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Plongez dans l’histoire militaire française avec la baïonnette Lebel 1886/15, plus connue sous le nom de « Rosalie », véritable symbole du soldat français de la Grande Guerre.

Origines et évolution de la baïonnette

La baïonnette, une arme blanche conçue pour s'adapter au canon d'un fusil ou d'une arme similaire, est destinée au combat rapproché. Apparue dès le XVIIe siècle, elle est toujours utilisée de nos jours mais s'est métamorphosée. Il existe plein d'histoires concernant l'invention de la baïonnette, et beaucoup de pays veulent s'en attribuer la paternité.

En France, on dit que la baïonnette fut inventée au XVIIe siècle par des paysans de Bayonne qui, se trouvant à court de poudre et de projectiles, fichèrent leurs longs couteaux de chasse dans les canons de leurs mousquets, confectionnant des lances improvisées. Une autre version fait remonter son origine au « baionnier », archer français maniant le couteau court.

Les premières baïonnettes apparaissent dans les armées françaises dans les années 1640, équipant le régiment Royal-Artillerie en 1671. Le mot baïonnette risque de continuer longtemps à être controversé par manque de documents.

Les premiers modèles et leur évolution

Ces premières baïonnettes étaient des lames d'une trentaine de centimètres de long, directement fichées par une poignée cylindrique dans le canon des mousquets. Ce modèle à manchon, bien qu'il offre une protection rapprochée aux tireurs, ne permettait pas de tirer lorsque la baïonnette était fixée.

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C’est l’intuition de Vauban, qui s’en ouvre à Louvois en 1687, de penser à adopter un système qui n’obstrue pas le canon. Naît alors le principe de la baïonnette à douille, composée d’une lame droite avec une base coudée rattachée à une douille cylindrique. Le coude laisse libre l’axe du canon, permettant de recharger sans gêner le passage de la main ou de la baguette. Une circulaire de novembre 1689 ordonne d’en équiper l’infanterie française. Devenus sans utilité, les piquiers disparaissent du règlement militaire de 1703.

La baïonnette se diffuse rapidement en Europe : son usage contribue à la victoire des jacobites sur les forces soutenant Guillaume d’Orange à Killiecrankie (1689). La baïonnette a l’avantage d’économiser les munitions ; elle fait figure d’arme des braves puisqu’elle engage un combat au corps à corps. L’introduction du fusil rayé à partir de 1854 ne met pas fin à la baïonnette, mais conduit à en développer un usage multifonctionnel, tel le modèle Sawback adopté par la Prusse en 1865 qui permet d’utiliser la lame pour découper les barbelés et couper du bois.

La baïonnette modèle 1886 Lebel

Lors de l'adoption du fusil dit “Lebel” Modèle 1886, une nouvelle baïonnette a été conçue. L'épée-baïonnette Modèle 1886 rompt la tradition de la baïonnette fixée sur le côté droit du canon, puisque celle-ci se fixe sous le canon, dans l'alignement de l'arme. Il fallait en effet avoir une allonge suffisante face au Gewehr 98, permettre une attaque en piqué, et alléger le poids d'une baïonnette venant s'attacher sur un fusil faisant déjà 4,180 kg pour 1,307 mètre de long.

Ce modèle spécifique 1886/15 constitue une évolution du modèle original, avec une poignée simplifiée entièrement en métal, pensée pour accélérer la fabrication en pleine guerre. Sa lame cruciforme longue et effilée - mesurant environ 52 cm - est conçue pour perforer efficacement sans compromettre la robustesse du métal.

Cette baïonnette « dite ergonomique », avec son système de fixation innovant, permet au militaire d’utiliser qu’une seule main, lors de la mise en place sur l’arme. La lame au départ de section ronde était rendue cruciforme par forgeage à chaud, c’était pour l’époque une innovation.

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Sa conception est le résultat d’études réalisées au cours de la guerre civile américaine et la guerre franco-prussienne qui a démontré que les sabres-baionnettes de type Chassepot modèle 1866, sauf dans des mains d’experts, étaient rarement efficaces en cas de combat rapproché.

Le crochet destiné en théorie à briser la baïonnette de l’ennemi est aussi utilisé pour former les faisceaux à trois fusils baïonnette fixée au canon.

Les lames étaient marquées en théorie d’un petit poinçon de contrôle qualité et de la marque d’acceptation militaire appelée Contrôleur Poinçons (tampons des contrôleurs). Il y avait trois types différents de marques d’acceptation utilisées : Directeur de Manufacture, Contrôleur Généraux Principaux et Contrôleur de 1ère, 2ème et 3ème Classe.

