L’iconique Pistolet-Mitrailleur More de l’Armée Rouge ne fut pas simplement un outil performant massivement mis à la disposition du soldat soviétique. Il constitua aussi un premier pas posé dans l’ère de la conception d’armes légères destinées à la fabrication de masse en URSS.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la révolution d’Octobre, la place du Pistolet-Mitrailleur More fut longuement débattue au sein de la toute jeune Armée Rouge. Ici comme dans la plupart des autres nations, le constat que l’arme de poing n’apporte rien de plus qu’une capacité de défense personnelle et que le fusil d’infanterie n’est pas adapté au combat rapproché fût rapidement établi.
Cependant, la solution à apporter quant à l’équipement de base du soldat n’a alors rien de simple. Le fusil d’infanterie (encore quasi-exclusivement à répétition manuelle) se taille encore la part belle de l’équipement du fantassin du monde entier. La munition des armes de poing est perçue par beaucoup comme « trop faible » pour un usage militaire.
En URSS aussi, la tentation de la cartouche intermédiaire est déjà présente. Si les armes de Fedorov en 6,5×50 mm SR Arisaka avaient ouvert la voie à la réflexion sur la réduction de calibre, elles n’en restent pas moins plutôt des fusils-mitrailleurs légers et non de vrais fusils d’assaut. Paradoxalement, c’est la fin de ce développement qui déclencha les travaux sur les premiers PM en Union Soviétique en 1925.
Ainsi, le premier PM de conception locale testé cette même année par les Soviétiques est l’œuvre de Fedor Tokarev. L’auteur Russe D.N. Bolotin rapporte à ce titre que F. Tokarev n’envisagea pas la conception d’un PM avant que les travaux de Fedorov soient arrêtés : il semblait évident au concepteur du TT-33 que la solution qui s’imposerait serait celle explorée par le vénérable Fedorov, c’est-à-dire celle d’une arme remplissant le vide entre l’arme de poings et le fusil d’infanterie !
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Ce premier PM de Tokarev, en calibre 7,62×38,5 Nagant, relève plus d’une « carabine automatique » que d’un véritable PM. Notons que la munition employée pour cette arme dispose d’une extrémité avant arrondie et non tronconique pour faciliter l’alimentation dans une arme à chargeur. Longuement étudiée (et comparée à des armes étrangères, notamment allemandes) par l’Armée Rouge, elle sera également déclinée en 7,63 Mauser, jugé de par sa puissance, plus apte aux missions militaires.
Cette première arme sera suivie par une arme proposée par V.A. Degtyarev (en 1929), S.A. L’arme de Degtyarev est très inspirée par la production de son FM DP, récemment adopté. On y trouve des similitudes de construction et même un chargeur circulaire plat par-dessus lequel la visée est prise ! D’un concept plus proche d’un PM que l’arme de Tokarev, elle tire à culasse non calée employant un artifice de démultiplication dont le détail ne nous est pas connu.
L’arme de Korovin, encore plus « classique », fonctionne à culasse non-calée « simple », mais a comme originalité (pour un PM de cette période) de disposer d’un système de mise à feu par chien. L’évaluation des 4 armes (celles de Tokarev étant évaluées dans chaque calibre) fut lancée en 1930. Aucune arme n’apportant totalement satisfaction, les concepteurs sont renvoyés à leur planche.
Le 11 février 1931, 500 PM Tokarev en calibre 7.62×38.5 seront tout de même commandés pour des essais en corps de troupe. De son côté, V.A. Degtyarev repense complètement son arme, en abandonnant les réminiscences du DP-28. Il en résulte une arme au dessin plus conventionnel pour un PM. C’est finalement cette arme qui sera adoptée par l’Armée Rouge sous l’appellation Pulmet Pistolet Degrtyarev 1934 ou PPD-34 (Pistolet Mitrailleur Degtyarev 1934).
L’arme ne donna pas entièrement satisfaction et fut modifiée en 1938 pour devenir la PPD-34/38. Ces armes utiliseront un chargeur tambour de 71 coups avec un long « cou », source de nombreux enrayages. Ces armes, qui ne seront pas produites en grand nombre, seront finalement retirées du service juste avant la guerre Russo-Finlandaise (appelée en Russie « La guerre d’hiver ») privant à cette occasion l’Union Soviétique de PM mais aussi du retour d’expérience de l’emploi de telles armes sur le front.
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Les Finlandais, eux, tirèrent un excellent parti du PM KP-31 Suomi : c’est ce constat qui favorisera le retour en grâce du PM dans l’Armée Rouge. Le 15 Février 1940 - soit un mois avant la fin de la guerre d’hiver - une dernière mouture de l’arme de Degtyarev est adoptée : le PPD-40. Celui-ci introduit le chargeur tambour sans « cou » similaire à celui employé sur la PPSh-41.
