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Vous est-il déjà arrivé de regarder une série ou un film policier où les acteurs interviennent sur une scène de crime ? Une enquête criminelle s’appuie donc en partie sur les traces matérielles retrouvées sur les lieux d’un délit ou sur une scène de crime. Pour ce faire, les enquêteurs et la police scientifique y relèvent méthodiquement traces et indices. Depuis deux décennies, les séries télévisées ont largement vulgarisé l’importance de la collecte des traces sur une scène de crime ou sur un individu suspect.

En criminalistique, il ne s’agira ni d’armement, ni d’armurerie, ni même de balistique au sens réel, mais avant tout d’expertises d’armes, de munitions et de conditions de leur emploi, donc de tirs.

La Direction de Tir et l'Analyse Balistique

A la base de l’étude criminalistique d’une trajectoire balistique se trouve la distinction, primordiale, entre orifice d’entrée et orifice de sortie, qui permettra l’établissement de la direction de tir et l’évaluation de sa distance de tir. La direction de tir sera marquée par des flèches sur cette trajectoire.

Les Traces de Sang : Un Indice Précieux

Le sang est un élément primordial sur une scène, il permet d’établir un profil génétique mais pas seulement : où le sang atterrit, comment il atterrit, sa consistance, la taille et la forme de ses gouttelettes ou éclaboussures, peuvent révéler de nombreux aspects importants du crime. Mais qu’est-ce que la morphonanalyse ?

La Morphonanalyse des Traces de Sang

Cette discipline est fondée sur l’observation et l’analyse des caractéristiques des traces de sang (taille, forme, dispersion) et leur relation avec la scène. Le sang contient à la fois du liquide (plasma et sérum) et des solides (globules rouges, globules blancs, plaquettes et protéines). À l’intérieur du corps, le sang navigue à l’état liquide : lorsqu’une personne se blesse, se coupe, le sang sort du corps à l’état liquide ; cependant il ne reste pas longtemps sous cette forme. Le sang peut quitter le corps de différentes manières, selon le type de blessure infligée.

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Lors de son analyse, l’expert s’appuie sur trois principaux éléments interdépendants : la taille, la forme et la répartition des traces de sang. Les experts peuvent déterminer le sens de projection d’une éclaboussure en étudiant sa forme : le point d’impact de la goutte aura une forme arrondie tandis que la partie la plus éloignée sera déformée et irrégulière. Mais cela ne donne qu’un espace en deux dimensions. La zone d’origine correspond à la zone où l’impact a eu lieu dans l’espace.

Comme vous pouvez le constater, la morphonanalyse des traces de sang n’est pas aussi simple que Dexter Morgan le fait apparaître. Les experts dans le domaine disent d’ailleurs qu’il s’agit autant d’un art que d’une science. Bien que les aspects importants de la matière soient étayés par la recherche, les experts doivent veiller à ne pas dépasser les limites.

Les Microtraces : L'Art de l'Infiniment Petit

Les possibilités d’exploitation de ces traces pour résoudre une enquête sont maintenant bien connues du grand public. Pourtant, un type de traces reste encore aujourd’hui assez confidentiel, celui de l’infiniment petit. Ce monde où l’œil humain trouve ses limites est lui aussi peuplé de traces exploitables, que l’on nomme « microtraces ». Leurs dimensions sont généralement inférieures au millimètre et échappent à notre perception.

Le seul défi est d’être capable de les collecter sans les voir, par le biais de prélèvements systématiques, afin de pouvoir ultérieurement les exploiter. Il n’est donc pas nécessaire qu’un criminel se blesse et saigne - ou abandonne ses autres fluides biologiques (salive et sperme notamment) - pour laisser son ADN sur une scène de crime. En effet, chacun de ses contacts avec la victime ou de ses manipulations d’objets dans l’environnement de la victime peuvent laisser quelques cellules de peau et conduire potentiellement à l’obtention de son ADN.

En l’absence de contact, des projections microscopiques de salive ou de sang peuvent aussi mener à une identification par l’ADN. Les microparticules de sang proviennent de petites projections de sang, non détectables à l’œil nu, en particulier sur les vêtements noirs (ou très foncés) d’un criminel. Un prélèvement systématique par bandes adhésives sur le vêtement va faire apparaître de manière claire ces microtraces de sang.

