La maîtrise de la lumière fut une étape cruciale pour les populations paléolithiques, leur permettant de s'aventurer dans les profondeurs des grottes et de prolonger leurs activités au-delà du cycle diurne. Parmi les innovations marquantes de cette époque, la lampe à graisse, ou lampe à huile, occupe une place de choix.
L’usage des torches dans une cavité se repère par les traces charbonneuses laissées sur les parois lors du ravivage de la flamme. Une torche qui s’éteint doucement peut être ravivée dans la grotte en frottant son extrémité sur la paroi… Ce mouchage laisse ainsi dans certaines grottes des traces plus ou moins arrondies et noirâtres.
Selon le préhistorien Marc Azéma, « les artistes du Paléolithique utilisaient (aussi) des torches de résineux dont l’existence est attestée par des traces de mouchages sur les parois que l’on a à Chauvet et dans d’autres grottes. »
On trouve ainsi des restes de foyers dans quelques grottes ornées, à proximité des représentations peintes ou gravées : La tête du Lion (Ardèche), Peche-merle (Lot), Tito Bustillo (Espagne)… Les foyers retrouvés dans la grotte de Bruniquel témoignent de l’utilisation du feu par Néandertal pour éclairer la cavité où il réalisait ses « constructions stalagmitiques ».
L'invention de la lampe portative a « modifié la perception de l’espace en permettant la fréquentation de grottes profondes jusqu’alors inaccessibles. Elle a sans doute aussi modifié la perception du temps en ne limitant plus les activités journalières à la période diurne« .
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Sophie A. Denis Vialou définit les lampes préhistoriques ainsi : « désigne toute pièce lithique, le plus souvent des plaques ou des blocs calcaires ou gréseux offrant une dépression naturelle plus ou moins circulaire ou une cupule creusée conservant les stigmates de la combustion lente d’une graisse animale« .
Dans son étude, Sophie A. de Beaune conclut : « une lampe doit avoir une zone active (combustible et mèche) et une zone passive permettant son support et éventuellement sa préhension. Les traces d’utilisation (résidus du foyer) peuvent seules permettre l’interprétation d’un document comme une lampe. Ces traces doivent être abondantes et bien localisées dans et autour de la zone active, le reste de l’objet étant préservé« .
Les éclairages portables peuvent ne pas avoir été fabriqués mais juste sélectionnés sans modification du support. Le luminaire n’a pas vraiment été travaillé et se limite parfois à une simple plaquette de calcaire sans aucune amorce de cavité. Souvent ces ustensiles ont été sélectionnés parmi les concrétions qui se trouvaient dans la grotte. Le support rocheux a été soigneusement choisi en fonction de sa forme naturelle qui répondait à la fonction recherchée.
L’artisan a pu utiliser un morceau de roche naturel en façonnant ou renforçant une partie, comme la cuvette et/ou le manche. Là également le support est naturellement choisi dans l’environnement et modifié pour répondre au besoin final de la lampe. La lampe peut également être entièrement façonnée dans un bloc rocheux.
Pour le préhistorien Paul G. Bahn : « Ii y a deux types fondamentaux de lampes : le modèle à circuit ouvert, dans lequel le combustible est évacué à mesure qu’il fond, et celui à circuit fermé où il est maintenu dans une cavité.
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Afin de tenir une flamme de manière régulière, les préhistoriques ont utilisé de la graisse animale. L’étude des lampes montre la présence de résidus d’acides gras d’origine animale ainsi que des particules charbonneuses.
Lors de sa découverte dans le puits de Lascaux, cette lampe présentait encore des matières charbonneuses dans la cuvette et une bavure noirâtre sur la margelle lors de l’écoulement du trop-plein d’huile. L’analyse du contenu du fameux brûloir de Lascaux permet l’identification du genévrier et de cendres de bois de résineux.
