La question de la relation entre les armes à feu et l’identité citoyenne aux États-Unis est complexe, enracinée dans l'histoire du pays. En effet, le débat sur la relation du pays avec ses 300 millions de revolvers, pistolets et autres fusils d’assaut pose la question de l’existence d’un "mal américain".
Aux prémices de la conquête de l’Ouest, les États-Unis commencent à définir leurs frontières. Déjà, les premiers arrivants s’emparent des armes à feu pour faire face à un « monde hostile ». Les institutions sont alors peu présentes et l’adoption en 1791 du Deuxième amendement de la Constitution prévoit pour le peuple le droit de détenir et de porter des armes. Ainsi, « le lien entre droit aux armes et américanité se fait-il dès les origines de la nation.
Cet héritage explique en partie l’attachement des citoyens américains à la notion de liberté individuelle, et surtout au droit à l’insurrection contre tout gouvernement devenu tyrannique ainsi qu’au droit à l’autodéfense, sorte de garantie de la participation des citoyens au maintien de l’ordre.
Aujourd’hui, on dénombrerait environ 300 millions d’armes à feu en circulation dans le pays alors, que dans les années 1990, on en comptait près de deux fois moins. Pour une partie de la population, le pays en subit les conséquences au regard du taux de suicide à l’arme à feu plus élevé qu’ailleurs, du bilan des meurtres de masse toujours plus lourd et du nombre croissant de victimes d’accidents liés à ces armes, victimes notamment mineures.
Ainsi, le nombre de victimes de fusillades ne cesse-t-il de croitre, atteignant des niveaux records en 2012, année des fusillades d’Aurora et de l’école Sandy Hook. Toutefois, ces données sont contestées par une partie de la population. Rejetant les analyses présentant les conséquences négatives des armes à feu, certains voient plutôt dans ces chiffres, une nouvelle justification à l’armement. C’est le cas notamment des groupes prônant l’armement en milieu scolaire.
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L’arme est-elle blanche, républicaine, et du Sud? Sur 100 personnes penchant vers la défense des armes, 56 sont des hommes, alors que 40 sont des femmes. Sur le même échantillon, 57 sont blanches et 28 sont noires. 75 de ces 100 personnes sont républicaines alors que 23 sont démocrates. 60 habitent des zones rurales. Enfin, 54% des habitants du Mid-Ouest privilégient le droit aux armes à leur contrôle contre 48% des habitants du Sud, et 34% des habitants du Nord Est.
Si l’on superpose ces informations avec l’augmentation du nombre d’armes en circulation aux États-Unis, on pourrait croire que le sujet est devenu si polarisant que la société américaine est le terrain d’un affrontement. Et pourtant, il y aurait certes plus d’armes, mais de moins en moins de propriétaires d’armes.
Par ailleurs, il semblerait que plus de 70% de la population américaine se trouve en réalité dans une position intermédiaire, c’est-à-dire, en faveur du droit des armes dans un cadre restreint et limité.
Le débat sur les armes anime la nation américaine depuis plus d’un siècle, période d’apparition des premières lois restrictives. D’autant que le lobby pro-armes établit un classement et une notation des élus selon qu’ils défendent leurs causes ou non. Les prochaines midterms représentent donc un enjeu, en ce que le Sénat devrait basculer côté républicain.
Pour la NRA, ces élections de mi-mandat représentent ainsi une réelle opportunité, du fait notamment de son lien fort avec les Républicains. Jusqu’à présent, le lobby aurait dépensé plus de 19 millions de dollars dans des courses au Sénat. Aussi, les candidats républicains en Arkansas et en Iowa, Tom Cotton et Joni Ernst, auraient-ils reçu respectivement 2,8 et 2,4 millions de dollars pour leurs seules campagnes.
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Cela n’a pas échappé aux autres lobbys, comme l’Independance USA PAC, un lobby pour le contrôle des armes, qui aurait quant à lui dépensé presque 1,6 million de dollars sur des candidats démocrates. De quoi invalider la thèse d’une véritable polarisation de la société américaine, tout en confirmant celle d’une impasse sociétale.
La notation des élus établie par la NRA varie sur une échelle allant de A+, c’est-à-dire l’élu pro-armes ayant réussi à légiférer sur la question, à F, c’est-à-dire l’élu anti-armes ayant légiféré à l’encontre du droit aux armes. Tous les candidats pour les prochaines élections au Sénat ont ainsi été notés selon cette notation.
Les États-Unis sont le premier exportateur d’armes au monde. Durant la période 2018-22, les ventes d’équipements militaires américains ont représenté 40% des exportations mondiales, selon des chiffres compilés dans une étude publiée par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm [SIPRI] en mars dernier.
Ainsi, l’an passé, le montant total des ventes d’armes américaines a atteint le niveau record de 238 milliards de dollars [près de 220 millards d’euros], en hausse de 16% par rapport à 2022. Ce résultat est en grande partie dû à la progression des ventes conclues dans le cadre de contrats de gouvernement à gouvernement, via la procédure FMS [pour Foreign Military Sales], celles-ci ayant atteint près de 81 milliards de dollars [soit une progression de 55,9%].
