Lorsqu'on s'intéresse à la photographie, on pense souvent en premier lieu à l'appareil photo et aux objectifs. Cependant, négliger l'importance de l'écran est une erreur. Travailler sur un écran non calibré, c'est risquer de gâcher le potentiel de toutes les autres étapes de la chaîne de production de l'image.
Note : cet article est un peu plus technique que d’habitude, car pour bien vous aider à choisir votre écran, je suis obligé de mettre les mains dans le cambouis et d’aborder des notions théoriques.
Avant de plonger dans le vif du sujet des écrans, je vais vous parler de la performance de nos yeux à nous autres, humains. Nos yeux d’humains ne sont pas parfaits. Grosso modo, plus on s’éloigne d’une scène, moins on voit de détail. Jusqu’ici je ne vous apprends rien !
Notez que par abus de langage, beaucoup de gens vous parleront de résolution pour désigner en fait la définition.
Le pouvoir séparateur de l’œil varie avec la distance d’observation. Les grandes affiches de métro sont faites pour être vues depuis le quai d’en face, d’où elles paraissent nettes. Et voilà, le mythe de l’impression à 300 dpi obligatoire vient de s’effondrer 😉.
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Une photo prise à une focale équivalente 40mm, qui correspond à peu près à ma vision d’humain.
Les affiches dans le métro sont au format 200x150cm. Elles sont donc faites pour être regardées à 2,50m au plus près. Depuis le quai d’en face vous êtes largement bons ; en revanche, depuis le même quai, c’est trop proche.
Un écran de 13’’ à 16’’ est fait pour être regardé à environ 35cm. Vous avez remarqué, c’est en gros la distance qui nous sépare de l’écran d’un ordinateur portable posé devant nous. Un écran externe de 24’’ à 27’’ est fait pour être regardé à environ 70cm.
Pour l’écran, il va falloir faire un peu plus attention, car il ne s’agit pas de puissance de calcul. Il s’agit de savoir ce qui est important pour un usage photo. Par exemple vous imaginez bien que le job d’un écran pour les jeux vidéo, c’est avant tout de fournir un rendu fluide, avant de garantir des couleurs fidèles !
Comme d’habitude, il faut partir de votre besoin et y aller pas à pas. Commençons donc par passer en revue les caractéristiques clé d’un écran à connaître.
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En réglage par défaut, la dalle TN (à gauche) offre une colorimétrie moins fidèle que la dalle IPS (à droite).
Sachez que nos yeux sont capables de percevoir une dynamique de 20 stops au total, et nous afficher 14 stops en même temps sur une seule et même scène.
À la grande différence d’un écran, l’oeil va adapter sa réponse de manière dynamique, c’est à dire que s’il est en face d’une scène de faible dynamique, il va augmenter le contraste pour avoir des noirs plus noirs et des blancs plus blancs.
Une photo normale prise sans fusion HDR a une dynamique de 10 -11 stops (en gros la dynamique maximale des capteurs actuels).
Récapitulons tous ces chiffres ! La dynamique des écrans actuels (7 stops) est un peu inférieure à celle des photos les plus contrastées que vous pouvez produire avec votre appareil (11 stops), elle même inférieure à celle des photos HDR et celle perceptible par nos yeux sur une même scène (14 stops).
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Justement, leur qualité principale est de pouvoir afficher des noirs purs, et des blancs très blancs, c’est à dire extrêmement lumineux. Ainsi, certains écrans OLED peuvent afficher une dynamique de l’ordre de 14 stops et se rapprocher ainsi de celle de l’oeil humain.
Le logiciel Lightroom permet d’ailleurs désormais d’afficher une prévisualisation du rendu HDR sur écran compatible uniquement (et configuré correctement).
Donc à quoi bon prendre un écran OLED capable d’afficher une dynamique de 14 stops, alors qu’un écran IPS standard (7 stops) peut déjà afficher la dynamique du tirage, voire un peu plus ? Surtout que même avec un écran standard, une fois l’image imprimée, les blancs paraissent toujours moins blanc et les noirs toujours moins noirs.
Si vous aimez faire de la photo, je vous conseille vraiment d’investir dans un écran externe de taille confortable : 24 pouces au minimum, 27 pouces si vous le pouvez.
Les différentes définitions à connaître :
Vous voyez par exemple ici qu’un écran 24’’ Full HD a une résolution de 92 dpi (92 pixels par pouces), tandis qu’avec une définition QHD il aurait une résolution de 122 dpi. En revanche, toujours en 24’, si vous montez en 4K UHD ou sur l’iMac 24’’ en 4,5K, vous dépassez largement les 120 dpi, donc vous ne verrez pas de hausse de détail à 70cm.
Ça, c’est la théorie, car je viens de mesurer et je suis plutôt à 45cm de mon écran 27’’ 5K, et donc à cette distance je verrai la différence de détail jusqu’à 205 dpi.
Ça arrive typiquement sur un écran 24’’ Full HD. Les 2 palettes latérales de Lightroom occupent 2x350px au minimum, et du coup il ne vous reste que 1220px de large pour afficher votre image. C’est pour ça que je suis partisan du 27’’ pour la photo.
Effet kiss cool : même avec les palettes gauche et droite ouvertes, il vous reste encore beaucoup de place pour votre image. Sur un écran 24’’ en Full HD, vous pouvez afficher au maximum deux photos côte à côte en taille carte postale (15 cm de large).
