La situation entre la Serbie et le Kosovo voisin, son ancienne province, dont elle ne reconnaît pas l’indépendance, déclarée unilatéralement en 2008, est marquée par des barricades, une armée en état d’alerte et des messages d’inquiétude de la part des dirigeants internationaux.
L’Union européenne a appelé à une « désescalade » des tensions dans la région, « au bord du conflit armé », selon la Première ministre serbe. Les États-Unis et l’Union européenne ont appelé ce mercredi 28 décembre à une « désescalade sans conditions » dans cette région où la Première ministre serbe Ana Brnabić a jugé la semaine dernière que la situation était « au bord du conflit armé ».
La présence militaire a été renforcée et le chef des armées serbes a même été dépêché par le président à la frontière, où ont eu lieu des tirs et des explosions et où le Kosovo a fermé son principal poste-frontière ce mercredi 28 décembre.
L’escalade a commencé il y a deux mois… par une histoire de plaques d’immatriculation. Le 1er novembre, le gouvernement kosovar décrète que les Serbes vivant sur le territoire et dont les véhicules portent des plaques d’immatriculation délivrées par la Serbie doivent les remplacer par des plaques de la République du Kosovo.
Les contrevenants risquent une amende de 150 euros, avant une interdiction totale de rouler en avril. La mesure est symbolique puisqu’elle ne concerne que 10 000 des 120 000 Serbes du Kosovo, ce petit État de 1,8 million d’habitants étant par ailleurs peuplé très majoritairement d’Albanais.
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Or les Serbes du Kosovo ne reconnaissent pas l’autorité de Pristina, la capitale où siègent les institutions kosovares, ni l’indépendance du Kosovo, et restent loyaux à la Serbie dont ils dépendent financièrement.
Pour contester cette décision, des centaines de Serbes travaillant pour les quatre municipalités du nord Kosovo, où ils sont majoritaires, ont donc décidé de démissionner des institutions de l’État : le Parlement, le gouvernement mais aussi la police ou les tribunaux.
Des centaines de femmes serbes ont aussi manifesté à Mitrovica, ville ethniquement divisée du nord du Kosovo, pour dénoncer les décisions du gouvernement de Pristina, vues comme une « ghettoïsation » de la minorité serbe.
Un accord a finalement été trouvé le 23 novembre entre Belgrade et Pristina, sous l’égide de l’UE. « La Serbie va cesser de délivrer des plaques d’immatriculation serbes portant des dénominations de villes kosovares et le Kosovo va cesser toute activité pour les remplacer », a expliqué le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.
Mais la bataille des immatriculations touche en fait à la question de l’indépendance du Kosovo, proclamée en 2008, près d’une décennie après une guerre qui fit environ 13 000 morts, en majorité des Kosovars albanais.
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Le Kosovo est reconnu par une centaine de pays, dont la France et la plupart des Occidentaux, et depuis peu par Israël. Pour le Premier ministre kosovar Albin Kurti, la souveraineté est intangible et rien ne peut être discuté sans que la réalité de l’indépendance ne soit reconnue.
Mais Belgrade n’a jamais admis l’indépendance, pas plus que la Russie et la Chine, ce qui prive Pristina d’une place à l’ONU. Cinq membres de l’Union européenne sont également sur cette ligne.
Le jeune État a cependant été admis au sein de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI), du Comité international olympique (CIO), de la Fédération internationale de football (Fifa) et de l’Union des associations européennes de football (UEFA).
Belgrade et Pristina ont entamé en 2011 un dialogue sur la normalisation de leurs relations, sous la médiation de l’UE. Un accord de 2013 prévoyant la création d’une association de dix « municipalités » où vit la minorité serbe est cependant resté lettre morte, Belgrade et Pristina ne s’entendant pas sur leurs compétences.
Nombre de Kosovars albanais craignent la création d’un gouvernement parallèle contrôlé par Belgrade.
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Malgré l’accord trouvé sur les plaques d’immatriculation en novembre, la tension n’est pas retombée, suscitant des commentaires inquiets de Paris et Berlin. Elle a même été alimentée par la décision des autorités kosovares d’organiser, le 18 décembre, des élections dans des municipalités à majorité serbe après la démission de tous les élus serbes en novembre.
Un scrutin finalement reporté. Depuis le 10 décembre, plusieurs centaines de Serbes du Kosovo érigent aussi des barrages dans le nord de l’État pour protester contre l’arrestation d’un ancien policier serbe soupçonné d’être impliqué dans des attaques contre des policiers kosovars.
Point d’orgue ce mercredi 28 décembre : le Kosovo a fermé son principal poste frontière avec la Serbie, la circulation étant paralysée par les barricades. La police kosovare et les forces de maintien de la paix de l’Otan (Kfor) ont également subi plusieurs attaques impliquant des armes à feu.
De son côté, Belgrade encourage les Serbes au Kosovo à défier les autorités locales, au moment où Pristina veut asseoir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Selon le ministre serbe de la Défense Milos Vucevic, le blocage des routes est un moyen de protestation « démocratique et pacifique ».
Pour Jean-Arnault Dérens, historien et rédacteur en chef du Courrier des Balkans cité par Le Figaro, la mise en état d’alerte des forces armées de Belgrade est « un geste de communication ». « La Serbie a intérêt à mettre la barre le plus haut possible pour que les Occidentaux fassent pression sur le Kosovo », estime-t-il.