Née en 1897, Georgiy Semenovich Shpagin travailla à Kovrov où officiaient également Fedorov et Degtyarev. G.S. Shpagin est présenté par l’auteur Russe D.N. Bolotin comme une personne particulièrement concernée par les problématiques de productivité et avant-gardiste en la matière. La simplicité mécanique semblait être au coeur de sa créativité…un trait finalement très commun chez les concepteurs soviétiques qui est sans doute inspiré par la doctrine soviétique !
Le début des années 1940 marquera un tournant dans l’utilisation de la tôle pliée et de la soudure électrique. Ainsi, G. La première mouture du PP de Shpagin date de 1940. Cette même année, l’arme de Shpagin va être confrontée au PPD-40 et à une arme conçue par Boris Shpitalniy. Cette dernière, sans être dénuée de qualité, se révéla moins conforme aux attentes d’une arme de guerre (coût de production, simplicité d’emploi et d’entretien…).
Au terme de cette compétition, l’arme de Shpagin est adoptée le 21 Décembre 1940 sous l’appellation Pulmet Pistolet Shpagin 1941 soit PPSh-41…tout juste 6 mois avant l’opération Barbarossa. Son acronyme - PPSh - est prononcé « Pépésha » en russe, d’une façon très proche à « Papasha », un mot familier signifiant « Papa » de façon plutôt positive dans le contexte.
La fabrication de l’arme recourt donc à l’emploi de tôle pliée pour la construction d’une grande partie de ses pièces. Les tôles employées sont sensiblement différentes de celles habituellement rencontrées : elles font entre 2,5 et 3,1 mm d’épaisseur contre, le plus souvent environ 1 mm d’épaisseur sur d’autres productions, notamment plus tardives.
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Le PPSh-41 va également initier une construction qui fera date - car reprise sur les PPS-43 et même les AK - celle du boîtier tôle en forme de « U ». Cette approche est très novatrice en comparaison des autres PM : souvent, ceux-ci recourent à un boîtier cylindrique (MP-18, 34, 38 et 40, KP-31, Beretta M38, STEN…et bien évidemment la PPD-34/38).
Le boîtier cylindrique permet de réaliser une bonne partie des pièces en tournage, approche rationnelle avec les moyens de production de l’époque, car plus rapide et plus simple que de multiples opérations de fraisage. Pour la modernisation de la production du MP-38, les Allemands avaient adopté un boîtier en tôle, mais toujours de section cylindrique.
Sur le PPSh-41, la culasse sera de section parallélépipédique sur sa portion inférieure et légèrement arrondie sur sa partie supérieure. Ce choix est sans doute dicté par une simplicité dans la maitrise de la mise en forme de la tôle, où une forme parallélépipédique est sans doute plus aisée à obtenir avec des tolérances convenables, qu’un boitier de section cylindrique.
La carcasse de l’arme est fabriquée en deux pièces : un boîtier inférieur et un boîtier supérieur tout deux réalisés en tôle pliée de forte épaisseur. Ils sont articulés autour d’un axe à l’avant, et verrouillés par un crochet actionné par un poussoir à l’arrière. Le boîtier inférieur accueille la culasse, le système de mise à feu, la crosse et le puits de chargeur, dont les spécificités sont très étroitement liées à la PPD-40…et quelque part au KP-31 ! Rendons à Cesar, ce qui est à César ! Le boîtier supérieur accueille le canon et les organes de visée. Sa partie avant se prolonge en grille de protection (poinçonnée de nombreuses ouvertures oblongues destinées au refroidissement) et se termine par un large dispositif de bouche.
Ce dernier, orientant les gaz vers le haut et sur les côtés, officie en tant que frein de bouche et compensateur de relèvement. Le boîtier inférieur attire tout particulièrement l’attention : ses formes complexes témoignent d’une conception réfléchie. Au niveau de la culasse, le boîtier supérieur se contente d’officier comme « couvre-culasse ».
Le choix d’une tôle de forte épaisseur est probablement lié à la nature de l’acier, de qualité moindre (quelques signes d’usure en témoignent). Ce qui se gagne ici en économie de matière « précieuse » (les aciers de qualité sont alors prisés pour des fabrications plus « nobles » que de l’armement d’infanterie) se paie en matière de poids. En effet, le PPSh-41 sans chargeur accuse les 3,875 kg à notre balance…plus lourd qu’un AK-47 Type 3 à crosse fixe…3,8 kg, lui aussi sans chargeur…oui, une des deux variantes à boitier forgé / usiné !