Évidemment, le contexte sécuritaire en Europe, marqué par la guerre en Ukraine, explique en grande partie cette hausse sensible des ventes d’armes américaines. Selon un étude de l’Institut des relations internationales et stratégiques [IRIS], « 78% des 100 milliards de commandes d’équipements passées par des États membres de l’Union européenne [UE] depuis février 2022 ont été conclues auprès de pays tiers à l’UE » et « 63% des commandes européennes ont été passées au bénéfice des seuls États-Unis ».
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Cela étant, à court terme, cet afflux de commandes ne se traduira pas forcément par une hausse du chiffre d’affaires des industriels américains dans la mesure où ceux-ci connaissent des difficultés pour adapter leurs capacités de production à la demande, notamment à cause d’une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée et de problèmes dans la chaîne d’approvisionnement.
En juin 2024, l'OTAN a estimé que ses 32 États membres ont dépensé 1 474 milliards de dollars pour leur défense. Ces dépenses varient largement d'un pays à l'autre. Les indicateurs liés aux dépenses militaires méritent davantage d'attention lorsqu’ils sont rapportés à la population ou au PIB de chaque État membre de l'Otan.
Les dépenses militaires de la Pologne représentent ainsi 4,12 % de son PIB national, contre 3,43 % pour l'Estonie. Ces deux pays, également membres de l'UE, devancent même les États-Unis en la matière (3,38 %). Il en va de même pour les dépenses militaires ramenées à la population. Derrière les États-Unis, qui dépensaient 2 239 $ par habitant dans leur défense en 2024, on retrouve la Norvège (1 754 $/habitant), le Danemark (1 479 $/habitant), la Suède (1 185 $/habitant) et la Finlande (1 103 $/habitant).
| Pays | Dépenses militaires (% du PIB) | Dépenses militaires par habitant ($) |
|---|---|---|
| Pologne | 4.12% | Non disponible |
| Estonie | 3.43% | Non disponible |
| États-Unis | 3.38% | 2,239 |
| Norvège | Non disponible | 1,754 |
| Danemark | Non disponible | 1,479 |
| Suède | Non disponible | 1,185 |
| Finlande | Non disponible | 1,103 |
Les Etats-Unis ont le taux de possession d'armes à feu parmi les civils le plus élevé de la planète (on estime qu'il y a aux Etats-Unis neuf armes à feu pour dix personnes, enfants compris). Selon une étude réalisée en 2016 par Erin Grinshteyn et David Hemenway, le taux d'homicide y est six fois plus élevé que dans la plupart des autres pays développés et le taux de suicide par balles est huit fois plus important.
Des statistiques comme celles-ci soulèvent une question essentielle : le grand nombre d'armes américaines augmente-t-il le risque de mort violente aux Etats-Unis ou les Américains ont-ils davantage besoin de s'armer pour se défendre contre une société particulièrement violente ?
Pour tenter d'y voir plus clair, Rand Corporation, un think tank américain, a étudié les effets d'une modification de la législation en matière d'armes à feu dans trois pays, l'Australie, Israël et la Suisse.
Le 28 avril 1996, un homme armé ouvrit le feu sur des touristes dans la station balnéaire de Port Arthur, en Tasmanie. Ce fut le pire meurtre de masse de l'histoire australienne. Très vite, le gouvernement australien et les Etats australiens se mirent d'accord pour changer la législation. Les fusils automatiques furent interdits tout comme de nombreux semi-automatiques. Les ventes entre particuliers furent prohibées et toutes les armes devaient être enregistrées au nom de leur propriétaire.
De surcroît, le gouvernement offrit d'acheter les armes interdites à leurs propriétaires au prix du marché durant douze mois. Par la suite, de nombreuses études estimèrent que la nouvelle législation avait eu un impact très net. Le Washington Post nota qu'entre 1995 et 2006, les suicides par armes à feu avaient baissé de 65 %, les homicides par armes à feu de 59 % et, plus impressionnant, qu'il n'y avait plus eu de fusillades alors que l'Australie en avait essuyé onze avant la tuerie de Port-Arthur.
En 2004, l'armée suisse introduisit une nouvelle réforme qui réduisit de moitié l'effectif de ses troupes, de 400.000 à 200.000. Or, en Suisse, chaque membre actif de l'armée se doit d'emporter son arme et son équipement à domicile. Les recrues qui finissent leur service militaire peuvent quant à eux choisir d'acheter leur arme à un prix avantageux.
Cette réforme a par conséquent considérablement fait chuter le nombre d'armes à feu détenues par les civils. En 2013, une étude menée par le psychiatre suisse Thomas Reisch remarqua qu'à partir de 2004, année de la réforme de l'armée suisse, le nombre de suicides par arme à feu avait chuté. Néanmoins, il est très difficile de prouver à 100 % que la baisse du taux de suicide est liée au nombre restreint d'armes à feu détenues par les civils.
Une étude israélienne a fait le même constat.
La question des dépenses en armes à feu aux États-Unis est complexe, avec des enjeux sociétaux, politiques et économiques imbriqués. Les statistiques sur la possession d'armes et la violence armée soulèvent des questions essentielles sur la relation entre les armes et la sécurité. Les études comparatives avec d'autres pays offrent des perspectives intéressantes, mais il est difficile de tirer des conclusions définitives en raison de la complexité des facteurs en jeu.
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