Les relations entre les naturalistes et les chasseurs sont tendues. Le seul vautour percnoptère - une espèce rare et protégée - né en Drôme en 2018 a été retrouvé criblé de plombs à Sarrians, dans le Vaucluse.
L’oiseau n’est pas mort mais grièvement blessé et a été pris en charge par le centre de soins de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Provence-Alpes-Côte d’Azur à Buoux, toujours dans le Vaucluse.
La Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna) Drôme nature environnement a décidé de porter plainte auprès de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), en charge de l’enquête. Sans doute tout comme dans les jours à venir la LPO Drôme, l’association Vautours en Baronnies et le conservatoire des espaces naturels sans doute. L’oiseau est un jeune vautour percnoptère né cette année dans le parc naturel régional des Baronnies provençales, et avait été bagué au nid par l’association Vautours en Baronnies.
Les écologistes cherchaient à discréditer les chasseurs après la blessure d'un vautour percnoptère, espèce protégée. Une première fois, devant le rapport officiel d'un vétérinaire, les associations FRAPNA et LPO ont accusé des chasseurs de tirer sur des espèces protégées. Les Drômois, partenaires de Vautours en Baronnie, portent plainte pour avoir un accès total au dossier. Reste à savoir contre qui sera destiné leur plainte. Quant aux chasseurs du Vaucluse, ils attendent encore quelques jours avant de se décider.
Mais plus qu'une victoire au tribunal, c'est surtout un combat médiatique qui s'engage entre des Fédérations de chasse friandes de protéger les espèces, et des écologistes bien décidés à dénoncer les chasseurs beaucoup moins responsables. Des écologistes trop impatients, qui se retrouvent coincés. C'est ce qu'on pourrait lire à la lecture des faits qui se sont déroulés depuis le 17 septembre dernier. Ce jour-là, un vautour percnoptère, le seul né en Drôme grâce au travail de Vautours en Baronnie, a été grièvement blessé à Sarrians dans le Vaucluse.
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Dimanche 11 octobre 2020, un Gypaète barbu, une espèce de vautour protégée, a été retrouvé criblé de balles de plombs en Lozère. Une plainte a été déposée. Le vautour avait été relâché dans l'Aveyron en mars 2020. La Ligue de protection des oiseaux (LPO) a décidé de porter plainte, après la découverte d’un jeune Gypaète barbu criblé de nombreuses balles de plombs en Lozère, dans le parc des Cévennes, dimanche 11 octobre 2020. Il s’agit d’une espèce de vautour protégée.
L’animal retrouvé décédé, né en mars 2020 au zoo de Tiepark (Berlin, Allemagne), avait été relâché dans l’Aveyron le 13 juin 2020 par la LPO. Suite à une alerte donnée par le GPS que transportait l’oiseau, il a ensuite été découvert mort au bout d’une piste forestière.
La Ligue de protection des animaux indique que l’autopsie de l’animal révèle « une quinzaine de plombs de chasse« . Aucun n’a touché d’organes internes, mais ils ont provoqué la chute du vautour avant qu’il décède d’hémorragie interne. La plainte a été déposée pour « destruction d’espèce protégée ». Une quinzaine de balles de plomb ont perforé l’oiseau, le clouant ainsi au sol. Relâché dans les Grands Causses en mai 2019, un oiseau avait été retrouvé mort quelques mois plus tard, en octobre.
Selon la Frapna, l'examen de l'oiseau ne laisse aucun doute sur l'origine des blessures. Un vautour percnoptère, né dans la Drôme en 2018, a été retrouvé criblé de plombs dans le Vaucluse ces jours-ci. La Frapna (Fédération régionale des associations de protection de la nature) s'indigne de cet acte et pointe clairement du doigt les chasseurs. La Frapna explique que "le vautour percnoptère, dont il ne reste que quelques dizaines de couples en France, est un des oiseaux parmi les plus menacés d'Europe.
Le plomb des munitions des chasseurs fait diminuer les populations de rapaces d’au moins 55.000 individus en Europe. En cause : la contamination de leur alimentation par le plomb, selon une étude publiée ce mercredi. Le plomb disséminé par la chasse en Europe impacte les populations de rapace. La chasse dissémine environ 14.000 tonnes de plomb chaque année dans l’Union européenne, rappelle une étude publiée aujourd’hui par des chercheurs de l’université de Cambridge.
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Les chercheurs estiment que, pour 10 espèces de rapaces, qui se nourrissent de proies vivantes et de charognes, l’empoisonnement de l’alimentation par le plomb des munitions des chasseurs entraîne une réduction de leur population de 55.000 individus adultes dans le ciel européen - par rapport à ce que serait leur nombre sans cet empoisonnement.
