Le Mans, ville riche en histoire et en patrimoine, a toujours été un carrefour d'artisanat et de commerce. Parmi les métiers traditionnels, celui d'armurier et le commerce d'antiquités occupent une place particulière. Cet article explore l'histoire de ces domaines, des figures emblématiques aux associations modernes qui perpétuent les arts martiaux historiques.
Juriste de profession, conseiller au parlement de Provence, Nicolas Claude Fabri de Peiresc (1580-1637) était un humaniste et un savant à la curiosité universelle : antiquaire, collectionneur d’antiquités, numismate, philologue, naturaliste, passionné d’astronomie, il étendit ses centres d’intérêt à presque toutes les branches de la connaissance humaine. Ami de Galilée et de Gassendi, il compte parmi les premiers utilisateurs de la lunette astronomique en France ; il se livra à de nombreuses observations du soleil, des planètes, de la lune, dont il fit graver les premières cartes par Claude Mellan. Il s’intéressait aussi aux sciences naturelles, à la botanique, à la zoologie.
Il séjourna en Italie de 1600 à 1602, nouant des liens avec les principaux humanistes et érudits de l’époque ; il se rendit notamment à Gênes, Pise, Florence, Bologne, Ferrare, Padoue, Venise, Naples et Rome. Lors de son séjour à Rome en octobre 1602, « il parcourut la ville à la recherche des débris antiques, visitant les galeries publiques et privées, le Capitole, le Vatican, les jardins célèbres parsemés de statues, menant avec lui des peintres chargés de dessiner les fragments et les ruines ». Il voyagea ensuite en Angleterre, en Hollande et dans les Flandres.
Peiresc fit de sa maison d’Aix-en-Provence le foyer de tous les grands travaux d’érudition ; manuscrits, livres rares, objets d’art, plantes, animaux peu connus y affluaient. Peiresc fut par ailleurs l’un des premiers à s’intéresser à l’Égypte antique. Il les fit dessiner, ainsi que des vases antiques et divers objets précieux de l’Antiquité gréco-romaine, du Moyen Âge et de la Renaissance. Exécutés suivant des techniques diverses, à la plume et à l’encre, à la pierre noire, au lavis ou à l’aquarelle, ces dessins représentent soit des objets qui se trouvaient dans son cabinet de curiosités, soit des objets provenant d’autres collections, qui ne lui avaient jamais appartenu, mais qu’il fit dessiner grâce à son réseau de correspondants. Claude Menestrier, son pourvoyeur d’objets archéologiques, lui permit d’enrichir sa collection d’antiquités romaines. Certains des modèles d’orfèvrerie du 16e siècle qu’il recueillit permettent d’illustrer les emprunts des artistes maniéristes au répertoire ornemental antique.
Pascal Turpin est Taillandier d’Armes. L’un des 4 derniers en France. Autant dire qu’il a un savoir-faire peu courant. Et pourtant, ce n’était pas sa vocation. Découvrons ce métier ancestral qui a mené Pascal Turpin à rencontrer les plus grands de ce monde.
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Le Taillandier d’Armes est donc un Maître Artisan qui réalise des objets taillants et tranchants (dagues, épées, armes médiévales, etc..). Avant 1573, on appelait ces personnes des « fourbisseors ou des fourbisseurs ». Puis en 1573, par un décret royal, on distingue la fabrication (fait par le taillandier) et le montage (effectué par le fourbisseur). Ils exerçaient tous deux dans une Taillanderie.
A partir du 17e siècle (sous Louis XIII), les Taillandiers d’Armes vont commencer à disparaitre. Louis XIII va créer des grandes manufactures car les régiments (les mousquetaires du roi, par exemple) sont régis par des règlements (tenues règlementaires, etc..). Les Taillandiers sont donc intégrés dans des manufactures (kligenthal, Saint-Etienne, Tulles, Versailles, etc…). C’est à Versailles qu’on produisait les plus belles armes du 1er empire.
Aujourd’hui, il n’y a plus de manufactures en France. Mon parcours est très singulier. Mon père était décorateur et architecte (diplômé de l’école Boulle) et ma mère antiquaire. J’ai baigné dans l’art dès mon enfance. Mais au départ, j’ai choisi d’autres voies, j’ai pas mal « bourlingué ». Mais j’ai toujours eu une passion pour les armes. J’ai d’abord fait plusieurs années dans l’armée avant de la quitter pour exercer différents métiers. Jusqu’à devenir secrétaire privé d’un milliardaire, puis chef de protocole pour des ministres et des présidents. J’étais très souvent en déplacement et au bout d’un moment, il a fallu que je me stabilise.