Le préhistorien Paul G. Bahn se pose la question de la luminosité de ces lampes, en indiquant qu’elle est est très faible, et même inférieure à une simple bougie moderne. Il rajoute que « la puissance de la lumière produite dépend de la quantité et de la qualité du combustible« . Selon lui, des expérimentations « en utilisant de la graisse de cheval ont produit une lumière six fois moindre que celle d’une bougie selon des mesures effectuées au photomètre« .
Les paléolithiques devaient choisir les mèches en fonction de leur facilité à s’enflammer de manière durable dans une matière graisseuse. Les éléments ayant pu servir de mèches sont nombreux : écorces, petits bois, mousse, lichen, aiguilles de pins et même champignons secs (amadou).
Pour Denis Vialou, « de rares brindilles minuscules conservées dans certaines lampes et des expérimentations démontrent l’utilisation de conifères, de génévriers comme mèches pour l’allumage et l’entretien du foyer« .
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Sophie Archambault de Beaune précise toutefois « qu’il serait faux d’interpréter ces résultats comme le témoignage d’une préférence marquée pour le genévrier. En fait l’expérimentation a montré que les mèches de genévrier ne se consumaient jamais entièrement contrairement aux autres mèches« .
Les lampes sont réalisées dans les matières que les paléolithiques trouvaient autour d’eux : le calcaire (50%) en majorité, et plus exceptionnellement le grès (20%). Plus rarement encore, les paléolithiques ont utilisé des morceaux de spéléothèmes, du silex et diverses roches… Les plaquettes, en particulier, proviennent le plus souvent de concrétions de calcites.
Selon une récente synthèse (Beaune 1987), environ 170 lampes paléolithiques sont clairement caractérisées, dont 1/3 provenant de grottes. Certaines de ces lampes sont incisées de représentions animales (La Mouthe) ou de signes (Lascaux). Dans le cas de La Mouthe, fait rarissime et unique, le bouquetin sur la lampe est également gravé sur les parois de la grotte !
Parmi les plus anciennes découvertes de lampes à graisse, on peut bien sûr citer la lampe de la Chaire à Calvin (Charente), trouvée en 1854 par A. Tremeau de de Rochebrune. L’authenticité des lampes du Paléolithique s’appuie sur la découverte de la Lampe de la Mouthe en 1899 par Emile Rivière.
Toujours dans l’étude de Sophie A, sur les lampes clairement répertoriées la majorité proviennent du Magdalénien (+ de 70%), de l’Aurignacien (13%), du Solutréen ou Magdalénien (+ de 9%), de l’Azilien ou Magdalénien (+ 5%).
Une comptabilisation des lampes retrouvées permet de les classer selon le contexte. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la majorité des luminaires ont été trouvés dans des abris sous roche (51%), dans des grottes sans luminosité (19,5%), dans des grottes bénéficiant d’un peu de lumière naturelle (12%), et dans des sites de plein air (7,5%). Les lampes n’ont donc pas forcément été abandonnées à l’endroit où elles étaient le plus utile, les grottes obscures !
Nous voyons naturellement l’utilité des lampes à graisse pour explorer et se déplacer dans les grottes et cavités sans lumière. Cette évidence ne doit pas masquer que les paléolithiques devaient également utiliser cette source de lumière transportable pour se déplacer en plein air ou avoir des activités nocturnes de taille, façonnage… qui ne peuvent être réalisées sans une source lumineuse.
Paul G. Bahn conclut : « nous ne devons jamais perdre de vue que les grottes et l’obscurité faisaient partie de l’environnement de nos ancêtres, et il est clair qu’ils savaient s’en débrouiller avec succès, même s’ils passaient la plupart de leur vie à l’extérieur« .
| Contexte | Pourcentage |
|---|---|
| Abris sous roche | 51% |
| Grottes sans luminosité | 19,5% |
| Grottes avec lumière naturelle | 12% |
| Sites de plein air | 7,5% |
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