Envie de participer ?
Bandeau

L'article propose une enquête autour de quelques “mots de contrebande” de ces travaux que l’on peut saisir comme des indices révélateurs d’actions ou d’attitudes de Résistance de la part de ce trio d’historiens. L’interrogation débute par l’examen de dédicaces ambiguës. Elle se poursuit par la mise en perspective et l’analyse de la réception des jugements portés sur Philippe V de Macédoine par l’un de ces spécialistes.

Dédicaces et Hommages Ambiguës

En juin 1942, Michel Feyel soutient en Sorbonne une thèse remarquée sur la Béotie antique. Le 9 juin 1943, son ami Pierre Guillon défend la sienne. Pensionnaires de l’École française d’Athènes, spécialistes du même territoire : la Béotie, ils ont mené ensemble des fouilles archéologiques et leurs travaux ont bénéficié de leur assistance mutuelle.

Leurs thèses, parmi celles publiées par la Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome entre 1939 et 1945, se singularisent car elles seules arborent des dédicaces aux combattants français de 1940.

  • Celle de Feyel : « À la mémoire de mes compagnons d’armes du 56e Bataillon de mitrailleurs motorisés morts pour la Patrie (13 mai-24 juin 1940) ».
  • Celle de Guillon : « Aux morts du 14e rta (Bois d’Inor, 15-22 mai 1940 ; Reims-la-Brûlée, 13-15 juin 1940) ».

Ces hommages rendus aux soldats de 1940 sonnent quelque peu comme des signes de désapprobation d’un régime défaitiste. La dédicace de Guillon est surmontée d’une citation grecque que l’on peut traduire par : « Honneur soit rendu aux héros » ou « À ceux qui sont appelés héros ».

Le Courage des Soldats et la Résistance

Les deux historiens furent des soldats valeureux. Pierre Demargne dit de Feyel qu’au cours d’une guerre courageuse, il « gagna deux citations et la Croix de guerre, l’estime et l’affection de ses chefs et de ses hommes ». Dans son rapport d’imprimatur pour la thèse de Guillon, Charles Picard rappelle que l’impétrant « a été progressivement dérangé dans sa carrière de jeune savant par la guerre de 1939, qui a eu sur sa santé et sur sa situation des conséquences fort lourdes. Il avait combattu vaillamment, au premier rang, et il a été fait prisonnier les armes à la main, non dans la fuite ».

Lire aussi: Un chapitre sur Dixmude

L’historien semble rappeler fièrement le courage de son unité qui combattit jusqu’à l’extrême limite. Feyel évoque le 24 juin. Il appartenait donc aux bataillons qui poursuivirent la guerre en dépit du « Il faut cesser le combat » ordonné par le maréchal Pétain le 17 juin et ne la stoppèrent que le 24 juste avant l’entrée en vigueur effective, le 25, de l’armistice signé le 22.

Une singularité renforce l’idée que les dédicaces de Guillon ne sont pas innocentes. Il existe deux versions de son étude : l’une, éditée exclusivement par De Boccard ; l’autre, éditée également par De Boccard, porte l’estampille - en haut de la couverture, au dessus du titre et du nom et des titres de l’auteur - de l’institution d’origine de Guillon et relève donc de la collection « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome ». Sauf un détail : seuls ceux portant l’estampille « Bibliothèque des Écoles française d’Athènes et de Rome » arborent les dédicaces ambiguës.

Fernand Robert et les "Compagnons d'Armes"

« À mes camarades de travail et compagnons d’armes : F. Robert, M. Feyel. » Qui est Fernand Robert ? Lui aussi est spécialiste de l’Antiquité grecque et ancien « Athénien » (1933-1935). Normalien de la promotion de 1927, il était Maître de Conférences de langue et littérature grecques à Rennes au moment de l’entrée en guerre. Comme Feyel, il fut un collaborateur scientifique de Guillon.