Et puis un jour, il y a environ 25 ans, j’ai vu un reportage sur un Taillandier. Son métier m’a beaucoup intéressé et j’ai décidé d’aller le rencontrer en Corrèze. Il a accepté de me former. Pendant cinq ans, il m’a transmis la technique mais surtout, l’âme de ce métier. Comme le veut la tradition, j’ai été nommé en place publique par mon maitre d’apprentissage, comme cela se faisait au Moyen-Âge. Ça s’est passé à Donzenac en Corrèze. Et comme le veut aussi la tradition, c’est lui qui est venu allumer le feu dans ma forge.
Il a le droit de rester couvert devant un roi et de le tutoyer. Il peut aussi faire du feu dans une église. Et dernier privilège, il peut se faire enterrer avec son épée et ses outils.
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Ma dernière création est le couteau de Montmirail, un couteau d’inspiration médiévale. Et il est tout récent car je l’ai créé en 2019. L’une de ses particularités vient du fait qu’il a un design spécifique. La forme de sa lame s’inspire des objets tranchants du 12e au 14e siècle. C’est-à-dire, une forme très pointue qui permettait d’utiliser le couteau comme une fourchette. Il faut savoir que la fourchette n’apparait seulement qu’au 14e siècle à la renaissance italienne, et donc qu’avant ça, les couteaux servaient aussi à piquer la nourriture.
Son autre particularité est son manche. Le bois provient des anciennes poutres en chêne du château de Montmirail. Elles ont entre 150 et 250 ans. Les amateurs de couteau peuvent donc « acheter un bout du château ». Enfin, très peu de villages possèdent aujourd’hui leur propre couteau, hormis Laguiole, Montrons, Thiers, Opinel (qui représente la Savoie). Je trouve très intéressant que Montmirail puisse avoir le sien et qu’il soit le plus authentique possible. A l’époque, on ne pouvait pas fabriquer des armes sans octroi royal et le couteau de région n’existait pas.
Il faut environ 6 heures de travail pour réaliser un couteau. La lame doit être forgée, trempée (permet de solidifier les molécules de métal), mais aussi polie et affutée. Il faut ensuite confectionner le manche. On prépare des plaquettes de chêne qu’on va monter sur des platines métalliques.
Comme mon savoir-faire est assez rare, j’ai participé à de nombreux évènements commémoratifs dans plusieurs pays. Notamment aux États-Unis, pour le gouverneur du Tennessee. Ou encore lors des commémorations du débarquement en Normandie. A cette occasion, j’ai réalisé une série de couteaux qui ont été remis à George W. Bush et qui sont exposés à la Maison Blanche. Un autre modèle est exposé dans le musée des parachutistes de Sainte-Mère-Eglise. Un autre a été remis au secrétaire américain aux anciens combattants. Et d’autres modèles à des anciens combattants. C’était la reproduction du US M3 qui était le couteau officiel des parachutistes du débarquement.
Mais j’ai aussi participé à de gros projets cinématographiques. Je conseille d’obtenir un CAP de coutellerie industrielle à Thiers. Ou un diplôme d’armurier à l’école de Liège. Ces formations donnent les bases du métier. C’est important d’obtenir un diplôme car le diplôme sera toujours reconnu (même si vous changez de métier). Et vous avez le temps de savoir si le métier vous plait.
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Ensuite, il faut se faire connaitre. J’ai l’habitude de dire que « le faire-savoir est plus chronophage que le savoir-faire ». Il faut savoir faire parler de soi pour être reconnu dans le métier, comme dans tout métier artistique d’ailleurs.
Enfin, j’encourage les jeunes, et surtout les jeunes femmes, à se lancer dans cette filière, qui reste majoritairement masculine. Dans la forge, la personne qui travaille avec moi est une jeune femme, Cassie. Et j’en suis très fier. C’était d’ailleurs la seule femme de sa promotion. Elle travaille à la création des manches sur le couteau de Montmirail et est très compétente. De plus, elle apporte un œil « féminin » sur un objet qui reste majoritairement « masculin ».
