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L’information fait désordre dans le climat qui règne actuellement autour de la question des armes à feu et de leur libre acquisition aux États-Unis. Paradoxalement, c’est aussi le pays où l’on trouve le plus d’opposants irréductibles à toute forme de contrôle de la vente des armes. Dans la plupart des métropoles le journal télévisé commence par l’annonce du nombre de victimes de crimes violents de la journée.

Contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, le nombre d'homicides par balle aux États-Unis a baissé depuis les années 1990, rapporte le Washington Post. En 1993, il y avait ainsi sept homicides par armes à feu pour 100.000 personnes. Ce nombre était en 2013 de 3,6, selon le Pew Research Center, même si deux homicides sur trois sont toujours commis avec des armes à feu.

Ces vingt dernières années le nombre de meurtres commis avec une arme à feu a chuté de près de 40%, les blessures non mortelles de presque 70%. Les chiffres émanent des statistiques du ministère de la Justice américain cité par l’agence de presse Reuters, la source ne devrait pas faire l’objet de polémiques.

Tendances et chiffres clés

Voici quelques chiffres clés concernant les armes à feu aux États-Unis :

  • Baisse des homicides : En 20 ans, les homicides par armes à feu ont chuté de près de 40%.
  • Blessures non mortelles : Les blessures non mortelles par armes à feu ont diminué de près de 70% sur la même période.
  • Nombre d'armes en circulation : On peut raisonnablement supposer que le nombre d’armes en circulation a également progressé par simple phénomène d’accumulation.
  • Accidents domestiques : Aux USA, les accidents domestiques avec armes à feu (qui sont en chute libre), les suicides, et les mass shootings, sont bien moins nombreux que le nombre de vies sauvées par ceux qui se défendent avec une arme.
  • Nombre d'armes détenues par des civils : Sur les 875 millions d’armes en circulation, 650 millions, soit 75% sont aux mains de civils.
  • Répartition des armes par pays : Avec 270 millions d’armes, les Etats-Unis se placent en tête de liste, suivis par l’Inde (46 millions d’armes), la Chine (40 millions), l’Allemagne (25 millions) et la France (19 millions).
  • Taux de possession d'armes : Les Etats-Unis comptent également la plus forte concentration d’armes en fonction de sa population avec 90 armes pour 100 personnes.

Il est bon de rappeler certaines statistiques : les Etats-Unis détiennent le record du taux de mortalité par armes à feu dans les zones hors conflits. Si l’on prend en compte le total des morts par armes à feu aux Etats-Unis en 2003, on recense 30.242 victimes (soit 83 par jour) répartis comme suit : 17.108 suicides, 11.829 homicides et 762 tirs non-intentionnels ou accidentels.

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En ce qui concerne uniquement les homicides par armes à feu, les chiffres y sont les plus élevés parmi les pays industrialisés : après un pic en 1993 de 17.048 victimes, le nombre de morts par an s’est stabilisé autour de 11.000 (en 2003, 11.041). Toutefois, ces chiffres restent disproportionnés en comparaison des chiffres européens : en 2002, les USA ont connu 10.801 homicides pour 275 millions d’habitants tandis que l’UE a compté 1.260 homicides pour 376 millions d’habitants.

En 2011, dans un sondage de l'institut Gallup, 47% des Américains déclaraient avoir au moins une arme à feu à leur domicile. Aux Etats-Unis, on compte plus d'un meurtre par arme à feu toutes les heures, soit presque 28 homicides par jour ou encore 10 129 meurtres en 2018 (compteur). Selon une autre enquête de 2004, il y avait 283 millions d'armes à feu en circulation aux Etats-Unis. Les USA ont le plus haut taux de possession d'armes à feu du monde : 88 personnes sur 100 auraient une arme. Mais les Etats-Unis n'ont pas le record pour le nombre de meurtres par armes à feu : ce record appartient au Honduras, suivie par le Salvador et la Jamaïque.

Facteurs contribuant à la baisse de la violence armée

Plusieurs raisons expliquent cette amélioration, selon les chercheurs interviewés par le quotidien américain. Le renforcement de la présence policière a joué un rôle certain. Bill Clinton a décidé le recrutement de 100.000 nouveaux agents en 1994. Selon l’économiste Steven Levitt, ces recrutements auraient réussi à réduire de 5% à 6% le nombre de crimes.

Par ailleurs l’utilisation par la police d’ordinateurs permet aussi de mieux collecter les données et de concentrer les efforts sur les zones tendues. Mais il existe aussi d’autres raisons, qui ne tiennent pas du tout au système de sécurité en lui-même, comme l’explique le Washington Post. Une économie en bonne santé permet aux foyers de s’équiper en alarmes et la réduction de la pauvreté réduit aussi les raisons de commettre un crime.

Mais surtout, et c’est là le point le plus intéressant, les mesures politiques et les changements sociétaux incitant à prendre soin de la santé ou de l’environnement ont aussi une influence décisive. La baisse de la consommation d’alcool a fait chuter de 5% à 10% le nombre de crimes, selon le Brennan Center. Selon la chercheuse, une telle loi aurait permis de réduire de 56% le nombre de crimes violents. Le Washington Post ne mentionne que les lois ayant eu un effet sur le territoire américain.

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Débats et controverses

Pourquoi un tel écart entre la réalité et la perception qu’en ont les Américains ? Les fusillades tragiques qui ont marqué le pays durant ces deux décennies semblent jouer fortement : Columbine, Virginia Tech, Aurora, et plus récemment Newtown sont autant de coups de folie meurtriers qui ont frappé les esprits par leur horreur. La multiplication de ces massacres, mais aussi leur médiatisation massive, ont engendré un climat de psychose dans le pays à une époque où le risque zéro, pourtant illusoire, devient une exigence populaire.

