Au Cameroun comme partout ailleurs, la naissance, l’expansion et le déclin des entités politiques de type monarchique ont reposé pour la plupart, sur des techniques militaires. Il s’agit là de l’ensemble des procédés ayant mis en relation l’homme et la nature, avec pour objectif l’attaque ou la défense des enceintes. Dans l’Ouest-Cameroun, ces savoir-faire ont fortement marqué l’histoire militaire des chefferies bamiléké. Les différentes activités guerrières menées ont, de ce fait, démontré la capacité de ce type d’organisation sociale à pouvoir exploiter et transformer les éléments de la nature à des fins de conquête ou de résistance.
Ainsi, cette étude, qui s’intéresse aux techniques de défense des chefferies bamiléké de l’Ouest-Cameroun du XVIe au début du XXe siècle, met en exergue la dynamique de l’art militaire des sociétés à chefferie. Cette étude sur les arts et métiers de la défense, présente la typologie de l'armement qui a aidé certains groupes à survivre et à conserver leurs biens et leurs valeurs, à apprécier leurs modes de fabrication, et à évaluer leurs impacts sociaux, politiques et économiques.
La région de l’Ouest-Cameroun est sur le plan géographique, un vaste ensemble hétérogène constitué de deux peuples spécifiques : les Bamiléké et les Bamoun. Ceux-ci s’y sont implantés entre le XVe et le XVIe siècle. Alors que les Bamoun se sont installés dans la partie la moins élevée (1000 m d’altitude), les Bamiléké eux, ont opté pour la partie la plus élevée (1400-1500 m d’altitude dans la partie centrale et 2097 m dans la partie sud).
Ce choix de position en altitude par les Bamiléké, résultait de plusieurs facteurs dont le plus important était la pression des Bamoun. En effet, les Bamiléké ont précédé les Bamoun dans la région. Sous le coup des mouvements migratoires de ces derniers, les premiers ont migré sur des sites qu’ils occupent encore actuellement. Une fois dans les lieux, les Bamiléké se sont installés en multiples groupes politiques appelés chefferies. Celles-ci, indépendantes les unes des autres, sont entrées en compétition pour diverses raisons : recherche d’un espace vital beaucoup plus grand, volonté d’hégémonie, harcèlement des voisins.
Dans ce contexte qui faisait appel à l’usage de la force et dans lequel le besoin de se protéger se faisait sentir, des solutions étaient recherchées et trouvées. Grâce aux techniques de défense par exemple, un certain nombre de problèmes ont pu être résolus. Les techniques de défense qui font l’objet de cette étude, sont un ensemble de procédés et de méthodes mis en œuvre et exploités par les chefferies bamiléké, dans l’optique de se défendre contre les agressions militaires en cours dans cette région, du XVIe au début du XXe siècle.
Lire aussi: Le Javelot Vortex : Sécurité et Amusement
En fait, ce sont les agressions militaires qui ont amplifié le développement des techniques de défense. Le problème qui s’y dégage est donc celui de l’ingéniosité qui a présidé à la protection des chefferies bamiléké contre les velléités des unes envers les autres. Cependant, quelles sont les réalisations techniques qui ont permis à ces différentes structures politiques d’assurer leur survie et préserver leurs biens et valeurs ?
Toute la période du XVIe au début du XXe siècle a été marquée dans l’Ouest-Cameroun, par les luttes destinées à dominer, harceler les voisins et défendre ou acquérir plus de terres. Tactiquement, elle a été marquée par la suprématie des groupes d’hommes capables de combattre à pied. Cette forme d’infanterie de type archaïque était la force majeure sur laquelle reposait l’équilibre de toutes les chefferies. C’est elle qui assurait la conquête, l’occupation et la défense du terrain.
Les armes blanches sont des armes à vocation perforante ou tranchante. Elles diffèrent des armes à feu, du seul fait qu’elles ne sont pas explosives. Elles sont diverses et fabriquées pour la plupart à base de métal.
Les armes à feu diffèrent des armes blanches par leur fonction explosive. Les principales armes à feu utilisées au cours de la période déterminée, étaient des fusils à pierre fabriqués en grande quantité à Birmingham (Angleterre) et à Liège (Belgique). Ils sont encore appelés « fusils de traite ». Ceux-ci, de plus en plus recherchés, restèrent assez rares jusqu’au milieu du XXe siècle. Leur rôle était si décisif que l’avenir des chefferies en dépendait.