Après avoir travaillé à Montmirail (dans la Sarthe) pendant 4 ans, Pascal Turpin vient de s’installer à Fresnay-sur-Sarthe, un village qui est labellisé « Ville et Métiers d’Art ».
Dans sa boutique à Saint-Calais, Jean Menu restaure et revend des pièces chargées d'Histoire. À 72 ans, il ne manque pas d'anecdotes sur les éléments qui composent son commerce. Jean Menu est établi depuis 1999 rue Amédée-Savidan à Saint-Calais.
Fusils, revolvers, pistolets : la boutique de Jean Menu, antiquaire d’armes anciennes à Saint-Calais (Sarthe), peut impressionner au premier abord. Mais si vous venez pour découvrir des pièces d’Histoire, ou pour tenter de dégotter un objet spécifique, il y a de quoi découvrir des siècles d’armes. Elles datent toutes d’avant 1900, car il faut un permis d’arme si postérieure à la date.
Le rapport aux armes de Jean Menu est singulier, car il est davantage attiré par l’aspect technique de l’objet, que par son usage. « Je ne chasse pas. La passion des armes m’est venue quand j’étais jeune, avec le western. C’était toute ma vie », se remémore le Calaisien. « Ça fait 52 ans que je collectionne. Pour devenir antiquaire d’armes anciennes, il n’y a pas de secret pour Jean Menu : « Il faut lire ». Et le savoir-faire vient ensuite avec l’expérience. Chaque jour peut être celui d’une potentielle découverte pour le professionnel, qui n’arrête pas d’apprendre malgré ses années de métier.
S’il conserve le rôle d’acheteur et vendeur, sa passion pour les armes anciennes et ce qui les entoure ne s’est pas estompée avec l’âge. « Je ne vends pas d’armes, mais une page d’Histoire », tient à rappeler le commerçant.
En entrant dans sa boutique située au fond d’une cour, on tombe sur une sorte de cabinet de curiosité. On ne sait pas où donner de la tête, tant tout intrigue. Et dès que Jean Menu embraye sur les détails d’une arme ou d’un accessoire, chaque élément semble avoir une anecdote. Rien en ces lieux n’a de secret pour lui.
L’une des seules choses qu’il ne divulgue pas, c’est le nombre d’armes qu’il a en vente. Jean Menu a presque toujours vécu à Saint-Calais ou dans ses alentours. À 72 ans, il explique en pointant du doigt : « Je suis né à 300 mètres de cette boutique. »
Avec le même soin et les mêmes connaissances apportés, cette fois aux armes anciennes, il continue d’exercer dans un domaine où le bois est central. « Pas de bois, pas de valeur », résume l’artisan qui restaure aujourd’hui nombre de pièces anciennes.
Avec une première boutique ouverte en 1993, Jean Menu a déménagé en 1999 pour rester comme antiquaire d’armes anciennes rue Amédée-Savidan. « On continue d’apprendre. Malgré toutes ces années à découvrir de nouvelles armes et accessoires, la flamme des pièces anciennes est loin d’être consumée pour Jean Menu. « On continue d’apprendre. il y a toujours de très bonnes surprises », explique-t-il. Il y a toujours des « ventes imprévisibles », et l’antiquaire ne manque pas d’anecdotes.
Tout se joue dans les détails dans son métier, et au-delà de l’achat-vente et de la restauration, il doit également trouver des pièces spécifiques régulièrement.
Parmi ses plus beaux objets, il possède un fusil à la vente, dont chaque élément possède le même numéro de série. Fait rare pour une arme car les pièces étaient vite changées, dans la hâte bien souvent. L’arme ne semble même pas avoir servi.
Dans l’arrière-boutique, nombre d’outils, de boîtes et bien sûr : de l’huile de coude. Mais il ne faut pas que ça pour restaurer une arme. « Pour ce qui est de la restauration, je passe un peu de temps dessus », ironise-t-il. En réalité, c’est un travail minutieux qui demande bien de la patience. « Je ne compte pas mon temps.
Pour chaque arme qu’il achète, il restaure avec précision avant de revendre.