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Les Microtraces Biologiques et Chimiques

Lorsque les faits se passent en extérieur, la nature peut aussi venir en aide à la justice via des débris microscopiques de minéraux ou de végétaux. Ceux-ci peuvent être retrouvés sous les semelles, sur les vêtements ou dans les poches d’un criminel par exemple. Ces microtraces peuvent être indicatives de la nature du sol ou de la végétation présente sur le lieu des faits, ou encore du lieu où la victime a éventuellement été déplacée après les faits.

Les armes à feu sont régulièrement utilisées ou exhibées dans des faits criminels. La manipulation ou l’utilisation d’une arme conduit à la contamination des mains, du visage et des vêtements du criminel par des résidus de tirs. Ces derniers sont des particules microscopiques dont la forme et la composition chimique sont caractéristiques, bien que la composition puisse aussi varier en fonction de la munition et de l’arme impliquées.

Les vêtements que nous portons sont aussi très utiles pour révéler des contacts criminels. En effet, la friction entre deux matières textiles qui entrent en contact l’une avec l’autre va provoquer un échange de minuscules entités microscopiques que sont les fibres textiles. Ces dernières sont la base de la fabrication des fils textiles qui servent à confectionner nos vêtements. Ces échanges peuvent être d’autant plus intenses que les contacts entre une victime et son agresseur sont violents. Les vêtements d’une victime recèlent donc des microtraces de fibres textiles provenant des vêtements de son agresseur, et en particulier dans les zones où se sont concentrés les contacts, comme la zone du cou dans l’exemple d’un étranglement.

En l’absence de vidéo-surveillance et de débris automobiles sur les lieux de l’accident, de microscopiques traces de peinture automobile peuvent être retrouvées sur les vêtements de la victime et leur analyse peut conduire à identifier une marque, voire un modèle de véhicule à faire rechercher par les services de police. Une fois le véhicule suspect retrouvé, une comparaison formelle peut intervenir avec la peinture des parties accidentées. En général, la comparaison demeure encore possible même si le véhicule a été réparé entre-temps.

La Complexité de l'Analyse Scientifique

En France, les experts de police ne sont pas des superflics polyvalents capables de déceler une microtrace de sang, mener l’entretien profilant d’un serial killer puis de dégainer plus vite que l’agent Catherine Willows dans « Les Experts à Las Vegas ». En fait, les métiers d’enquête de police, de collecte de scellés et d’analyse scientifique restent séparés - à l’inverse de ce que montre la série « RIS. Police Scientifique ».

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Quand un délit survient, que l’enquête débute, les responsables de l’identité judiciaire, les « ijistes », « figent sur place » la « scène du crime ». Formés pour cela, gantés, masqués, protégés, ils mettent des barrières, s’assurent que personne, journaliste, voisin, ne viendra polluer l’endroit en postillonnant, ou avec ses chaussures. Puis ils prennent des photographies, font des croquis, relèvent les indices, les échantillons d’ADN, qui sont ensuite placés sous scellé par l’officier de police judiciaire.

En France, les trois-quarts des « Experts » ne sont donc pas des policiers, mais d’anciens doctorants des facs de science, des ingénieurs, des techniciens au service des magistrats et de la police judiciaire. Ces chercheurs sont aussi des fonctionnaires d’un établissement public, l’Institut National de la Police Scientifique (INPS), qui regroupe tous les services de la police technique et scientifique : biologie, balistique, documents-traces, empreintes digitales, incendies-explosions, physico-chimie, stupéfiants, toxicologie, traces technologiques, toute la « criminalistique ».

La Police Scientifique Française: Indépendance et Objectivité

De l’avis du directeur du laboratoire de Marseille, la séparation des taches de police et d’analyse scientifique grâce à l’INPS importe beaucoup : elle préserve l’indépendance de l’expertise des pressions policières ou des juges. Généralement, nous connaissons à peine l’affaire dont nous traitons les scellés. Nous sommes objectifs et neutres. Ces regards différents sur la même enquête évitent les fausses pistes et étoffent l’enquête.

Nous n’avançons jamais un jugement de culpabilité. Nous répondons à une question posée par l’enquêteur ou le magistrat. De quelle marque de voiture provient cet éclat de peinture trouvé dans la plaie d’un accidenté ? Telle douille a-t-elle été tirée par cette arme ? Cette personne est-elle morte par noyade ? Nous pouvons retourner vers un enquêteur pour discuter la manière dont il a prélevé des indices, ou demander à élargir la recherche. Le fait de ne pas être des deux côtés de la barrière, ni policiers, ni juges, garantit notre indépendance.