Le boîtier du mécanisme de mise à feu est également réalisé en tôle. Sur 17 pièces constitutives (de façon un peu abusive, nous comptons ici le corps de platine comme une seule et même pièce, car celle-ci est en réalité faite de plusieurs morceaux de tôle soudée), seules 3 sont usinées : la gâchette, la détente et le séparateur. Il s’agit des pièces soumises à des contraintes mécaniques : choc, frottement. Cela demeure une performance, surtout pour un dispositif qui propose un tir sélectif. De même, le boîtier inférieur n’accueille que deux pièces usinées : l’éjecteur (riveté) et le crochet de chargeur.
La culasse est forgée puis usinée. Ses flancs sont évidés pour faciliter sa circulation dans le boîtier de culasse en présence de corps étrangers. Le percuteur, une pièce rapportée, y est emmanché / goupillé. Ceci constitue un plus pour la fabrication et pour la maintenance. L’arme dispose d’un amortisseur de culasse. Réalisé dans un matériau fibreux vulcanisé, celui-ci est destiné à éviter une usure prématurée du boîtier inférieur par la brutale mise en butée de la culasse à chaque tir.
Surtout qu’on peut noter que la course de culasse est très courte : elle ne dépasse que légèrement le chargeur afin de prendre en compte une munition. Ceci explique une cadence de tir impressionnante (annoncée à 1000 coups par minute par le manuel soviétique, et mesuré à 1086 cpm sur la vidéo disponible en fin d’article).
Comme évoqué précédemment, l’arme est adoptée seulement 6 mois avant l’opération Barbarossa. Ainsi, à l’entrée en guerre de l’URSS, l’arme n’est clairement pas à « maturation ». Il en va ainsi de la quasi-totalité des armements mis en service : il est toujours nécessaire de faire des ajustements. La PPSh-41 ne fera pas exception : mais ces ajustements se feront dans un contexte particulier celui d’une entrée en guerre pour le moins prématurée.
Cette immaturité fera d’ailleurs le lit d’une autre arme : la PPS-43 (dont l’article est disponible ici). Cette immaturité porte, certes, sur des problèmes (mineurs) de fabrication, mais aussi sur une chose qui ne peut être imputée à G.S. Shpagin : le concept général de l’arme.
Dans ces dimensions, le PPSh-41 reste une arme d’infanterie « longue » et lourde. Avec 842 mm de long, il est moins de 30 mm plus courts qu’un AK-47…à crosse fixe ! La comparaison dimensionnelle entre les deux armes n’est pas anodine : elle sera au cœur de certaines réflexions en URSS au lendemain de la guerre.
Cependant, l’arme va être corrigée et améliorée par son concepteur. Au cours de l’année 1942, c’est une mouture plus apte qui est mise en production. La plupart des modifications ne sont pas directement palpables par l’utilisateur (épaisseur des tôles, dimensions de certaines pièces). En revanche, l’adoption d’une hausse basculante à deux positions en lieu et place de la hausse tangentielle précédemment rencontrée (qui permet un réglage jusqu’à 500 m) sur des fusils d’infanterie témoigne d’une rationalisation du concept d’emploi.
L’arme va être rapidement mise en production en Union Soviétique. Dans un premier temps, elle va être produite dans plusieurs usines, recourant notamment à la technique de la sous-traitance. La plupart de ces usines n’étaient pas initialement dédiées à la production d’armement :
Face à l’avancée des Allemands, la plupart de ces usines seront déménagées à un peu moins de 1000 km de à l’est de Moscou, dans le complexe industriel de Viatskie Poliany.
Mais qu’est-ce qui a bien pu passer dans la tête des Soviétiques au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour développer et adopter un pistolet-rafaleur ? S’il est évident que cette période fut incroyablement fertile en matière de conception armurière, on se demande vraiment en quoi l’adoption d’une telle arme put être pensée un moment comme « une bonne idée ».
Peut-être que ce mystère réside dans l’arrivée d’un nouveau type d’arme, le « fusil d’assaut », qui avait rebattu les cartes du combat d’infanterie et quelque peu déclassé le pistolet-mitrailleurPistolet-Mitrailleur More. Dès lors quelle place pour les autres armes ? En tout cas, de cette errance conceptuelle naîtra une arme atypique : l’APS de I.Y.
Le pistolet rafaleur « Автоматический Пистолет Стечкина » ou АПС (« Avtomaticheskiy Pistolet Stechkina » ou APS, soit « Pistolet Automatique Stechkin ») fut conçu en parallèle du pistolet Makarov au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Comme pour le Makarov, c’est à Toula, un des grands lieux de l’armement Russe, que Igor Yakovlevich Stechkin se voit confier la tâche de concevoir cette arme à tir sélectif, destinée originellement aux officiers, sous-officiers et quelques unités spécialisées.
