On a compté, à quelques jours près, cela fait 10 ans que nous avons vécu notre premier concert de General Elektriks. 10 ans qu’Hervé Salters nous enchante et qu’on rêvait de pouvoir se poser avec lui pour discuter. C’est désormais chose faite avec la sortie de son nouvel opus, Party Like A Human. On s’est autorisé une longue conversation pour parler musique, humanité, lien social, cinéma et de… moutarde.
Le projet ne serait sans doute pas né si Hervé n’avait pas déménagé aux États-Unis pour y faire de la musique. Nous sommes juste avant l'an 2000 et il emménage à San Francisco avec sa femme et sa petite fille. Hervé était clavier dans un groupe pop-funk qui avait marqué les esprits: Vercoquin. Il jouait aussi avec M, DJ Medhi ou Femi Kuti. Arrivé à San Franisco, il fait la connaissance de l’immense collectif hip-hop electro Quannum Projects, l’un des tout meilleur du moment (et de la décennie). Ces musiciens deviendront la famille d’accueil d’Hervé qui montera alors Général Elektriks.
Faire de la musique avec Blackalicious ou DJ Shadow vous change directement de catégorie. «Cela a eu un impact sur la perception de ma musique, je suis un Français qui est allé voir tout seul comment cela se passait ailleurs. Le projet General Elektriks ne pouvait que se développer à l’étranger. «Ça m’a fait un bien fou de déménager à San Francisco», se rémémore Hervé. La ville ouverte et l’époque tranchent complétement avec une France qui parait alors un peu plus grise. Il dit : «J’ai la sensation que Paris ne m’allait pas très bien». «Je pense qu’à Paris on attend certaines choses de toi et si tu veux en sortir, c’est compliqué. Hervé est catégorique: «Je ne serais jamais passé derrière le micro si j’étais resté à Paris».
Alors pourquoi un français qui part et qui se développe à ce point, choisit de rentrer en France? Pour mieux repartir ensuite bien entendu. La famille a senti le besoin de changer d’air après douze ans sur la côte Ouest. «La gentrification a vraiment changé San Francisco, qui n’est plus du tout celle que j’ai connue. General Elektriks fait ce qu’un artiste fait rarement, il embarque sa femme et ses deux enfants avec lui dans le bus de sa tournée pendant un an. En France, beaucoup, mais aussi à l’étranger bien sûr.
Ce sera Berlin. Et cela fait maintenant cinq ans que Hervé et famille y ont pris leurs marques. «Berlin est une ville rendue belle par ceux qui y habitent. La plupart des grandes villes multiculturelle sont sous cloche, Berlin continue de respirer comme un poumon. Il y a toujours des terrains vagues, ce n’est pas un endroit figé. Cela rapproche de la France. À Berlin, Hervé lit Libé et écoute la radio française: «Avant quand je rentrais de tournée, j’étais immergé dans l’anglais.» Maintenant, il y a l’allemand, l’anglais mais surtout le français qui a repris une grande place. «Jusqu’à maintenant mes disques étaient un travail intérieur.
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«C’est un moment intéressant dans la musique dance où les musiciens n’ont gardé que l’essentiel: la pulsation et la voix. Tout le cœur de General Elektriks est là, dans cette internationalisation de la musique sans écran technologique entre les musiciens et l’expérience avec le public. «Je n’ai pas la sensation de faire de la musique “ultra identifiée française”. Ce n’est pas du franco-français comme Zaz, même si ma musique est continentale. Quand on me demande si je suis dans la French Touch, je ne sais pas quoi répondre… J’ai fait le choix de ne pas choisir et de tout mettre dans ma musique. Il y a des éléments de français, mais ce sont des ingrédients. Je suis très fier de cet héritage mais j’ai la sensation de le mâtiner d’autre chose.
Sur ce nouveau Carry No Ghost, on trouve une chanson qui en est le parfait exemple sur un beat funk soul. C’est «Amour Uber Alles», un foutoir joyeux, cosmopolite, chanté en toutes les langues. «J’ai l’impression que le langage de la haine s’est libéré avec le Brexit, l’élection de Trump ou la dernière présidentielle française. Resultat: on n’entend pas beaucoup parler d’amour. Mais dans mon microcosme ce n’est pas du tout comme ça. Pour Hervé, l’usage de plusieurs langues dans un même morceau correspond à quelque chose de très réel. Il ne pouvait pas exister autrement qu’en plusieurs langues.