Note : La contrepartie d’avoir beaucoup de pixels (à partir de 4K), c’est que les menus peuvent devenir trop petits. Car n’oublions pas que le 4K c’est deux fois le Full HD ! De fait, les menus doivent être grossis pour s’afficher à la même taille qu’avant.
Les fabricants de système d’exploitation ont prévu le coup, et vous pouvez ajuster le facteur d’échelle dans les préférences de votre ordinateur pour régler la taille des menus à votre guise.
Vous voyez sur la capture d’écran ci-dessous, que mon écran principal 5K me permet de choisir différents niveaux de zoom pour grossir plus ou moins les menus et les palettes des logiciels. Par défaut « 2560×1440 px », signifie qu’il va afficher les menus comme sur un écran de cette définition. Quant à mon écran secondaire 24’ Full HD, il me permet juste de grossir la taille des menus, mais alors ça devient vraiment GIGANTESQUE.
J’espère que vous y voyez désormais plus clair sur le lien entre taille et définition d’un écran.
En effet, il vous suffirait alors de ne prendre qu’un écran IPS 24’, le calibrer, et y afficher vos photos en plein écran, tandis que les différentes palettes d’outils occuperaient l’ancien écran aux couleurs trompeuses.
Problème sur Lightroom : vous ne pouvez pas déplacer indépendamment les panneaux latéraux. Cela dit, Lightroom permet d’afficher la photo sélectionnée en plein écran sur un écran secondaire, mais je ne trouve pas ça très pratique car l’affichage en mode grille repasse alors sur l’écran principal.
Bref, c’est un peu dommage car Photoshop permet pourtant de déplacer les palettes indépendamment.
À y réfléchir, ce n’est pas idiot car afficher vos palettes d’outils sur un bon écran calibré, c’est un peu du gâchis !
Attention, si votre logiciel photo ne gère pas le multi-écran, ne jetez pas pour autant votre ancien écran à la poubelle !
Déjà, la première question à se poser avec une dalle de presque 1,50 m de large est « avez-vous la place sur votre bureau ? ».
Le modèle ci-dessous est quand même l’équivalent de deux écrans 27’’ QHD mis côte à côte.
La première chose qui m’a frappé, c’est que malgré la forme incurvée de l’écran, les bords gauche et droit sont quand même plus loin de mes yeux que le centre, et c’est assez déstabilisant car vous devez accommoder constamment pour « refaire la mise au point ».
Le deuxième ressenti est une fatigue visuelle ! Oui car quand je traite mes photos, j’aime bien m’immerger dedans en utilisant seulement mon écran 27’’ (et éteindre l’autre).
Cela étant dit, ce ressenti est évidemment très personnel et vous pourriez ne pas être d’accord (la preuve : Laurent en a un et en est très content 🙂 ).
En plus, vous n’êtes pas obligé d’utiliser toute la largeur de l’écran quand vous ouvrez Lighroom, mais juste la zone centrale qui équivaudrait à un 27”.
Dans le monde des bisounours, les écrans afficheraient les images avec des couleurs fidèles, et avec la bonne luminosité.
La différence entre la couleur qui devrait être affichée et celle qui l’est réellement porte le doux nom de « Delta-E ».
Vous constaterez que le fameux Delta-E n’est pas toujours indiqué dans les caractéristiques techniques, et à vrai dire on s’en fiche.
Avoir des couleurs fidèles se conçoit assez bien. Ça se fait bien avec une sonde posée contre l’écran, et un petit logiciel qui affiche une succession de couleurs. Grâce à cette mesure d’écart, le logiciel va créer un fichier « profil ICC » pour ajuster les couleurs sur toute ligne.
Note : En général, les écrans sont beaucoup trop lumineux et trop « bleus » en réglages par défaut (c’est plus vendeur paraît-il 🙂 ) et vous serez sans doute surpris de l’affichage plus sombre et plus « chaud » (jaune) après calibrage.
Je ne souhaite à personne de vivre l’enfer de passer du temps en post-traitement, pour se rendre compte que tout est à recommencer car l’affichage est trompeur. Vos photos sont trop jaunes à l’impression. Et voilà, le rendu « froid » par défaut de l’écran vous a poussé à trop réchauffer les couleurs au post-traitement !
Disons que c’est d’autant plus indispensable que l’écran est entrée de gamme (vers les 150-200€). Plus l’écran est haut de gamme, moins il a besoin d’être calibré à priori, et encore ça dépend des modèles et donc je ne vous recommande pas de jouer à ce petit jeu.
La même photo sur deux écrans IPS : celui du haut est calibré, celui du bas ne l’est pas. Vous voyez la différence en termes de couleurs et d’exposition.
Note : En 2025, les systèmes d’exploitation sont capables de gérer le calibrage de plusieurs écrans en même temps.
L’espace de couleur ou gamut de l’écran, c’est l’ensemble des couleurs que peut afficher l’écran.
Le sRGB (acronyme pour Standard Rouge Vert Bleu), largement utilisé, qui peut reproduire la majorité des couleurs de la vie de tous les jours.
À mon sens, même si vous faites de l’impression, la différence entre un affichage en sRVB et Adobe RVB sera minime pour la plupart des photos.
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