Les États-Unis paient un lourd tribut aux armes à feu. Les armes sont devenues la principale cause de décès chez les jeunes Américains, surpassant les accidents de la route, selon une récente étude des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC).
Une étude qui porte sur l’année 2020, aux Etats-Unis, comptabilise 4 368 enfants et adolescents (jusqu’à 19 ans) décédés de blessures causées par une arme à feu, un taux de 5,4 pour 100 000 personnes. Cela traduit une forte hausse des homicides par balle aux Etats-Unis, à l’image de la tuerie dans une école du Texas qui a fait 19 morts parmi des écoliers.
Le chiffre fait froid dans le dos : 4 752 enfants sont morts en 2021 aux Etats-Unis à la suite d'une blessure par arme à feu. C’est une augmentation de près de 42 % par rapport à 2018, et cela fait de 2021 la deuxième année consécutive où les armes à feu sont la principale cause de décès chez les enfants et les adolescents de moins de 19 ans aux États-Unis ; devant les accidents de la route, les overdoses de drogue et le cancer.
Pour la première fois depuis 21 ans, les accidents de la route ne sont plus la première cause des décès des jeunes aux États-Unis. D'après les données des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), qui se basent sur l'année 2020, plus de 4 300 jeunes Américains ont perdu la vie à la suite de blessures ou d'un coup mortel liés à une arme à feu, contre 3 900 morts en ce qui concerne les accidents de la route. Une hausse de près de 30 % (29,5 %) par rapport à l'année précédente et qui est deux fois plus élevée que celle de l'ensemble de la population. Au total, les incidents impliquant des armes à feu ont provoqué la mort de plus de 45 000 personnes aux États-Unis en 2020, soit 13 % de plus que l'année précédente.
4 036 décès ont été imputés aux accidents de la route chez les jeunes Américains de moins de 19 ans ; à titre de comparaison, 332 morts de plus ont été causées par une arme à feu. L’écart s’est graduellement réduit avec la baisse des accidents de la circulation due à des mesures d’amélioration de la sécurité routière au fil des ans, alors que les décès par armes à feu augmentaient. Les deux courbes se sont croisées en 2020, les dernières statistiques disponibles et les résultats ont été analysés dans une lettre au New England Journal of Medicine la semaine dernière.
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Le tableau des CDC montre que près de 30 % des décès étaient des suicides, un peu plus de 3 % étaient des décès accidentels, et les causes restaient indéterminées pour 2 % des cas. Un petit nombre d’entre eux est qualifié d’« intervention légale », c’est-à-dire des décès survenus lors d’interactions avec les forces de l’ordre.
Dans le détail, près de deux tiers de ces 4 752 morts par arme à feu étaient des homicides, et près de 30 % des suicides. Les victimes avaient entre 15 et 19 ans pour la plupart. Plus de huit sur dix étaient des garçons.
Les jeunes Afro-Américains sont victimes d’armes à feu de manière disproportionnée, avec quatre fois plus de risques de mourir par balle que les jeunes Blancs, pour qui les accidents de la route représentent une plus grande menace. Le deuxième groupe le plus affecté est celui des Amérindiens. Les hommes ont aussi six fois plus de risques de mourir à cause d’une arme à feu que les femmes.
Géographiquement, le taux de décès par arme à feu est le plus important dans la capitale américaine Washington, suivi par la Louisiane et l’Alaska. Ces chiffres soulignent que si les tueries comme celle d’Uvalde au Texas provoquent l’effroi dans l’opinion publique, elles ne représentent qu’une petite partie des décès par balle chez les jeunes.
Une étude publiée lundi dans la revue Jama Pediatrics révèle que les États ayant assoupli leur législation sur les armes ont connu une forte hausse du nombre de morts d’enfants, principalement par homicides et suicides. Entre 2011 et 2023, plus de 7.400 décès supplémentaires d’enfants liés aux armes ont été enregistrés par rapport aux tendances des décennies précédentes. Ce pic de mortalité infantile par arme à feu intervient alors que les décès d’enfants dus aux accidents de la route, auparavant en tête, ont eux diminué.
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Tout est parti d’un arrêt de la Cour suprême en 2010 : le Deuxième amendement de la Constitution, garantissant le droit de porter des armes, pouvait désormais s’imposer aux États eux-mêmes. Conséquence : de nombreux États ont choisi d’assouplir leurs lois locales.
Les chercheurs ont comparé les décès réellement survenus chez les enfants depuis 2011 aux projections basées sur la période 1999-2010, en tenant compte de l’évolution démographique. Le résultat est évocateur puisque les États les moins stricts affichent à eux seuls plus de 6.000 morts supplémentaires. En revanche, les huit États les plus rigoureux n’enregistrent quasiment aucune surmortalité infantile. Certains États font toutefois exception : dans l’Illinois et le Connecticut, les décès ont augmenté malgré des lois strictes. Une explication possible : la tuerie de Sandy Hook, dans une école du Connecticut en 2012, qui a fait 26 morts, dont 20 enfants.
L’étude évoque un facteur aggravant : les armes mal sécurisées dans certains foyers, notamment dans les quartiers défavorisés. Les enfants afro-américains figurent parmi les premières victimes de cette hausse.
En analysant les homicides et suicides sans arme à feu, les chercheurs n’ont noté aucune hausse équivalente, ce qui renforce l’hypothèse du rôle des armes dans ces décès. Par ailleurs, les enfants noirs ont connu la plus forte augmentation, l’étude émettant l’hypothèse d’une disparité sociale dans l’emplacement plus ou moins sécurisé des armes dans les foyers.
Depuis 40 ans, le type d'armes à feu détenues dans les foyers américains a profondément changé. Une évolution qui n'est pas sans conséquence sur le nombre d'accidents mortels chez les enfants, selon une étude. En se basant sur les statistiques nationales de 1976 à 2016, les chercheurs ont établi que le nombre de familles avec de jeunes enfants qui possèdent une arme à feu a diminué de 50 à 45% pour les familles blanches (aux Etats-Unis, les études ethniques sont autorisées). Mais dans le même temps, les armes de poing sont passées de 49% du total des armes à feu possédées en 1976 à 72% en 2016. Cette augmentation explique en partie l'explosion du nombre de blessures mortelles par arme à feu chez les jeunes enfants, selon l'étude publiée dans le journal Pediatrics.
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Les chercheurs expliquent que les armes de poing sont achetées le plus souvent pour se protéger, et donc sont stockées chargées et déverrouillées, dans lieux plus facilement accessibles. "Nous savons, d'après des données, que nous ne pouvons pas simplement dire à nos enfants de ne pas toucher, que même s'ils savent qu'ils ne doivent pas toucher, ils le font quand même", explique le docteur Wendy Sue Swanson.
| Cause de Décès | Nombre de Décès (Jeunes Américains -19 ans) |
|---|---|
| Armes à Feu | 4 368 |
| Accidents de la Route | 4 036 |
« Nous continuons de ne pas protéger nos jeunes d'une cause de décès évitable », ont fustigé les scientifiques dans une lettre ouverte publiée dans le New England Journal of Medicine. « Les raisons de l'augmentation ne sont pas claires. On ne peut pas supposer que la mortalité liée aux armes à feu reviendra plus tard aux niveaux d'avant la pandémie », ajoutent-ils également.
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