Après une tournée de plus de 100 dates à travers le monde en 2016, pour défendre l'excellent "To be A Stranger", General Elektriks est vite revenu sur le devant de la scène et cela pour notre plus grand plaisir. En effet, Hervé Salters et ses musiciens viennent de sortir leur 6ème album "Carry No Ghosts".
«C’est la première fois que je fais un album pendant une tournée. Le fait de retrouver le public avec « To Be A Stranger » (son précédent album) après un break de 4 ans, a déclenché quasi-instantanément de nouvelles idées de morceaux. À peu près au même moment, j’ai fait l’acquisition d’un Prophet 5, un synthétiseur fabuleux. Dès que j’avais quelques jours off, je m’enfermais en studio avec cet instrument, nourri par l’énergie du public que je venais de quitter.
Balancer un maximum d’énergie, générer quelque chose d’extrêmement positif qui permette aux gens de s’extraire de leurs problèmes... Les poids qu’on porte au quotidien, les fantômes, sont alors mis de côté. Avec ce disque, tout s’est fait facilement, tout a coulé de source. Je me suis retrouvé de nouveau comme un gosse avec mes synthétiseurs, j’ai invité les musiciens avec qui je joue live sur certains morceaux, et voilà ! "
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« Carry No Ghost " le nouvel album de General Elektriks nous permet aussi d’entendre Hervé Salters chanter en français, comme pour ce titre « Au tir à la carabine » à retrouver dans la playlist de France Inter. Hervé Salters, chanteur charismatique et clavier, annonce que le public doit s’attendre à entendre des morceaux issus de leur cinquième opus sorti en février 2018 Carry No Ghost. De l’électro déjantée au psychédélisme il n’y a qu’un pas de danse dans les sonorités accompagnant la voix en anglais chantée en premier, pour aussi laisser place au français sur la chanson « Au tir à la carabine » qui joue sur les mots avec mélodie.
J’avais une autre question sur tes morceaux en français : ils sont plutôt rares dans ta discographie, mais personnellement je les aime beaucoup et on dirait qu’à chaque fois que tu fais le choix du français il s’agit d’un morceau plus fantasmagorique, à la « Alice au pays des merveilles » presque. Pour moi, j’ai la sensation de ne pas vraiment avoir trouvé une clé, en tant que chanteur, pour porter une mélodie en français comme je porterais une mélodie écrite en anglais, une langue qui est plus basée sur les accents toniques, comme « baNAna » pour banane.
Mais depuis que je ne vis plus en France, donc un peu plus de 20 ans, je me suis détaché de ça et je suis content d’être capable d’aborder les choses de manière moins formelle disons, qui se laisse plus aller : ça donne un résultat un petit peu « surréaliste », presque un peu fantastique comme tu dis. Même si dans le fond les textes restent toujours ancré dans quelque chose d’intime et de bien réel.
L’originalité principale de ce titre réside dans le retour au français pour la première fois depuis les débuts de la formation en 2003 avec le titre Tu m’intrigues présent sur Cliquety Kliqk. Hervé Salters, leader des GE La fable du Tir à la Carabine s’établit dans un stand de foire fluo où les deux protagonistes concourent pour une peluche et un lecteur cassette. Les plombs tirés se transforment en offenses assasines qui « font voler en éclat les gens » jusqu'à leur perte. La morale de cette histoire, s’il en est une, est que pour faire face aux revers de balle, la compassion est une bien meilleure arme que la carabine.
Alors je dirais, une grosse influence c’est sûr. Cela peut être de manière très littérale, comme par exemple dans Cosmic Check qui est construite comme un film - un « film audio » en fait, qui est donc très nettement influencé par le cinéma, pas uniquement pour la tradition du soundtrack mais aussi parce qu’il y a une trame narrative très claire. Et même, de manière générale, ce côté impressionniste qu’il peut y avoir sur certains morceaux ou arrangements, je pense notamment aux cordes, sont souvent inspirés par des choses que j’ai pu entendre sur des films.
