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Entre 1917, date de la révolution d’Octobre et 1991, année de la disparition de l’URSS, les intellectuels de gauche français se seront (presque) tous couchés.

Mais derrière les dégoûtantes vomissures de nos grands penseurs de gauche, il y a une histoire.

Elle ne commence pas avec la Russie stalinienne, mais c’est là qu’elle a déployé, pour la première fois avec tant de force, sa bassesse.

Et pourtant !

  • Un, une classe se forme là-bas dès les premières années, farcie de privilèges.
  • Deux, les anciens bolcheviques de 17 sont arrêtés et assassinés après des procès truqués au cours desquels ils avouent ce que les tortionnaires leur ont dicté.
  • Trois, la paysannerie part à la broyeuse, sur fond de collectivisation et de famine organisée, comme en Ukraine.

Les témoignages vrais commencent dès le début des années vingt, mais trois d’entre eux viennent de partisans du communisme.

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Panaït Istrati, grand écrivain roumain, fervent de la révolution, passe seize mois en Union soviétique entre 1927 et 1929.

Son drame, c’est qu’il ne sait pas mentir.

Il publie au retour Vers l’autre flamme, récit de voyage qui décrit le désastre d’un peuple écrasé par un État policier.

Parmi l’un des amis russes d’Istrati, il y a Viktor Kibaltchich, que nous connaissons sous son nom d’écrivain français, Victor Serge.

Ancien anarchiste, devenu cadre de la Russie soviétique, Serge part au goulag en 1933, mais sera l’un des seuls à en sortir et à émigrer, à la suite d’une campagne de protestation internationale.

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Revenu du bon côté de l’Europe, Serge publie nombre de textes, qui n’auront pas le moindre effet.

Il est pourtant un témoin indiscutable de la tragédie.

Boris Souvarine enfin, fondateur du parti communiste en France, publie son monumental Staline en 1935.

En face, des menteurs.

Paul Nizan, ce noble écrivain exhumé en 1960 par Sartre dans sa préface à Aden Arabie ?

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Il passe un an en URSS à partir de 1935 et prend le parti de la dictature, multipliant à son retour articles et conférences.

Il déclare au cours de l’une de ces dernières : « Je voudrais, vous demandant de vous fier à mon témoignage d’homme qui a longtemps vécu en URSS, vous crier d’avoir confiance en elle… ».

Pendant que Gide, qui s’est repris après avoir chanté les louanges de Moscou, publie avec courage Retour de l’URSS, suivi de Retouches, Romain Rolland devient la vitrine présentable du mouvement stalinien, surtout pendant le Front Populaire.

Rencontrant Staline, il lui déclare d’emblée : « Je regrette beaucoup que ma santé ne m’ait pas permis de visiter plus tôt ce grand monde nouveau qui est notre fierté à tous, et sur lequel nous avons mis nos espoirs ».

Henri Barbusse, de son côté ose une biographie innommable de Staline, Un monde nouveau vu à travers un homme.

On y trouve ce genre de choses : « Le fait, le voici.

Tout ce beau monde se retrouve à Paris, en juin 1935, au Congrès international des écrivains, manipulé en coulisses par l’Allemand Willi Münzenberg, au service de Moscou.

Il s’agit de s’embrasser au nom de l’antifascisme, mais sans surtout mettre en cause l’URSS.

Malraux, à la tribune, aide ses amis staliniens à fermer le bec des rares critiques.

Il a d’autant moins d’excuses qu’il n’ignore à peu près rien de la dégénérescence du régime, lui qui a rencontré Trotski en 1933.

Pendant la guerre d’Espagne, Malraux ira plus loin encore, justifiant les tortures et assassinats contre les révolutionnaires du camp républicain, POUM et CNT en tête.

Un jour de 1937 que Victor Serge, libéré du Goulag, tente de le convaincre autour d’un café, Malraux s’emporte et excuse tous les crimes staliniens.

Au plan politique, ce n’est guère mieux.

Même un Blum, pourtant informé, refuse de condamner nettement les procès de Moscou, dont le quotidien socialiste Le Populaire rendra compte d’une manière lamentable.

Victor Serge trouvera les mots les plus justes pour décrire l’époque en écrivant un grand roman appelé S’il est minuit dans le siècle.

Une courte mention pour le mouvement trotskiste, matrice d’Edwy Plenel et de tant d’autres depuis.

Quand la guerre éclate, ses rares militants plaquent les analyses de la Première guerre mondiale sur la Seconde, et renvoient dos à dos l’Allemagne nazie et les démocraties de l’Ouest.

Ils distribuent des tracts aux soldats allemands - vus comme autant de « travailleurs sous l’uniforme » -, se refusant à toute action armée contre l’envahisseur nazi.

Une admirable lucidité face au phénomène totalitaire.

Jusqu’à l’entrée des nazis en URSS - juin 1941 -, les staliniens français, de Duclos à Thorez, raconteront à peu près les mêmes sornettes.

Qui écoutait alors la vérité ?

L’après-guerre est aussi terrible.

L’URSS et le parti communiste sont devenus intouchables, malgré quelques valeureux comme David Rousset.

Rousset a connu les camps nazis, mais sait l’existence des camps russes.

À la fin de 1947, il lance l’éphémère Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR), qui se veut fermement socialiste mais également antistalinien.

Sartre devient ces années-là un salaud.

Il sait ce qu’est l’Union soviétique par Rousset, mais se rapproche si près du parti stalinien qu’il aura ce mot dans la revue Temps modernes de juillet 1952 : « Tout anticommuniste est un chien. Je n’en démords pas et je n’en démordrai plus jamais ».

L’étape suivante est le carnaval cubain.

En 1959, Castro prend le pouvoir, et commence par fusiller à tour de bras - 600 morts en quelques semaines - et à envoyer en taule pour trente ans ses opposants.

Sartre vient y passer un mois en 1960, invité en compagnie de Simone de Beauvoir par Castro lui-même.

Au retour, dans le style des voyages à Moscou trente ans avant - le rhum en plus -, Sartre en tire 200 pages, Ouragan sur le sucre, récit qui paraîtra en feuilleton dans France Soir.

Sartre, presque toujours dans la Jeep du chef, n’a évidemment rien vu, mais prétend tout le contraire.

Il écrit par exemple : « Castro, pour moi, c’était l’homme du tout, des vues d’ensemble.

D’année en année, le régime s’enfonce dans la dictature, mais nos grandes figures viennent y répéter combien est délicieuse la servitude volontaire.

Françoise Sagan, Marguerite Duras, Bernard Kouchner, Robert Merle, Agnès Varda, Siné, K.S Karol, Christiane Rochefort, Gisèle Halimi défilent, accompagnés de centaines d’autres.

En juillet 1967, et surtout en janvier 1968 - le pompeux Congrès culturel de La Havane - des flopées d’intellectuels de gauche européens viennent sur place se déshonorer.

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