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La bataille de Poitiers est un affrontement majeur de la Guerre de Cent Ans. Ce conflit, qui a commencé en 1337, va durer jusqu’en 1453. Ce jour-là, les 12 000 Français du roi Jean II le Bon affrontent, aux environs de Poitiers, les 8 000 hommes placés sous les ordres du prince de Galles (le fils d’Édouard III d’Angleterre), surnommé le « Prince Noir ».

Contexte Historique

Dans les années 1350, la guerre a repris entre les royaumes de France et d'Angleterre. Édouard III, qui n'a pas renoncé à ses prétentions au trône des Lys, est solidement secondé par son fils Édouard de Woodstock. Ce personnage, parfois surnommé le Prince Noir, va infliger aux Français l'une des plus absolues défaites de leur histoire.

À l'été 1356, pendant qu'une armée anglaise ravage la Normandie, le Prince Noir quitte Bordeaux avec environ 7 000 hommes. Sans rencontrer de résistance, il s'enfonce à travers le Périgord, le Limousin, le Berry et la Touraine. Chevauchée aussi inattendue que dévastatrice.

Lentement, trop lentement, le roi de France, Jean II le Bon (1350-1364), fait mouvement pour lui barrer la route. Début septembre, le Prince Noir renonce à passer la Loire, dont les ponts sont solidement défendus par l'ost royal. Il décide alors de battre en retraite vers Bordeaux, mais Jean le Bon, plus rapide, vient en renfort de la cité de Poitiers, qu'il croit menacée.

Comprenant que la route du sud leur est désormais coupée, les Anglais prennent position et se fortifient sommairement sur le plateau de Nouaillé, à deux lieues au sud-est de Poitiers : c'est la tactique employée à Crécy. Rusés Anglais !

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Au soir du 17 septembre, les deux armées se font face, mais le lendemain est un dimanche, et l'on ne combat pas. Pour les Français, le plus simple serait de faire le blocus de la butte, où les Anglais, dépourvus de vivres, ne sauraient tenir longtemps. Les Français sont au moins deux fois plus nombreux, et la victoire paraît certaine.

Déroulement de la Bataille

À l'aube du 19 septembre, ils se préparent donc à lancer un assaut, avec une avant-garde à cheval et le gros des troupes à pied. De son côté, l'état-major anglais, qui juge la situation intenable, a décidé de lever le camp. Profitant de la nuit, les troupes descendent du plateau, aussi discrètement que possible... et tombent sur l'avant-garde française.

Arnaud d'Audrehem, maréchal de France, lance aussitôt la charge à travers les vignobles ; d'abord hésitants, l'autre maréchal, Jean de Clermont, et le connétable, Gautier de Brienne, attaquent à leur tour l'armée anglaise. Mais les archers gallois s'embusquent immédiatement et font pleuvoir des milliers de flèches sur les chevaliers, qui s'effondrent. Pas un seul n'atteint les lignes ennemies ! En fait, la bataille n'a pas commencé que Jean II a déjà perdu toute sa cavalerie d'élite.

Forts de cet inattendu succès, les Anglais passent alors à l'attaque de l'armée française, désorganisée par le massacre de son avant-garde et prise à contre-pied. Les archers avancent tout en tirant des volées de flèches qui contribuent au désordre général. Le camp français est pris de panique et le roi, qui se tenait à l'arrière, n'arrive ni à se faire entendre ni à réorganiser ses troupes.

Nombreux sont les chevaliers qui déguerpissent, mais le roi, qui n'a pas oublié la fuite de son père à Crécy, refuse de suivre ce lâche exemple. Mettant pied à terre, il décide de défendre sa bannière, une grande hache de guerre dans les mains. S'il a la lucidité de faire partir ses fils aînés, il garde auprès de lui le plus jeune, Philippe, alors âgé de 14 ans. La décision a été prise trop tard et la fuite des princes donne le signal de la débandade pour une grande partie de l'armée.

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Le roi se retrouve donc seul au milieu de quelques fidèles qui se font tuer sous ses yeux. « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! » crie le jeune Philippe, qui va y gagner son surnom de « Hardi ». Cette débauche d'héroïsme ne sert à rien : épuisé, découragé, le roi finit par se rendre.

Tableau récapitulatif des forces en présence et des pertes

Belligérants Forces en présence Pertes
Français Environ 12 000 hommes 5 000 à 6 000 hommes (tués et prisonniers)
Anglais Environ 7 000 hommes Pertes moindres

Conséquences de la Bataille

En cette funeste journée, les Français n'ont peut-être pas perdu plus de 5 000 à 6 000 hommes, mais parmi les morts et les prisonniers se trouvent, outre le roi, plusieurs princes et moult aristocrates de haut rang. Le royaume est décapité. Édouard III exulte mais, après avoir gagné la bataille, il lui faut gagner la paix.