C’est grâce aux armes à feu que les Bamiléké réussirent à résister à l’impérialisme bamoun. Toutefois, elles restaient archaïques : il fallait près d’une minute pour recharger un fusil à pierre par le canon, et cette opération complexe obligeait le fantassin à se retirer de la ligne de feu. Ces modèles étaient inutilisables sous la pluie.
Lire aussi: Airsoft : Vente entre particuliers
Comme munitions, les guerriers utilisaient de la poudre à canon et des projectiles. La poudre brûlait assez vite en émettant une fumée épaisse, et servait aux amorces. Les projectiles n’ayant pas besoin d’être exactement calibrés, on utilisait tout objet dur et de dimension convenable : débris de fer ou simple caillou.
Trois activités présidaient à la fabrication des armes utilisées pour la protection des chefferies. Il s’agissait de l’exploitation des matériaux destinés à la fabrication, de la transformation de ces matériaux et de la fabrication proprement dite de l’outil.
Les techniques étant liées à l’environnement, les Bamiléké tiraient de leur milieu les matériaux qui leur étaient nécessaires. Ainsi, pour fabriquer leurs armes, les principaux éléments utilisés étaient le bois, le raphia et le fer. Certains témoignages collectés indiquent que les premières armes étaient fabriquées à base de bois. Ce dernier servait à la fabrication des hampes des lances et des manches de poignards et de coupe-coupe. Notons à cet effet que le phénomène guerrier a connu son développement dans un environnement de forêt et de savane.
Comme autre produit de la forêt, le raphia permettait également la fabrication des armes. Il s’agit là d’une sorte de palmier tropical dont les branches, appelées bambou, sont utilisées en vannerie et pour la construction des cases d’habitation.
Cependant, parmi tous les éléments naturels utilisés, le fer était plus prisé. Il fournissait la supériorité technique de l’armement et permettait la structuration d’États où la fonction militaire a pris une importance qu’elle n’avait sans doute pas avant son adoption. À cet effet, les gisements miniers conditionnaient pour une grande part la supériorité militaire et la stratégie.
Lire aussi: Tout savoir sur les arbalètes
Dans les hauts plateaux, les centres de production ayant eu une signification commerciale au XIXe siècle sur une vaste échelle sont ceux de Babungo et de Bameyam dans le Nord-Ouest actuel. C’est là que certaines chefferies parmi lesquelles Bangoulap, allaient se ravitailler en minerai de fer. L’autre moyen d’approvisionnement était le commerce de barres de fer contrôlé par les Haoussa. Ce minerai s’échangeait contre de l’huile de palme et d'autres produits agricoles vivriers.
Obtenus à l’état brut, le bois, le fer et les branches de raphia étaient transformés en vue de la fabrication des armes. Les procédés de transformation de ces matériaux étaient la sculpture pour le bois, la vannerie pour le raphia, la métallurgie et la ferronnerie pour le fer.
Le travail du bois consistait à tailler le bois à l’aide d’outils tranchants, en vue d'obtenir une forme, un volume, une taille et un poids faciles à manier. Les configurations obtenues par ce procédé servaient de manche pour les poignards et les coupe-coupe.
Par ailleurs, les Bamiléké, qui sont passés maîtres dans la sculpture du bois, ont aussi pratiqué la métallurgie du fer. Les Bamoun prétendent avoir amené à l’Ouest l’habitude de forger des armes et des instruments de culture. Cependant, cette prétention ne semble pas fondée, étant donné que le Bamiléké, habitant isolé, semble avoir subi le moins les influences extérieures. Ceci se justifie par le fait que les forgerons travaillent le fer et en tirent les formes suivant l'enseignement du parent ou de l'ancêtre, et sont hostiles à l’imitation des formes qui ne sont pas en usage dans leur société.
Toutefois, les nécessités militaires ont fait développer le travail du fer et conduit à mettre sur pied de larges groupements de forgerons. Une fois imprégnées du travail du fer, certaines chefferies, à l’instar de celles de Bangoulap, ont pu assurer la fabrication de leurs propres armes.
Source de puissance militaire et de la plus grande importance dans la chasse et l’agriculture, « le fer ne peut être fabriqué par n’importe qui. Le forgeron, et à travers lui toute l’activité métallurgique, est valorisée ». Le forgeron est souvent associé au pouvoir politique. Chez les Bamiléké, on leur offrait en abondance du vin de raphia, des chèvres, de l’huile de palme et du sel. Il a existé, du XVIe au début du XXe siècle, des corporations de forgerons, véritables castes. C’était le cas dans le village Lafeng (Bangoulap). Ils s’occupaient de la fabrication et de la commercialisation des armes, tout en prenant soin de consulter le chef (Mfe).
tags: #ads #vente #arme #yaounde