C’est un milieu qui est surveillé de près. « L’action d’une minorité finit toujours par punir les collectionneurs à terme. On a un patrimoine et on veut le conserver », déclare Jean Menu. « C’est la personne qui est le danger, pas le fusil. »
En plus des a priori sur cette profession, le professionnel prévient au mieux les plus curieux, notamment ceux qui s’aventurent à toucher du doigt des pièces exposées. La boutique de Jean Menu à Saint-Calais ne manque pas de surprises, mais attention : on ne peut toucher les objets exposés qu’avec ses yeux. « Les gens viennent voir un musée. Mais la seule différence, c’est que vous pouvez repartir avec quelque chose », s’amuse à dire l’antiquaire. Il faut cependant pouvoir aligner des sommes qui peuvent vite compter plusieurs chiffres.
L’âge de la retraite étant passé pour Jean Menu, il reste flou sur l’avenir de sa boutique. « Je suis à la retraite, mais qu’est-ce que je ferais sans ça ? », confie-t-il avant d’ajouter : « En tout cas, ça m’occupe ». Avec un secteur qui est vieillissant, le marché des armes anciennes est moins florissant ces dernières années. « Les Français ne vendent plus d’armes, le secteur est devenu très calme », constate Jean Menu.
Le jeune homme de 27 ans, ancien escrimeur, s'est spécialisé dans la fabrication et la location d'armes pour le cinéma, le théâtre et la télévision. Depuis son atelier à Carquefou, il propose un large choix d'armes historiques et modernes, tout en garantissant sécurité et authenticité.
Originaire de la région bordelaise, Adrien Garcia s’installe à Nantes pour terminer ses études d’ingénieur en agroalimentaire. Mais c’est son amour de l’escrime qui le pousse à s’aventurer sur un tout autre chemin. Dès l’âge de 7 ans, il découvre l’escrime olympique puis artistique et se forme aux côtés de grands maîtres comme Claude Carriez, spécialiste des combats chorégraphiés au cinéma. À 15 ans, après avoir mené une petite enquête sur les épées en duraluminium utilisées pour les combats de spectacle, il se lance dans la fabrication artisanale d’armes.
"Je voulais acheter des épées pour mon usage personnel, mais les armuriers refusaient de m’en vendre. Épaulé par ce dernier, ancien usinier, il produit une première série d’épées qui se vendent rapidement parmi ses contacts cascadeurs. De fil en aiguille, les productions lui demandent si c’est possible de louer son matériel : "Avant moi, il n’y avait que deux armuriers en France.
Pour se démarquer des armuriers parisiens, Adrien innove en déposant un brevet sur la fixation des lames de ses épées, enrichies en aluminium et en titane : "On est les seuls au monde à faire ça", affirme fièrement le jeune entrepreneur.
Les armes à feu utilisées sur les plateaux de tournage sont de véritables armes, modifiées pour ne tirer que des munitions à blanc. Adrien et son équipe veillent scrupuleusement à la sécurité : "Il est impossible qu’il y ait de vraies munitions sur le plateau.
En 2025, Adrien Garcia fêtera les dix ans de son entreprise. Depuis sa création, il a collaboré sur de nombreux projets prestigieux, comme les films "Napoléon", "Le Règne animal", et le spectacle itinérant, "Raconte-moi la France". Ce dernier, qui promet d’être "le plus grand spectacle vivant itinérant de l’histoire de France", mobilisera à lui seul 80 armes à feu et 5 000 cartouches.
En plus de la conception et de la location d’armes, l’équipe d’Adrien joue un rôle de conseil historique auprès des réalisateurs. Pour certains projets, l’atelier fabrique même des répliques d’armes historiques à l’identique, comme celles qui seront utilisées dans un futur projet consacré à Louis XIV.
Malgré une petite équipe composée de trois permanents et d’intermittents recrutés en fonction des besoins, Adrien Garcia parvient à relever chaque défi avec succès. "On ne compte pas nos heures. Il faut faire ça par passion", conclut-il.
Pour ceux qui souhaitent apprendre ou perfectionner leur maniement des armes anciennes, plusieurs associations proposent des entraînements d'escrime ancienne et d'Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE) dans la région du Mans et au-delà.
Voici une liste non exhaustive de ces associations :
Ces associations offrent des cours et des entraînements adaptés à différents niveaux, allant des débutants aux combattants expérimentés. Elles participent également à des événements de reconstitution historique, des spectacles et des compétitions.
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