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L'étude des munitions de collection et anciennes révèle souvent des aspects fascinants de l'histoire militaire. Parmi les munitions pour carabines, les plus convoitées sont celles de calibres oubliés, rares et parfois absents des documents officiels. La marque portée par la munition peut également lui conférer une valeur particulière, comme les productions anciennes de Gévelot ou de Manufrance pour les cartouches de fusils de chasse.

Pour posséder une véritable valeur de collection, la munition doit être complète, en bon état et, si possible, proposée dans sa boîte d'origine en bonne condition de conservation. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, les munitions allemandes offrent un aperçu de l'ingéniosité et du dynamisme des ingénieurs de l'armement de l'époque.

La Cartouche Réglementaire Allemande

La cartouche réglementaire allemande pour arme longue en usage entre 1898 et 1945 était l’excellente cartouche de calibre 7,92 mm pour une longueur d’étui de 57 mm. Le calibre « 7,92 mm » fait référence au diamètre moyen du canon portant la munition adoptée en 1888 : dénommé «8×57 I » par la CIP, le canon est doté d’un diamètre 7,80 mm en plat de rayure et de 8.02 mm en fond de rayure pour un projectile de 8.09 mm. Celle-ci fût remplacée en 1905 par la munition dite « Spitzgeschoß » aussi appelé plus simplement « S ».

Les Allemands utilisèrent principalement trois matériaux pour fabriquer les étuis. Les projectiles eux, offrent, une multitude remarquable de variantes et de compositions, signe du dynamisme et de l’esprit fécond des ingénieurs de l’armement allemand.

Munitions Incendiaires et Traçantes

Dès la Première Guerre Mondiale furent développées des munitions dont le projectile, qui outre du plomb, contenait une charge de phosphore blanc. Pour mémoire, le phosphore blanc, du grec purophoros « qui porte le feu », est un composé chimique solide dit « pyrophorique », c’est-à-dire, qui s’enflamme spontanément au contact de l’oxygène de l’air. Sa combustion dégage une très forte température (annoncée comme pouvant atteindre 2 760°C) ainsi qu’un nuage de fumée blanche très dense, ce qui lui vaut un usage fréquent pour la composition de fumigène.

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Une version précoce de munition contenant du phosphore semble avoir été inspirée par des munitions britanniques de calibre .303 British fréquemment qualifiées de « smoke-tracers » par les anglo-saxons. La munition allemande développée en 1916, elle fût dénommée « Pr.L » (sans doute pour Phosphor Leuchtspur, soit « traçante au phosphore ») et céda rapidement la place à une autre version dénommée « S.Pr » Spitzgeschos mit Phosphor : balle pointue au phosphore.

Un manuel Français de « renseignements sur les cartouches étrangères que l’on peut rencontrer sur les champs de bataille édité le 19 mars 1920 par la section d’artillerie du ministère de la guerre » nous permet d’observer un plan en coupe de ce projectile incendiaire « S.Pr. ». Il présente un noyau en plomb durci surmonté d’un noyau acier, lui-même surmonté par la charge incendiaire de phosphore blanc. Cette disposition est logique au regard de la balistique externe, le centre de gravité devant être vers l’arrière du projectile pour des questions de stabilité en vol.

Un examen attentif permet d’observer la présence d’un trou « operculé » par une goutte d’alliage Darcet. Il s’agit d’un alliage à bas point de fusion (95 °C), constitué par 50 % de bismuth, 25 % de plomb et 25 % d’étain, utilisé pour fabriquer des éléments fusibles de sécurité. Ce point est visible à gauche sur le plan, au niveau du noyau acier.

Quand la munition est assemblée, cet opercule est couvert par le collet de la douille, ce qui lui assure une bonne protection lors des manipulations. Au moment du tir, l’opercule de l’alliage Darcet est fondu par la montée en température liée à la friction de la chemise du projectile sur les parois du canon. Ainsi, lorsque le projectile quitte le canon, le phosphore se met à brûler au contact de l’oxygène de l’air.

