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Au XIXe siècle, la fabrication des armes militaires légères (fusils et pistolets) ne peut demeurer en dehors des progrès de la Révolution industrielle. Elle fait donc l’objet d’un processus de mécanisation qui est également une aventure humaine.

En fait, de 1850 à 1870, soit quasiment au cours du Second Empire, les responsables militaires et politiques sont confrontés à un double défi. Il importe d’une part de doter l’armée d’un fusil moderne, car l’on est dans une période d’intense innovation technique. Il faut, parallèlement, passer d’une production essentiellement manuelle, assurée par des armuriers qualifiés, à une production mécanisée, fondée sur un recours systématique aux machines-outils.

Modernisation de l'armement au XIXe siècle

À l’issue des guerres de la Révolution et de l’Empire, la modernisation de l’arme vise un triple objectif :

  1. Supprimer les ratés au départ du coup en remplaçant la platine à silex par une platine à percussion.
  2. Obtenir un tir précis à longue portée grâce à l’adoption du canon rayé et de balles profilées en lieu et place du canon à âme lisse tirant des balles rondes.
  3. Accroître la cadence de tir en recourant au chargement par la culasse et non plus par la bouche.

Dès 1841 d’ailleurs, la Prusse dote son armée d’un fusil répondant aux nouvelles exigences, le Dreyse. Soucieuse de posséder des instruments aussi efficaces que ceux de ses adversaires potentiels, la France crée en 1837 sa première arme légère à percussion, la carabine Delvigne-Pontcharra, avant d’adopter en 1840 le système de mise à feu par percussion. Enfin, en 1857, est retenu le principe du canon rayé.

Il s’agit là seulement d’une première étape, puisque toutes les armes produites se chargent encore par la bouche (en dépit des difficultés nées de l’utilisation de balles profilées). Par ailleurs, au plan technique, la réalisation de rayures requiert un travail plus précis que la fabrication des canons à âme lisse qui supportaient une plus grande tolérance de calibre compte tenu du principe du « vent ».

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Cette phase de transition technologique, recouvrant essentiellement la période 1842-1866, contraint les quatre manufactures françaises (Châtellerault, Mutzig, Saint-Étienne et Tulle) à transformer le stock existant tout en construisant des armes neuves répondant aux nouvelles normes. Il est vrai que la modification de fusils construits manuellement n’exige pas de machines compliquées.

En 1864, le conflit prusso-danois démontre la supériorité des fusils à chargement par la culasse sur ceux à chargement par la bouche. Face au conservatisme des milieux militaires, Napoléon III, partisan avéré de l’innovation, pousse alors le Comité d’artillerie dans la voie de la modernisation. Ce dernier réalise ainsi une étude systématique de l’armement des grandes puissances, au terme de laquelle sont fixées les conditions à remplir par le fusil futur de l’armée française : chargement par la culasse, utilisation d’une cartouche portant son amorce, projectile d’un calibre compris entre 9 et 12 mm, présence d’une hausse graduée, dimension et poids comparables à ceux de la carabine de chasseurs et enfin entretien et maniement aisés.

La victoire de la Prusse sur l’Autriche en 1866 conduit à adopter (dans une certaine urgence) le système Chassepot, premier modèle réglementaire français véritablement moderne, qui répond globalement à ce cahier des charges.

L'essor de la mécanisation et de la standardisation

Normaliser la production en recourant à des machines pour assurer l’exacte reproduction des pièces (et donc leur parfaite interchangeabilité) est une idée déjà ancienne, mise en avant par Honoré Blanc, mais alors très incomplètement, et surtout très imparfaitement réalisée. Le processus retenu porte en effet seulement sur la platine du fusil modèle 1777 et exige une finition manuelle à la lime.

Désireux de mettre le plus largement possible ce concept en pratique, les États-Unis décident en 1814 de réaliser une arme individuelle dont les pièces seront réellement interchangeables. Ils y parviennent finalement avec le fusil modèle 1842. En France, en revanche, le procédé d’Honoré Blanc, d’un coût plus élevé que la fabrication artisanale, est abandonné, si bien que la production demeure, pour l’essentiel, manuelle. Les ouvriers armuriers réalisent des parties d’armes, voire des armes complètes, selon des gabarits. Toutefois, les cotes restent assez larges, eu égard au mode de fabrication, ce qui exige des ajustements en cas de réparation.

