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Selon les archéologues, et au vu des dernières découvertes, les premiers groupes humains seraient arrivés sur le plateau continental nommé “Sahul“, il y a environ 65 000 ans, pendant l'ère glaciaire. Les ancêtres des Aborigènes, Homo Sapiens issus du berceau africain comme le reste de l’humanité, auraient entamé, dès au moins 100 000 ans avant aujourd’hui, un très long périple qui, en passant par l’Asie du Sud-Est, les aurait amenés jusque sur la côte nord de l’Australie. Ces premiers Australiens ont alors découvert un continent sec et froid (des maximums de 10°), vierge de toute présence humaine, des sols fort peu fertiles, une mégafaune et une flore inédites. Ils ont du s’adapter à un biotope qui leur était étranger, cohabiter avec des prédateurs tels le lézard géant (Megalania Prisca) qui pouvait atteindre 8 mètres et peser jusqu’à une tonne ou le lion marsupial (Thylacoleo Carnifex), carnivore pourvu de deux immenses incisives. Ils ont rencontré des émeus, des wombats et des kangourous géants.

Adaptation et survie

Ainsi, pour les femmes, le bâton à fouir, l’inestimable pierre à moudre, transmise de mère en fille, et le plat monoxyle, récipient de bois appelé coolamon (mot aborigène anglicisé), qui sert aussi de berceau. En outre, hommes et femmes subvenant le plus souvent à leurs besoins alimentaires en toute autonomie et à même le bush, la division sexuelle du travail est surtout effective lors des regroupements cérémoniels. En ces occasions, les femmes "doivent préparer de la nourriture végétale pour l'ensemble de la communauté masculine. Dans les vastes régions du Centre et de l’Ouest australien, les femmes, souvent aidées des enfants du groupe, s’adonnent à la cueillette des baies et fruits de la «brousse», à la récolte de graines sauvages qu’elles broient afin de confectionner les galettes qui constitueront une grande part de l’alimentation, déterrent des bulbes et des tubercules, comme les ignames, et chassent de petits animaux, dont des oiseaux. Dans les zones arides, elles creusent le sol, en utilisant également un bâton à fouir, pour y collecter les fourmis dont l’abdomen regorge d’un mélange de nectar de fleurs et de miellat de pucerons (d’où leur nom de fourmis à miel), énergisante friandise. Ces fourmis sont si précieuses - comme le reste de la faune, de la flore, et autres éléments naturels - que le “Rêve de la fourmi à miel” est tracé sur les rochers et sur le sable, peint sur les corps lors de rites et, plus tard, sera représenté sur des toiles réalisées à l’acrylique. Elles savent aussi fouiller au pied de certains acacias dont la sève des racines nourrit les grasses chenilles de lépidoptères endémiques (Endoxyla Leucomochla) communément appelées “witchetty grub”, larves riches en protéines, qu’elles savourent sur place ou rapportent pour le groupe qui les consomme crues ou grillées sous les braises.

Les hommes, quant à eux, munis de leurs lances et propulseurs, parcourent de plus grandes distances pour chasser le gros gibier, dont principalement le kangourou, l’émeu et le varan, ainsi que des proies de plus petite taille, tels le wallaby ou l’opossum qui se débusque durant la nuit, l’animal étant noctambule . Ainsi les Aborigènes, dès leur plus jeune âge, apprennent-ils par imprégnation et transmission orale, à identifier, nommer et interpréter les indices de la présence de tout ce qui vit, pousse, se déplace, de toute espèce animale ou végétale qui est ou deviendra consommable et les époques propices à l‘apparition de ces dernières. Pleinement conscients de leur lien d'interdépendance avec l'environnement, ils prennent le plus grand soin de cette entité vivante et fertile qu’est leur propre « pays » (territoire dont ils sont natifs, qu’ils habitent et auquel ils appartiennent), un pays parent dont il faut s’occuper. Pour ce faire, ils recourent à une double gestion, matérielle et spirituelle.