La combustion du phosphore produit une vive lueur et comme évoqué plus haut, une fumée blanche très dense. La chaleur et la flamme inextinguible du phosphore en phase terminale et lors de l’impact enflamme facilement tous les combustibles rencontrés. Nous pensons particulièrement au carburant des véhicules terrestres ou aériens mais aussi au gaz des différents Zeppelins et ballons d’observation alors en usage comme déjà signalé plus haut.

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Le contact entre le phosphore contenu dans le projectile et l’air ambiant à l’extérieur est assuré par le trou obturé par l’alliage Darcet dans la chemise, le noyau en acier n’est pas strictement cylindrique. Un noyau de profil tronconique et ne touchant la chemise qu’en quatre points, le reste du noyau ayant un diamètre plus faible. Un noyau de section carrée : le carré inscrivant par définition ses quatre angles dans un cercle du diamètre de sa diagonale. Il s’agit peut-être d’une simplification de production.

On peut ainsi s’interroger sur la vocation de cette partie en acier. Celle-ci paraît bien légère pour officier en tant que perforateur (la munition n’est d’ailleurs pas présentée comme « perforante »), bien que la présence d’un élément en acier soit souvent un « plus » en matière de perforation.

Cependant, son positionnement au sein du projectile correspond parfaitement à la partie comportant l’orifice permettant la combustion du phosphore en vol. Dès lors, il n’est pas étrange de supposer qu’en réalité, la réalisation de cette partie du noyau en acier découle uniquement de la vocation « incendiaire en vol » de la munition.

Réaliser cette même partie en plomb est plus hasardeuse quant à la fiabilité du dispositif : le plomb ayant un point de fusion bas (environ 327,5°C), la combustion du phosphore pourrait rapidement le faire fondre. Pour le reste, comme souvent, le dispositif semble extrêmement bien étudié. Cependant, l’ensemble peut paraitre fragile lors des manipulations : un choc accidentel sur la fine chemise du projectile S.Pr. peut mettre le phosphore à nu, ce qui semble garantir l’apocalypse !

Enfin, à l’époque des ballons et des avions de bois et de toile très fragiles la présence d’un noyau perforant n’était pas fondamentale (voire même contre-productive dans le cas des ballons !) et le choix fut sans doute fait de privilégier le poids de la charge utile de phosphore qui aurait été réduite si l’ogive avait contenu un noyau d’acier trempé conséquent.

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Cartouches Neutralisées et Inertes

La règlementation actuelle a fort heureusement apporté une définition claire de la neutralisation des cartouches, qui pour être considérées comme telles doivent avoir leur étui percé d’un trou de 2mm et avoir leur amorce percutée. Les projectiles montés sur la cartouche restent par contre classés en catégorie A s’ils sont perforants, incendiaires ou explosifs.

Les cartouches « inertes » sont des cartouches, qui dès leur sortie d’usine étaient dépourvues de charge ainsi que d’amorçage et dont le projectile est totalement inerte. Ces cartouches sont principalement destinées à montrer le fonctionnement des armes, sans faire courir de risques aux élèves en instruction. Elles portent généralement des signes distinctifs évitant toute confusion avec des munitions actives (cannelure, rainures, plaquages divers).

Sécurité et Manipulation

Avant 2018, la règlementation stipulait que la neutralisation des cartouches devait être réalisée par un armurier. Cette obligation n’ayant pas été reprise par le décret du 29 juin 2018, nous attirons l’attention des collectionneurs sur les risques non négligeables d’accident, que peut faire courir le percement d’un étui encore plein de poudre. Au contact de l’étui, le foret dégage de la chaleur, tout spécialement quand on perce des étuis en acier.

Cet échauffement peut enflammer la poudre contenue dans l’étui : mieux vaut donc dessertir proprement les projectiles et vider les étuis avant de les percer. On voir ici le résultat d’une tentative de neutralisation d’une cartouche de 6,5x53 R hollandais par un amateur (non éclairé semble-t-il), dont le foret mal aiguisé a trop chauffé l’étui et a mis feu à la charge de poudre.

Il est crucial de se documenter et de faire preuve de prudence lors de la manipulation de munitions anciennes, en raison des risques potentiels liés à leur instabilité et à la présence de composés dangereux.

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