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Le rapport établi en 1868 par le colonel René décrit la situation jusqu’aux années 1860 : « (…) Presque toutes les pièces de l’arme étaient fabriquées à la main. Les meules, les bancs de forerie ou d’alésage constituaient la majorité des machines, mais si le mouvement de la machine était mécanique, la pièce n’en restait pas moins dans la main de l’homme dont l’habileté plus ou moins grande faisait la valeur du produit. Quelques tours à canon, quelques machines à fendre les baïonnettes, etc., se rencontraient dans une ou deux des manufactures. L’attention était cependant éveillée par l’exemple donné par l’Amérique et imité par l’Angleterre, on suivait avec intérêt cette transformation radicale dans l’industrie des armes, mais on hésitait à se lancer dans cette voie nouvelle avant d’être suffisamment édifié sur les résultats. » En réalité, les seules machines modernes utilisées au sein des quatre établissements français semblent être les machines à rayer les canons, adoptées à partir de 1855, lorsqu’il a fallu transformer en grand nombre les fusils à canon lisse.

La volonté de mécanisation se heurte d’autre part à un certain nombre de difficultés conceptuelles. En effet, la recherche permanente de la performance dans les fusils est avant tout le fait d’armuriers, qui imaginent des solutions techniques dans leur domaine, sans prendre en compte les éventuels problèmes de fabrication par procédé mécanique. Bref, il est possible de caricaturer leur position d’une boutade, « si nécessaire, la machine suivra », ce qui, en pratique, ne s’avère pas forcément exact.

Là encore, le rapport René est formel : « Lorsqu’un industriel veut fabriquer rapidement une grande quantité d’objets de même nature (d’armes par exemple), il commence par établir un type qui satisfasse pleinement au service que l’on attend de l’objet, puis il le décompose dans toutes ses pièces et soumet chacune d’elles à un examen attentif afin de lui imposer les formes qui se prêtent le mieux au travail mécanique. Le type ainsi reconstitué devient le type invariable d’après lequel la fabrication entière sera montée. Telle pièce exigera l’emploi des raboteuses, telle autre demandera des fraiseuses, etc., mais il n’y aura plus ni doute ni hésitation ; le fabricant connaît la série des machines qu’il emploiera ; il en connaît le rendement et par suite le nombre nécessaire à l’exécution de sa commande dans le délai fixé (…). À partir de l’établissement de ce type invariable, il n’y a pas un moment de perdu, pas un mouvement faux, pas de retours en arrière, puis tous les éléments sont réunis, l’atelier est en activité et, dès le début, la production se présente sur une grande échelle. C’est ce que l’on nomme la fabrication méthodique, la seule qu’un industriel sérieux ose entreprendre et qui est exclusivement fondée sur la permanence absolue du type (…). Or les conditions posées à l’artillerie ne permettaient pas de songer à la fabrication méthodique.

De plus, à ces limitations conceptuelles nées du processus constant d’innovation et d’expérimentation qui marque alors le domaine de l’arme légère, s’ajoute, pour les responsables, le poids des préoccupations sociales, en d’autres termes, des dégâts humains susceptibles d’être occasionnés par le passage d’un système artisanal ou semi-artisanal à un système mécanisé. Le colonel René résume ainsi le dilemme posé aux autorités françaises : « Le changement des procédés de fabrication dans les Manufactures de l’État était beaucoup plus grave pour la France que pour les États-Unis ou l’Angleterre. Les États-Unis étaient depuis fort longtemps habitués à faire des travaux mécaniques. L’Angleterre, suffisamment édifiée par la guerre de Crimée sur les dangers que court un pays quand il abandonne la fabrication de ses moyens de défense à l’Industrie privée, avait renoncé à ses errements et s’était hâtée de construire à Enfield une Manufacture qui la dispensait d’avoir recours à l’industrie. (…). En France, nous possédions de vastes établissements et un personnel d’ouvriers considérable que l’humanité défendait de renvoyer avant de leur avoir procuré des moyens d’existence. Le changement ne pouvait donc être radical comme en Angleterre, il devait se faire non par une création mais par une transformation du matériel aussi bien que du personnel.