Pour une fois, il semble que la chose se soit passée sans concours, fait assez atypique chez les Soviétiques en matière d’armement petit calibre. Ce développement aura lieu à la fin des années 1940 (de nombreux tests ayant été réalisés entre 1948 et 1949), et, en 1951, l’APS est adopté parallèlement au Makarov.
On peut d’ailleurs s’interroger sur les liens qui existent entre les deux armes conçues au même moment et au même endroit : les similitudes mécaniques étant troublantes. Nous invitons d’ailleurs le lecteur à lire préalablement l’article sur le Makarov (en lien ici), où beaucoup d’éléments évoqués ici sont détaillés, dont le développement de la munition de 9×18 Makarov.
Si l’APS est d’une conception mécanique remarquable (et nous y reviendrons), elle connaîtra cependant une diffusion plus limitée qu’initialement prévue. Sa production sera d’ailleurs stoppée très rapidement dans la seconde moitié des années 50 (1958 selon certaines sources).
Parce que toute la question est ici : un pistolet rafaleur, pour quoi faire ? Ici, la chose paraît simple, il s’agit de mettre entre les mains du public énoncé plus haut, une arme plus apte tactiquement que l’est un simple pistolet, mais sans l’encombrement d’un pistolet-mitrailleurPistolet-Mitrailleur More. Il faut rappeler que la comparaison se fait alors avec l’excellent, mais tout de même encombrant PPS-43.
Et quand nous parlons de comparaison, nous parlons bien du travail qui sera mené lors de la conception de l’arme et des essais au tir. La chose paraît donc logique : faire une arme ayant la capacité tactique d’un pistolet-mitrailleurPistolet-Mitrailleur More, mais dont l’encombrement est celui d’un pistolet semi-automatique…c’est un « Personal Defense Weapon » (PDW) qui ne dit pas son nom !
La chose est naturelle, le concept de PDW ne sera formalisé que bien des années plus tard. Il y eut certes, des prémices historiques : LP 08 et Mauser C96 (dont la variante tirant en rafale M712 « Schnellfeuer ») à ne point en douter, mais aussi suivant les points de vue, la carabine USM1… Mais à chaque fois, ces armes ont « raté le coche » d’un emploi durable en tant que telles.
Et pour cause, ces armes qui ont souvent le « cul entre deux chaises », sont rattrapées par la réalité : leur apport en matière tactique par rapport à une arme de poing classique est, certes, significatif (augmentation des probabilités d’atteinte et des distances d’engagement) mais se fait souvent au prix d’une contrepartie peu acceptable pour un port quotidien.
Quelle contrepartie ? Tout simplement le poids et l’encombrement tout de même très supérieurs à une arme de poing ordinaire. Pourquoi cette contrepartie est-elle peu acceptable pour le public concerné ? Dans son ouvrage « Soviet Small Arms and Ammunition », D.N. Bolotin rapporte que l’arme, de mémoire même de I.Y. Stechkin, fut extensivement testée en champ de tir.
Mais le problème est bien là : la vocation unique et entière de ce type d’arme n’est pas le tir ! Le port quotidien hors « situation » de combat est une composante majeure de son emploi. Et là, le Stechkin n’est pas à son avantage : en comparaison d’un pistolet (surtout du Makarov - Photo 07), il est lourd et encombrant. Et sur un champ de bataille, on doit se sentir vite seul avec un Stechkin en 9×18 M quand tout le monde autour est équipé en Kalashnikov en 7,62×39 !
Est-ce que l’arme trouve une meilleure place dans une mission de type police ? Alors évidemment, le Mauser C96 et son utilisation notable dans la toute jeune URSS a eu une influence sans doute décisive dans le choix de développer l’APS. Mais la chose devient alors encore plus troublante : connaissant les avantages et les défauts offerts par cette solution technique, pourquoi persister ? Eh bien, parce que face au déroulement de l’histoire, il est peut-être nécessaire d’apprendre de ses erreurs.
L’ergonomie de l’arme est très proche du Makarov, ce qui semble bien évidemment ne pas être le fruit du hasard. On est donc en face d’un pistolet doté d’une platine simple et double action sur laquelle on retrouve le crochet de chargeur au bas de la poignée, un arrêtoir de culasse et un sélecteur sur le côté gauche. Le sélecteur de tir se tient en lieu et place de levier de sûreté / désarmement du Makarov. La mise en sûreté de l’arme verrouille la culasse et le chien comme sur le Makarov, mais aussi le percuteur, ce qui n’est pas le cas sur le Makarov.
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