Beaucoup connaissent déjà bien le fonctionnement des antennes HF, mais un petit rappel ne fait jamais de mal, et pour les nouveaux venus en radio, ce sera sûrement utile. Ici, il s’agit d’une version simplifiée… mais correcte !
Imagine : tu viens d’allumer ton poste, le casque sur les oreilles, le café fume à côté du micro. Tu tournes le VFO sur le 20 mètres ou le 11 mètres… et là, rien. Juste du souffle. Ton antenne est-elle débranchée ? Ton poste est-il en panne ? Rassure-toi : ton matériel fonctionne probablement très bien. Le problème vient simplement du fait que « la propag » n’est pas au rendez-vous.
En HF, c’est-à-dire entre 3 et 30 MHz, nous dépendons d’un élément capricieux : l’atmosphère. Comprendre comment elle fonctionne permet de ne plus subir les conditions, mais de prédire les meilleurs moments pour trafiquer et maximiser tes contacts. C’est la base de tout.
Entre environ 60 km et 1 000 km d’altitude, l’air est bombardé par les rayonnements ultraviolets (UV) et X du Soleil. Cette énergie arrache littéralement des électrons aux atomes de gaz neutres, créant ainsi des ions chargés électriquement : c’est l’ionosphère. Pour une onde radio HF, cette région n’agit pas comme un miroir au sens strict, mais plutôt comme un milieu réfractif dont l’indice varie avec l’altitude. Lorsque l’ionisation est suffisante, notamment lors d’une forte activité solaire, les ondes sont progressivement courbées puis renvoyées vers la Terre à grande distance.
L’ionosphère est un plasma (gaz ionisé) qui a un indice de réfraction ‘n’ dépendant de la fréquence. Ce « miroir » n’est pas une couche uniforme :
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Il est impossible de parler de propagation sans évoquer le cycle solaire. Le soleil a un « battement de cœur » d’environ 11 ans. Lors du maximum solaire, le nombre de taches solaires explose, le bombardement UV est intense, et l’ionosphère devient un miroir en béton armé. Les bandes hautes comme le 10 mètres (28 MHz) ou le 11 mètres (27 MHz) sont alors ouvertes 24h/24 vers le monde entier.
Quand tu appuies sur la pédale du micro, ton énergie ne part pas en ligne droite comme un laser.
Il existe une technique intermédiaire utilisée par les militaires et les radioamateurs en situation d’urgence : le NVIS (Near Vertical Incidence Skywave). Le principe est d’envoyer l’onde presque à la verticale pour qu’elle retombe en pluie juste autour de l’émetteur, dans un rayon de 0 à 500 km, comblant ainsi les zones que l’onde de sol n’atteint pas.
C’est le phénomène qui rend fous les débutants et qui génère le plus d’incompréhension. Tu entends parfaitement une station au Brésil à 5000 km, signaux forts et clairs, mais impossible d’entendre une station à Lyon ou Bordeaux située à 400 km. Pourquoi ce silence ?
Imagine que tu lances un caillou pour faire un ricochet sur l’eau. Le caillou quitte ta main, touche l’eau loin devant et rebondit. Entre ta main et le point d’impact du rebond, le caillou a littéralement sauté par-dessus la surface. En radio, c’est identique. Ton onde de sol s’essouffle après 50 km. Ton premier rebond ionosphérique retombe à 1000 km. Entre les deux, c’est la « skip zone » ou zone de silence.
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Comment savoir si « ça va passer » aujourd’hui avant même d’allumer le poste ? Il faut apprendre à lire les indices solaires.
C’est une bande crépusculaire qui sépare le jour de la nuit autour de la Terre. Le long de cette ligne, la couche D disparaît (côté nuit) mais la couche F est encore très chargée (côté jour). Cela crée un « pipeline » de propagation très efficace.
Tu as sûrement déjà entendu un signal fort qui baisse doucement jusqu’à disparaître avant de remonter, de manière cyclique. C’est le QSB. Il est souvent dû à l’arrivée de deux ondes (une onde directe et une onde réfléchie, ou deux ondes réfléchies) qui arrivent sur ton antenne en décalage de phase. Elles s’annulent puis s’additionnent.
La propagation HF, c’est le grand casino de l’air : jamais exacte, toujours capricieuse, un mélange de physique atmosphérique et de coups de chance cosmiques. Une antenne mal réglée un jour de propagation exceptionnelle peut te faire plus de contacts qu’une station de compétition en pleine apocalypse solaire… même notre ami « Mister Balun », Christian, ne pourra pas te l’expliquer sauf avec ses mots bien à lui mais dans ce cas il te faudra un bon décodeur technique 😂 !
Bref, quand le S-mètre grimpe et qu’un indicatif lointain sort du souffle cosmique comme par magie, c’est un peu comme assister à une éclipse parfaite : Soleil, Terre et ta station sont alignés… juste pour toi. Et toi, les yeux écarquillés, tu sais que tu viens de toucher le jackpot HF.
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Alors avant de hurler sur ton antenne et de la démonter en pensant qu’elle est morte, fais un geste sacré : regarde le Soleil.
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