Cette étude serait la première à calculer l’impact des empoisonnements de rapaces par le plomb à travers l’Europe. Elle a analysé les concentrations de plomb dans le foie de 3.000 rapaces de 22 espèces retrouvés morts ou mourants dans 13 pays européens : France, Allemagne, Autriche, Hongrie, Espagne, Portugal, Italie, Pologne, Suède, Danemark, Suisse, Royaume-Uni et Grèce.
Les modèles indiquent que leur population est ainsi 6% plus faible qu’elle ne le serait sans les effets du plomb, qui promet aux oiseaux contaminés une mort « lente et douloureuse ». La population des aigles à queue blanche est ainsi 14% plus faible qu’elle ne le serait sans exposition depuis plus d’un siècle au plomb, celles de l’aigle royal et du vautour fauve respectivement de 13% et 12%. Elle est de 3% pour des oiseaux communs tels que le Milan royal ou le busard des roseaux.
La population des busards communs est inférieure de 1,5%. Mais ce faible pourcentage correspond à 22.000 oiseaux tant cette espèce est répandue. Les chercheurs ont observé une corrélation entre la densité de chasseurs et le nombre de rapaces empoisonnés. Et « le fait qu’aucun rapace empoisonné au plomb n’ait été trouvé au Danemark après que le pays a interdit en 1996 les munitions au plomb indique que le plomb à l’origine du problème vient des munitions des chasseurs », a précisé à l’AFP Rhys Green, auteur principal de l’étude.
« Le niveau de la baisse des populations de rapaces suggérée par notre étude serait considéré comme méritant des mesures fortes, notamment législatives, s’il était causé par la destruction de l’habitat ou un empoisonnement délibéré », dénonce Rhys Green dans un communiqué.
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« Souffrances et morts évitables de nombreux rapaces à cause de l’empoisonnement au plomb devraient suffire pour exiger l’utilisation d’alternatives non toxiques », a indiqué Debbie Pain, co-auteure de l’étude, soulignant l’urgence à agir.
Deux pays européens ont interdit la grenaille de plomb: le Danemark et les Pays-Bas. La chasse est tenue pour responsable de la dissémination d’environ 14 000 tonnes de plomb chaque année alors que deux pays l’ont interdit : le Danemark et les Pays-Bas. Menée par des chercheurs de l’université de Cambridge, cette étude est présentée comme la première à calculer l’impact de ces empoisonnements à travers l’Europe. Elle a analysé les concentrations de plomb dans le foie de 3 000 rapaces de 22 espèces retrouvés morts ou mourants dans 13 pays européens (France, Allemagne, Autriche, Hongrie, Espagne, Portugal, Italie, Pologne, Suède, Danemark, Suisse, Royaume-Uni et Grèce).
Dans le Parc national des Cévennes, les chasseurs testent des munitions sans plomb. Un métal qui est une source de contamination insoupçonnée. Un risque pour l'environnement mais aussi pour la santé de ceux qui consomment le gibier. Les humains, mais aussi les rapaces qui mangent les carcasses.
Les balles sans plomb sont très efficaces. Nous on mange notre gibier et forcément on n'a pas envie de se retrouver avec du plomb dans le gibier et de l'ingérer." Un risque pour les chasseurs, mais aussi pour les vautours, espèce protégée qui mange les carcasses
L'opération munitions sans plomb est menée dans le cadre d'un programme de réintroduction du gypaète barbu, "Life Gypconnect" financé par le programme "Life" de l’Union européenne. Hervé Picq garde moniteur National des Cévennes : "Plusieurs études ont montré que les espèces nécrophages et l'ensemble des vautours qui sont un petit peu en bout de chaîne alimentaire accumulaient du plomb - c'est le saturnisme - donc ça va entraîner des soucis au niveau de l'individu avec une accumulation un peu plus importante et directement la mort au bout de quelques années."
Le frein pour les chasseurs c'est la force de l'habitude mais c'est aussi le prix exorbitant des munitions sans plomb. Bernard Boutin : "J'ai des balles à plomb à 1 euro et celles-la on nous en a financé une partie, mais elles sont trois ou quatre fois plus chères, donc c'est pas gagné encore que tout le monde s'y mette, il faudrait qu'un effort soit fait au niveau des tarifs."
En Europe, plus de 30 000 tonnes de plomb sont dispersés dans les écosystèmes par la chasse et le tir sportif d'après une étude récente de l'Agence européenne des produits chimiques.
| Espèce | Réduction de la population due au plomb |
|---|---|
| Aigle à queue blanche | 14% |
| Aigle royal | 13% |
| Vautour fauve | 12% |
| Milan royal | 3% |
| Busard des roseaux | 3% |
| Busard commun | 1.5% (22 000 oiseaux) |
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