Le fourreau utilisé avec les premières baïonnettes à soie courte est en tôle d’acier reliée par brasure, ce mode de fabrication a été utilisé jusqu’en 1893. La poignée de cette variante, modifiée à partir de mai 1890, est maintenue à la soie grâce à un écrou à deux ergots.

La lame d’aspect identique au modèle à soie courte est munie d’une soie longue avec extrémité filetée.

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Au cours de la grande Guerre, les trois manufactures d’armes Nationales ont du faire appel à l’industrie privée pour la fourniture de certaines pièces (lames, pommeaux, croisières). Des lames ont également été rencontrées avec les codes suivants: (P, SG, SC, C&P, CF, GR, MP, etc ….) et des poignées ont également été rencontrées avec un B et M. entrelacés.

Le fourreau utilisé avec la baïonnette à soie longue, peut être en tôle d’acier brasée ou à partir de 1893 fabriqué par emboutissage ceci afin d’améliorer la solidité du corps.

En 1903, est publiée au BMO une circulaire relative à l’utilisation de rivets de fourreaux de trois tailles différentes afin de compenser l’ovalisation des trous lors de la remise en état (jeu) du ressort.

Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, l’armée française a commandé des centaines de milliers de baïonnettes, de ce fait les usines d’armement Nationales ont dû prendre des mesures pour maintenir le rythme.

En fonte grise d’acier, utilisée à partir du 20 juillet 1917, mais très rarement rencontrée.

Le fourreau utilisé avec la baïonnette 1886-15, peut être en tôle d’acier brasée ou à partir de 1893 fabriqué par emboutissage ceci afin d’améliorer la solidité du corps.

Il arrive de rencontrer des baïonnettes modèle 1866, 1886-15 dont la lame a été raccourcie aux alentours de 35 cm. Dans la majorité des cas, ces armes raccourcies sont des armes qui ont été appointées, fournissant ainsi un poignard de tranchée fort convenable.

La fabrication du fusil Lebel s’arrête avec la fin de la Première Guerre mondiale, mais sa carrière continue et on le retrouve encore durant la Seconde Guerre mondiale aux mains des unités de réserve principalement, les troupes d’actives étant équipés du modèle 07-15 ou du fusil modèle 16.

Évolutions de l'épée-baïonnette Mle 1886

L'épée-baïonnette Mle 1886 connu différentes évolutions, en voici la liste :

  • En juin 1888, il a été décidé de supprimer la vis de guidage du ressort de verrouillage et le ressort a été augmenté de 6 à 7 spirales.
  • En 1893, les taquets de fixation ont été renforcés, à la suite de nombreux décrochages des baïonnettes lors des tirs.

En règle générale, il y a trois modèles principaux qui sont distingués pour la collection. Détail du modèle 1886, avec le numéro de série sur le quillon et sur le fourreau (idéalement trouver une baïonnette où les numéros de série sont similaires apporte un plus pour la collection).

Ce n'est que vers janvier 1915 qu'une nouvelle version apparaît, qui est surtout un modèle simplifié pour la production de guerre : elle se distingue immédiatement par l'absence de quillon.

Une légende perdure parfois que le quillon était encombrant sur le terrain et qu'il se prenait dans les barbelés. Il suffit juste de constater que le fusil Lebel comme le fusil Berthier ont déjà un quillon intégré à l'embouchoir pour simplement justifier l'absence de celui-ci sur les baïonnettes.

Outre l'absence de quillon, le bouton poussoir a aussi été redessiné par un modèle plat. Le numéro de série est désormais sous le plat de la garde.

Sachez que Remington a livré à la France des baïonnettes 1886-15 vers 1916.

Parmi les curiosités, on peut citer les versions raccourcies en dague ou “poignard de tranchée” qu'on peut trouver un peu partout à la vente, sans que leur origine n'ait quelque chose d'officiel.

Cependant, des baïonnettes ont bien été raccourcies de façon réglementaire lorsque les Lebel R35 (version raccourcie du fusil Lebel 1886) et Berthier M34 firent leur apparition dans les années 30.

Enfin, la baïonnette dite “Lebel” a une ultime fois subi une modification, lorsque les Allemands ont envahi la France et équipé les troupes d'occupation de matériel de l'armée française. Les lames ont été réduites à 335 mm, et la bouterolle est souvent réparée grossièrement. Un modèle 1886 modifié 15, raccourci par les Allemands.

La Baïonnette dans la Culture Militaire

La baïonnette rentre dans le quotidien du soldat et trouve une place de choix dans l’argot militaire. Les surnoms affectueux, comme la « Rosalie », côtoient des expressions plus réalistes comme « l’aiguille à tricoter les côtes » ou, pendant la Grande Guerre, le « tire-boche ». « Aller à la fourchette » désigne les charges à la baïonnette, de même qu’un soldat qui embroche un adversaire lui fait « une Rosalie à la boutonnière ».

