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La guerre qui a éclaté le 24 avril 1877, entre la Russie et la Turquie, est la continuation de la longue lutte qui remonte à près de 200 ans et qui aura pour dénouement inévitable l'expulsion des Turcs d'Europe. Le but de la Russie est un agrandissement de territoire et la possession de Constantinople, le prétexte est la protection des chrétiens sujets de la Porte et l'amélioration de leur sort.

Les racines du conflit

Le commencement de la lutte avec la Russie date de 1672, mais ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que sa puissante rivale commence à l'absorber. La Petite-Tartarie devient province russe en 1783. La guerre de 1790 à 1795 enlève à la Turquie plusieurs cantons du Caucase. De 1809 à 1812, nouvelle guerre qui assure à la Russie des provinces entre le Dniéper et le Danube.

L'Arménie turque passe à la Russie en 1829. Par le traité d'Andrinope, la Moldavie, la Valachie, la Servie sont déclarées libres, avec tribut, et placées sous la garantie de la Russie. Le traité d'Unkiar-Skelesi, en 1833, ouvre le Bosphore aux Russes et et ferme les Dardanelles aux autres puissances.

En 1853, le czar Nicolas se croit assez fort pour atteindre le but vers lequel tendent depuis si longtemps ses prédécesseurs. Les menaces de l'ambassade russe à Constantinople, décident l'Angleterre et la France à intervenir. La guerre de Crimée rend un peu de vie à l'homme malade. Le traité de Paris, du 30 mars 1856, parut devoir arrêter pour longtemps la marche envahissante des Russes. Mais en 1870, le czar profite des malheurs de la France pour obtenir la révision du traité de Paris. L'Angleterre a la faiblesse de consentir à cette révision, qui s'opère à Londres même, sans la participation de la France.

Prélude à la guerre de 1877-1878

Jusqu'en 1875, aucun symptôme ne faisait prévoir qu'une guerre allait bientôt éclater entre la Russie et la Turquie. Dans les premiers jours du mois d'août, des bandes d'insurgés se montrent à Stolatz, en Herzégovine. Elles se bornaient à réclamer des réductions de taxes. Le gouvernement turc ne fit aucun droit à leurs réclamations. Le mouvement s'étendit rapidement dans toute l'Herzégovine et gagna la Bosnie. Le sultan envoya 20,000 hommes commandés par Dervischpacha. Mais les insurgés, retranchés dans leurs montagnes, opposèrent une vive résistance qui ne put être domptée.

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La Turquie, effrayée, promit de larges concessions. La Russie parut alors en scène et négocia avec l'Autriche et l'Allemagne. Ces négociations amenèrent la fameuse note Andrassy, du nom du célèbre ministre autrichien. Cette note demandait à la Turquie d'accorder aux insurgés : la liberté religieuse, l'abolition du fermage d'impôts, la nomination d'une commission neutre pour veiller à l'exécution de ces réformes.

Le sultan adopte cette note le 12 février 1876, mais les insurgés demandent, avant de faire leur soumission, la retraite des troupes turques. Ces exigences amènent la rupture des négociations. La Serbie, couverte d'agents russes qui travaillaient à exciter un soulèvement contre les Turcs, se préparait à prendre part à la lutte et n'attendait qu'un moment favorable pour proclamer son indépendance.

Au milieu d'avril 1876, le Monténégro s'insurge. Le 6 mai, un grave événement vient de jeter de nouveaux ferments de haine entre les musulmans et les chrétiens. La populace de Salonique massacre les consuls de France et d'Allemagne. Le 11 mai, les trois puissances du Nord rédigent le mémorandum de Berlin, qui invite la Porte à accepter la note Andrassy avec des modifications, mais le sultan rejette cette nouvelle proposition. Les massacres de Bulgarie excitent en Europe la plus vive indignation. Il y eut plusieurs villes et villages incendiés et de 15 à 20,000 victimes.

Crise politique interne en Turquie

Un vif mécontentement existait chez la population musulmane contre le sultan Abd-ul-Azis, qui gaspillait des sommes prodigieuses pour l'entretien de son sérail, pour des ameublements ou des constructions de palais. La dète, qui à l'avénement de son règne en 1862 était de 375 millions de francs, se trouvait portée en 1876 à plus de quatre milliards.

Le 30 mai 1876, le sultan fut déposé par le grand-vizir et le ministre de la guerre, et remplacé par Mourad V. Deux jours après, Abd-ul-Azis succombait. Un procès-verbal constata que le sultan déchu s'était suicidé en s'ouvrant les veines avec des ciseaux, mais on crut généralement en Europe qu'il avait été assassiné. Mourad V ne régna que trois mois. Réduit à une sorte d'idiotisme, par suite de l'isolement dans lequel il avait été tenu, son peu de raison s'affaiblit complètement. Il fut déposé et remplacé par son frère Abd-ul-Hamid II.