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En fait, je suis très fan de cinéma, bien sûr pas de tout, mais c’est un art auquel je suis très sensible : il peut m’inspirer de manière pas littérale, en fait l’idée quand tu es artiste c’est de trouver une étincelle et de ne pas l’étouffer, de la faire grandir, d’en faire un petit quelque chose (rires). En tout cas, si ton but est de faire quelque chose de personnel et d’honnête - après je n’ai pas de souci avec les gens qui font des choses plus formatées et industrielles, il en faut, par exemple la moutarde, c’est industriel et c’est génial, bon. Ah oui le cinéma : donc le cinéma, c’est quelque chose qui génère souvent des étincelles, donc qui peut m’inspirer par le biais de l’atmosphère, d’une ambiance…
Alors justement, je suis très fan de Quelle Chris, c’est un de mes rappeurs préférés. L’album Guns c’est une révélation pour moi. J’ai vu une expo qui m’a complètement secoué c’est Yayoi Kusama ; on a eu la chance d’aller voir une retrospective qui lui est consacrée à Berlin, avec ma femme et nos enfants, au Martin Gropius Bar, et c’était absolument fabuleux.
Malgré un succès réel (titres en playlist radio, tournées françaises, festivals), on a toujours l’impression que General Elektriks est plus connu à l’étranger qu’en France, malgré cinq disques studios et un live. Le Français Hervé Salters a sorti ses albums aux États-Unis, au Brésil ou en Russie, ce qui a permis des passages radio et des concerts. «Mais nous n’avons pas bénéficié de grosses sorties internationales comme Daft Punk ou Phoenix», explique le musicien.
Le groupe est donc à nouveau reparti sur les routes dès ce printemps et ils sont passés par la capitale et dans cette magnifique salle de la Cigale qui contient 1200 places et par deux fois, le 11 et 12 avril derniers. La salle est pleine à craquer pour la première des deux dates à la Cigale. Les fans sont bien motivés et le groupe reçoit un très bel accueil.
On peut voir au centre et tout devant le grand chef d'orchestre Hervé Salters (alias RV) au clavier vintage et qui tient le chant également. Le compositeur et interprète est entouré comme d'habitude de ses gais lurons de musiciens qu'il retrouve systématiquement pour les concerts et les tournées. A notre gauche et face à nous, nous avons l'immense plaisir de voir l'incroyable, le phénomène, l'excentrique Jessie Chaton à la basse et au clavier. A notre droite, c'est Eric Starczan qui tient le poste de guitariste. Derrière, on retrouvera un excellent binôme qui jouera par alternance de la batterie.
Il est 20 heures 50, les premières notes du morceau "Diff"rent Blue "extrait du nouvel album "Carry No Ghosts" retentissent dans la salle. On est parti pour un gros moment de douce folie. Dès le début du show, on vibre et on est complètement dedans. On se trouve dans une spirale hyper dynamique et dansante. Le public s'éclate, lève les bras et crie sa joie d'être là. Hervé Salters monte en régime à chaque morceau et on ressent le plaisir qu'il a d'être sur scène face à son public. Par moments, il paraît presque en transe. Il transpire car il se donne à fond sans que sa voix en subisse de conséquence. Il n'est pas le plus grand des chanteurs certes mais sa voix, son grain colle bien à sa musique. Il nous offre des moments savoureux et excitants à travers son jouet le synthétiseur Prophet 5.
Musicalement, on baigne dans le vintage, le rétro, le son des années 70 car la musique de General Elektriks est un mélange de funk, de soul, de glamour, de rock, d'électro avec des synthés qui bouillonnent. Le leader (RV) a intégré depuis 2009 et le second album un ovni sur scène, il se nomme Jessie Chaton. Le bassiste qui joue également du clavier sur certains titres est le côté déjanté et androgyne du groupe. Il dispose d'une chevelure incroyable, d'ailleurs il se repeigne régulièrement, d'un look à la Bowie 1ère période et il dynamisme visuellement cette fantastique formation.
Un concert de General Elektriks, c'est donc de la bonne musique mais également un immense show. On entendra la quasi-totalité du dernier album "Carry No Ghosts" et un paquet de leurs tubes qui ont fait leur réputation. Quelques morceaux comme "Au tir à la Carabine" et "De Passage" seront interprétés en français et ces chansons donneront une couleur pop au concert. Après deux rappels et une heure et 40 minutes de show tonitruant qui aura connu quelques très rares faiblesses dans sa globalité, le groupe nous quitte définitivement.
Avec General Elektriks y a toujours un son d’exception, une valeur ajoutée sonore à mettre au patrimoine de la sonorité tant leur électro est cosmopolite et sensuel. Un de leurs classiques « Raid The Radio » résonne et siffle au passage un des tout derniers morceaux tirés du nouvel album « Amor über alles », littéralement « l’amour au-dessus de tout » auquel on peut trouver un je ne sais quoi de Kraftwerk !
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