer dans les 1m60 grand maximum, une taille normale pour l'époque.

Munitions

Le fusil est au calibre réel de 17,85 mm au plat des rayures à la bouche.

La balle qu'il tire est la balle à jupe Mle 1854.

L'appellation de "balle minié" est erronée et nous vient directement des USA ou l'on aime les raccourcis.

De mémoire, au sein du Comité de l'Artillerie, les Capitaines Minié, Delvigne et Thouvenin ont développé les premières balles oblongues et Minié a présenté en 1845 une balle ogivale à base creuse pourvue d'un petit dé en fer agissant tel un piston pour écarter les parois de la balle.

Cette balle a été longuement essayée, on s'est finalement résolu a supprimer le culot en fer. En effet, il se conservait mal, et s'il avait pris la rouille, n'agissait plus ou se déportait sur un côté en déséquilibrant le projectile. De plus, la fabrication de ces balles exigeait des tolérances quasiment impossibles à obtenir industriellement à cette époque.

Je reviendrai sur ce sujet, car il est passionnant et très représentatif du dynamisme intellectuel et technique autour de l'armement.

tags: #bonhomme #blanc #carabine #histoire

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