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Peu de temps après l'avénement du nouveau sultan, le prince. Milan fit un traité avec le prince du Monténégro et tous les deux lancèrent leur petit peuple dans une guerre contre la Turquie. Les forces étaient si disproportionnées qu'on crut voir la main des Russes dans cette insurrection. Les Monténégrins remportèrent d'abord quelques avantages, mais les Turcs les contraignirent à rester dans les montagnes de leur pays.

Les Serbes, de leur côté, éprouvèrent plusieurs défaites ; les Turcs franchirent la ligne de Timock, s'emparèrent des villes de Kniatjevatz et de Saïtchar et se trouvèrent maîtres de la vallée de la Morava qui permettait de marcher sur Belgrade. Le 1er septembre, le général Tchernaïeff fit passer une partie de l'armée serbe sur la rive gauche de la Morava et livra bataille aux Turcs. L'artillerie serbe fit éprouver de grandes pertes à l'ennemi, mais l'infanterie serbe montra peu de fermeté et lâcha pied. Les Turcs remportèrent une victoire complète.

Le 14 septembre, la Turquie, dont les troupes marchaient sur la capitale de la Serbie, fit connaître les conditions auxquelles elle pourrait traiter de la paix. Elles étaient exhorbitantes et replaçaient la Serbie sous l'autorité immédiate de la Porte. Une bataille des plus acharnées fut livrée les 19, 20 et 21 octobre, près de Djunis, et tourna au profit des Turcs, qui s'emparèrent de Djunis le 29 octobre ; la ville d'Aleksinatz fut obligée de se rendre. Belgrade se trouvait ainsi à la merci de l'ennemi.

Le prince Milan se jeta dans les bras de la Russie et supplia le czar d'arrêter les vainqueurs et d'obtenir un armistice. Le gouvernement russe n'attendait que cet instant pour intervenir. Dès lors, on peut dire que la lutte ne sera plus qu'entre la Russie et la Turquie. La Serbie se mettait à l'écart.

Tentatives de résolution diplomatique

Les négociations furent ouvertes et durèrent plusieurs semaines. Comme elles paraissaient interminables, la Russie obtint la réunion à Constantinople, le 11 décembre 1876, des représentants des puissances, afin de régler la question orientale. Le sultan espère se débarrasser des puissances européenes en prenant l'initiative de réformes. Le 23 décembre 1876, il promulgue la nouvelle Constitution turque.

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Cette Constitution renferme les dispositions suivantes :

  • Le sultan est inviolable ; ses prérogatives sont celles des souverains constitutionnels.
  • La liberté des sujets de l'empire est inviolable et garantie par les lois.
  • Liberté des cultes.
  • Liberté de la presse.
  • Droit d'association.
  • Liberté de l'enseignement.
  • Egalité devant la loi.
  • Répartition égale des impôts.
  • Propriété garantie.
  • Ministres responsables.
  • Deux Chambres, le Sénat et la Chambre des députés.
  • Aucun impôt ne peut être établi sans une loi.
  • Instruction primaire obligatoire.

Telles sont les principales dispositions de cette Constitution tellement libérale, que l'Europe l'accepte avec défiance. La conférence européenne réunie à Constantinople élaborait un programme des réformes à réclamer à la Turquie. À la suite de longues négociations rendues stériles par le mauvais vouloir du gouvernement ottoman, les membres de la conférence arrêtent le 16 janvier 1877 les dernières propositions à présenter à la Turquie, et décident la rupture de la conférence dans le cas où elles seraient rejetées.

Voici ces propositions résumées et communiquées à la conférence par le marquis de Salisbury : Pour le Monténégro, l'agrandissement du territoire ; pour la Serbie, le statu quo ante bellum ; pour les vilayets de Bosnie et d'Herzégovine, ainsi que pour ceux de la Bulgarie, organisation ayant pour base le principe de décentralisation ; entière liberté des cultes ; usage dans les administrations et les tribunaux de la langue locale ; une commission de contrôle appelée à veiller à l'exécution du règlement, composée d'Ottomans et d'Européens.

Le Grand-Conseil ottoman se réunit le 18 janvier et rejette les propositions des puissances, en déclarant que la mort était préférable au déshonneur. Le 20 janvier, les plénipotentiaires se réunissent ; le marquis de Salisbury constate que la Turquie se refusant à accorder les deux garanties d'exécution réclamées par les puissances, savoir : la nomination des gouverneurs et l'organisation d'une commission de contrôle, la conférence devait se considérer comme close.

