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Le sabre-baïonnette modèle 1866 pour fusil Chassepot est un élément emblématique de l'armement français du XIXe siècle. Son histoire est intimement liée aux besoins militaires de la France et à l'ingéniosité déployée pour pallier les insuffisances de production nationale.

Contexte Historique et Nécessité de Production Externe

Avant 1870, les entreprises nationales françaises étaient incapables de produire l'énorme quantité d'armes nécessaires pour l'armée française. Des fusils, mais aussi des baïonnettes, ont donc été commandés dans le privé, mais aussi à l'étranger.

Après le désastre de Sedan et le siège de Metz, la France avait virtuellement perdu la guerre. L'Empire s'est effondré. Décision est aussitôt prise de faire fabriquer des baïonnettes pour ces armes en utilisant des pièces de baïonnettes de Chassepots.

Fabrication et Fabricants

Plusieurs entreprises étrangères ont participé à la production de ces baïonnettes, notamment en Allemagne. C'est le cas de cette baïonnette dont la lame (et certainement le reste) a été fabriquée en Allemagne.

Bleckeman, Kirschbaum, Funcke, Höller, Felix, Gustave Kratz, Schnitzler ont été ainsi des fabricants de baïonnettes Chassepot. Weyersberg a été le fabricant le plus productif avec Coppel. Les Pays-Bas, l'Autriche, l'Italie, l'Angleterre et l'Espagne en ont également produit.

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Une baïonnette Chassepot a été retrouvée avec une origine de fabrication Weyersberg (Allemagne). L'entreprise Weyersberg fabriquait des lames yatagan pour le Royaume-Uni, donc probablement modèle export.

Marquages et Identification

Certaines baïonnettes Chassepot ont été fabriquées à Mutzig en 1868. La première baïonnette pouvait être attribuée à un fusil et numérotée avec le même numéro sur la croisière que sur le fourreau.

D'autres n'étaient pas numérotées, mais portaient des marquages au dos de la lame et des poinçons de réception, indiquant qu'elles étaient destinées au remplacement et stockées dans les armureries régimentaires.

Les lames étaient marquées d’un petit poinçon de contrôle qualité et de la marque d’acceptation militaire appelée Contrôleur Poinçons (tampons des contrôleurs). Il y avait trois types différents de marques d’acceptation utilisées : Directeur de Manufacture, Contrôleur Généraux Principaux et Contrôleur de 1ère, 2ème et 3ème Classe.

Le marquage sur le quillon et le fourreau indique le numéro de série du fusil auquel la baïonnette était associée. Par exemple, "J 16890" correspond au numéro de distribution du fusil et de la baïonnette. La lettre "J" représente la série, tandis que le numéro identifie le fusil spécifique.

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Conception et Caractéristiques Techniques

Cette baïonnette « dite ergonomique », avec son système de fixation innovant, permet au militaire d’utiliser qu’une seule main, lors de la mise en place sur l’arme. La lame au départ de section ronde était rendue cruciforme par forgeage à chaud, c’était pour l’époque une innovation.

Sa conception est le résultat d’études réalisées au cours de la guerre civile américaine et la guerre franco-prussienne qui a démontré que les sabres-baïonnettes de type Chassepot modèle 1866, sauf dans des mains d’experts, étaient rarement efficaces en cas de combat rapproché.

La lame yatagan en acier poli, à un tranchant et large gorge. La croisière avec quillon recourbé à l'extrémité emboulée et bague. La poignée en laiton monobloc à 15 cannelures et ressort de verrouillage extérieur.

Évolution et Modifications

Les sabres-baïonnettes Chassepot sont restés longtemps en dotation, même après l'arrivée du modèle Gras 1874. La majorité des modèles 1866 que l'on trouve ont leur fourreau bronzé.

Le fourreau du sabre-baïonnette modèle 1866 n'a été bronzé qu'après février 1883, pour les baïonnettes destinées aux mousquetons Gras, aux carabines de gendarmes à pied Gras et pour celles de la série Z.

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Le fourreau utilisé avec les premières baïonnettes à soie courte est en tôle d’acier reliée par brasure, ce mode de fabrication a été utilisé jusqu’en 1893. La poignée de cette variante, modifiée à partir de mai 1890, est maintenue à la soie grâce à un écrou à deux ergots. La lame d’aspect identique au modèle à soie courte est munie d’une soie longue avec extrémité filetée.

Le fourreau utilisé avec la baïonnette à soie longue, peut être en tôle d’acier brasée ou à partir de 1893 fabriqué par emboutissage ceci afin d’améliorer la solidité du corps. Il arrive de rencontrer des baïonnettes modèle 1866, 1886-15 dont la lame a été raccourcie aux alentours de 35 cm. Dans la majorité des cas, ces armes raccourcies sont des armes qui ont été appointées, fournissant ainsi un poignard de tranchée fort convenable.

La Baïonnette Chassepot et le Fusil Remington

Après le désastre de Sedan et le siège de Metz, la France avait virtuellement perdu la guerre. L'Empire s'est effondré. Décision est aussitôt prise de faire fabriquer des baïonnettes pour ces armes en utilisant des pièces de baïonnettes de Chassepots.

Ressemblantes … identiques … À tel point qu'il est arrivé à des Mobiles de 1871 de recevoir en même temps un fusil Remington "Egyptien" … et une splendide baïonnette modèle 1866, aussi belle qu'inutilisable.

Mais commençons par planter le décor et revenons à la fin de 1870. Après le désastre de Sedan et le siège de Metz, la France avait virtuellement perdu la guerre. L'Empire s'est effondré. La quasi totalité de l'Armée d'active est assiégée ou capturée.