Par ailleurs, l’épuisement des ressources autour des lieux de campement, oblige les groupes à se déplacer fréquemment afin de trouver de nouvelles aires propices à leur survie . Ces migrations ne s’effectuent pas de façon aléatoire, mais impliquent une connaissance parfaite de l’emplacement des trous d’eau qui affleurent à la surface de la roche (ou “rock holes”, terme anglais plus évocateur), et sont intimement liées aux ressources alimentaires disponibles ainsi qu'aux itinéraires sacrés incombant à chaque groupe local. "Une femme possède toujours un pitchi, c'est-à-dire un plat dont la longueur varie de 30 à 90 centimètres, creusé [...] dans un bois dur comme l'acacia ou l'eucalyptus. Elle y transporte sa nourriture, soit en le maintenant en équilibre sur sa tête, soit en le tenant en bandoulière sur une hanche, au moyen d'une ficelle de cheveux humains [...]. Les dômes rocheux de Kata Tjuta, formations géologiques d'une remarquable présence au sein de la vaste plaine désertique du centre de l'Australie, sont la preuve matérielle pour les Anangu, propriétaires traditionnels des terres incluant ce site sacré, des actions extraordinaires réalisées par leurs ancêtres mythiques.

Le Temps du Rêve (Dreaming)

"Très souvent, on nous demande "Qu'est-ce que le pays?", mais pour les peuples des Premières Nations, la vraie question a toujours été "Qui est le Pays?". Le Pays - toutes les plantes, tous les animaux, tous les écosystèmes et tous les humains - est vivant grâce à l'action collective. Le Pays, c'est un territoire qui possède une force agissante et dont les traits de paysage ont été créés par des êtres fabuleux, des êtres hybrides et métamorphes. Ces derniers, en rêvant, se déplaçant, campant, chassant, s'aimant, combattant, mangeant, urinant, déféquant, et en accomplissant bien d'autres actions encore, actions inhérentes à l'homme, ont laissé des empreintes matérielles de leur passage et ainsi façonné l'Australie, ses lieux sacrés, et engendré l'ensemble des éléments naturels (animaux, végétaux, minéraux, cosmos, vent, cours d'eau, pluie, etc), avant de disparaître sous terre ou dans le ciel. Tout relève de ce Temps de la Création appelé "Rêve" ("Tjukurrpa" pour les habitants des déserts du centre et de l'ouest), "Dreamtime" en langue anglaise, terme auquel les peuples Aborigènes préfèrent substituer celui de "Dreaming", vocable interculturel dont la forme progressive traduit davantage le caractère non révolu de cet âge des êtres fondateurs, qui s'inscrit non seulement dans le passé, mais aussi dans le présent et le futur, qui irrigue encore aujourd'hui tant la vie matérielle que spirituelle des Aborigènes et qui est régulièrement réactualisé par des rites accompagnés de danses, de chants et de peintures, retraçant les péripéties des êtres mythiques.

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Selon l'anthropologue et chercheuse au CNRS, Barbara Glowczewski, " le Dreamtime ou Dreaming est un espace-temps parallèle à la temporalité humaine et avec lequel la vie sur terre entretient une relation de feedback". Pour nourrir en retour cet espace-temps et le revivifier, les Aborigènes ont la responsabilité de "prendre soin du Pays", ce qui "ne se limite pas à la seule gestion matérielle d'une zone géographique.

La cosmologie des Aborigènes se fonde sur trois principes. Premier principe, classer les différents phénomènes visibles du monde en trois catégories distinctes : les traits de paysage, l’espèce humaine, et les autres espèces vivantes - animales et végétales. Deuxième principe, établir un lien entre les éléments de ces trois catégories ; chaque élément d’une catégorie est mis en relation avec un élément des deux autres : chaque humain est associé à un trait de paysage et à une espèce non humaine qui fondent ensemble son identité sociale. L’espèce non humaine, animale ou végétale, à laquelle est associé chaque individu correspond, dans la terminologie anthropologique, à son totem. Troisième principe : la responsabilité de maintenir la fertilité de l’ensemble des espèces incombe aux humains, et plus particulièrement aux hommes initiés.

