Envie de participer ?
Bandeau

Le fusil Lebel, plus qu'une simple arme, représente un pan entier de l'histoire militaire française. Adopté à la fin du XIXe siècle, il a accompagné les soldats français à travers les tranchées de la Première Guerre mondiale et a laissé une empreinte indélébile dans la mémoire collective. Cet article explore l'histoire du fusil Lebel, de sa genèse à son héritage.

Genèse et Adoption

Au XIXe siècle, l'armée française cherchait à moderniser son armement. Après l'adoption du fusil Gras en 1874, qui remplaçait le Chassepot 1866, les réflexions se poursuivaient quant au choix d'une arme encore plus performante. La France s'est intéressée au fusil Kropatschek autrichien en 1878, fabriqué à Steyr, qui a ensuite été modifié et perfectionné.

Le fusil Lebel, officiellement adopté en 1887 sous le nom de « Fusil Modèle 1886 », est le fruit de cette évolution. Il a été mis au point par les ingénieurs de l'armement. Le fusil Lebel est une arme à répétition, avec un magasin tubulaire situé sous le canon, une caractéristique qui le distinguait de ses prédécesseurs. Une des innovations majeures du fusil Lebel est l'utilisation de la poudre sans fumée, une avancée technologique qui offrait des performances balistiques exceptionnelles en termes de tension de la trajectoire, de précision et de capacité de perforation.

On le désigne sous le nom de « Fusil Modèle 1886 », mais c’est sous le nom de fusil Lebel qu’il restera connu et deviendra célèbre. Le résultat est une arme superbe dont la qualité de finition et les lignes élégantes forcent l’admiration de tous.

Production et Caractéristiques Techniques

La production du fusil Lebel a été un défi industriel majeur pour la France. Des millions d'exemplaires ont été fabriqués, impliquant à la fois les manufactures d'État et l'industrie privée. A partir de 1887, pas moins de 900.000 armes sont produites par trois manufactures nationales : Châtellerault, Tulle et Saint-Etienne. Entre 1887 et 1920, ce sont 3,5 millions d’armes qui sont fabriquées avec un baptême du feu pour réprimer la fusillade de Fourmies le 1er mai 1891.

Lire aussi: Tout sur les balles de carabine

Voici quelques caractéristiques techniques clés :

  • Calibre : 8 mm
  • Fonctionnement : Répétition
  • Verrouillage : Assuré par deux tenons opposés portés par la tête mobile

Bien que robuste, fiable et précis, le fusil Lebel pouvait présenter des enrayements en cas de mauvaise utilisation. Son système de chargement, avec un magasin tubulaire, était parfois considéré comme désavantageux en termes de vitesse de chargement par rapport aux systèmes de chargement par le dessus.

Le Fusil Lebel Pendant la Première Guerre Mondiale

Le fusil Lebel a symbolisé l'esprit de revanche qui animait la France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Il a équipé les soldats français pendant la Première Guerre mondiale, devenant le compagnon de leurs grands-pères ou arrière-grands-pères dans les tranchées.

Malgré ses qualités, le fusil Lebel a montré certaines limites face aux nouvelles réalités de la guerre moderne, notamment en termes de cadence de tir et de capacité du magasin. Cela a conduit à des modifications et à l'adoption d'armes complémentaires, comme les mousquetons et fusils Berthier.

Pendant la guerre, les armées ont utilisé le tir de salves à grande distance plutôt que le tir de précision. L'infanterie était en lignes et tirait des salves sur plusieurs rangs. Ces armées étaient efficaces pour la guerre moderne.

Lire aussi: Balles de fusil : quel choke ?

"Rosalie" : La Baïonnette du Fusil Lebel

Indissociable du fusil Lebel, la baïonnette modèle 1886, surnommée "Rosalie", était une arme redoutable au corps à corps. Sa lame en forme d'aiguille à quatre arêtes, longue de 52 cm, était conçue pour percer. Le fourreau était normalement bronzé noir.