« Camarades de travail », il va de soi : le trio se connaît au moins depuis l’École normale supérieure, étudie la Grèce antique, appartient à l’École française d’Athènes et le travail de Guillon a bénéficié de l’aide des deux autres chercheurs. Mais « compagnons d’armes » ? La guerre est donc finie pour eux depuis longtemps. S’agit-il simplement de l’évocation de leur passage dans l’armée française avant la défaite, l’expression de Guillon faisant alors écho à celle de Feyel évoquant son bataillon ?

Un point incite cependant à pencher vers un sens différent de l’expression : Guillon fut un résistant très actif. Jean-François Sirinelli le signale comme un des khâgneux qui, bien que passés entre les mains du maître Alain, n’adopta pas une attitude pacifiste pendant le conflit : « Pierre Guillon qui était revenu dans sa ville en 1937 comme chargé d’enseignement puis professeur de langue et littérature grecques à la faculté des Lettres, participa activement à la Résistance et devint maire de Poitiers à la libération. » Les deux voisins de dédicace, « compagnons d’armes » de Guillon, furent-ils eux aussi résistants ?

Lire aussi: Plongez dans l'histoire du 18ème Bataillon de Mitrailleuses de Position

Michel Feyel : Du Savant au Résistant malgré Lui

Quand Guillon rédige sa dédicace, Feyel enseigne à la Faculté de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand et réside à Brioude. Les remerciements de Guillon attestent qu’ils sont toujours en contact. Son ami donne une recension critique de sa thèse dans la Revue des Études Grecques - il renvoie à l’édition publiée par la Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, donc à celle qui contient l’hommage. Feyel a-t-il alors des activités qui en font un « compagnon d’armes » ?

Avant de tenter de répondre, il faut indiquer que sa destinée fut tragique et cruelle : « Établi avec sa famille à Brioude, il est retenu en otage par les Allemands le 21 juin 1944, après une opération du maquis sur cette localité. De la prison de Clermont-Ferrand il est transféré à Compiègne le 19 juillet puis dirigé vers le camp de concentration de Neuengamme, où il arrive le 31 juillet.

Le parcours de Feyel : 92e de Clermont - Compiègne - Neuengamme, est le circuit répressif classique réservé aux Résistants de l’Auvergne. Dans la logique de l’occupant, il est alors courant, pour marquer les esprits et rétablir le calme, de choisir comme otages des notables ou personnes symboles. Feyel était une proie de choix puisque membre d’une institution très surveillée et très rétive à l’Allemagne nazie et au gouvernement de Vichy, et informateur potentiel sur les comportements d’universitaires ou d’étudiants.

Ainsi, sans être membre actif de l’intense foyer de résistance brioudois, Feyel connaissait au moins un peu de ses activités et était disposé à y apporter son secours en cachant des maquisards.

Philippe V de Macédoine : Un Jugement Politique ?

Avant de tenter de lier l’actualité vécue par Feyel et ses jugements tranchés, il faut s’attarder sur la réception de ses affirmations. Dans son compte rendu très favorable, Georges Daux rappelle les deux grandes conclusions de cette thèse :

Lire aussi: L'Évolution du Fusil Chassepot

  1. une certaine malveillance de Polybe à l’égard des Béotiens, notamment lorsqu’il cache au lecteur le redressement remarquable de la Béotie entre 245 et 220 ;
  2. Philippe V de Macédoine est le principal responsable de la décadence des Béotiens (Georges Daux cite alors la dernière phrase de la thèse).

Dans une autre recension critique, André Aymard, tout en louant la qualité de la thèse, discute lui aussi ce découpage chronologique strict. Surtout, il n’accepte pas le jugement prononcé sur le souverain : « La preuve invoquée pour montrer l’immixtion de Philippe V dans les affaires intérieures de la Béotie, tant fédérales que municipales, n’est pas en elle-même bien solidement établie et serait, en tout état de cause, insuffisante pour justifier une telle assertion.

tags: #bataillon #de #mitrailleurs #motorisés #définition

Post popolari: