Parmi les cartouches les plus emblématiques et durables de l’histoire de l’armement, le 7,62x54 mm R occupe une place de choix. L’histoire du 7,62x54 mm R commence en 1891, lorsque l'Empire russe cherche à moderniser son armement après l’invention de la poudre sans fumée. À cette époque, les grandes puissances militaires s'équipent de fusils à répétition modernes et la Russie impériale ne veut pas être en reste.
Cette cartouche présente un calibre de 7,62 mm et une longueur totale de 54 mm. À l’origine, la cartouche utilise une ogive ronde qui était courante pour l'époque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, diverses variantes ont vu le jour, y compris des cartouches avec des projectiles perforants, traçants, incendiaires et à blanc, adaptées à des usages spécifiques.
Une caractéristique notable de cette cartouche est l’utilisation généralisée de l’étui en acier, introduit par l’Union soviétique pour réduire les coûts de production et les besoins en matières premières stratégiques comme le laiton. Il serait impossible de dresser la liste de toutes les armes utilisant le 7,62x54 mm R. Difficile d’évoquer la cartouche de 7,62x54mm R sans parler de la longue famille des Mosin Nagant.
Conçue en 1891, cette arme robuste et fiable a connu de nombreuses déclinaisons adaptées aux besoins des troupes, comme le fusil d’infanterie M1891, le célèbre M91/30 modernisé ou encore les versions spécialisées comme le M38 et le M44 avec baïonnette repliable. Le 8 mars 1888, Hiram Maxim se rend en Russie pour présenter sa mitrailleuse à l'empereur Alexandre III. Avec l'introduction de la cartouche de 7,62x54 mm R, une nouvelle version de la mitrailleuse devient nécessaire.
La Maxim 1910 a connu une carrière remarquable : déployée pendant la Première Guerre mondiale, elle a également servi, bien qu'à une moindre échelle, durant la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1930, l’Union soviétique entreprend de doter son armée de fusils semi-automatiques pour remplacer les Mosin Nagant. L’AVS-36 de Simonov est d’abord adopté mais ses problèmes de fiabilité conduisent à son remplacement par le SVT-38, puis le SVT-40, conçus par Tokarev.
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Bien que ces fusils n’aient pas réussi à supplanter complètement les Mosin Nagant, plus de 1,6 million de SVT-40 seront produits. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique décide de développer un fusil de précision semi-automatique moderne. En 1957, un appel d’offres est lancé et le fusil conçu par Yevgeni Dragunov est retenu.
Bien qu’elle soit d’origine russe, la cartouche de 7,62x54 mm R a connu une diffusion mondiale grâce à l’influence géopolitique de l’Union soviétique. Pendant la guerre froide, cette cartouche a été adoptée par les forces armées de nombreux pays alliés ou sous l’influence soviétique. Zastava M91. Cette large distribution a conduit à une disponibilité massive des armes et des munitions, ce qui explique pourquoi cette cartouche reste encore utilisée aujourd’hui.
Le 7,62x54 mm R adopte une forme en bouteille, typique des cartouches de son époque. L’étui en acier, largement utilisé dans les munitions militaires du 7,62x54 mm R, est une solution économique et robuste mais elle n’est pas sans inconvénients. Contrairement aux étuis en laiton, les étuis en acier sont moins malléables, ce qui peut entraîner une usure accrue des chambres et des extracteurs.
De plus, ils sont souvent recouverts de vernis ou de polymères pour prévenir la corrosion, ce qui peut laisser des résidus dans la chambre après plusieurs tirs, nécessitant un nettoyage plus fréquent. Le bourrelet, élément distinctif de la cartouche 7,62x54 mm R, était une caractéristique courante à l’époque de sa conception, facilitant l’extraction dans des armes à répétition manuelle. Cependant, ce design pose des défis dans les armes semi-automatiques et automatiques modernes.
Le 7,62x54 mm R, bien qu’initialement conçu comme une cartouche militaire, a trouvé une seconde vie dans les domaines de la chasse et du tir sportif. Pour la chasse, il offre une puissance suffisante pour abattre des gibiers de grande taille, tels que les cerfs, les sangliers ou même les élans. Dans le domaine du tir sportif, le 7,62x54 mm R est apprécié pour sa précision.
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Les tireurs apprécient cette cartouche pour les compétitions de précision à longue distance, où elle rivalise avec des calibres plus modernes. L’un des principaux attraits de cette cartouche pour les chasseurs et les tireurs sportifs est son coût modéré. Les surplus militaires, bien que souvent moins précis que les cartouches commerciales, sont largement disponibles à des prix compétitifs, ce qui permet aux amateurs de s’entraîner sans se ruiner.
En service sous différentes formes de 1891 à 1963, il a été le premier à utiliser la cartouche de 7,62 x 54 mm R. Durant le conflit russo-turc de 1877 à 1878, les troupes russes sont armées en majorité de fusils Berdan (en) à un coup alors que les Turcs disposent de fusils à répétition Winchester.