C'est une pièce précoce qui possède encore son quillon recourbé en crochet. Il sera supprimé en 1916.

Héritage et Collection

Le fusil Lebel a été retiré définitivement du service en mai 1920, mais son héritage perdure. Il reste un incontournable pour tout collectionneur d'armes réglementaires françaises du XIXe siècle. Il fait le lien avec le XXe siècle et les armes qui vont lui succéder : mousquetons et fusils Berthier, fusils Mas 36 et 49/56.

Au-delà de sa valeur historique et de collection, le fusil Lebel est chargé du souvenir des combats de la Grande Guerre. Tous les Français ont entendu son nom, et nombreux sont ceux qui conservent encore chez eux une Rosalie ou des cartouches Lebel.

Souvenirs d'enfance et vieux fusils

Dans le passé, l'enfance était imprégnée d'une nature austère et sauvage. Les ambitions étaient d'imiter ou de surpasser les actions des aînés lorsque l'âge le permettrait, c'est-à-dire après avoir quitté l'école à 16 ans, sous la responsabilité parentale, pour obtenir un permis.

Lire aussi: Essai du Hatsan Slug Special

Certains soirs, la table de la cuisine était dégagée, même si les devoirs n'étaient pas relus et les leçons mal apprises. La fabrication des cartouches était un acte solennel, car la réussite d'un tir dépendait du dosage précis des ingrédients, nécessitant une longue pratique et une concentration intense.

La poudre utilisée pour le fusil, souvent de type LEFAUCHEUX, était héritée des poudres anciennes qui chargeaient les fusils à pierre de Napoléon, puis les fusils à piston, plus modernes, chargés par la bouche avec une baguette munie d'un piston au diamètre du canon. À seize ans, la confection de cartouches bien rondes avec des plombs de différentes tailles, des bourres grasses ou sèches, et des cartons blancs numérotés était maîtrisée. À dix-sept ans, en septembre 1946, le premier permis fut enfin obtenu.

L'importance atteignait son apogée lorsque le vieux fusil à broche du père reposait sur les épaules. C'était une époque où les tétras lyres, perdrix, lièvres, sangliers, tourdes, lapins, etc., étaient abondants.

Classement Légal du Fusil Lebel

Le classement légal du fusil Lebel découle de la définition de la loi (Art L311-3°) concernant les armes dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1900. La difficulté réside dans l'interprétation du terme "modèle". Le décret du 3 juillet 2023, dans son article 2, reclasse notamment les munitions ou éléments de munitions à poudre noire, à étui métallique et à percussion centrale utilisables dans les Armes Historiques et de Collection.

L'arrêté du 29 août 2023 complète cet ensemble avec deux annexes listant les armes pour lesquelles la règle générale ne s'applique pas en raison de leur caractère atypique.

Des armes antérieures au 1er janvier 1900 sont classées en catégories A, B ou C. Le « Bodéo » 1889 italien est une arme de poing qui passe de la catégorie B à la catégorie D§e).

Le fusil français M.27, résultant des essais de transformation du Lebel en une arme compacte de calibre 7,5mm MAS, était souvent classé en catégorie C1°§b). Le fusil Lebel mle 1886 est classé en catégorie C1°§b) si son recalibrage en .348 a été effectué après 1946.

L'Évolution des Armes à Feu : Un Contexte Historique

Pour bien comprendre la place du fusil Lebel dans l'histoire, il est utile de retracer brièvement l'évolution des armes à feu.

Les Origines de l'Arme à Feu

  • Le feu grégeois : Au VIIe siècle, un mélange visqueux de poix, naphte, soufre, etc., enflammé, est projeté chaud et liquide sur l’ennemi, ses bateaux et ses constructions.
  • La poudre noire : Au VIIIe siècle après Jésus-Christ, les Chinois inventent la poudre noire, un mélange de salpêtre, soufre et charbon de bois.
  • Les premiers canons : Vers 1150-1200, les Arabes utilisent la poudre noire sous la forme de canons rudimentaires à main, le « Madfaa », qui propulse une flèche trapue à courte distance.