Le Boomerang : Un Symbole Culturel et Technologique

Le boomerang ou boumerang est un des plus curieux engins que l’ethnographie ait révélé. Comment et à la suite de quelles tribulations, le boomerang est-il devenu le monopole d’une race arriérée, perdue dans les forêt de l’Australie ? Il y a là une de ces énigmes comme l’étude de l’ethnographie en rencontre fréquemment. Seuls parmi les sauvages actuels ces chasseurs primitifs ignorent l’arc. Mais l’Australien possède en outre le boomerang qui est une lame de bois amincie et coudée que l’on lance en lui imprimant un mouvement de rotation.

L'Australie n'est pas le seul endroit au monde où des bâtons de lancer comme le boomerang se sont développés. Le boomerang aborigène est construit à partir d’un morceau de bois taillé dans une branche ou racines d’arbres feuillus comme l’acacia ou l’eucalyptus. Le bois doit être vert et non sec. Le bois dur est utilisé pour toutes les armes car il est plus solide et plus lourd que le bois tendre et plus adapté à la chasse. La forme du boomerang est ébauchée à la hache, chauffée au-dessus d’un feu de bois, puis courbée pour prendre sa forme définitive. Destinés pour la chasse aux oiseaux et au gibier, comme l'émeu, le kangourou et autres marsupiaux.

Avec plus de 250 groupes linguistiques différents, il est compréhensible que la fabrication des boomerangs varie à travers le continent. Les boomerangs plus grands et plus lourds sont utilisés par les gens de l'intérieur et du désert ; les boomerangs plus légers sont lancés par les gens de la côte et de l'arrière-pays. Il vient de la langue de la tribu aborigène australienne des Turuwal. Elle vivait au sud de Sydney, en Australie.

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Spoliation des terres et défis contemporains

Depuis l’invasion britannique de l’Australie, les Aborigènes ont subi la spoliation et la destruction de leurs terres. En 1992, un jugement de la Haute Cour, connu comme l’affaire Mabo d’après le nom du plaignant, a remis en question le principe raciste de ‘terra nullius’ sur lequel les lois australiennes concernant les droits fonciers des Aborigènes étaient fondées. La décision a reconnu pour la première fois l’existence de leur droit foncier en tant qu’aborigène autochtone sur des terres rurales d’Australie. De nombreux groupes aborigènes tels que les Martu de l’ouest de l’Australie ont utilisé cette décision afin d’obtenir la reconnaissance de leurs droits sur leur territoire ancestral.

Aujourd'hui les Aborigènes d'Australie ne représentent plus que 5% de la population. C'est un sujet d'embaras dans les discussions avec les Australiens blancs qui finalement ne savent pas grand chose d'eux (ça n'est pas abordé à l'école déjà) et qui pour la plupart n'en croiseront d'ailleurs pratiquement aucun dans leur vie. Grâce aux médias toutefois beaucoup découvrent maintenant la réalité, peu brillante, et surtout se rendent compte de ce qui s'est réellement passé il y a quelques générations. Certains reportages très durs ont été diffusés, notament Utopia de John Pilger début 2014 qui à tellement dérangé qu'il crée une réelle controverse et ne peut être diffusé là bas librement. Dans les grandes villes on en voit peu, le plus souvent ils y tiennent la place de clochards, l'alcool et l'essence à respirer font des ravages. Incapables de se nourrir par eux même tant l'environnement est dégradé et le droit de posséder ne serait-ce qu'une lance pour chasser leur ayant été de toute façon depuis longtemps retiré, les pb. d'hygiène et de surpoids consécutifs à ces conditions sont dramatiques : diabète, insuffisance rénale et même des infections bénignes des yeux ou des oreilles véhiculées par les mouches ont des conséquences graves faute de soins, 1 aborigène sur 3 décède avant 45 ans. Certains gouvernements de régions attendent volontairement que la situation dans certaines communautés se dégrade pour justifier leur démentèlement.