En 1882, le ministère de l’armement russe décide de concevoir une arme alimentée par un chargeur de plusieurs cartouches. En 1889, un jeune capitaine nommé Sergueï Mossine soumet son projet de fusil à 3 lignes (une vieille mesure russe, 3 lignes équivalent à 0,3 pouce ou 7,62 mm) en concurrence avec le fusil à 3,5 lignes de Léon Nagant (d’origine Belge).
Mais, à la fin de la période d’essais en 1891, les divers testeurs préfèrent le fusil de Nagant. Lors du vote de la Commission pour l’approbation du fusil, le fusil Mossin recueille 14 voix contre 10. Cependant, des officiers plus influents poussent les constructeurs à un compromis : les fusils Mosin seront utilisés avec le système d’approvisionnement de Nagant.
La production commence en 1892 dans les usines des arsenaux de Toula, de Sestroretsk et d’Ijevsk. À cause des capacités limitées de ces usines, 500 000 de ces armes sont produites à la Manufacture Nationale d’Armes de Châtellerault en France. Entre l’adoption, en 1891 et 1910, plusieurs variantes et modifications aux fusils existants sont faites, incluant le changement des organes de visée, l’implantation d’une culasse renforcée (à cause de l’adoption d’une ogive de 147 grains), la suppression des doigts d’acier derrière le pontet, un nouveau canon et l’installation d’un montage à galets.
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Avec l’entrée en guerre de la Russie en 1914, la production est restreinte au M1891 cavalerie et au M1891 infanterie pour une question de simplicité. Un grand nombre de Mosin-Nagant capturés par les forces allemandes et austro-hongroises ont été vues en service dans les lignes arrière du front et dans la marine allemande. Pendant la guerre civile russe, les versions cavalerie et infanterie sont en production, quoiqu’en nombre extrêmement réduit.
Après la victoire de l’Armée rouge, un département est créé en 1924 pour moderniser le fusil, qui est alors utilisé trente années supplémentaires. Cela a dirigé le développement du modèle 1891/30, basé sur la conception du modèle cavalerie original. Les changements incluent : la réintroduction d’organes de visée arrières plats, le rééchelonnement de la hausse en mètres à la place de l’antique archine sur les armes du tsar et le raccourcissement du canon de 5 mm.
De plus, une nouvelle baïonnette à ressort est conçue pour ce nouveau modèle. Le fusil est conçu pour tirer avec la baïonnette déployée, ce qui augmente sa précision grâce aux vibrations harmoniques créées quand une balle est tirée. Dans les années 1930, Le Mosin-Nagant connait une version de précision (en 1932), et est utilisé par les tireurs d’élite soviétiques pendant la seconde Guerre mondiale. Il a notamment servi pendant la bataille de Stalingrad qui a fait des snipers russes des héros comme Vassili Zaïtsev ou Roza Chanina.
Ces fusils étaient réputés pour leur résistance, leur fiabilité, leur précision et leur facilité d’entretien. Dans les années de l’après-guerre, l’Union Soviétique arrête la production de tous les Mosin-Nagant pour les remplacer progressivement par la série des SKS et des AK. Malgré cela, le Mosin-Nagant sera encore utilisé dans le bloc de l’Est et dans le reste du monde plusieurs dizaines d’années, notamment pendant la guerre froide au Vietnam, en Corée, en Afghanistan et tout le long du rideau de fer.
Récemment, une grande quantité de Mosin-Nagant a été retrouvée sur les marchés américains d’antiquités et de collectionneurs, car c’est aussi une arme fiable pour la chasse, assez précise et bon marché. On peut actuellement trouver des modèles standard à des prix aux environs de 80 dollars, grâce aux immenses excédents créés par les industries soviétiques pendant la seconde guerre mondiale. Il y a de nombreux modèles pour snipers, mais ils sont beaucoup plus chers, pour peu que l’on arrive à en dénicher un.
L’Empire austro-hongrois a capturé une grande quantité de Mosin-Nagant pendant la Première Guerre mondiale. Ces fusils ont été redistribués aux troupes sur le champ de bataille. Quelques-uns ont été modifiés pour tirer la cartouche autrichienne en service, la 8x50r mm. Les militaires de Bulgarie, Tchécoslovaquie, Estonie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Serbie ont tous utilisé le Mosin-Nagant à un moment ou à un autre durant le XXe siècle. Les Mosin dans ces pays subirent souvent des modifications, et furent souvent utilisés dans les années 2000-2006 comme fusils d’entraînement.