L'Évolution des Armes à Feu en Europe

  • Redécouverte de la poudre : Vers 1280, la poudre est redécouverte en Europe, menant à la création de pots de fer à « traire garrot », des canons primitifs qui propulsent de grosses flèches appelées « Garrot ».
  • La bombarde : En août 1324, une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde).
  • L'hacquebute primitive : Vers 1370, l’hacquebute, littéralement « canon à croc », est destinée à tirer en crochetant un mur ou une palissade.
  • L'arquebuse : Vers 1460 jusqu’à 1660, l’arquebuse, mot découlant d’hacquebute, est une arme à feu, à fût de bois, ancêtre des carabines, mousquets et fusils.

Innovations et Améliorations

  • La platine à rouet : Vers 1510-15, elle permet un allumage sans mèche, sur le principe d’une roue rainurée entrainée par un ressort, et qui frotte sur une pyrite de fer produisant des étincelles.
  • L'arquebuse à canon rayé : En 1520, l’arquebuse à canon rayé améliore la précision de l’arme par stabilisation gyroscopique de la balle.
  • Le mousquet : Vers 1520, le mousquet, plus long et de plus gros calibre que l’arquebuse, est créé pour le tir de guerre sur plusieurs rangs.
  • La cartouche de guerre en papier : Généralisation en France entre 1728 et 1740, elle comporte de la poudre noire et une balle.

La Guerre de Sécession et l'Évolution des Armes à Feu

La guerre de Sécession (1861-1865) a été un catalyseur important pour l'évolution des armes à feu. Alors qu'au début du XIXe siècle, le fusil standard était un mousquet à silex, à canon lisse et tirant des balles sphériques, la situation avait considérablement évolué en 1861.

Le fusil réglementaire de l'infanterie fédérale juste avant la guerre était le Springfield modèle 1855. Sur le plan technique, c'était une arme moderne, typique des fusils apparus dans les années 1850. L'antique platine à silex avait été remplacée par une platine à percussion, permettant d'augmenter la cadence de tir de façon significative. Le Springfield modèle 1855 se caractérisait également par un canon rayé.

Combinées à des tactiques n'ayant pas évolué aussi vite, ces performances accrues ont fait du fusil rayé d'infanterie une arme particulièrement meurtrière. Plus de 90% des blessés nordistes l'ont été par balles. Bien que plus petite que la balle sphérique du fusil à canon lisse, sa vitesse accrue et son mouvement tournoyant la rendaient bien plus létale.

En 1861, le département de l'armement de l'armée fédérale décida de modifier le Springfield modèle 1855 pour le simplifier et en faciliter la production à grande échelle. Ainsi naquit le Springfield modèle 1861, encore amendé en 1863, et qui constitua le fusil standard de l'infanterie nordiste durant la guerre.

Les Cartouches du Fusil Lebel

Munitions du fusil modèle 1886 M. 93 :

  1. La cartouche modèle 1886 M.
    • L’étui en laiton modèle 1886 M. : le collet, dont le bord est serti sur la balle ; le raccordement ; le corps formé de deux cônes ; le culot avec le bourrelet, le logement du couvre-amorce, l’enclume et les deux évents pour la transmission du feu de l’amorce à la charge.
    • L’amorce, en cuivre rouge, contenant 4 centigrammes de composition fulminante recouverte de vernis.
    • Le couvre-amorce en laiton, qui maintient l’amorce en place et ferme toute issue aux gaz.
    • La charge constituée par 2 gr, 75 de poudre BF nouveau type.
    • La bourre constituée par une pastille de cire jaune et un disque de carton lustré mince placé au-dessous.
    • On y distingue : le méplat, l’ogive, le cône antérieur, le cône postérieur, le culot.
  2. La cartouche à balle 1886 M. 73.
    • Les étuis et les balles reçoivent les marques distinctives suivantes :
    • ÉTUIS - La tranche postérieure du culot est divisée en quatre secteurs, dans lesquels sont poinçonnées les marques suivantes :
      • Secteur supérieur : lettres ART. M. (Artillerie, modifié) ;
      • Secteur inférieur : les lettres indicatrices de l’atelier de fabrication et la marque distinctive de l’usine productrice de laiton.
    • BALLES - Sur le culot la désignation de l’atelier producteur. Exemple A Px (Puteaux). Sur le méplat, id marque de la provenance du métal de l’enveloppe.