Le lobby anti-armes à feu a su profiter de l’émotion qui a suivi chacune de ces tragédies pour imposer l’idée que les armes étaient directement à l’origine d’un déchaînement de violence toujours plus important. Mais les faits sont têtus, et la réalité demeure : près de -40% d’homicides en vingt ans, alors que dans le même temps la population du pays a largement augmenté (on peut raisonnablement supposer que le nombre d’armes en circulation a également progressé par simple phénomène d’accumulation).

Il faut un permis pour conduire une voiture et l’inspecteur doit vous le refusé si vous ne savez vous pas respecté les règles et le lobby des armes a fait repousser un texte demandant un simple contrôle des achats par internet et vérifiant si vous n’êtes pas cinglé.

Le Violence Policy Center qui est *contre* les armes à feu, n’a trouvé que 499 meurtres commis par les 10 millions d’Américains qui ont un permis de port d’arme depuis . . . 1993, date à laquelle les permis de port d’arme ont commencé à être redistribués généreusement. 499 divisé par 10 millions et 20 ans, ça fait moins de 2,5 meurtres par 100000, chiffre inférieur au taux moyen de la population. Notons au passage que le Violence Policy Center compte parmi les 499 « meurtres » un grand nombre d’homicides justifiés (selon la justice), c’est-à-dire des « meurtres » de truands tués par leur victime.

L’arme à feu est investie d’une symbolique spécifique qui s’est construite dans le temps. Selon Eric Roshansky, juriste spécialiste des armes de la mairie de New York : « L’élévation de l’arme à un statut politique sacré explique en partie la raison pour laquelle 30 000 morts par an n’a pas donné lieu à une réglementation complexe, comme elle existe pour l’automobile ou la pharmaceutique. »

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Les Etats-Unis ont commencé très tôt à réguler les armes à feu sur leur territoire. Le Kentucky et la Louisiane ont interdit en 1813 le transport d’armes dissimulées. Plus récemment, le Firearms Owners Protection Act voté en 1986 précise le droit des citoyens de « détenir et de porter les armes sous le Second Amendement ». Une interdiction fédérale de la fabrication, de la possession et de la vente d’un fusil d’assaut semi-automatique à un particulier a été voté en 1994 pendant l’administration Clinton, puis autorisée à expirer en 2004. Le Second Amendement a été interprété par la Cour suprême en 2008 dans l’arrêt District of Columbia v. Heller.

Le rôle de la NRA

Dans tout autre pays, ces chiffres alarmants provoqueraient une intervention immédiate des autorités. Aux Etats-Unis, les partisans de mesures de contrôle sont confrontés au formidable obstacle que représente la NRA. Comptant plus de deux millions et demi d’adhérents, parmi lesquels l’ancien président Reagan et le président Bush, qui en est membre à vie, ce lobby est l’un des groupes de pression les plus puissants.

Forte du soutien financier et politique de ses adhérents et des fabricants d’armes, l’association a réussi jusqu’ici à bloquer la plupart des initiatives législatives, aussi bien à l’échelon fédéral que dans les différents Etats. Elle invoque le deuxième amendement à la Constitution, aux termes duquel une « milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, il ne sera pas empiété sur le droit de la population de garder et porter des armes ».

Un second argument de la NRA est de faire observer que ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les criminels. Bien sûr, toute discussion de la violence criminelle doit distinguer entre les armes à feu en tant que moyen, les responsables directs qui sont les criminels pressant sur la détente, et les causes profondes de la criminalité.

Comparaison internationale

Si la comparaison s’étendait aux autres pays, il faudrait citer les lois encadrant et restreignant l’usage d’armes à feu comme premier facteur global de réduction de ces homicides. Comme le montrait un de nos articles, tous les autres pays de l’OCDE ont des statistiques largement meilleures en matière d’agressions.

Il est frappant d’observer la disproportion entre le traitement du terrorisme, de la drogue ou du sida, d’une part, et la passivité envers le fléau des armes, d’autre part. Pourtant ce dernier fait beaucoup plus de victimes. En 1986, par exemple, il y a eu 20 personnes victimes d’actes terroristes aux Etats-Unis et 508 morts par overdose, mais près de 10 000 décès par arme à feu.

Nicolas Bourcier souligne : "Pour saisir pourquoi la violence criminelle remonte aujourd'hui aux Etats-Unis, il faut comprendre pourquoi elle baissait hier". Selon lui, le recul de la criminalité s'explique par la conjonction inédite de plusieurs données : la prospérité économique sans précédent qui a tendu le marché du travail américain, la forte baisse des effectifs des classes d'âge jeunes, la stabilisation puis la décrue du trafic du crack, l'effet d'apprentissage d'une génération de jeunes des ghettos qui ont vu leurs proches se faire emprisonner ou tuer, et l'afflux d'immigrés qui a redonné vie aux zones déshéritées des grandes villes. "Plusieurs de ces facteurs se sont affaiblis de concert, poursuit le sociologue. De plus, la vigilance vis-à-vis des armes à feu s'est relâchée avec le redéploiement des forces de l'ordre vers la prévention du terrorisme islamiste."

Tableau récapitulatif : Armes à feu aux USA en 2003

Type de décès Nombre de décès
Suicides 17 108
Homicides 11 829
Tirs non-intentionnels ou accidentels 762
Total 30 242

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