L'annexion des terres continue pour exploiter les ressources naturelles du sous sol et les conflits sont constants avec les grandes compagnies minières. Au niveau gouvernemental les propositions racistes se succèdent malgré les dirigeants succesifs, un magnat des mines, le milliardaire Andrew Forrest, est même parvenu à la tête du Comité national aborigène pour l’emploi ! imaginez le conflit d'intérêts... L'espoir réside dans le partage de leur culture et le respect, beaucoup n'ont même pas idée de leur glorieux passé et de la richesse de leur propre culture tant les anciens, sages érudits, sont devenus rares. L'accès à l'éducation des enfants est une priorité afin qu'ils connaissent un minimum d'Anglais pour comprendre ce monde tout en conservant leur propre langue bien vivante, de nombreux dialèctes disparaissant petit à petit. La musique et l'art sont deux vecteurs très importants pour le rayonnement international de cette culture.

L'Australie se place en 2e position au monde pour la santé publique selon les critères des programmes de développement des nations Unies, mais si on applique les chiffres à la population Aborigène elle tombe à la 132e place.

Redécouverte du passé et agriculture aborigène

Mais l'auteur aborigène,Bruce Pascoe, bat en brèche cette idée reçue et montre que les Aborigènes étaient aussi des agriculteurs. On peine à saisir, depuis l’Europe, l’intensité des controverses publiques qui secouent actuellement la recherche sur l’Australie précoloniale. Car sa lecture ne peut se faire indépendamment des réactions épidermiques qu’a provoquées, chez les uns comme chez les autres, l’énoncé iconoclaste selon lequel les Aborigènes auraient été des agriculteurs sédentaires avant l’arrivée des Européens. De toute évidence, Pascoe a touché un nerf. Et il l’a fait avec suffisamment de cohérence et de perspicacité pour éviter ce silence gêné que l’on accorde d’ordinaire au fabuliste jugé inoffensif ou outrancier.

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Longtemps évaluée à quelques millénaires seulement, comme pour la mettre à portée de l’histoire écrite, le perfectionnement des méthodes de datation absolue l’a depuis faite basculer dans un tout autre ordre de grandeur : 40 000 ans au tournant du siècle, 65 000 aujourd’hui, peut-être plus demain. Dans un contexte où l’antériorité d’occupation n’a pas suffi à fonder à elle seule la légitimité de la présence aborigène, l’importance accordée aux dates toujours plus anciennes témoigne d’abord de la nécessité de lui donner de la consistance, une épaisseur temporelle qu’il n’est plus possible d’ignorer.

Alimentation et santé

La fondation a été créée par un chef d’origine écossaise, Jock Zonfrillo, arrivé en Australie en 1999, avant de partir pendant plusieurs mois à la découverte de la culture aborigène et de ses traditions culinaires, pourtant étrangement absentes des tables australiennes. En 2013, il a ouvert le restaurant Orana, à Adélaïde, le premier à promouvoir la nourriture aborigène et les produits du Bush. La fondation qu’il a créée subventionne l’université d’Adélaïde pour procéder au recensement de plusieurs milliers d’aliments dont se nourrissent traditionnellement les Aborigènes ; 15 000 ont déjà été répertoriés.

Parvenus en Australie il y a environ 60 000 ans, les Aborigènes ont vécu de la chasse, la pêche et la cueillette, se nourrissant de gibier, oiseaux, œufs, poissons, coquillages et mollusques, d’insectes et leurs larves comme le bibaj ou le cafard du bois, de tubercules, de fruits et de miel. Les animaux terrestres consommés comprennent le kangourou, le wallaby, l’opossum, le bandicoot (un marsupial), des rats et souris, des serpents et des lézards (goanna). Parmi les végétaux consommés par les Aborigènes figurent de nombreuses variétés d’ignames, des tomates du bush, et des fruits comme la poire native, la prune kakadu, un petit fruit trouvé dans le désert, qui renferme autant de vitamine C que 20 oranges et le karkalla, un autre fruit que l’on trouve dans les régions côtières.

Alors que les Aborigènes urbanisés sont frappés par l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, la chercheuse Karen O’Dea a montré dès 1984 qu’un retour au mode de vie et à l’alimentation du bush peut inverser ces maladies… Des volontaires diabétiques en surpoids ont ainsi suivi un régime paléo-aborigène de 7 semaines.

Espérance de vie et santé publique
Indicateur Australie (ensemble) Population Aborigène
Position mondiale en santé publique 2e 132e
Décès avant 45 ans - 1 sur 3

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