Organisation et ressources humaines dans les usines d'armement

En termes de ressources humaines, les usines d’armement de l’époque possèdent une organisation très stricte. On trouve d’abord un certain nombre d’exécutants que le colonel René décrit ainsi : « Le personnel des ouvriers comprend trois catégories : les ouvriers immatriculés, liés au service par un engagement qui leur assure une retraite, les ouvriers libres qui peuvent quitter les manufactures en prévenant trois mois à l’avance ; les ouvriers militaires détachés temporairement de leurs corps par ordres ministériels. Aux époques de grands développement de la fabrication, ce sont les deux dernières catégories que l’on augmente le plus possible parce qu’elles ne grèvent pas le budget de l’État pour l’avenir ; la troisième catégorie surtout, celle des ouvriers militaires, présente ce grand avantage d’être composée de soldats que l’on peut renvoyer à leurs corps lorsque les commandes diminuant, l’ouvrage vient à manquer. » Les fonctions d’encadrement sont, elles, réparties entre civils et militaires.

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À côté de l’entrepreneur, qui fournit matières premières et main-d’œuvre, on trouve ainsi un certain nombre d’officiers d’artillerie : un officier supérieur (chef d’escadron, lieutenant-colonel ou colonel) directeur de la manufacture, un capitaine ou chef d’escadron sous-directeur, enfin des capitaines stagiaires qui reçoivent l’instruction nécessaire pour être inspecteurs d’armes permanents dans les directions. Au niveau inférieur, des « gardes d’artillerie », issus du corps des sous-officiers, prennent rang entre ces derniers et les officiers, et sont chargés de la comptabilité des matières et des finances. Le contact direct avec les ouvriers est assuré par des contrôleurs d’armes chefs d’atelier qui, initialement employés civils, ont été militarisés à partir du 26 janvier 1862 et hiérarchiquement placés sur le même pied que les gardes d’artillerie.

Standardisation de l'armement

Le principe de standardisation de l’armement, initié pour l’artillerie par Gribeauval à la fin du XVIIIe siècle, repris de façon limitée par Honoré Blanc pour la platine du fusil, avait, on l’a vu, été utilisé par un certain nombre de puissances économiques au fait des innovations constantes de la Révolution industrielle, notamment les États-Unis. En 1855 intervient un événement déterminant. Le Royaume-Uni, qui se penche sur la question de la fabrication mécanique des armes de guerre, envoie une commission d’officiers étudier le système américain. Finalement, Londres achète machines et procédés en usage dans l’Union, afin de créer la première manufacture d’État anglaise susceptible de produire annuellement 120 000 armes. Tout à fait logiquement, dans ce contexte, les responsables français sont nécessairement amenés à réfléchir sur la question de la mécanisation au sein des manufactures impériales.

Né en 1822 à Guebwiller, Kreutzberger a commencé son apprentissage au sein de l’entreprise Schlumberger et Cie. Il s’y familiarise avec l’ajustage, le montage, mais également le calque et le dessin de détail des machines, double formation qui lui rendra ultérieurement les plus grands services. Soucieux de valoriser au mieux ses compétences, il émigre en septembre 1848 aux États-Unis. Engagé comme manœuvre par la firme Remington, il connaît une ascension professionnelle très rapide : chef d’équipe deux mois après son arrivée, il occupe un poste de directeur technique à partir de 1852. Son credo est simple : prenant exemple sur le système américain, il entend mécaniser le travail afin d’assurer la parfaite interchangeabilité des pièces, ce qui nécessite le respect des cotes et des tolérances, et donc requiert des usinages précis sur machines-outils.

Une telle rationalisation de la fabrication, jointe à la standardisation des pièces, suppose une logique de production en série ainsi qu’une organisation du travail autour du principe de spécialisation. Frappé par l’exemple du gouvernement britannique, qui vient d’acheter son usine d’Enfield « clé en main » aux Américains, il offre ses services au ministre de la Guerre de Napoléon III dès septembre 1855. Sa proposition reçoit en novembre une réponse favorable. Kreutzberger rédige alors un projet visant à obtenir une ...

Fabrication artisanale de cartouches

La confection des cartouches à la maison a existé jusque vers 1960, avec un pic pendant la période de la guerre quand il y avait des restrictions. Dès le début du XXe siècle se trouvait dans beaucoup de maisons de nos campagnes un catalogue de vente par correspondance appelé « catalogue de Manu France ». Ce livre épais de près de 500 pages était édité chaque année et proposait une multitude de produits divers et quelconques. Il y avait une grosse partie qui était consacrée aux armes et aux cartouches et aussi à du matériel divers pour rechargement de cartouche.