« À la frontière, chacun se prépare de son côté. C’est peut-être le calme avant la tempête », juge quant à lui Alexis Troude, chargé de cours à l’université Melun Val de Seine et spécialiste des Balkans, également contacté par le quotidien.
Pour les deux spécialistes, cette nouvelle escalade ne devrait cependant pas dégénérer. « Les tensions entre les deux pays montent et redescendent », rappelle ainsi Jean-Arnault Dérens. En attendant, elle constitue un obstacle majeur à l’intégration européenne éventuelle des deux pays.
Selon l’étude de l’ONG Small Arms Survey, la Serbie est le troisième pays au monde où des armes à feu circulent le plus. Tristement fréquente aux États-Unis, la scène est rarissime en Europe. Elle vient pourtant de se produire à deux reprises en Serbie.
Mercredi 3 mai 2023, un adolescent serbe âgé d’à peine 13 ans a ouvert le feu dans une école de Belgrade, tuant neuf personnes, dont huit élèves, tous nés entre 2009 et 2011. Si les mobiles des auteurs présumés ne sont pas encore tous connus, les autorités pointent un coupable : la prolifération des armes. Pourquoi ?
À titre de comparaison, il faut compter 19 armes pour 100 habitants en France. En 1989, 6,1 millions d’armes légères et de petit calibre étaient recensées dans les Balkans, selon un rapport du ministère de la Défense et de la DGRIS en 2017.
La fin des combats a entraîné une baisse de la demande, mais pas la diminution du nombre d’armes en circulation. Selon Small Arms Survey, il faut plutôt compter 2 719 000 armes détenues par les civils en Serbie.
Pourtant, le fait de posséder une arme en Serbie ne va pas de soi et suit des règles. Parmi elles, le détenteur, âgé obligatoirement de 18 ans et plus, doit recevoir un permis de la police. Un examen médical est également nécessaire et doit être refait tous les cinq ans.
À la suite de ces deux fusillades qui ont fait 17 morts, ce vendredi 5 mai au matin, le président de la Serbie, Aleksandar Vucic, a promis un vaste plan visant à récupérer des centaines de milliers d’armes auprès des habitants. Mercredi, il avait déploré « l’un des jours les plus difficiles dans l’histoire contemporaine » du pays.
"U.B., né en 2002", selon le gouvernement serbe, est soupçonné d'avoir commis la tuerie avec une arme automatique dans trois villages près de Mladenovac, à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Il s'agit de "l'un des jours les plus difficiles dans l'histoire contemporaine" du pays, a déploré le président serbe, Aleksandar Vucic, cité par l'AFP.
Selon l'ONG suisse Small Arms Survey, en 2018, il y avait 2,7 millions d'armes à feu détenues par les civils en Serbie, pour 7 millions d'habitants. Parmi elles, 1,18 million étaient officiellement enregistrées et 1,53 million non déclarées.
Le prix d'une arme est plutôt modeste. Une arme de poing coûte 150 euros, un fusil d'assaut 250 euros, d'après Philippe Nobles, chef de section au sein de la direction centrale de la police judiciaire, cité dans le rapport de l'Iris. Ces armes peuvent rapporter davantage lorsqu'elles sont exportées.
Une partie des fusils d'assaut utilisés lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris ont été produits par la fabrique d'armes de l'ex-Yougoslavie.
| Type de données | Nombre |
|---|---|
| Nombre total d'armes détenues par des civils | 2,7 millions |
| Nombre d'armes enregistrées | 1,18 million |
| Nombre d'armes non déclarées | 1,53 million |
Les tueries de ces derniers jours renvoient à d'autres événements similaires qui ont marqué le pays, souligne Reuters (article en anglais). En avril 2013, là encore non loin de Mladenovac, un villageois a tué 13 personnes, dont des membres de sa famille et des voisins, avant de se suicider.
En juillet 2007, un homme avait tué neuf personnes et blessé cinq autres dans le village de Jabukovac, avant d'être placé en hôpital psychiatrique. En 2015, six personnes sont mortes après qu'un homme a ouvert le feu lors d'un mariage à Senta.
"On le voit lors des célébrations, où les gens tirent régulièrement en l'air. "Posséder une arme à feu n'est pas un problème en soi. Mais les armes à feu sont également utilisées pour régler les désaccords quotidiens", ajoute Pedrag Petrovic.
Selon lui, l'instabilité dans les Balkans a alimenté le sentiment que les civils devaient être capables de se défendre tout seuls. A ceci s'ajoute une pratique de la chasse très répandue.
Pourtant, sur le papier, le port d'armes reste encadré. Les personnes de plus de 18 ans ne peuvent posséder d'armes à feu qu'avec un permis délivré par la police, explique Reuters. Un examen médical est obligatoire et doit être refait tous les cinq ans.
Les propriétaires d'armes ne doivent présenter aucun antécédent de crime, de trouble mental, de problèmes liés à l'alcool ou à la consommation de drogues.
Après la fusillade dans une école mercredi, le ministère de l'Intérieur serbe a affirmé dans un communiqué que des contrôles ponctuels à domicile pour vérifier que les armes sont bien rangées, sous peine de confiscation, rapporte la Deutsche Welle. Aleksandar Vucic a, lui, promis de "désarmer" le pays.
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