La Suisse, retranchée derrière sa neutralité depuis 1815, n'a pas longtemps estimé utile de développer une véritable politique de fortification de son territoire. Ce n'est que vers la fin du 19e siècle qu'apparaissent les premiers ouvrages dignes de ce nom.
Le premier véritable fortificateur suisse fut le général Guillaume-Henri Dufour (1783-1875) qui se fit remarquer en 1822 puis en 1850 par son traité "De la fortification permanente". À cette époque, vers le milieu du 19e siècle, sortent de terre les premières fortifications permanentes aux frontières, au sud à Bellinzone face à la frontière avec l'Italie, au nord à St. Luzisteig près de celle avec l'Autriche. D'autres, plus modestes, voient le jour de Bâle au lac de Constance lors d'une crise avec la Prusse.
L'une des réalisations majeures de Dufour est cependant la fortification du verrou de St-Maurice, à l'entrée de la basse vallée du Rhône, entre 1831 et 1859. La révolution de l'artillerie de 1860 à 1885 va évidemment rendre obsolètes tous ces ouvrages. Mais c'est aussi Dufour qui émit en premier l'idée d'un Réduit national alpin.
Durant la même période s'ouvraient de nombreuses voies routières et ferroviaires, rendant le territoire suisse de plus en plus perméable.
La seconde moitié du 19e siècle a en fait été surtout une longue période de discussions, de propositions, d'avant-projets et... de renoncements. Ce n'est que vers 1880-1890 que se concrétise enfin, sous l'impulsion du général Herzog (1819-1894), l'établissement d'ouvrages fortifiés puissants au Gothard, principale voie de passage nord-sud, tant de part et d'autre du col qu'au débouché tessinois du tunnel : fort d'Airolo (1887-1890 + tourelles en 1895) et fort de Motto Bartola (1888-1890) côté Tessin, fort Hospiz (1894) au col, fort de Galenhütten au col de la Furka, et surtout le groupe Andermatt sur la route du col avec les forts de Bäzberg (1892), Bühl (1892) et Stöckli (1894).
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En même temps est construite entre 1892 et 1912 dans la vallée du Rhône la forteresse de St-Maurice avec les forts de Savatan et Dailly sur la rive droite, celui du Scex sur la rive gauche. À l'est, ce qui sera plus tard le troisième verrou du Réduit et la forteresse de Sargans n'est encore qu'à l'état de projet.
Au sud, face à l'Italie, l'axe vers le Gothard sera contrôlé par une ligne d'ouvrages entre Locarno et Bellinzone parmi lesquels les forts de Gordola, Magadino et Spina construits entre 1900 et 1915.
Les forts commencés au 19e siècle, complétés par des batteries d'artillerie isolées et des ouvrages d'infanterie, seront essentiellement construits en granit. Le béton viendra les renforcer ultérieurement. Ils resteront en service jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.
La situation n'évolue guère jusqu'à 1935. Le sort subi en 1914-1918 par les forts belges et certains forts français n'incite guère en faveur de la fortification. Les gesticulations de Mussolini en Italie et surtout la montée du national-socialisme en Allemagne avec l'avènement de Hitler en 1933 faisant soudain peser de nouvelles menaces, états-majors et gouvernement se lancent à partir de 1934 dans un gigantesque programme de défense des frontières et des trois passages obligés, St-Maurice, St‑Gothard et Sargans. Ce vaste chantier national ne s'achèvera qu'en... 1995 à l'issue de la Guerre froide.
Ce programme comprendra la réalisation d'un nombre considérable d'ouvrages d'artillerie et d'infanterie, de blockhaus et casemates, de barrages antichars, de lignes d'obstacles en tous genres, d'abris enterrés, de minages, etc. Nommé commandant en chef de l'armée au début de la guerre 1939-1945, le général Henri Guisan (1874-1960) intensifiera ce programme et mettra en œuvre le concept de Réduit national apte à concentrer l'armée sur le massif alpin en cas d'abandon des régions plus vulnérables du pays. Ce Réduit devait s'appuyer sur les trois forteresses de St-Maurice en sud-ouest, du St-Gothard au centre et sud et de Sargans à l'est, et également au nord sur les centres de résistance et portes d'accès au Réduit des secteurs de Thoune et de Lucerne, parmi quelques autres.
