La question des ventes d'armes belges à l'Arabie saoudite, et leur utilisation dans le conflit au Yémen, suscite de vives préoccupations et fait l'objet d'enquêtes et de débats tant au niveau national qu'international.
Après trois ans de guerre, le Yémen vit l’une des plus graves crises humanitaires au monde. Près des trois quarts de la population dépend de l’aide extérieure et plus de 8 millions de personnes sont au bord de la famine. Épuisés par trois ans de conflit, les Yéménites doivent maintenant faire face à l’offensive lancée le 13 juin dernier par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis contre la ville portuaire d’Hodeïda, principal point d’entrée de la nourriture, des médicaments, de l’essence et de l’aide humanitaire pour l’ensemble du pays.
Depuis trois ans, experts de l’ONU et organisations de défense des droits humains ont documenté de graves abus, dont des attaques illégales contre les civils, par les parties au conflit, en particulier la coalition menée par l’Arabie saoudite, dans laquelle le Royaume saoudien et les Emirats arabes unis jouent un rôle clé.
Une enquête publiée par le quotidien Le Soir a révélé que Ryad faisait usage d'armes et de technologies belges pour ses opérations au Yémen. En Belgique, l'attribution de licences d'exportation aux fabricants d'armes ou d'équipements militaires est une compétence de l'exécutif des régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles). La région wallonne est l'unique actionnaire du fabricant de mitrailleuses et de fusils d'assaut FN Herstal.
Lors du salon de l’armement d'Abou Dhabi, des armes belges sont présentées. Ces armes ont déjà été utilisées par des milices yéménites soutenues et financées par les Émirats arabes unis. D’après des brochures publicitaires du salon de l’armement IDEX2019, la Minimi compte parmi les milliers de types d’armes disponibles à la vente. Fabriquée par FN Herstal en Belgique, dans la région wallonne, elle fait partie d’un éventail d’armes vendues par les autorités belges wallonnes à la coalition que dirigent l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ces dernières années, pour être utilisées dans le conflit armé qui ravage le Yémen.
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Ces armements sont actuellement utilisés par les « Brigades des Géants », une milice yéménite soutenue et financée par les Émirats arabes unis, mais qui n’est placée sous le contrôle d’aucun gouvernement. Il est choquant de voir FN Herstal vendre allègrement des Minimis aux Émirats arabes unis, alors que nous avons dénoncé le fait que les Émiriens ont cédé illégalement cette arme à une milice au Yémen qui n’a aucun compte à rendre.Les autorités belges et FN Herstal ne doivent plus vendre d’armes aux forces qui combattent au Yémen et particulièrement aux Émirats arabes unis - ce pays qui détourne sans vergogne des armes vers les groupes combattants, dont certains commettent des crimes de guerre au Yémen.
La Belgique est prête à suspendre ses ventes d'armes à l'Arabie saoudite si elles sont utilisées dans des conflits dans d'autres pays, ont annoncé samedi les autorités belges. « Dès l'instant où il apparaîtrait que des armes n'ont pas, in fine, été utilisées à l'endroit ou dans le pays auquel elles étaient destinées, il y aura effectivement une réaction de la Région wallonne », a affirmé samedi le ministre président de la région Willy Borsus à la RTBF. « Cela peut aller jusqu'à la suspension des licences d'armes déjà accordées, puisque c'est ce dont il est question », a-t-il expliqué.
« Je crois qu'il serait bon que l'on suspende les contrats de livraison d'armes à l'Arabie saoudite », a plaidé le chef de la diplomatie Didier Reynders dans un entretien à la RTBF, en invitant les régions, particulièrement la Wallonie, à prendre une telle décision. « S'il y a des éléments démontrant effectivement l'utilisation d'armes dans un conflit en cours, comme au Yémen, on doit aller vers ces suspensions et je pense que le gouvernement wallon doit le faire », a plaidé Didier Reynders.
Le ministre-président de la région belge wallonne, Willy Borsus, a demandé la tenue d’une enquête en réponse à nos conclusions publiées la semaine dernière. Nous avons hâte de connaître les résultats de cette enquête et espérons qu’elle amènera des changements de politique qui permettront à la Wallonie de respecter ses obligations internationales. Aux termes du Traité sur le commerce des armes et de la Position commune de l’UE sur les exportations d’armes. La Belgique est tenue de ne pas approvisionner en armements la coalition qui combat au Yémen.