Toutes ces expressions disent l’importance de la baïonnette dans l’équipement, l’entraînement et le quotidien du fantassin. Mais il est à noter que la part qu’elle occupe effectivement dans les combats n’est pas à la hauteur de sa place dans l’imaginaire. Bien qu’installée dans une guerre de tranchées, la Première Guerre mondiale voit encore son usage lors des montées à l’assaut. Cependant, le mythe des charges à la baïonnette est encore à relativiser. Le fusil Lebel flanqué de sa baïonnette mesure 1,83 m, ce qui le rend difficile à manier.

Les Baïonnettes Modernes

Les baïonnettes modernes sont équipées d’une gouttière concave qui en réduit le poids et qui permet de laisser rentrer l’air dans la blessure, facilitant ainsi le retrait de la lame. Son fourreau peut être utilisé comme pince coupante pour sectionner le fil barbelé.

Il existe des milliers de types de cette arme blanche et presque chaque armée du monde a son, voir ses propre(s) modèle(s) de baïonnette(s). La convention de Genève a interdit l'usage des modèle triangulaires, cruciformes ou dentelées lors de conflit armé mais cela n'en a pas empêché leur fabrication ou même leur utilisation durant les conflits que les pays du monde ont connus. Les blessures qu'entraînent ces modèles de baïonnettes, considérées souvent comme inhumaines, cicatrisent difficilement.

Quelques Modèles de Baïonnettes

  • Baïonnette modèle 1871
  • Baïonnette 71/84
  • Baïonnette 84/98 1er type
  • Baïonnette 84/98 2ème type
  • Baïonnette 84/98 3ème type
  • Baïonnette S98
  • Baïonnette KS98
  • Baïonnette 98/05
  • Baïonnette S14
  • Baïonnette S14 de type GOTTSCHOLa

L'Impact Psychologique et Stratégique de la Charge à la Baïonnette

Si « le choc est un mot », selon la formule du colonel Ardant du Picq, la baïonnette, armement défensif se substituant originellement à la pique, reste théoriquement la principale arme de mêlée à disposition du fantassin en vue de déloger son adversaire d’une position. De fait, la charge à la baïonnette donne rarement lieu à un corps à corps, permettant le plus souvent la prise d’une position à la suite de son abandon par le défenseur.

Si la décision était atteinte par la charge plus que par le croisement des lames, la baïonnette en elle-même pourrait paraître secondaire ; là encore il n’en est rien, la lame étant un déterminant psychologique en soi pour le défenseur comme pour l’attaquant.

En parallèle de la peur de l’arme blanche chez le défenseur, il faut noter un effet galvanisant voire exaltant sur la troupe lorsque l’ordre de fixer la baïonnette est donné. La fixation de la lame permet, par elle-même, d’accroître le moral de la troupe du fait qu’elle est un symbole de l’agression, supposant l’assaut.

L'Apprentissage et la Préparation au Combat à la Baïonnette

De la rareté des combats au corps à corps pourrait naître une remise en cause de l’utilité de l’apprentissage du combat, ou escrime, à la baïonnette. À cette tendance, en plus de l’évocation des rares, mais effectifs, combats au corps à corps, nous pouvons opposer que « la capacité forme la volonté » et qu’un tel apprentissage surajoute à la préparation physique et morale du combattant.

L’entraînement permet également de simuler et, par là, de limiter les dommages psychologiques post-traumatiques. Plus prosaïquement, un parcours pour baïonnette est une variante d’entraînement sportif exigeant et agressif, stimulant l’essentielle cohésion et aisément enrichi de fumigènes et effets pyrotechniques simulant le bruit et la confusion du champ de bataille.

La Baïonnette : Arme de Surprise

Si le général Lewal fait remarquer que « la baïonnette est essentiellement l’arme des surprises de nuit », la baïonnette reste plus généralement l’arme de la surprise (de l’ennemi), car elle est silencieuse et demande relativement peu de logistique.

La Baïonnette, Soutien du Moral des Troupes

Bien que la plupart des combats aient lieu à distance, les opérations de « nettoyage » imposent d’approcher l’ennemi.

Tableau récapitulatif des modèles de baïonnettes Lebel 1886

Modèle Caractéristiques
1886 Soie courte, montage par écrou vissé sur la soie
1886-93 Évolution du modèle 1886
1886-15 Fabriquée sans quillon, modèle simplifié pour la production de guerre
1886/93/R35 Baïonnette courte fabriquée pour le mousqueton R35

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