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L'urgence de la fin des années 1930 verra la construction simultanée et d'ouvrages importants normalisés et d'ouvrages plus sommaires réalisés par la troupe. Les premiers forts étaient armés de 2 à 4 canons de 75 de forteresse mais dès le début des années 1940 apparaîtront des pièces de 105 et de puissants canons de 150 en casemate.
Réalisés le plus souvent en montagne donc sous roc, ces ouvrages disposeront d'importantes infrastructures souterraines telles que magasins à munitions, atelier, casernements, infirmerie, cuisines, salle des machines avec groupes électrogènes et ventilation filtrée, ainsi que des réserves d'eau et de vivres, et bien entendu un poste de commandement et des moyens de transmissions. Certains ouvrages étaient ravitaillés par téléphérique ou funiculaire, d'autres reliés par funiculaire souterrain. Leurs garnisons variaient de moins d'une centaine d'hommes à plus de 500 pour les plus grands forts. À la fin de la guerre 1939-1940 pas moins de 68 ouvrages de ce type avaient été réalisés et ce nombre n'a guère évolué jusqu'à la fin de la Guerre froide, 45 ans après. Par contre ces ouvrages ont constamment été agrandis et modernisés.
Les plus importants étaient calqués sur les ouvrages d'artillerie mais en réduction. Possédant de une à plusieurs casemates armées de mitrailleuses et de canons antichars, ils avaient aussi des locaux de repos et généralement au moins un groupe électrogène. Ils avaient pour mission le flanquement d'ouvrages proches, la défense de positions de barrage, l'interdiction d'axes routiers ou ferroviaires, etc. Leur nombre exact est inconnu mais il est sans doute de l'ordre de plusieurs centaines.
Un grand nombre de casemates et blockhaus d'infanterie - appelés fortins en Suisse - ont également été édifiés, en particulier sur les frontières et en défense rapprochée des ouvrages d'artillerie. Entre Bâle et le lac de Constance par exemple ce sont quelques 350 fortins de ce type qui ont été construits, souvent sur la berge même du Rhin. Ce sont en général des ouvrages solides (1,80 à 2,50 m de béton) mais limités à une ou deux chambres de tir et un local de repos, fréquemment à un étage inférieur.
Ce sont des petits ouvrages, connus sous le nom de Centi, généralement à deux étages : entrée, munitions, local technique (ventilation, groupe électrogène) et chambre de repos au niveau de l'entrée, tourelle de char Centurion à canon de 105 en casemate à un niveau supérieur. Ces tourelles recyclées proviennent de chars déclassés de l'armée suisse. Leur équipage est de 6 à 8 hommes. Prévus à 100 puis à 60 exemplaires, seule une bonne vingtaine a été réalisée. Quelques rares exemplaires complets existent encore aujourd'hui.
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Les monoblocs Centi sont des blockhaus antichars totalement enterrés et armés d'une tourelle de 10,5 cm de char Centurion déclassé. Il en existait une vingtaine d'exemplaires sur les positions de barrage.
Ce sont des ouvrages plus grands, prévus pour 20 hommes, totalement enterrés, avec un équipement plus complet que les Centi : PC, chambre de tir sous coupole blindée, local de préparation des munitions, salle des machines, ventilation, chambre de repos, réfectoire, issue de secours, etc... Plus d'une centaine d'exemplaires auraient été construits.
Ce sujet n'a pas pour prétention de décrire précisément les équipements de l'armée Suisse dans leurs moindres détails, mais de les faire découvrir et surtout de les présenter succinctement à des fins d'identification. En effet comme ils sont parfois ressemblants avec certains équipements Allemands, il est fréquent de les confondre. De plus l'Allemand étant l'une des trois langues officielles suisses (avec le Français et l'Italien), la plupart sont marqués avec des noms à consonance germanique.
La carabine HARTMANN & TCAR est un chef-d’œuvre d’armurerie, concentrant tout le savoir de l’époque. Dérivée du système MARTINI, elle intègre des instruments d’horlogerie comme système de détente, une canonnerie HAMMERLI, un système de visée par dioptre et tunnel de précision, et une mise en bois extraordinaire.
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