Et c'est là que les choses se compliquent, car, s'il a le roi, il lui manque le dauphin (futur Charles V), devenu régent de France. En outre, il a beau remporter des victoires en rase campagne, il n'a pas les moyens d'assiéger des villes fortes - en 1359, il échoue à prendre Reims, où il se serait fait couronner roi de France.

À la suite d'une grande chevauchée en Languedoc qui, à l'automne 1355, l'a mené jusqu'à Carcassonne, le Prince Noir remonte vers Poitiers, où il rencontre l'armée royale, le 19 septembre 1356. Comme à Crécy, en 1346, la chevalerie française - qui compose la totalité de l'armée - est écrasée par l'archerie anglaise et subit de lourdes pertes (40 % des chevaliers français auraient été tués). Mais, surtout, le roi Jean est fait prisonnier, et conduit à Bordeaux, puis à Londres. Cette défaite a des conséquences considérables.

Tout d'abord, elle suscite dans le royaume un profond discrédit de la noblesse, qui se manifeste violemment en 1358 lors du soulèvement paysan en Picardie et en Île-de-France (la Jacquerie). Ensuite, elle entraîne, en l'absence du roi, une grave crise politique qui voit le dauphin Charles (futur Charles V) à la fois menacé par la volonté des états généraux de contrôler l'impôt et l'administration royale, par les intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et par la tentative d'émancipation du prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel.

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Enfin, la défaite de Poitiers a conduit au traité de Brétigny-Calais (1360), qui abandonne au roi d'Angleterre la souveraineté sur une grande Aquitaine et prévoit le versement d'une énorme rançon (3 millions d'écus) pour la libération du roi Jean.

En outre, la défaite a d'importantes conséquences militaires : devenu roi, Charles V renonce à l'armée féodale et à la bataille rangée, au profit d'une guerre de sièges et d'escarmouches menée par une petite armée permanente composée de compagnies d'armes.

L'importance des archers gallois

Au Moyen Age, les pays celtiques furent de grands pourvoyeurs de soldats et mercenaires qui servirent sur les champs de bataille d’Europe. Le pays de Galles était célèbre pour ses archers qui donnèrent du fil à retordre à l’envahisseur anglais avant que celui-ci ne les utilise, avec maestria, sur les champs de bataille de la guerre de cent ans.

Il est difficile de déterminer à quelle époque l’arc fut introduit dans les îles britanniques. Les Romains, qui envahirent l’île au Ier siècle, le connaissaient. Les Gallois du haut Moyen Age l’utilisaient : vers 633, Offird, fils du roi de Northumberland, fut tué par une flèche lors d’une bataille contre eux et les Merciens. Les techniques d’archerie s’améliorèrent vraisemblablement au contact des Vikings dont c’était une des armes favorites.

En 1346, c’est au tour des Français de goûter aux flèches du puissant longbow. En réalité, cette dernière affirmation n’est pas tout à fait exacte. En effet, depuis l’époque de Philippe Auguste, les armées françaises ont subi de profondes mutations, qui tendent à les professionnaliser et à marginaliser l’organisation traditionnelle reposant sur le service d’ost dû par les vassaux à leur suzerain.

Confrontée, avec l’empire angevin, à un ennemi particulièrement retors et présent sur de vastes fronts, la royauté capétienne se voit contrainte de maintenir constamment des troupes sur le pied de guerre. Le vieux service d’ost, insuffisant, est alors progressivement remplacé par un service payé.

Remontons à la fin du xiiie siècle. C’est au cours des guerres de Galles qu’Édouard 1er d’Angleterre remarque l’efficacité des archers gallois munis du puissant longbow d’orme décrit au siècle précédent par Giraud de Bari. Le potentiel militaire de ces populations est mis à profit pendant les guerres d’Écosse : à Dupplin Moor (1332) et Halidon Hill (1333), les nouvelles recrues galloises d’Édouard 1er écrasent les schiltrons écossais.

Une arme redoutable Quelques décennies plus tard, le roi d’Angleterre, Edouard Ier est un des premiers à comprendre le potentiel que l’utilisation massive des archers représente pour la stratégie militaire et tout le parti qu’il peut tirer de leur puissance. Il a déjà réussi à discipliner la cavalerie anglaise, il va créer des corps d’archers professionnels.

Des centaines d’entre eux sont recrutées dans les comtés gallois du sud : Gwent, Glamorgan, Gower, Kidwelly, Llanstephan, Pembroke. Ils sont organisés en compagnies d’une vingtaine d’hommes, regroupées en centuries. Ils sont équipés du grand arc de guerre, long bow. Cette arme a été créée en allongeant les arcs classiques et en les renforçant.

Les soldats sont entraînés à fixer rapidement les flèches sur la corde, à tendre celle-ci jusqu’à l’oreille et à décocher le plus vite possible. Une fois maîtrisées ses techniques, bien encadré, un groupe d’archers est prêt à envoyer des averses de flèches sur l’ennemi, brisant une charge de cavalerie ou décimant un assaut d’infanterie.

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