Après cette déclaration approuvée par tous les plénipotentiaires, la clôture de la conférence est prononcée. Le 31 janvier, le prince Gortschakoff adresse une circulaire aux ambassadeurs dé la Russie, afin de connaître les dispositions des puissances européennes en présence du refus de la Turquie d'améliorer le sort de ses sujets chrétiens. Le 7 février 1877, une révolution de palais opérée à Constantinople renverse le grand-vizir Midhat pacha et le remplace par Edme pacha. Une communication officielle explique la disgrâce de Midhat pacha en disant qu'il inclinait vers une voie contraire à la Constitution.

Le 7 mars, le général Ignatieff, envoyé de Russie près les cours d'Europe, au sujet de la question d'Orient, arrive à Paris. Le but apparent de la Russie est d'obtenir de la Turquie l'amélioration du sort des sujets chrétiens du sultan et les garanties sur lesquelles les puissances de la conférence de Constantinople sont d'accord.

La mission confidentielle du général Ignatieff est de demander que les puissances garantes, l'Angleterre particulièrement, seraient invitées à « signer un protocole par lequel elles se réserveraient de délibérer dans la suite sur le mode d'action qu'il conviendrait de suivre si la Porte ne se conformait pas aux obligations qui lui sont imposées. » Afin de paralyser les démarches du général Ignatieff, Savfet pacha, ministre des affaires étrangères de la Porte, adresse une dépêche dans laquelle il expose l'oeuvre de réorganisation du gouvernement turc.

Le Parlement turc est ouvert le 19 mars par le sultan. Le discours du sultan, après avoir exposé que l'empire avait dû autrefois sa grandeur à la pratique de la justice, au respect des lois et à la bonne administration du pays, constate que l'affaiblissement graduel de son empire a pour cause l'oubli et l'abandon de ces sages préceptes, jusqu'au règne du sultan Mahmoud qui, le premier, comprit et commença la réforme dans l'empire et fit entrer le pays dans la voie de la civilisation et du progrès.

Le sultan annonce en attendant la création d'institutions destinées à développer l'instruction publique. Il a résolu d'agrandir, à ses frais et sous son patronage, l'école civile existante pour y préparer des fonctionnaires aptes à remplir les services publics. Le sultan, après avoir rendu hommage au patriotisme de son peuple et à la bravoure et au dévouement de son armée, constate la pacification du pays, le rétablissement des rapports avec la Serbie et exprime l'espérance de l'issue favorable des négociations engagées avec le Monténégro, ce qui permettrait de renvoyer dans leurs foyers, au grand profit de l'agriculture, des soldats actuellement sous les armes.

Enfin le sultan constate que si la conférence qui s'est réunie à Constantinople sur la proposition de l'Angleterre n'a pas abouti à une entente définitive, il n'en a pas moins été démontré que le gouvernement est prêt à devancer, dans l'application, les voeux des puissances qui peuvent se concilier avec les traités, les règles du droit international et les nécessités de la situation.

Le Protocole de Londres

Le protocole concernant la Turquie est signé le 31 mars à Londres, par les représentants des six grandes puissances. Voici le texte de cet important document :

PROTOCOLELes puissances qui ont entrepris en commun la pacification de l'Orient et ont participé dans cette vue à la conférence de Constantinople, reconnaissent que le moyen le plus sûr d'atteindre le but, qu'elles se sont proposé, est de maintenir avant tout l'entente si heureusement établie entre elles, et d'affirmer de nouveau ensemble l'intérêt commun qu'elles prennent à l'amélioration du sort des populations chrétiennes de la Turquie et aux réformes à introduire en Bosnie, Herzégovine et Bulgarie, que la Porte a acceptées , sauf à les appliquer elle-même. Elles prennent acte de la conclusion de la paix avec la Serbie. Quant au Monténégro, les puissances considèrent comme désirable, dans l'intérêt d'un arrangement solide et durable, la rectification dés frontières et la libre navigation de la Boïana.

Les puissances considèrent les arrangements intervenus ou à intervenir entre la Porte et les deux principautés comme un pas accompli vers l'apaisement qui est l'objet de leurs communs désirs. Elles invitent la Porte à le consolider en replaçant ses armées sur le pied de paix, sauf le nombre de troupes indispensable pour le maintien de l'ordre, et en mettant en oeuvre , dans le plus court délai possible, les réformes nécessaires pour la tranquillité et le bien-être des provinces, de l'état desquelles la conférence s'est préoccupée. Elles reconnaissent que la Porte s'est déclarée prête à en réaliser une partie importante. Elles prennent acte spécialement de la circulaire de la Porte du 13 février 18...

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