Le Luminol et la Révélation des Traces de Sang

La police scientifique utilise depuis 2003 une nouvelle molécule réactive aux ions de fer contenus dans le sang, le luminol Bluestar, actif dans l’obscurité. Que le sol ait été lessivé, le sang dilué mille fois, il reste toujours quelques ions métalliques sur une « scène d’un crime » - et le luminol le révèle par chimiluminescence. Les traces de sang fournissent des ADN, leurs projections donnent aux « morphoanalystes » des indications sur la manière dont un coup a été porté, comment le sang a coulé ou jailli.

Mais si le luminol est un produit de détection efficace, gare aux erreurs d’interprétation. Il réagit aussi au cuivre, au sang dans les urines, aux matières fécales et au sodium contenu dans l’eau de Javel : il pourrait par exemple désigner un promeneur qui s’est soulagé au mauvais endroit. C’est arrivé.

Les Procédures de Collecte et de Conservation des Preuves

Police scientifique, comment travaille t’elle ? La phase de « fixation de la scène » ou « gel des lieux » est ici primordiale. Lors de la découverte d’une arme à feu, il est très important de photographier l’arme et/ou les éléments balistiques (douilles, ogives) avec un repère millimétrique avant toute manipulation. Cette phase permet de relever lorsque cela est possible la position du chien, de la culasse, du chargeur et des différents éléments assurant la sûreté de l’arme.

Dans le cas d’un revolver où les douilles ne sont pas éjectées par l’arme, il est important de noter le contenu des différentes chambres à cartouches et la position relative de chaque chambre par rapport au canon. Une autre phase essentielle lors de la découverte d’une arme à feu et d’éléments balistiques sur une scène d’infraction et plus particulièrement sur une scène de crime : il s’agit de la «prise de côtes». Cette phase consiste à relever la position de l’arme et des différents éléments de munitions par rapport à des points fixes (murs, bouches d’égouts, bâtiments).

Lorsqu’une arme est prélevée et conditionnée, il est important de respecter des règles de sécurité basiques mais essentielles. En France, ce sont les personnels habilités qui sont appelés à manipuler les armes sur les scènes d’infractions (Officier de Police Judiciaire, le corps des policiers actifs et les gendarmes). Lors de la découverte d’une arme à feu sur une scène d’infraction et de son appréhension, des règles strictes s’imposent dans le contexte de la préservation des traces et de la sécurité. En effet, il ne faut jamais introduire un objet dans le canon et veiller à l’orientation de celui-ci lors de la mise en sécurité de l’arme. Idéalement, le canon de l’arme doit être orienter vers une zone susceptible d’absorber une décharge accidentelle (appelé également zone neutre).

La manipulation de l’arme se fait par le pontet (partie métallique entourant la queue de détente) ou par les plaquettes de crosse, avec le port de gants et d’un masque afin d’éviter toute contamination involontaire de la part de l’intervenant. Généralement l’arme est conditionnée dans une boîte en carton de manière à limiter tout contact entre l’arme et le support et afin de préserver les éventuels traces et indices présents sur celle-ci.

Prenons le cas par exemple, de la découverte d’une arme à feu jetée dans l’eau (flaque, mer, lac etc.). Le fait de sortir l’arme de l’eau, la faire sécher et la conditionner dans une boite en carton va modifier l’environnement direct dans lequel l’arme a été retrouvée. En effet, le risque d’oxydation de l’arme se trouve ici accru une fois l’arme au contact de l’oxygène de l’air. Ainsi, la meilleure façon de préserver l’ensemble des traces et indices est de conditionner l’arme dans une boite hermétique contenant l’eau dans laquelle l’arme a été découverte et la fixer de façon à éviter tout mouvement à l’intérieur. Les douilles et ogives retrouvées sur une scène doivent être prélevées avec précaution et conditionnées dans des emballages adéquats. Il arrive que la recherche des éléments de munitions sur une scène soit extrêmement difficile.

Techniques d'analyse des traces
Type de trace Méthode d'analyse Information potentielle
Traces de sang Morphoanalyse, analyse ADN Profil génétique, déroulement des événements
Microtraces (fibres, cheveux) Microscopie, analyse ADN Lien entre victime et agresseur
Résidus de tir Analyse chimique Identification de l'arme et des munitions
Traces de peinture Comparaison de composition Identification du véhicule impliqué

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