Le Gouvernement de la Défense Nationale décide de poursuivre la guerre afin de repousser les Prussiens. Mais les armes font défaut, des centaines de milliers de Chassepots, sans compter la plupart de nos canons sont pris par l'ennemi. Il est alors décidé d'acheter à l'étranger les fusils qui nous font défaut.

Parmi les lots d'armes qui arrivent en France, 60.000 fusils Remington Model 1867 calibre 43, armes désignées comme "fusils Egyptiens" puisque faisant partie d'un lot acheté par l'Egypte, mais qui n'avait pas été payé … Ces fusils système "rolling block" sont - à ce moment précis - les plus modernes du monde, car ils tirent une puissante cartouche métallique et à percussion centrale de 11 mm.

Mais ces fusils sont arrivés sans leurs baïonnettes … livrées séparément, puis égarées ou oubliées … Décision est aussitôt prise de faire fabriquer des baïonnettes pour ces armes en utilisant des pièces de baïonnettes de Chassepots. En effet, leurs dimensions sont très proches et leur système d'accrochage et de verrouillage est quasiment identique.

Baïonnette Chassepot Stehelin

Il existe des baïonnettes Stehelin & Cie à Bitschwiller-Thann. 11 février 1869, MAS au colonel directeur d’artillerie à Strasbourg : Je reçois l’OM de faire fabriquer immédiatement 12 000 fusils modèle 1866 modifiés pour le service de la cavalerie d’Afrique et d’y ajuster des sabres baïonnettes de la fabrication de Mr Stechelin dont vous devez m’envoyez 19 000 cette année.M’envoyez de suite 12 500 de ces sabres baïonnettes. Je pense que cette fabrication sera terminée d’ici 2 mois.

27 février 1869, MAS à Colonel Directeur de l’Artillerie de Strasbourg : Nous venons de recevoir les 2500 sabres baïonnettes de la fabrication Stechelin que nous annonçait votre lettre du 15 février.D’après ce que je vois, il faudrait 3 mois pour avoir les 10 000 sabres baïonnettes dont nous avons un besoin pressant.Je reçois encore l’avis d’activer le plus possible la confection des 12 000 fusils modifiés pour la cavalerie d’Afrique et je pense que cette commande sera terminée vers la fin du mois d’avril. Il nous faudra encore 5 000 sabres à St Etienne pour le 20 mars et 5 000 autres pour la première quinzaine d’avril.Me répondre de suite si je peux compter sur ces 10 000 sabres sinon je serai forcé de rendre compte au Ministre que je ne pourrai pas complètement exécuter son ordre de ne mettre que des sabres baïonnettes de la fabrication Stechelin aux 12 000 fusils puisque je ne les aurai pas tous reçu à temps.Quant aux 4 000 sabres qui vous resteront encore sur les 19 000 que vous avez à nous fournir, gardez les pour plus tard car nous sommes toujours en construction et nous manquons de magasins.

Et le meilleur pour la fin :13 janvier 1872, MAS à MinistreNous avons reçu à réparer un certain nombre des 12 000 fusils modifiés pour le service de la cavalerie d’Afrique que nous avons fabriqués en 1869. De plus, d’après vos ordres nous en recevons quelques-uns des régiments de cavalerie et nous devons tous les transformer en fusils d’infanterie modèle 1866 pur. Tous ces fusils nous sont arrivés et nous arrivent sans sabre-baïonnette. J’en conclu que les 12 000 sabres baïonnettes ont dû rester dans les 3 directions d’Algérie où ils doivent se trouver sans emploi tandis que dans les manufactures il faudrait mettre des sabres baïonnettes neufs à ces armes, ce qui serait très couteux. Ne vous paraît-il pas préférable de faire envoyer ces 12 000 sabres baïonnettes qui doivent être neufs, dans les manufactures, et en particulier à Tulle qui en manque toujours. Cela économiserait environ 120 000 francs à l’Etat ou cela permettrait de faire de nouvelles armes pour cette somme.

29 juin 72, MAS à Ministre :Nous venons de faire le recensement des fusils Mle 66 et des sabres baïonnettes qui nous restent à réparer à St Etienne, sur ce nombre il nous manque :1/ 12 522 sabres baïonnettes pour compléter les armes sortant des MA et en particulier 3415 sabres baïonnettes sur les fusils transformés pour la cavalerie d’Afrique.2/ 3167 sabres baïonnettes sur les armes de fabrication étrangère mais reçues par les commissions françaises. Par contre, sur les armes du commerce achetées ou reçues pendant la guerre, nous nous trouvons avoir en plus 4405 sabres baïonnettes. Ces sabres avaient été mis avec des armes des deux autres catégories.Il est clair que ces 4405 sabres baïonnettes, ou du moins les meilleurs, pourront être utilisés pour remplacer les 3167 sabres baïonnettes qui nous manquent de la 2ecatégorie ; mais il est évident qu’aucun de ces sabres ne pourra ni de devra être mis sur les armes sortant des MA. C’est donc 12 522 sabres baïonnettes neufs que nous aurions à prendre pour finir nos réparations. C’est un gros chiffre de sabres qui représente une grosse somme d’argent.Je viens donc vous demander s’il n’y aurait pas dans quelque direction d’artillerie de France ou d’Algérie des sabres baïonnettes de la fabrication des MA qui y seraient sans emploi comme n’appartenant pas à des fusils Mle 66. Dans ce cas, je vous prierais de nous les faire envoyer pour diminuer d’autant les dépenses de nos réparations.

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