Beaucoup de ces fusils furent encore produits localement pendant les années de la guerre chaude. La Hongrie a produit à des fins commerciales des copies de haute qualité des carabines M44, des modèles 91-30 et 91-30 avec lunettes PU. Durant les années 1920 et 1930, les forces communistes de Chine ont reçu des Mosin-Nagant de l’URSS pour contrer les forces nationalistes pendant la guerre civile chinoise. La Chine commença à fabriquer des M1944 sous l’appellation de Carabine Type 53. Les machines utilisées pour les produire étaient fournies par l’Union soviétique dans le début des années 1950. Elles diffèrent un peu des modèles soviétiques.
Après avoir conquis son indépendance, la Finlande acheta de nombreux Mosin à l’étranger, essentiellement des fusils autrichiens et allemands capturés aux Russes pendant la Première Guerre mondiale. Ces fusils, plus vieux, étaient ordinairement rénovés ; cela pouvait être aussi infime que les poinçons de l’armée finlandaise (SA) et une nouvelle bretelle, ou très important comme une refonte totale avec de nouveaux montages, organes de visée, détentes et un canon plus précis en diamètre 308 et non 311. L’armée finlandaise ainsi que la Garde Civile conçurent et produisirent plusieurs nouveaux modèles de Mosin-Nagant, utilisant les chargeurs français, russes et américains.
La Finlande n’a jamais produit de chargeurs et prenait ceux des stocks de fusils achetés ou capturés. Pendant la Guerre d’Hiver entre 1939 et 1940, et jusqu’en 1944, la Finlande aura pris à l’ennemi des quantités gigantesques de Mosin. La Finlande a tout de même acheté à l’Espagne les fusils restants de la guerre civile d’Espagne et des stocks de l’Allemagne nazie. L’armée finlandaise a continué à rénover et à redistribuer les Mosin-Nagant bien après que la guerre contre l’URSS fut achevée.
Il y a des M-39 avec des canons qui datent du début des années 1970, à l’époque où ils étaient fournis comme fusils d’entraînement. Les modèles finlandais étaient identifiés par les nombres : M/91-M24 « fusil de Lotta », M27, M28, M28-30 « Pystykorva » (pointu) et M39 « Ukko-Pekka ». Les Mosin-Nagant finlandais sont réputés pour leur précision et pour la fiabilité qu’on peut leur accorder. Le modèle M39 est le Mosin le plus abouti tant par son ergonomie (crosse pistolet) que par sa qualité de finition et sa précision.
Les organes de visée sont équivalents aux meilleurs fusils de l’époque (MQ 31 suisse), finement réglables en tous sens et la détente d’une franchise parfaite. L’Empire allemand a capturé une grande quantité de Mosin-Nagant durant la Première Guerre mondiale. Ceux-ci ont reçu des modifications variées, notamment un recalibrage en 8x57S Mauser. Beaucoup étaient équipés d’un montage adapté pour recevoir une baïonnette-lame allemande. Ces fusils étaient distribués en seconde ligne et à la Kriegsmarine.
Les versions de tireur d’élite ont été utilisés avec succès par les Allemands car ils étaient très fiables et plus précis car plus faciles à régler au-delà de 400 mètres. Quelques-uns furent vendus à la Finlande, beaucoup furent utilisés pour l’entraînement, les tours de garde et les territoires occupés. L’Union Soviétique et la République populaire de Chine ont fourni un nombre important de Mosin-Nagant à la Corée du Nord pendant la guerre de Corée. Cependant, la politique d’autarcie encore en effet aujourd’hui a fait que la Corée du Nord a produit ses fusils elle-même.
Dans les années 1920, la Pologne recalibra environ 77 000 Mosin-Nagant en 8mmMauser (8x57S). Beaucoup de modifications furent effectuées : les canons furent rechambrés en 8 mm et raccourcis à 23 pouces de longueur. D’autres modifications ont été faites aux culasses et aux chargeurs pour permettre l’utilisation des lames-chargeurs et assurer un approvisionnement correct.
La hausse fut modifiée pour s’adapter à la trajectoire de la balle de 8x57S. La crosse fut raccourcie et on lui ajouta un support pour baïonnette type Mauser pour accueillir les lames produites par Perkun. Ces fusils étaient appelés Karabinek wz. 91/98/23 ou wz. Les Wz. 91/98/25 équipaient des unités de cavalerie et d’artillerie à cheval dans l’armée régulière jusqu’à ce que des Mauser de fabrication polonaise soient disponibles.
Les fusils sont marqués d’un petit aigle polonais et du calibre de l’arme sur l’arrière du fusil. L’aigle et le numéro de série sont aussi frappés sur le côté gauche du magasin et sur toutes les parties de la culasse. Après la Seconde Guerre mondiale, la Pologne a produit une grande quantité de carabines M-44 (Kb. wz M48) à l’arsenal de Radom. Beaucoup d’entre elles n’ont pas été directement en service, mais ont plutôt été stockées dans des entrepôts en attendant qu’on en ait besoin. Ces Mosin-Nagant peuvent être identifiés par un 11 inscrit dans...
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