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Cet article propose de s’interroger sur l’étude des contenus et fonctions des fortifications, en se fondant sur une série inédite de 17 atlas militaires manuscrits de bâtiments militaires de places fortes, conservés au Service Historique de la Défense de Vincennes, réalisés au cours du troisième tiers du XVIIIe siècle.

Ces atlas se distinguent par leur unité chronologique et stylistique, et sont fondamentaux pour comprendre les mécanismes de contrôle et de gestion des bâtiments militaires mis en place après le rattachement du département des Fortifications au secrétariat d’État à la Guerre au printemps 1743.

Réinvestissant la trilogie architecturale classique, plan, coupe et élévation, qui avait progressivement disparu des ouvrages antérieurs, le changement d’échelle majeur qu’elle introduit permet d’offrir une vue rapprochée sur l’architecture et la conservation des bâtiments appartenant au domaine militaire.

L'évolution de la production d'atlas militaires

La production d’atlas en France, peu importante jusqu’à la fin du XVIe siècle, devient florissante dès les premières décennies du siècle suivant. Dès le règne d’Henri IV, les éditeurs imprimeurs parisiens, prenant le pas sur leurs homologues étrangers, s’approprient un genre éditorial en plein essor.

Les premiers auteurs d’atlas français imprimés, s’inspirant des grandes entreprises nordiques, renouvellent rapidement leurs planches grâce aux travaux des peintres municipaux et des cartographes actifs sur le terrain. Certains éditeurs travaillent en étroite collaboration avec les ingénieurs militaires en poste dans les villes frontières.

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En parallèle de cette production imprimée, les ingénieurs militaires s’approprient également rapidement ce nouvel instrument sous sa forme manuscrite. Leurs recueils contemporains, réactualisés en fonction des événements politiques et territoriaux, diffèrent cependant de leurs homologues imprimés.

Si le recours au portefeuille de cartes et plans en feuilles reste toujours bien ancré dans la culture militaire, le collationnement en atlas répond, quant à lui, à des usages différents. Il peut être dédicatoire lorsqu’un ingénieur l’offre à un protecteur dont il sollicite le soutien.

L’atlas peut également faire office de document relais entre les ingénieurs en poste sur le terrain et l’administration parisienne. Enfin, les atlas servent également directement à l’exercice du métier dans les villes ou chefferies provinciales où les ingénieurs étaient en poste.

Ils prennent parfois la forme de ramas de plans et documents de provenances diverses, souvent collationnés à la fin de leur carrière et transmis à leurs successeurs : plans de sièges, cartes géographiques, croquis d’ouvrages militaires, textes officiels… Ce sont aussi parfois des “atlas de places”, véritables outils de travail rendant compte de l’état des ouvrages militaires annuellement projetés, en cours ou achevés dans une ville ou un réseau de places.

Iconographie et évolution de la "forme atlas"

D’un point de vue iconographique, la “forme atlas”, évolue au cours de l’époque moderne. Les cartes d’assemblage à l’échelle chorographique, prépondérantes dans les séries d’atlas du XVIe siècle, sont progressivement remplacées par des suites de planches simulant un effet de “zoom” grâce à la réduction progressive des échelles.

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Ces atlas, se déclinent désormais en séries successives de plans de villes fortifiées à même échelle, dont la mise en séquence compose tant visuellement que métaphoriquement une chaîne défensive.

Mutation fondamentale au XVIIIe siècle

Cette typologie de l’atlas militaire connaît cependant une mutation fondamentale à partir du milieu du XVIIIe siècle lorsque la forme stabilisée du “livre de plans de villes” tend progressivement à être remplacée par des recueils monographiques de places. L’apparition de ces nouveaux atlas modifie profondément l’échelle de représentation et, en corollaire, les analyses que l’on peut en tirer.

À la fin du règne de Louis XIV, certains recueils présentaient déjà des détails d’ouvrages fortifiés et de bâtiments militaires d’une même place. Une dizaine d’années plus tard, Jacques Tarade produit quatre recueils monographiques respectivement consacrés aux villes de Vieux-Brisach, de Fribourg-en-Brisgau, de Landau puis de Strasbourg.

Peu avant le milieu du XVIIIe siècle, les atlas monographiques de places fortes connaissent un changement radical, tant de leur forme graphique que de leur fonction. On observe désormais un déplacement complet du sujet : le dessin des fortifications s’efface totalement au profit de celui des bâtiments militaires.

L’échelle de représentation utilisée n’est plus cartographique mais architecturale, chaque bâtiment étant figuré par le détail à une échelle comprise entre 5 et 30 toises.

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Par opposition aux “atlas de places” de la période précédente dans lesquels les îlots urbains situés à l’intérieur des remparts étaient rarement détaillés, ces nouveaux recueils sont intégralement consacrés à la gestion et à l’évaluation de l’état du patrimoine architectural. La ville, sa configuration et son assiette y disparaissent au profit de la description du bâti.

Ainsi, certains ouvrages ne sont introduits par aucun plan d’ensemble. En outre, les planches consacrées à la citadelle et aux différents quartiers militaires n’indiquent que très schématiquement, par de simples formes géométriques, le positionnement du bâti dans l’espace.

Les planches esquissent un territoire urbain fragmenté, circonscrit aux bâtiments militaires, en plan, coupes et élévations, selon un système de dessin enseigné au sein de la nouvelle école du Génie de Mézières par l’ingénieur militaire Nicolas de Chastillon.

Les atlas de places de la série

Les 17 atlas de places de cette série portent principalement sur des villes fortifiées stratégiquement importantes situées aux marges nord et est du royaume. Certaines sont françaises, telles Douai, Metz (2 volumes), Rocroi, Stenay, Bouillon ou Strasbourg. Six autres sont des places des Pays-Bas autrichiens temporairement cédées à la France lors de la guerre de Sept ans (1756-1763).

Stenay offre la particularité d’être une ville qui n’a alors plus le statut de place forte, l’enceinte bastionnée et la citadelle ayant été rasées en 1687 sur ordre de Louis XIV, mais qui demeure une importante ville de garnison de la Meuse. Il faut également ajouter à cette série, trois autres volumes consacrés aux places maritimes de Brest, de Lorient et du Havre.

Contexte de réalisation des atlas

Les dates de réalisation de ces nouveaux atlas correspondent à une période précise de l’aménagement des places fortes d’Ancien Régime. Faisant suite aux grands chantiers de construction d’enceintes fortifiées mis en œuvre par Louis XIV pendant le dernier tiers du XVIIe siècle, ils annoncent une nouvelle phase d’entretien et de perfectionnement des dispositifs défensifs existants.

La réalisation de ces recueils correspond aussi étroitement au rattachement du département des Fortifications, qui fonctionnait auparavant de manière autonome, au secrétariat d’État à la Guerre le 10 mars 1743, entraînant la mise en place d’une politique active de remise en ordre de la gestion des bâtiments militaires.

Les atlas urbains répondent ainsi à une volonté politique de resserrement du contrôle par la construction, l’aménagement et l’entretien de bâtiments situés à l’intérieur des enceintes et capables de soutenir des opérations de défense rapides et coordonnées.

Ils représentent pour l’administration du service des fortifications, de formidables outils pour la gestion, multiple et souvent complexe, de l’ensemble des bâtiments relevant du domaine militaire.

Ils sont d’ailleurs contemporains de l’Ordonnance du Roi sur le service et le rang des ingénieurs, en date du 7 février 1744, dans laquelle Louis XV demande “à tous les ingénieurs de tenir la main à ce que les bâtiments du Roi ne soient point employés à d’autres usages qu’à ceux de leur destination”.

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