Les cartouches modèle 1886 M sont empaquetées par 8, tête-bêche, dans un rectangle-enveloppe en papier goudron de couleur brun clair ; le paquet est maintenu fermé par une ligature en ficelle.

La cartouche actuellement tirée par le fusil 86 M. 93 dite balle D (balle et étui 98) a une longueur de 74mm,9. Son poids est de 27 gr. 6. Elle renferme une charge de 3 grammes de poudre sans fumée, désignée sous le nom de poudre BM’F à base de nitrocellulose plombaginée trempée à l’eau chaude.

Mauser: Un Fabricant d'Armes Allemand Influant

Mauser est un fabricant d’armes allemand fondé au XIX siècle, réputé pour ses fusils à verrou et ses pistolets. L’entreprise, basée à Oberndorf am Neckar, a joué un rôle majeur en équipant l’armée allemande et de nombreuses armées étrangères durant les deux guerres mondiales.

Ses innovations en particulier le mécanisme de culasse du fusil Gewehr 98 - ont eu un impact durable sur l’armement mondial, au point d’être encore utilisées de nos jours dans des fusils de chasse modernes. Le Gewehr Modell 1871 (fusil Mauser 1871) est ainsi adopté par la nouvelle armée allemande unifiée, supplantant la concurrence et marquant le début du succès pour Mauser.À la fin du XIX siècle, Mauser devient l’un des plus grands noms de l’armement : la Turquie, le Brésil, le Mexique, le Chili, l’Uruguay, la Chine, l’Iran, la Serbie ou encore la Suède figurent parmi les nombreux pays ayant adopté des variantes du fusil Mauser à cette époque.

Le fusil Karabiner 98k, version raccourcie du Gewehr 98, est adopté en 1935 comme arme de base de la Wehrmacht. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, l’usine d’Oberndorf tourne à plein régime pour équiper les forces allemandes. Mauser produit non seulement des millions de fusils 98k, mais également d’autres armes : le pistolet semi-automatique Mauser HSc en calibre 7,65 mm, des fusils mitrailleurs et des canons automatiques pour l’aviation.

Après la capitulation allemande de 1945, les installations de Mauser sont en partie démantelées. Dans les années 1950, Mauser se concentre sur la fabrication de fusils de chasse et de carabines de tir sportif, le marché militaire lui étant fermé par les Alliés au début.

Les Armes à Air Comprimé

Avant nos carabines à plombs actuelles, qu’elles soient Break Barrel, à Co2 ou PCP des artisans et armuriers de génies avaient conçu ce qu’ont nomme les “fusils à vent”. La première de toutes les carabines PCP n’est autre que la sarbacane. Il pourrait même s’agir de la première arme balistique de l’homme, possiblement même antérieure à l’arc et aux flèches.

Les premières armes à air comprimé mécaniques sont apparues en Europe centrale à la fin du XVe siècle. Ces dernières, fonctionnaient par le biais d’un système de soufflet.

Tableau Récapitulatif des cartouches

Type de cartouche Longueur Poids Charge
Modèle 1886 M 2,75 grammes de poudre BF
Balle D (balle et étui 98) 74,9 mm 27,6 grammes 3 grammes de poudre BM’F

tags: #balles #et #plombs #fusil #lebel #histoire

Post popolari: