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Une balle de fusil peut-elle changer le cours de l’histoire des arts ? Un absurde petit morceau de plomb peut-il anéantir en une fraction de seconde l’harmonie d’un groupe d’artistes ? Un tir hasardeux peut-il biffer d’un trait des dizaines de tableaux à naître, ceux qui auraient montré le frissonnement de la lumière sur le monde et contribué à effacer des yeux des vivants les horreurs de la guerre ?

Certainement, puisqu’un coup de feu prussien a fauché, le 28 novembre 1870, à Beaune-la-Rolande, le sergent-major Frédéric Bazille, peintre au civil et l’un des plus prometteurs de sa génération.

Frédéric Bazille : Une Vie Brisée

Frédéric Bazille n’avait que 29 ans lorsqu’une balle de fusil et l’absurdité de la guerre mirent fin à l’une des œuvres picturales les plus prometteuses du 19e siècle français. Né en 1841 dans la bourgeoisie protestante de Montpellier, Bazille construit son œuvre trop brève entre ces deux pôles de sa vie, géographiquement et mentalement bien éloignés l’un de l’autre.

Les bords du Lez, Aigues-Mortes, la propriété familiale de Méric, surtout, qui composent cet inoubliable territoire de l’enfance, le « paradis des grandes vacances ». Et puis le nord, la Normandie des artistes, la forêt de Chailly et Paris, où il prend pied en 1862, ayant obtenu de ses parents l’autorisation de venir y poursuivre une éducation artistique commencée à Montpellier avec Joseph Baussan.

Condition sine qua non : poursuivre ses études de médecine. Comme on peut s’en douter, les bancs de la faculté ne recevront pas souvent la visite de Bazille et, à partir de 1864, il n’appartient plus qu’à la peinture.

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Le Parcours Artistique de Bazille

Car, sitôt parisien, le jeune homme s’est inscrit aux cours de Charles Gleyre. La formation qu’il trouve rue Notre-Dame-des-Champs sera décisive, les rencontres qu’il y fait vont orienter sa vie : ses meilleurs amis se nomment Monet, Renoir et Sisley. En huit ans, Bazille changera six fois de domicile. Ces déménagements rythment son avancée dans le métier de peintre.

En 1865, il emménage avec Monet rue Furstenberg, sous de prestigieux auspices : l’ombre de Delacroix règne encore sur les lieux. Courbet leur rend visite, admire le Déjeuner sur l’herbe de Claude et la Jeune Fille au piano de Frédéric, les amis se succèdent, le quotidien de l’atelier est celui d’une perpétuelle agora.

Pour mieux reprendre le fil de ses indissolubles amitiés : en juillet, le voici installé rue Visconti, où il accueille Renoir, puis Monet, et « voilà deux peintres besogneux que je loge. C’est une véritable infirmerie. J’en suis enchanté ».

Que peindre lorsque les moyens manquent, sinon des natures mortes ? « Ne me condamnez pas à la nature morte perpétuelle », crie Bazille, en demande de subsides à ses parents. Des anguilles et des carpes, des hérons qui évoquent les trophées des chasses familiales, mais aussi des bouquets de tulipes, lilas et roses… Cependant, si le genre est connu, la manière nouvelle en fait le Cheval de Troie de la peinture moderne. On pense aux Espagnols pour le contexte austère, à Chardin bien sûr, mais surtout à Manet, le grand aîné.

Dès 1863, Bazille a été entraîné vers la peinture de plein air, ses couleurs vives, sa touche franche, par Monet, qui peint sur le motif à Chailly. L’année suivante les voilà en Normandie, puis à nouveau à Fontainebleau. Aventure collective où Bazille suit néanmoins son propre chemin, d’un naturalisme encore imprégné de Corot à l’extraordinaire puissance des vues d’Aigues-Mortes, en 1867.

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Sans arrogance, mais sans fausse modestie non plus. « Je suis lancé et tout ce que j’exposerai dorénavant sera regardé », écrit-il à son frère après que sa Scène d’été a été exposée au Salon de 1870 : une magnifique composition, peinte pendant l’été 1869, de jeunes garçons se baignant sous les ombres des pins et des bouleaux, une scène de nu moderne et une célébration du plein été.

En 1870, le Paysage au bord du Lez éblouit par son incandescence. Celle du dernier été.

La Postérité de Bazille

Cent cinquante ans plus tard, quelle a été la destinée de la soixantaine de tableaux qui forment l’œuvre de Bazille ? L’oubli profond d’abord, puis une timide résurrection due à l’historien d’art Henri Focillon en 1926. Mais il faudra attendre les années 1950-1960 pour qu’un vrai regard soit porté sur sa peinture, l’extrayant du cercle très local des initiés montpelliérains. C’est l’époque où ses tableaux s’évadent du cénacle familial et rejoignent les cimaises des musées américains.

Le fonds du musée Fabre relatif à son œuvre, composé d’une vingtaine de toiles, est le plus important en qualité et en nombre avec celui du musée d’Orsay. En 2016, ces deux musées ont d’ailleurs souhaité s’unir, avec la National Gallery de Washington, pour l’exposition « Frédéric Bazille - La Jeunesse de l’impressionnisme », et offrir enfin à cet artiste la reconnaissance internationale qu’il mérite.

L’inévitable question demeure sans réponse. S’il ne s’était engagé dans ce régiment de zouaves, Frédéric Bazille aurait pu vivre jusqu’en 1920. Quelle aurait été sa peinture ? Paul Perrin, co-commissaire de l’exposition, souligne que son oeuvre est à tout jamais « de jeunesse ». La sienne et celle de l’impressionnisme.

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« Pour moi, je suis bien sûr de ne pas être tué : j’ai trop de choses à faire dans la vie », déclare-t-il à son capitaine la veille de sa mort.

Autres Perspectives Artistiques et la Guerre

Dans les années 1960, l’artiste Niki de Saint Phalle invente les “Tirs”, des œuvres explosives où la peinture jaillit sous l’impact des balles. En s’emparant d’une carabine pour tirer sur ses compositions et "faire saigner" sa peinture, l’artiste bouleverse le monde de l’art. Un geste fort qui fait le lien entre sa violence et celle de l’époque.

Car si les Tirs sont aujourd’hui des performances iconiques de l’artiste qui lui ont permis de s’affirmer au sein de la scène artistique, la série fut très critiquée pour sa violence qui suggère une appropriation d'un comportement assigné au genre masculin. En tirant sur moi, je tirais sur la société et ses injustices. À une époque où l’art restait largement dominé par les hommes, Niki de Saint Phalle imposa sa voix.

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