La confection de cartouches artisanales demandait l’acquisition d’un minimum de matériel et de fourniture :

  • De la poudre: On trouvait dans le commerce de la poudre appropriée. Cette poudre était mesurée avec une grande précision à l’aide d’une dosette, et versée dans la cartouche. Lors de pénurie comme pendant la guerre certains jouaient à l’apprenti sorcier en se fabricant la poudre avec les ingrédients suivants : chlorate de potassium, du charbon de bois, du sucre, du souffre. Le résultat n’était jamais fiable et sûr.
  • Des bourres: Cylindriques au diamètre de la cartouche, elles avaient pour mission de servir d’amortisseur au départ du coup et de joint d’étanchéité tout au long du canon. Elles étaient achetées dans le commerce. Certains les fabriquaient en les découpant avec un emporte-pièce dans des pièces de feutre.
  • Des plombs de chasse: La grosseur du plomb varie suivant l’utilisation de la cartouche et appropriée au gibier recherché. On parle du plomb par son numéro. Plus celui-ci est élevé, plus le diamètre du plomb est petit. Le N° 12 correspond à du plomb de 1,25mm, le N° 1 à du plomb de 4mm. Le choix du plomb est effectué en fonction du gibier recherché. Du petit plomb pour les petits oiseaux (passereaux, grives, cailles…), du gros plomb pour les gros oiseaux (faisans, perdrix, pigeons) et mammifères (lièvres, lapins…). Lors de pénurie certains se fabriquaient les plombs de chasse.
  • Des cartons de sertissage: Une rondelle de carton découpée avec l’emporte-pièce faisait l’affaire. Elle était placée au-dessus des plombs et les empêchait de sortir de la cartouche. Un sertisseur était utilisé pour former un bourrelet en bout de cartouche empêchant le carton de tomber.

Après le souper c’était le grand rassemblement et, la veille de la chasse, il fallait confectionner les cartouches : les uns mettaient l’amorce, la poudre, les autres la bourre, le plomb et bien souvent, par pénurie, il fallait confectionner le plomb. Ensuite c’est la fabrication artisanale de la cartouche : d’abord la poudre qui était mesurée, ensuite une bourre (sorte de bouchon), puis le plomb qui était aussi mesuré et par-dessus un petit carton rond que l’on sertissait avec un sertisseur. Jean Rouquet de Mounès, ancien président des Chasseurs de l’Aveyron, ancien directeur général des Caves Société de Roquefort, indique qu’il y avait un appareil avec deux cylindres ; d’un côté on enlevait l’amorce tirée et dans l’autre cylindre on rajoutait l’amorce neuve de façon plus sûre. Son oncle et son père effectuaient le travail à la chaîne ; l’un remplaçait l’amorce et mettait la poudre, l’autre, la bourre, le plomb et le carton et il sertissait ! Son père contrôlait au son, en secouant la cartouche, si les plombs étaient bien tassés, une fois la cartouche terminée.

Max Alliès, maire de Castanet-le-Haut, conseiller régional, président de la Fédération des Chasseurs de l’Hérault, se souvient des cartouches fabriquées autrefois. On allait chercher les composants manquants chez Gleizes, à Saint-Pons. Il y avait deux poudres différentes : la noire qui engendrait beaucoup de fumée ; la poudre T, plus moderne. Aimé Fourès raconte qu’il en fabriquait avec Gérard Valéry et Pierre Ginieis. Il y a quelque temps de cela ! Ils allaient chercher le matériel à Saint-Pons. On enlève à l’aide du désamorceur l’amorce percutée. On la remplace par une de neuve. Puis on met la poudre T. Voici les doses : Pour le calibre 16 : 1,8 g de poudre. Pour le calibre 12 : 2,2 g de poudre. Puis on pose une rondelle en carton, où on inscrit le numéro du plomb. Ensuite on introduit la cartouche dans le sertisseur. On fait plusieurs tours de manivelle pour retourner le bord vers l’intérieur de la cartouche.

Gilbert Avizou rappelle ce que fut son expérience de chasseur. « J’ai débuté la chasse en 1967. J’avais 18 ans. On a acheté un fusil d’occasion, un 16, chez Pipot à Lacaune. C’était un Verney Carron juxtaposé. Je l’ai payé 130 francs et Pipot m’a donné deux boîtes de cartouches. Dans ma jeune enfance, j’avais vu mon père et mon oncle faire des cartouches. J’en ai eu le virus dès ce moment-là. J’ai gardé toutes les données et il m’arrive d’en faire quelques unes. Avec des copains, on faisait la luminade en début d’hiver, les soirs obscurs avec du brouillard avec la pile Wonder (qui avait remplacé la lampe à acétylène) et la palette. On s’est modernisés. On a abandonné la palette. On a pris une carabine de 9 millimètres.

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