Instituée par le décret wallon de 2012 sur les exportations d’armes, la Commission d’avis rend des avis motivés et confidentiels, à la demande du Gouvernement ou d’initiative. Si elle a rendu dans le passé des avis favorables à l’exportation vers l’Arabie Saoudite, on peut constater dans les documents obtenus par Médor que la Commission revoit sa doctrine et demande que les licences, en dépit de leur importance économique, ne soient pas accordées.
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Sur le plan des droits de l’homme, elle note que si les réformes mises en place par Mohamed ben Salmane, alias « MBS », le prince héritier d’Arabie Saoudite, « semblaient annoncer un progrès important », il n’en a rien été. Au contraire, elle évoque une situation des droits de l’homme « désastreuse ». L’Arabie Saoudite, détaille-t-elle, emprisonne des milliers d’opposants politiques et continue d’appliquer la peine de mort - le plus souvent par décapitation au sabre, lapidation pour les adultères et parfois par crucifixion - à la suite de « procès iniques » (y compris pour cause d’homosexualité, de sorcellerie, d’adultère ou d’apostasie). Au Yémen, poursuit la Commission, l’intervention saoudienne « a fait un nombre important de victimes civiles (…) : bombardement d’hôpitaux et d’écoles, épidémie de choléra provoquée par la guerre, etc. » L’engagement de 14 000 miliciens soudanais par l’Arabie Saoudite dont un « grand nombre d’entre eux sont des enfants âgés de 14 à 17 ans » est un autre point noir. Elle note également que « l’Arabie saoudite se rend coupable de crimes de guerre ».
L’Arabie Saoudite est un client déterminant pour la FN Herstal et ce, depuis plusieurs années. Le chiffre d’affaires de la FN Herstal pour le marché saoudien est estimé, selon les années, de 20 % à 50 % du chiffre d’affaires total de la société. Or en Wallonie, la FN, n’est pas n’importe qui. Elle représente 1 500 emplois directs. Elle rapporte aussi de l’argent frais à la Wallonie qui possède 100 % des parts de l’entreprise, via la Société régionale d’investissement (SRIW). Entre 2013 et 2022 le groupe Herstal a octroyé 111,5 millions de dividendes à la région. L’intérêt wallon est donc intimement lié à celui de la FN.
Dans le cas de CMI Defence, une composante du groupe John Cockerill considérée comme le leader mondial en matière de tourelles-canon pour véhicules blindés de poids léger et moyen, le commerce avec l’Arabie saoudite monte, toujours selon Elio Di Rupo, jusqu’à « environ 80 % du chiffre d’affaire total », et à 60 % pour Mecar. Pour le ministre-président, dès lors, c’est clair : « Un refus de licence risquerait donc de mettre en péril l’équilibre économique atteint et représenterait un risque pour l’emploi en Wallonie ».
Plusieurs pays ont d’ailleurs revu leur politique d’exportation d’armement en raison du conflit au Yémen. Au Royaume-Uni et en Allemagne, des commissions parlementaires permanentes publient chaque année un contre-rapport après auditions de décideurs, industriels et ONG concernés. En Suède les parlementaires participent même, en amont, au processus d’octroi des autorisations d’exportations. Aux Etats-Unis, le Sénat a la possibilité d’interrompre une vente d’armes.
Face à ce que l’ONU qualifie désormais de « pire crise humanitaire au monde », le Parlement européen, ainsi que la Chambre des représentants, ont adopté plusieurs résolutions appelant à suspendre les livraisons d’armes à l’Arabie Saoudite. L’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Danemark ont déjà décrété un embargo.
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| Pays Exportateurs | Entreprises Clés | Clients Principaux | Armes Exportées |
|---|---|---|---|
| Belgique (Wallonie) | FN Herstal, John Cockerill, Mecar | Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis | Mitrailleuses, fusils d'assaut, tourelles de blindés |
| France | Nexter | Arabie Saoudite | Canons Caesar |
La situation complexe des ventes d'armes belges à l'Arabie Saoudite et leur utilisation au Yémen continue de susciter des débats et des enquêtes. Les enjeux économiques, les obligations internationales en matière de droits de l'homme et les considérations éthiques sont au cœur de cette problématique.
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